Les femmes journalistes à la conquête de leurs droits

Vendredi, lors de la conférence intitulée « Un journalisme utile aux femmes », une photojournaliste yezeri témoignait. Photo : Marie Jansen

En Tunisie, les femmes journalistes constituent aujourd’hui plus de 50 % de la profession. De plus en plus nombreuses à intégrer l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi), elles sont 70 % à entrer sur le marché du travail diplômées. Un record.

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« Avec 15-38 Méditerranée, nous souhaitons construire des ponts entre les rives de la Méditerranée »

Hélène Bourgon, co-fondatrice de 15-38 Méditerranée, revient sur ses missions et dresse un bilan de son média, deux ans après sa création. Photo : Elise Pontoizeau.

Basé à Marseille et Alger, 15-38 Méditerranée propose, chaque mois, d’aborder une thématique commune entre les sociétés méditerranéennes. Une initiative qui vise à créer un lien entre les différentes rives. Rencontre avec sa co-fondatrice, Hélène Bourgon.

Un site commun à tous les pays qui longent la rive de la Méditerranée. Créé il y a deux ans, 15-38 Méditerranée – comme le point central de la Méditerranée en longitude et latitude – a pour objectif de traiter des questions sociétales « comme l’immigration, la drogue ou encore l’éducation ». Un projet qui est « le fruit d’une réflexion de plusieurs années », nous explique Hélène Bourgon, la cofondatrice du site.

15-38 Méditerranée est sur le point de fêter ses deux ans. Quel bilan faites-vous de ce projet ?

C’est épuisant mais on tient le coup. En seulement un an et demi, nous sommes passés de 10 000 visiteurs à plus de 20 500. Il y a une réelle demande de la part des lecteurs et c’est la plus belle des reconnaissances. Les écoles que nous avons approchées sont également très satisfaites par notre travail et notre approche avec les élèves. Plus que jamais, il est important de maintenir ce lien entre les rives afin de contrer les vagues dangereuses de nationalisme qui se propagent en Europe.

Comment est née l’idée de votre média 15-38 Méditerranée ?

Ce projet est le fruit d’une réflexion de plusieurs années entre différents correspondants et chercheurs. Nous souhaitions éclairer les citoyens sur les problématiques que rencontrent les sociétés méditerranéennes. Nous voulions aborder des questions sociétales, comme l’immigration, la drogue ou encore l’éducation, afin de montrer aux lecteurs que nous partageons tous les mêmes difficultés. D’abord pensé à Beyrouth, notre média a finalement vu le jour en France, en mars 2017. Aujourd’hui, Coline Charbonnier, Justin de Gonzague et moi-même sommes basés à Marseille, tandis que Leïla Berrato se situe à Alger.

Dans quelles mesures votre initiative se distingue-t-elle des autres médias ?

L’idée n’est pas de concurrencer les médias traditionnels mais nous voulons apporter des clés de compréhension et des moyens d’agir pour nos lecteurs français et européens. Les connaissances de tous nos journalistes se sont faites sur le terrain. Je me suis moi-même expatriée six ans au Moyen-Orient pour mieux comprendre et appréhender cette région. Nous souhaitons construire des ponts entre les rives de la Méditerranée, au moment où certains souhaitent construire des murs entre les frontières. La richesse de nos sociétés passe avant tout par le partage des cultures.

« Nous avons fait le choix de rendre notre plateforme gratuite afin d’être le plus accessible possible »

Comment s’organise la rédaction de 15-38 Méditerranée ?

Afin de publier un dossier par mois, nous collaborons avec dix journalistes, photographes et dessinateurs. De nouvelles thématiques sont envoyées par mail et un échange s’établit afin d’éclairer les nombreux angles possibles. Les reporters disponibles partent alors sur le terrain dans le but de réaliser leurs reportages. A côté de cette production, nous nous rendons également dans les écoles et les collèges pour enseigner l’éducation aux médias. Cette mission journalistique est indispensable pour permettre aux jeunes de bien s’informer et de leur inculquer l’importance de ce métier. C’est aussi une manière de rétablir une confiance avec le public.

De quelles manières parvenez-vous à financer vos réalisations ?

Nous permettons aux lecteurs de soutenir ce projet à travers des dons. L’adhésion s’élève à soixante euros par an mais nous proposons également des dons mensuels, de deux à dix euros. Nous venons également de sortir une publication papier, Une année en Méditerranée, vendue en ligne, afin de récolter des fonts pour bien démarrer 2019. Notre campagne de financement participatif nous a permis de très bien tenir durant la première année mais ce modèle économique est difficile car nous n’avons pas assez d’adhérents.

Malheureusement, les médias indépendants ne bénéficient d’aucune aide lorsqu’ils ne sont pas des titres de proximité. Tous nos journalistes sont payés à la pige, c’est pour cela que nous ne pouvons pas nous permettre de proposer dix reportages par mois. Nous avons fait le choix de rendre notre plateforme gratuite afin d’être le plus accessible possible et de toucher un large lectorat, qui s’étend de 18 à 90 ans.

Que représente pour vous cette première édition des Assises internationales du journalisme à Tunis ?

Cet événement est un véritable vivier dans lequel nous avons la chance de rencontrer des journalistes du bassin méditerranéen mais pas seulement. En tant que reporter, croiser la route de journalistes yéménites est d’une richesse incroyable. C’est aussi l’occasion de créer de nouvelles collaborations. Nous avons pour projet de créer un échange via Skype entre des collégiens de Marseille et de Tunis, afin d’aborder différentes thématiques sociétales.

Propos recueillis par Thomas Desroches

La Tunisie à l’épreuve de la liberté de la presse

Depuis 2011, des réformes ont été entreprises pour réformer le paysage médiatique tunisien, mais des changements restent encore à effectuer. Illustration Photo Google Street view / Montage Benoist Pasteau

La chute de Ben Ali en 2011 a bouleversé le paysage médiatique tunisien. En sept ans, la presse s’est libéralisée. Mais les rédactions doivent encore se professionnaliser.

« Ils m’ont demandé l’identité et le contact d’une personne que j’avais interviewée la veille… » Mathieu Galtier, journaliste freelance français basé en Tunisie, ne raconte pas une histoire ancienne. Il évoque un épisode d’autant plus étonnant qu’il a eu lieu en janvier 2018, lors de manifestations contre l’inflation à Tebourba, à une trentaine de kilomètres de Tunis.

Le lendemain de ce rassemblement, des agents de la garde nationale se rendent à son domicile. « Tout s’est passé de manière cordiale, je n’ai pas été menacé », se souvient-t-il. Les agents l’ont tout de même conduit au poste. Après une heure d’entretien, Mathieu Galtier a pu sortir. Sans avoir divulgué le nom de son interlocuteur rencontré la veille.

Cet épisode n’est pas un cas isolé. Les exemples d’entrave au travail des journalistes et de pressions à leur encontre sont multiples durant ces manifestations. En février 2018, Néji Bghouri, président du Syndicat national des journalistes tunisiens, s’est même inquiété d’un retour aux méthodes en vigueur sous le régime autoritaire de Zine el-Abidine Ben Ali, président de la Tunisie de 1987 à 2011. Les médias étaient alors régis par un ministère de la communication qui s’assurait qu’aucun article critique à l’égard du pouvoir ne soit publié.

En janvier 2011, la révolution de jasmin pousse Ben Ali à quitter le pouvoir. Très rapidement, le gouvernement provisoire a certes aboli le ministère de la Communication et le code de la presse, pour garantir plus de libertés aux médias tunisiens. Mais sept ans après, la transition n’est toujours pas aboutie. « Aujourd’hui, le paysage médiatique tunisien se caractérise par un flou. Il n’a pas été assez réformé en profondeur. Il est déchiré entre le désir de tendre vers plus de démocratie et un retour à l’ancien temps, aux anciennes pratiques », analyse Larbi Chouikha, professeur à l’Institut de presse et des sciences de l’information de Tunis (Ipsi) et auteur de plusieurs ouvrages sur les médias tunisiens.

S’adapter à la liberté de la presse

Après la chute de Ben Ali, le paysage médiatique tunisien évolue en très peu de temps. De nouveaux titres font leur apparition, et certains, déjà existants, comme la radio Tataouine ou le pure player Nawaat changent en profondeur. Les journalistes doivent s’adapter à cette libération soudaine de la presse. « Sous Ben Ali, les médias étatiques, censés être les médias du service public, reproduisaient en fait la parole officielle du pouvoir. Du jour au lendemain, ces médias étaient libres de produire leurs contenus, de couvrir l’actualité des partis politiques, des mouvements sociaux ou des régions. Des choses qu’ils n’avaient pas l’habitude de faire auparavant », note Souhaieb Khayati, directeur du bureau Afrique du Nord de Reporters sans frontières (RSF). Certains journalistes éprouvent alors des difficultés à se défaire de leurs anciennes méthodes de travail. Selon Larbi Chouikha, des « journalistes sont prisonniers des anciennes chaînes » et de leurs méthodes de travail asservies.

La parole des journalistes s’est pourtant rapidement libérée, selon Souhaieb Khayati : « On trouve des caricatures du président dans de nombreux médias. À la télévision, les débats contradictoires sont très présents également. Même si tout n’est pas parfait et que certains points restent à améliorer, nous nous rapprochons de plus en plus des standards occidentaux en matière de liberté de la presse ».

Frida Dahmani, journaliste tunisienne à Jeune Afrique, confirme ces propos : « Aujourd’hui je peux parler de tout, sans me dire que mon média sera censuré. Je peux mener des enquêtes sans devoir demander des autorisations ou faire des reportages sans déclarer que je me rends dans telle entreprise ou dans tel secteur géographique. »

Cependant, lors de moments de forte tension dans le pays, les journalistes tunisiens voient parfois leur travail entravé ou subissent des pressions. Cela a notamment été le cas lors des manifestations de 2012 et de 2013, et plus récemment au début de l’année 2018.

C’est aussi vrai dans le traitement de sujets sensibles, comme des affaires liées au terrorisme, dans un pays où l’état d’urgence est en vigueur depuis 2015. Pour Souhaieb Khayati de RSF, ces dérives passagères ne sont pas le fruit du pouvoir ou du gouvernement en place. « Il s’agit de mauvaises pratiques de certains policiers qui officiaient déjà sous Ben Ali et qui n’ont pas changé leur manière de travailler. »

Réformer de l’intérieur

Pour garantir cette liberté de ton et d’expression dans les médias et affirmer leur indépendance par rapport au pouvoir, plusieurs lois sont promulguées et des instances sont créées dans les mois qui suivent le départ de Ben Ali. C’est le cas de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), qui voit le jour en 2013. Son rôle est de réformer et de réguler le paysage audiovisuel dans un contexte de transition démocratique.

Toutefois, la transformation des anciens médias gouvernementaux vers des médias de service public reste délicate. « La notion de service public n’est toujours pas clairement définie », indique Larbi Chouikha. Pour ce dernier, les réformes doivent également venir de l’intérieur, des journalistes eux-mêmes. « Il faut prendre des mesures structurelles, en définissant précisément ce qu’est une entreprise de presse. Il faut aussi plus de transparence autour de la ligne éditoriale et des financements ». Preuve en est, dans certains journaux, les conférences de rédaction n’existent pas.  Au sein des entreprises de presse, les journalistes semblent alors livrés à eux-mêmes.

« La situation des journalistes tunisiens doit être améliorée. Ils sont défavorisés socialement car leur métier est précaire », explique Souhaieb Khayati, qui pointe également un manque de moyens financiers dans les entreprises de presse. Les élections législatives et présidentielles se profilent à l’horizon : elles se tiendront en octobre 2019.  Pour le secteur médiatique tunisien, ces échéances – en fonction de leur résultat – pourraient provoquer un nouveau tournant.

Hugo Girard, Romain Pichon et Ewen Renou

 

Dorra Bouzid, esprit rebelle

Au fil de sa carrière, Dorra Bouzid a créé neuf organes de presse et écrit pour plus de trente titres à travers le monde. Photo : Clara Gaillot

Dans l’histoire de la presse tunisienne, Dorra Bouzid occupe une place de choix. Première femme journaliste, elle a dédié sa vie à défendre la liberté féminine du pays. Un combat qui a fait d’elle un symbole de l’émancipation.

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À Tunis, le « début d’une belle aventure » pour les Assises

Youssef Chahed, le chef du gouvernement tunisien et Jérôme Bouvier, le président des Assises, deux personnalités attendues pour cette conférence. Photos : Ewen Renou

Lors de l’inauguration des premières Assises internationales du journalisme de Tunis, jeudi matin, le président des Assises, le chef du gouvernement tunisien et l’ambassadeur de France ont souligné l’importance de cet événement pour la préservation de la liberté de la presse en Tunisie.

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Les Assises du journalisme, ça sert à quoi ?

Jérôme Bouvier et Anne-Claire Coudray, présidente du jury des Assises 2017, lors de la remise des prix de la dixième édition des Assises Internationales du Journalisme, à Tours.

Durant trois jours, du 15 au 17 novembre 2018, la Cité de la Culture de Tunis accueille la première édition des Assises du journalisme hors de France. Un rendez-vous important et nécessaire pour les professionnels de la presse internationale. 

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[LE RÉSUMÉ] :
« Francophonie : S’informer dans dix ans en Afrique »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Francophonie : S’informer dans dix ans en Afrique ».

La radio est le média roi en Afrique. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean Kouchner, secrétaire général de l’union internationale de la presse francophone (UPF). Avec Haman Mana, directeur de publication du quotidien Le Jour (Cameroun) et Président de la fédération des éditeurs de presse du Cameroun, Cécile Mégie, directrice de RFI, Sana Sbouai, journaliste et cofondratice d’Inkyfada (Maroc).

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