[ENQUÊTE] Opérateurs mobile, sauveurs
de la presse ?

SFR et Orange proposent une initiative inédite : coupler abonnements téléphoniques et kiosques en ligne. Les opérateurs ont la volonté de donner un second souffle à la presse écrite. Mais ce modèle est-il une solution pour des journaux qui peinent à se vendre ?

En janvier 2017, l’application SFR Presse aurait été téléchargée 1,5 million de fois. Photo : Martin Esposito

 

Le Figaro, Libération, Le Parisien – Aujourd’hui en France, l’Express, Sud Ouest, le Journal du dimanche, Elle, Paris Match… Tous ces titres sur une même plateforme, tous réunis dans une application téléchargeable sur les téléphones portables, les tablettes et les ordinateurs. C’est ce que propose SFR Presse depuis le mois d’avril 2016. L’offre contenait à l’origine 18 titres. Depuis, elle n’a cessé de s’enrichir au fil des mois, pour atteindre le nombre de 65.

Un kiosque virtuel : rien de nouveau à première vue. L’un des plus connus, le néerlandais Blendle regroupe déjà plus de 100 titres, dont le New York Times et le Huffington Post. Mais les différences de fonctionnement sont majeures. Pour SFR, le kiosque est compris dans la plupart des abonnements mobile et englobe tous les titres alors que pour Blendle, l’achat se fait à l’unité. Les personnes qui n’ont pas de forfait chez l’opérateur ne sont pas en reste. Elles peuvent s’abonner pour la modique somme de… 19,99 euros par mois. C’est parfois le prix d’un unique abonnement pour certains titres de presse.

Le principe ? Les utilisateurs téléchargent les journaux de leur choix au format PDF, avant la sortie en kiosque. L’accès en avant-première et en illimité est garanti pour 65 titres. Et ça semble marcher : l’opérateur annonçait, dans un communiqué de presse en date du 8 mars 2017, avoir franchi les dix millions de téléchargements. Pour le seul mois de janvier 2017, SFR Presse a battu des records : l’application aurait été téléchargée 1,5 million de fois. Une explosion certainement due à l’arrivée de nouveaux titres sur la plateforme : Elle, Paris Match, Le Figaro, Le Figaro Magazine, Madame Figaro, Télé 7 jours et La DépêcheEt tout ça pour le même prix.

 

 

SFR n’est pas le seul opérateur à avoir mis en place une offre. Depuis juillet 2015, Orange est partenaire de ePresse. Ce kiosque en ligne compte plus de 500 titres. Mais le système diffère : l’engagement comporte là quinze crédits mensuels à dépenser dans le catalogue de quotidiens. Un titre correspond généralement à un crédit. L’option est uniquement accessible aux clients Orange. Les abonnés déboursent seulement 10 euros par mois, sans engagement, et peuvent résilier leur abonnement dès qu’ils le souhaitent.

Johan Hufnagel, numéro deux de la direction de Libération, paraît satisfait du service : « Faire partie du service SFR Presse est extrêmement intéressant. SFR a 18 millions de clients, ce qui représente pour nous un immense réservoir de lecteurs. » A l’heure où les kiosques meurent à petit feu, SFR Presse représente une option intéressante. Libération enregistrait par exemple pour l’année 2015 une importante baisse de 17,04 % de ses ventes en kiosque, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias.

Merci les opérateurs ?

Michel Combes, le PDG du groupe SFR voit grand pour le projet : « Tous nos compétiteurs vont faire la même chose : je pense que notre initiative sera copiée, y compris à l’étranger. »  Et si la presse toute entière devait dire merci aux opérateurs ? En façade, le modèle paraît être une véritable révolution. Dans les faits, c’est bien moins idyllique.

Dès lors qu’on aborde la question de la rémunération, les portes se ferment. Libération fait partie des titres les plus téléchargés chaque jour sur l’application SFR Presse mais Johan Hufnagel reste discret concernant les tarifs. Il confie tout de même que « tous les titres de presse ne touchent pas la même somme. Libération est en train de négocier, dans l’intérêt de tous. » Selon une enquête du magazine Challenges de février, « l’éditeur ne perçoit généralement que quelques centimes par exemplaire. »

C’est pour ça que certains refusent de se soumettre à ce système. Etienne Gernelle, directeur du Point, s’indignait mardi 14 mars dans l’émission L’instant M sur France Inter : « SFR est une machine à tuer la presse. » Il reproche à l’opérateur les tarifs qu’il propose. Une rémunération trop faible qui met, selon lui, en danger la qualité de la presse. D’autres, comme le magazine Society, ont quitté le service.

 

 

Cela n’empêche pas les opérateurs mobiles de se présenter comme les sauveurs de la presse. « Nous rémunérons les journaux, c’est une nouvelle source de revenus pour eux », se félicitait Michel Combes, le 10 février 2017 devant l’Association des journalistes médias. Certes, mais cette nouvelle offre peut aussi ralentir les autres options de ventes, en kiosques, avec des abonnements directs à un titre… Des offres qui sont, finalement, davantage rémunératrices que le téléchargement d’exemplaires en passant par SFR ou Orange.

Cet intérêt soudain pour sauver la presse pourrait cacher aussi un tout autre dessein : assurer une optimisation fiscale. La presse bénéficie d’un taux de TVA à 2,1 %, nettement plus bas que celui appliqué habituellement sur les abonnements téléphoniques, qui s’établit à hauteur de 20 %. Le groupe, en couplant le service SFR Presse et les abonnements, finit, grâce à ce tour de magie, par faire des économies sur ses reversements de TVA à l’Etat. Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne dénonçait une « instrumentalisation fiscale » dans un communiqué publié le 28 avril 2016 avant de rappeler que « ce taux réduit tire sa légitimité du rôle constitutionnellement reconnu de la presse pour permettre aux citoyens d’accéder à l’information nécessaire à la formation de leurs opinions. »

Patrick Eveno, spécialiste de l’histoire des médias et utilisateur assumé de l’application, admet que le modèle ne va peut-être pas durer avant de poursuivre : « Certes, la rémunération est faible mais SFR Presse donne quelques années de sursis à des titres, comme Libération, dont le modèle est déjà mort. »

Philippine David et Léna Soudre

 

[LE RÉSUMÉ] « Les hebdos dans 10 ans »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Les hebdos dans 10 ans »

Les hebdos résisteront à la crise s’ils s’adaptent au lecteur. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Marc Mentré, Journalisme & Citoyenneté. Avec Franck Annese, cofondateur et directeur de publication de So Press, Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique de la rédaction de L’Express, Cyril Petit, rédacteur en chef central et secrétaire général de la rédaction du Journal du Dimanche/lejdd.fr, Jean-Pierre Vittu de Kerroual, PDG de Sogemedia.

 

LES ENJEUX

A l’heure où la presse écrite souffre, les hebdomadaires n’échappent pas à la règle. Coincé entre l’immédiateté d’internet et la presse quotidienne qui s’oriente ver les longs formats, le modèle des hebdos se retrouve menacé. Pour survivre, ils doivent chercher à se démarquer, notamment en terme de contenu. À cela s’ajoute des problèmes de distribution et l’appartenance aux groupes de presse.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Franck Annese : « Les flux chauds se sont intensifiés, et ça a mis une pression sur le traitement de l’actualité. On peut raconter des histoires, mais dans ce cas on est déconnecté. Faire de l’hebdo, c’est dur alors dans dix ans ce sera pire. Mais l’avantage est que l’hebdo c’est plus rentable qu’un magazine qui ne sort que tous les quinze jours. »

Eric Mettout : « On ne sais plus trouver les gens. Avant, on distribuait les journaux sur le pas de la porte. Maintenant, c’est sur les réseaux sociaux. Ils regardent leur smartphone, et il faut s’adapter. Si on ne réfléchit pas à ces éléments, on va droit dans le mur. »

Cyril Petit : « Je crois au journal. Notre rôle est de faire des journaux qui ont un début, une fin et un milieu. Notre personnification commence là. Notre mission est de choisir une ligne éditoriale qui fait un tout. On ne peut pas faire la course à l’info. Les hebdos news sont entre deux chaises. Alors il faut travailler sur l’analyse, le décryptage pour se différencier. »

Jean-Pierre Vittu de Kerroual : « Il n’y a pas de problèmes de support mais des problèmes de contenu. Il y a plein d’exemples de papiers qui fonctionnent car ils ont un contenu innovant. On a aussi le mythe du journal de 2 000 pages où l’on met toute l’information. Mais le lecteur ne le lira pas et le contenu ne l’intéressera pas. Le vrai critère est d’être utile et de donner du plaisir. »

 

À RETENIR

Les flux d’information se sont intensifiés. Les hebdos se retrouvent enfermés entre immédiateté et décryptage. Se pose donc la question de la périodicité. Il apparaît que l’hebdomadaire est le modèle le plus rentable. Mais il faut aussi être présent sur internet en cas de « scoop », car une information ne peut pas attendre une semaine pour paraître dans l’hebdo. Un autre problème est le contenu. La presse a eu tendance à oublier ses lecteurs. Aujourd’hui il leur faut un contenu personnalisé pour qu’ils aient du plaisir à lire (information plus ou moins locale, magazine plus ou moins épais…) mais il faut surtout jouer avec internet, notamment pour avoir un modèle économique viable.

Maxime Taldir

[PORTRAIT] Rémy Buisine, à l’état brut

Le calepin et le stylo, Rémy Buisine n’en a pas besoin. Le journaliste révélé sur Périscope a choisi le smartphone pour des vidéos sans filtre, diffusées sur le média Brut.

Rémy Buisine : « Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie. » Photo : Hakim Douliba

« Je ne sais jamais quand et où mes journées vont se terminer », raconte Rémy Buisine, amusé. Toujours en mouvement, le téléphone à la main pour filmer l’actualité en direct. « Il y a quelques jours j’étais en route pour la visite de Fillon au salon de l’agriculture, et je me suis retrouvé dans son QG pour la réunion que personne n’attendait. » A 26 ans, Rémy Buisine est omniprésent sur la toile et est même devenu l’icône de Brut, un nouveau média d’information vidéo lancé en novembre 2016 et présent uniquement les réseaux sociaux.
Un portable dans chaque main : l’un pour filmer en live l’actualité, l’autre pour s’informer et recevoir des précisions sur l’événement. Si vous le cherchez, il est probablement dans une manifestation, un rassemblement politique ou en pleine interview en live sur Facebook Brut. Aucune post-production ne se rajoute à son travail. « Il est tout le temps en train de filmer donc difficilement joignable, même pour moi », s’amuse Laurent Lucas, directeur éditorial de Brut.

Nuit debout, le déclic

Son crédo : s’inspirer du rythme des chaînes d’info en continu tout en y ajoutant des commentaires personnels. « Je ne suis pas dans l’analyse. Le flux d’images que je donne c’est un peu mon regard à moi. Le téléphone est devant moi et ce que vous voyez c’est ce que je vois aussi. » Constamment en direct, il n’hésite pas à contextualiser ses images en parlant pour les internautes qui arrivent en court de live.
Autodidacte, il a appris sur le terrain ces nouveaux formats journalistiques. Avant d’être embauché par Brut, il était community manager pour une radio.
C’est à Nuit debout que son aventure de cinéaste a commencé. Il y a un an, sur son temps libre, il filmait le mouvement né de la contestation de la loi travail, via Périscope. « Cet événement m’a fait avancer professionnellement et personnellement, se souvient-il. Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie non-stop, avec des pics de 80 000 personnes qui me suivaient en direct. » Mais il n’avait pas prévu de rester aussi longtemps derrière son écran. Rémy a passé un « appel solennel » pour continuer de filmer. Les batteries de son téléphone étaient à plat. « Il y a plein de gens qui m’ont ramené des batteries rechargeables et pour certains même à manger, à boire. » L’humain et la dimension collaborative qui se cache derrière le live, c’est avant tout ce qui passionne le journaliste.
Une ascension rapide pour le jeune nordiste. « En 2012, je suivais les présidentielles depuis mon canapé dans mon village perdu dans le Nord de la France », se rappelle Rémy Buisine.

Jamais sans ses batteries

Comment décrit-il ses portables ? « Indispensables, indissociables ». Et puisque les lives peuvent durer des heures, Brut a dû investir : « J’ai deux batteries externes qui me permettent généralement de tenir toute la journée. »
Rémy Buisine ne lâcherait son téléphone pour rien au monde. Il a encore de beaux directs devant lui. Dans dix ans, il espère travailler toujours sur des formats journalistiques novateurs. « En 2007 on ne savait pas qu’il y aurait le livestream aujourd’hui. C’est dur de se projeter et d’imaginer ce qui existera dans une dizaine d’années. »

Laura Bannier et Lucie Martin

[ENQUÊTE] Radio Numérique Terrestre (RNT), je t’aime, moi non plus

Et si nous laissions de côté la bonne vieille bande FM ? À l’heure du tout numérique, seule la radio semble résister. Pourtant, la volonté est digitaliser également ce support. Le CSA parle du meilleur, d’autres évoquent le pire.

La Radio Numérique Terrestre est un vaste projet de modernisation du réseau radiophonique, qui depuis des années peine à voir le jour. Photo : Hugo Noirtault

Depuis le début des années 2010, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) songe très fortement à basculer sur la radio numérique terrestre (RNT), une sorte de TNT mais pour les transistors. L’objectif est de ne plus émettre par des ondes, mais par des fréquences binaires, comprises par des ordinateurs. Tel que présentée par le CSA, la RNT est pleine d’avantages : meilleure qualité, plus de choix de stations… Mais cela suppose de rééquiper tous les foyers et toutes les voitures avec des équipements adaptés. Des investissements contraignants mais nécessaires selon le CSA, soutenu par Radio France, mais inutile selon les groupes privés. Pour Europe 1, NRJ, RMC ou encore RTL, l’avenir se trouve plutôt dans la webradio. Et ce refus des grandes radios nationales risque bien de compromettre le passage à la RNT.

« Les équipements FM sont vieux »

Pour découvrir la radio numérique, direction Oslo. Connue pour sa neige, ses élans et son étrange alphabet, la Norvège s’est aussi faite remarquer en début d’année grâce à son DAB (Digital Audio Broadcasting), la version anglaise de la RNT. Depuis le 11 janvier, le pays scandinave est le premier à avoir débranché sa bande FM. Mais la décision de passer au DAB n’est pas nouvelle. Dès 1995, la NRK (la radio-télévision publique norvégienne) lançait sa première station totalement numérique. “La décision de passer au DAB a été prise en 2011, explique Øyvind Vasaasen, responsable du projet DAB à la NRK. Nous allons couper la bande FM région par région, pour qu’elle disparaisse d’ici la fin de l’année.”  Dans le grand nord, cette transition a des avantages pratiques et économiques. “Les équipements FM sont vieux. Et les réparer coûterait plus cher que de passer au numérique, poursuit Øyvind Vasaasen. Le but est bien sûr de ne pas perdre d’auditeurs, mais nous considérons que le DAB est nécessaire pour moderniser la radio. La question n’était pas de savoir si nous allions le faire ou non, mais de savoir quand.”

Plus près de chez nous, la Suisse devrait être le prochain pays à effectuer le digital switch over (basculement de la FM au DAB). Mais la France, elle, est à la traîne et est encore loin d’effectuer cette transition.

La mutinerie des radios privées contre le capitaine CSA

Ce retard à l’allumage, les grands groupes privés en sont en grande partie responsables. RMC, Europe 1, RTL ou encore NRJ ne croient pas en l’avenir de la RNT. “[Nous] sommes convaincus que l’avenir de la radio numérique se fera via les réseaux IP”, ont-ils expliqué lesdits groupes privés devant le CSA fin mai 2012. Selon eux, la principale raison est “l’absence de modèle économique viable pour la RNT”. Un investissement trop cher pour ces radios, par rapport aux webradios, gratuites. Les radios privées misent d’ailleurs tout sur le web. Le groupe NRJ héberge près de 200 webradios, pour toucher tous les publics. De NRJ R’N’B à NRJ Reggae, en passant par NRJ fitness, il y en a pour tous les goûts. Si les radios font tout pour être écoutées, les faire parler est plus compliqué. Sollicitées par nos soins, toutes ont fait la sourde oreille.

« La RNT n’est pas une alternative à la FM »

Mais malgré ces réticences, le CSA compte forcer la main. Après des essais à Paris, Marseille et Nice, le conseil supérieur de l’audiovisuel souhaite une couverture totale du territoire d’ici 2023. Un défi compliqué quand on sait que seul 20% du pays possède la RNT aujourd’hui. “Mais la FM ne s’est pas construite d’un coup non plus”, expliquait Patrice Gélinet à Télérama en décembre 2016. Pour l’ancien membre du CSA,“il faut accepter la lenteur de ce processus. La RNT n’est pas une alternative à la FM. Une des erreurs du CSA dans le passé a sans doute été de considérer qu’il fallait l’imposer comme telle.” Aujourd’hui, une des clés du renouveau de la RNT en France est la récente adhésion du groupe Radio France au projet. Ainsi, sous l’influence de la ministre de la Culture Audrey Azoulay, trois stations du groupe sont passées sur la RNT : Mouv’, Fip et RFI. “Un départ, un signe” pour Patrice Gélinet. Mais des débuts timides pour le service public, qui a encore cinq stations sur la bande FM. Les transitions de France Inter, France Culture ou encore France Musique ne sont pas prévues faute de moyens.

Pour l’heure, seul six acteurs français sont membres de la WorldDAB, l’institution qui gère la transition vers la radio digitale dans le monde. Parmi les tricolores, France Médias monde (Rfi, France24) et Radio France, mais aussi les diffuseurs d’audiovisuel TDF et Digidia, ainsi que les entreprises spécialistes de l’électronique automobile Parrot Automotive et Clarion. Car la voiture est l‘un des principaux enjeux de la RNT. Un enjeu qui fait d’ailleurs peur aux Norvégiens. “Notre principal défi ce sont les véhicules. Tout le monde écoute la radio au volant. Aujourd’hui, seules trois voitures sur dix sont équipées pour la radio numérique en Norvège.” Passer au numérique nécessite un ré-équipement important de son véhicule. Une démarche qui coûte environ une centaine d’euros chez un garagiste.


Infographie de popoutmag.com, basée sur une étude Edison Reasearch

La RNT pour se différencier

Outre Radio France, d’autres groupes, moins connus mais pas moins écoutés, font le pari de la RNT pour se démarquer. Parmi eux, le groupement Les indés radio. Fondées en 1992, ces 132 stations locales (Alouette, Totem, Tendance Ouest…) représentaient la meilleure part d’audience en France en janvier 2017 (15,7% selon Médiamétrie), loin devant RTL (12,7%) ou encore le groupe NRJ (10,7%). Des résultats obtenus sur la bande FM. Mais le groupe mise aussi sur le numérique pour devancer les groupes privés.

Malgré les efforts, la RNT semble aujourd’hui au point mort. Quant la quasi-totalité des Français connait et utilise la télévision numérique terrestre (TNT), 75 % d’entre eux n’ont même jamais entendu parler de son équivalent radiophonique. Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre de récepteurs RNT atteigne à peine les 400 000 en France.

Maxime Taldir et Hugo Noirtault

[DÉCRYPTAGE] Jamais sans mon smartphone

2017 célèbre un anniversaire bien particulier : celui du premier iPhone, qui fête ses dix ans. En une décennie, les smartphones se sont imposés comme le nouvel ami de l’homme. Au point que le journalisme ne peut plus passer à côté.

Aujourd’hui, les journalistes de certaines chaînes de télévision produisent leurs sujets avec leur mobile. Photo : Lucie Martin

S’il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher aux grands médias, c’est d’avoir raté le virage du smartphone. En 2010, alors que 17% de la population française dispose d’un « téléphone intelligent », la plupart des journaux nationaux possèdent déjà leur application. Le Figaro, Le Monde, Libération et L’Équipe sont téléchargeables sur son compagnon de poche. Au début simple accès au journal numérisé, les applications ont depuis évolué pour proposer des contenus “smartphone ready”.

 

Quand les journaux s’inspirent des applications

 

Pour le grand public, le smartphone permet d’accéder à l’information partout, sans avoir à allumer son ordinateur. Pour les journalistes, il est un véritable outil de poche : vérifier une dépêche, répondre à un mail, servir d’enregistreur. Aujourd’hui encore, les possibilités multimédias de nos portables sont en constante évolution. Au point qu’en juin 2015, la chaîne genevoise Léman Bleu a produit le premier journal télévisé filmé totalement au smartphone. Aujourd’hui, la chaîne n’utilise plus que des smartphones à l’heure actuelle, preuve du succès de l’initiative. La formule a également été reprise par BFM Paris, lancée le 7 novembre dernier.

Mais le succès des smartphones tient beaucoup aux applications. Ces micrologiciels, très simples à installer, adaptent pour la plupart le contenu des sites web. Mais de plus en plus de contenus exclusifs, pensés pour les mobiles, apparaissent. Après les jeux, les développeurs ont délaissé l’internet classique pour les applications. Par exemple, Periscope, Snapchat, et Tinder sont inaccessibles sur un ordinateur.

Tinder, justement, a inspiré les développeurs du quotidien Le Monde, qui ont repris l’idée de la sélection avec un glissement de doigt pour lancer La Matinale. L’utilisateur choisi du bout de ses doigts les articles qui l’attirent le plus, puis accède à son tri. Et cela fonctionne : selon des chiffres de juin 2016, l’appli comptait plus de 450 000 téléchargements à son actif.

La Matinale a ainsi ouvert une piste : celle de pouvoir copier le concept d’une application à des fins informatives. Techniquement possible et efficace, elle peut permettre de toucher un public jeune qui délaisse la presse, la radio, la télé et même les ordinateurs au profit de leur écran de 5 pouces.

L’été dernier fut marqué par un phénomène de société sur smartphone : Pokémon Go. Le célèbre jeu de carte offrait à chaque utilisateur la possibilité de pouvoir attraper Pikachu, Dracaufeu et autres Roucool via son portable dans un environnement bien familier : la rue. De quoi démontrer que les possibilités sont grandes.

Martin Esposito

Pour aller plus loin :

[DÉCRYPTAGE] Le news snacking, vite et bien