[LE RÉSUMÉ] « Des blogs aux réseaux sociaux : vers un journalisme d’indépendants »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Des blogs aux réseaux sociaux : vers un journalisme d’indépendants ».

Twitter est devenu un outil primordial pour les journalistes. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean-Marie Charon, avec Corine Audouin, journaliste Enquêtes-Justice France Inter et livetweeteuse de procès, Jean-Sébastien Barbeau, doctorant au Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaire sur les médias (CARISM) et Grégoire Lemarchand, journaliste à l’AFP.
 

LES ENJEUX

Des blogs aux réseaux sociaux, les journalistes adoptent toujours de nouveaux espaces d’expression. Sur Twitter, ils trouvent un fil d’information continu auquel ils contribuent plus ou moins ponctuellement. Ces outils permettent aux journalistes de devenir plus indépendants face à leurs rédactions et changent leur relation au public.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Corinne Audoin : « Le premier procès que j’ai live-tweeté, je l’ai fait pour moi, j’avais besoin d’extérioriser. Par la suite, j’ai trouvé ça addictif, en terme d’écriture c’est proche de l’écriture radiophonique. Je ne vais pas dire que j’écris sur Twitter comme en radio mais je m’oblige à faire des phrases courtes et simples, je m’oblige pour que ça rentre. Maintenant je ne m’imagine plus un procès sans live-tweeter. Quand je tweete c’est pour les gens qui sont à l’extérieur du procès. Je réponds volontiers à toutes les questions, il y a un vrai côté pédagogique. Si un journaliste se prive de Twitter, je trouve qu’il s’ampute de quelque chose. »

Grégoire Lemarchand : « Les réseaux sociaux ont bousculé les médias mais encore plus l’AFP, car du jour au lendemain on s’est retrouvé face au public, aux lecteurs. Il y avait une méconnaissance de l’AFP : non, on n’est pas qu’une agence nationale, non, on n’écrit pas de communiqués mais des dépêches. »

 

À RETENIR

Twitter et Facebook sont aujourd’hui un enjeu important du journalisme. Ils deviennent des portes d’entrée vers les médias et apportent de nouveaux lecteurs. Ils permettent aussi de se rapprocher de ces derniers. Pourtant, les réseaux sociaux restent un risque pour les journalistes : il faut faire attention à ne pas aller trop vite et à vérifier ses sources.

Laura Bannier

[LE RÉSUMÉ] « Vers des rédactions ouvertes ? Blogs de journalistes et réseaux sociaux »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Vers des rédactions ouvertes ? Blogs de journalistes et réseaux sociaux ».

Les intervenants ont surtout souligné l’intérêt de Twitter pour la profession de journaliste. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean-Marie Charon, chercheur associé à l’EHESS et président de la CNMJ, Jean-Sébastien Barbeau, doctorant au Centre d’Analyse et de Recherche Interdisplinaires sur les Médias (CARISM), Mélissa Bounoua, journaliste et rédactrice en chef à Slate.fr, Clara Schmelck, rédactrice en chef adjointe à Intégrale et Jonathan Hauvel, rédacteur en chef adjoint du Bruxelles Bondy Blog.

 

LES ENJEUX

Les blogs de journalistes se sont multipliés dans les années 2000. Dans la décennie suivante, les journalistes ont investi les réseaux sociaux d’abord sur un mode personnel, puis en tant que journalistes. Quelle place prend cet exercice singulier du journaliste au côté ou au sein des rédactions ? Quelle place occupent aujourd’hui les réseaux sociaux dans le journalisme ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jean-Sébastien Barbeau : « Le blog en 2017 est un outil d’indépendance pour les journalistes, même si c’est à relativiser. Le blog supprime en totalité ou en partie la chaîne de production. Le journaliste est tout à la fois : rédacteur, secrétaire de rédaction, rédacteur en chef. Jamais les journalistes n’ont occupé autant de rôles et de fonctions. Ils ont le sentiment que plus personne ne regarde au-dessus de leur épaule. »

Mélissa Bounoua : « Le blog est la meilleure manière d’apprendre à développer une ligne éditoriale. C’est aussi le cas des réseaux : on peut éditorialiser des tweets et des posts sur Facebook. Bien sûr, cet exercice est additionnel aux médias mais c’est important que les médias soient présents sur ce créneau. Aujourd’hui, c’est une source d’information à part entière. Certains vont même jusqu’à dire que Twitter est un nouveau fil d’agence de presse. »

Clara Schmelck : « Quand j’étais à l’Ecole Normale Supérieure, on m’a toujours habituée à une écriture universitaire. Avec Twitter j’ai découvert l’écriture en 140 caractères. C’est un outil pour journalistes et apprentis journalistes également. C’est un complément essentiel dans les écoles de journalisme pour apprendre à écrire bref, à synthétiser sa pensée. C’est aussi une forme d’outil démocratique. L’avenir de Twitter est à mon sens d’être un outil beaucoup plus éditorial, d’avoir une identité plus forte. » 

Jonathan Hauvel : « Au Bondy Blog à Bruxelles, nous travaillons avec des étudiants. Ce qui est intéressant, c’est de remarquer qu’aujourd’hui, ils sont beaucoup à utiliser Twitter sans voir toutes les possibilités que ça offre. Prenons un exemple. Quand je parle aux étudiants de la veille journalistique et que je leur demande qui connaît l’outil Tweet Deck, il sont peu nombreux à lever la main. Par ailleurs, ce n’est plus seulement le média qui parle mais le citoyen, le journaliste. A mon sens, cette personnalisation est importante pour les jeunes. »

À RETENIR

Les blogs et les réseaux sociaux amènent les journalistes à réfléchir à de nouvelles formes d’écriture et les obligent à synthétiser leurs idées, à s’adapter. Twitter, en particulier, instaure une vraie proximité. Le journaliste tweete en son nom, et crée une relation privilégiée avec son lecteur, qui peut interagir avec lui. La proximité et la liberté d’expression offertes par le réseau social sécrètent aussi leurs effets pervers et peuvent mener à des critiques virulentes en direct.

Léna Soudre

[ENQUÊTE] Facebook
va-t-il tuer les sites
des médias ?

En deux ans, les réseaux sociaux et Google ont bouleversé la manière de consommer l’info avec des outils qui optimisent la lecture des articles sur smartphone. Une innovation qui ravit tout le monde, mais qui n’est pas sans risques.

« Il se peut que dans 10 ans, Facebook et Google soient les seuls éditeurs d’infos », selon Lyès Jmili de France Médias Monde. Photo : Bastien Bougeard

 

Chaque matin, vous partez au travail smartphone en main. En chemin, vous consultez votre réseau social préféré. Entre deux photos de vacances et trois publicités, vous voyez qu’un journal publie une nouvelle importante. Vous cliquez mais vous n’arrivez pas sur le site du journal qui a produit le contenu. Une simple page avec le contenu logo du quotidien et le nom du journaliste apparaît et vous lisez votre article depuis Facebook ou Google. Ces petits outils s’appellent Google AMP (accelerated mobile pages) ou Facebook Instant article. Leur recette ? Ils optimisent la lecture sur smartphone en chargeant plus rapidement les pages, sans renvoyer chez les médias producteurs. Même si les médias restent très discrets, le nombre de pages consultées explosent, selon les spécialistes. Une certitude : ces deux innovations apparus il y a deux ans en France, touchent un large public, pas forcément habitués aux sites médias. 

France Média Monde, qui regroupe France 24 et la radio RFI, utilise Facebook Instant article et Google AMP. « Nous vivons avec depuis mai dernier, explique Lyès Jmili en charge du buisness developement du département numérique. Après plusieurs mois d’exploitation, nous tirons un bilan très satisfaisant. » L’avantage, c’est que les pages prennent très peu de temps à charger. « Les Facebook Instant pages comportent très peu de données. Nous couvrons certains territoires, notamment en Afrique où la connexion internet n’est pas optimale. C’est un réel plus pour le lecteur. » Mais Lyès Jmili reconnaît qu’Instant article peut faire baisser le trafic vers le site web. « France Médias Monde étudie la possibilité que le site devienne seulement une vitrine pour nos application mobiles. On ne publierait plus rien sur un site. »

Des éditeurs britanniques unis pour garder le contrôle

Du côté du Parisien, le son de cloche est un peu différent. Guillaume Bourzinien, manager du marketing digital se félicite du gain « pratique. Quand on publie un article sur le site du journal, il se retrouve sur Facebook. » Pour lui, la mort des sites web n’est pas pour dans dix ans. « Au Parisien, utiliser Instant article permet de créer des passerelles vers le site web du journal. » Il estime que les lecteurs continueront de se rendre sur les sites web. « Sur internet, beaucoup de fausses informations circulent et les lecteurs continueront d’aller sur les sites d’informations pour vérifier la véracité des faits. »

Mais une crainte est en train d’émerger dans les rédactions : que Facebook prenne de plus en plus de pouvoir sur les éditeurs. Comme le raconte un article du New York Times, des médias britanniques cherchent à faire front commun pour garder le contrôle de leurs publications sur le réseau social. Pour David Douyère, ce risque n’est pas nouveau. « Amazon a essayé d’imposer ses prix par rapport aux livres numériques et sur les livres papiers. Il a fallu que les bibliothèques montent au créneau pour qu’ils aient encore la main sur ces questions. Ici, Facebook et Google ont une forte emprise sur le public et c’est logique qu’ils puissent avoir ce désir. »

Du côté du Parisien, Guillaume Bourzinien estime que les réseaux sociaux « n’ont aucun intérêt à vouloir imposer leurs règles et remplacer les rédacteurs en chef. Et il faut que les titres de la presse française se parlent et s’entendent pour sauvegarder leur indépendance ». Pour sa part Lyès Jmili, concède que ces innovations ne sont « pas faites pour les beaux yeux des médias. » Mais il reste confiant sur le sujet car « en France, il y a un arsenal législatif important. L’autorité de la concurrence peut intervenir en cas de problème. De plus, Google et Facebook ne se font pas la guerre sur le contenu mais plutôt sur la pub qui génère beaucoup plus de revenus. »

60 centimes pour 1000 impressions

La publicité, c’est l’autre nerf de la guerre sur ces nouveaux outils. Quelles les recettes publicitaires les éditeurs peuvent-ils espérer grâce à ces nouveaux dispositifs. « La répartition des recettes entre le réseau social et l’éditeur n’est pas clair, admet Lyès Jmili. Mais je sais que Facebook nous rémunère juste au-dessus du minimum légal. A savoir 60 centimes les 1 000 impressions. »

Le problème, c’est que Facebook a la main mise sur tout le processus publicitaire. Dans un premier temps, le réseau social travaille avec l’annonceur et lui fait plusieurs offres. C’est Facebook qui fixe le prix de l’encart publicitaire. L’entreprise américaine s’entretient ensuite avec les éditeurs pour fixer la distribution des différents encarts publicitaire. Les éditeurs ne savent pas à quels prix l’encart pub a été acheté par l’annonceur. « La marge que dégage Facebook est importante, souligne Lyès Jmili. Mais comme ce n’est pas clairement dit, c’est difficile de contester. »

Minutebuzz a fermé son site

Pourtant, des médias n’hésitent pas à jouer la carte du tout social. C’est le cas de minutebuzz. En octobre dernier, le pure player prend le pari de miser sur les réseaux sociaux. Fermeture du site web, transfert du contenu sur les différents réseaux sociaux, changement de la ligne éditoriale. « Les plateformes ont envahi les mobiles et ne génèrent plus de trafic », explique le fondateur du siteMaxime Barbier dans une vidéo. «Les articles sont dépassés, les millennials (les personnes nées à partir de 1980) bloquent de plus en plus les pubs. Prerolls (pub avant une vidéo, ndlr), display-roll (pub pendant une vidéo, ndlr), ils n’en veulent plus ! », assure Laure Lefèvre, directrice de la publication. Pour survivre, la start-up s’est également lancé dans le brand-content, des contenus éditoriaux sponsorisés par une marque. EDF, AccorHotels ou encore Danone sont les principaux clients. «Nous renonçons à cette audience, celle du site web, mais c’est pour concentrer toute notre énergie sur une autre : 8 millions de 18-35 ans nous suivent sur les plateformes sociales et nous voulons doubler ce chiffre», explique encore Maxime Barbier sur le site du magazine stratégies. Nous avons contacté les fondateurs de minutebuzz sur ce sujet via les réseaux sociaux. Etrangement, aucun ne nous a répondu.

Bastien Bougeard

[EN PLATEAU] Olivier Ravanello, co-fondateur d’Explicite

Olivier Ravanello était spécialiste des questions internationales sur Itélé. Le 22 octobre 2016, il décide de démissionner. Il est désormais président du collectif les Journalistes associés qui réunit plus de la moitié des 97 journalistes qui ont quitté la chaîne d’info depuis novembre. Ensemble, ils ont formé Explicite, un projet inédit dans sa forme : les contenus sont intégralement diffusés sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, il ne manque que les financements pour que le modèle économique soit viable. 

[DÉCRYPTAGE] Journalistes réseaux sociaux chez France Info : mi-actu, mi-Twitter

Les journalistes community manager sont de plus en plus présent dans les rédactions. Photo : Martin Esposito

Ils sont de plus en plus présents au sein des rédactions. Les journalistes community manage  alimentent les réseaux sociaux des différentes journaux. Au sein de la chaîne France Info, ce métier a pris une place importante.

Un éclair blanc dans un cercle rouge estampillé du logo France info apparaît dans votre timeline twitter. Intrigué vous cliquez. #Troadec Les recherches pour trouver les corps de la famille ont repris en présence du suspect dans sa ferme du Finistère (procureur). Tous ces tweets et posts, qu’ils soient humoristiques, informatifs ou encore une réponse à une question d’un internaute, ils sont le fruit d’un nouveau type de journaliste. Le journaliste réseaux sociaux.

Mais qu’est-ce qu’un journaliste réseaux sociaux ? Ce nouveau métier est un dérivé du community manager. Et qu’est-ce qu’un community manager ? Si on s’en tient à la définition du dictionnaire, son rôle est de fédérer et animer des communautés d’internaute pour le compte d’une entreprise, d’une marque etc. Dans le but d’attirer de nouveaux clients. En somme de la communication.

« Nous préférons l’appellation journaliste réseaux sociaux, précise Jullian Colling qui travaille chez France info. Nous sommes avant tout journaliste. » Yann Schreiber est également journaliste réseaux sociaux pour la chaîne d’information du service public. « C’est une conception différente du métier de journaliste. Nous nous appuyons sur les productions de France info. Nous essayons de trouver un angle ou une accroche qui s’adapte sur les réseaux sociaux avec des sons, ou des vidéos utilisé pour un reportage qui a été diffusé. » Désormais incontournable dans le milieu de l’information, les réseaux sociaux sont une source de trafic capitale pour les médias. Chez France info, on a tenu à mobiliser le plus de moyens possibles sur les réseaux. « Nous sommes une équipe de quatre journaliste, explique Yann Schreiber. Moi par exemple je fais beaucoup de desk, mais nous avons des équipes qui font régulièrement des Facebook live par exemple. » Ce métier très récent au sein des rédactions est appelé à se développer. « De plus en plus de rédactions découvrent les différents aspects des réseaux sociaux. »

« Il y a beaucoup de try and fail (rires). Mais le poste de journaliste réseaux sociaux est amené à se développer rapidement. » Avec l’évolution des réseaux sociaux, ce profil de journaliste deviendrait très recherché par les rédactions. De là à être incontournable dans les rédactions ? Yann Schreiber préfère botter en touche. « Si on suit le cours actuel en matière de digitalisation de l’information, alors ces postes sont amenés à se multiplier et à devenir incontournable. Mais peut être que dans dix ans twitter n’existera plus et on pourra parler avec notre frigo, rigole-t-il. Les audiences continueront de se déplacer dans les dix prochaines années en fonction des différentes inventions. Faire des projections sur dix ans me semble très compliqué. » Julian Colling admet que de plus en plus de postes de journalistes réseaux sociaux vont faire leur apparition. Mais comme ces outils « sont le premier vecteur d’information, donc tout le monde mise sur Facebook et Twitter pour faire passer l’information au plus vite. Nous pouvons perdre en fiabilité. Il ne faut pas tout miser dessus et mettre les réseaux sociaux sur un piédestal. Le reportage reste important, au même titre que la presse écrite. »

Bastien Bougeard