[INTERVIEW] Gaëtan Després : « L’éducation aux médias, c’est une autre façon d’apprendre »

Professeur des écoles à Bourgeuil en Indre-et-Loire, Gaëtan Després a créé il y a dix ans le projet des élèves reporters avec ses CE2. D’abord, pour écrire des articles sur la vie de la classe et les publier sur le site de l’école. Puis sur les événements extra-scolaires des désormais petits reporters. Ces élèves de primaires ont décidé en 2014 de proposer à d’autres jeunes, en France et dans le monde, d’écrire sur leur blog. Chaque article écrit est corrigé et commenté par un étudiant en journalisme de l’EPJT. Enfin, le projet s’est ouvert aux jeunes jusqu’à 18 ans l’an dernier et change de nom : les jeunes reporters. L’occasion de revenir sur un projet d’éducation aux médias précurseur, qui évolue sans cesse.

Gaëtan Després, directeur de la publication des jeunes reporters 8/13 ans, accompagné à gauche de Fabienne Sourdeau, directrice de la publication des 13/18 ans et à droite de Sarah Bertrand, administratrice du blog 8/13 ans. Pour compléter l’équipe, Raphaël Hamza, administrateur du blog 13/18, absent sur la photo puisqu’en reportage à Barcelone avec ses élèves. Photo : Marcellin Robine

Vous êtes impliqué dans les jeunes reporters depuis le début, d’abord pour souder une classe mais aussi pour faire de l’éducation aux médias. Était-ce une thématique déjà présente dans vos enseignements ?

Je crois que je participe à la semaine des médias du CLEMI depuis sa création. Donc, oui, c’est important pour moi. L’éducation aux médias, c’est une autre façon d’apprendre, c’est le meilleur moyen de découvrir et de voir l’information. Aujourd’hui, le projet est sorti de la classe. Mais ce sont les élèves qui l’ont décidé. Ce sont eux qui ont pris toutes les décisions depuis 10 ans. Et d’autres classes ont intégré ce projet dans leurs cours.

Le partenariat avec l’EPJT vous a permis de faire du français avec vos articles et fait travailler des classes, plus uniquement sur le blog maintenant.

Oui, aujourd’hui, à la Maison familiale rurale (MFR) de Bourgeuil, une classe de 4e et une autre de 3e ont choisi d’intégrer le projet jeunes reporters dans leur Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Avant une sortie à l’extérieur de leur MFR, les élèves écrivent des questions, se renseignent. Ils savent qu’ils vont ensuite écrire un article. C’est une manière d’aborder de nombreux sujets et de mieux capter l’attention. Les corrections passent mieux que lors d’un cours de français classique.

Interviewer et rencontrer des personnalités du spectacle, de la politique ou du journalisme, c’est aussi motivant pour les enfants.

Ils travaillent beaucoup leurs articles : lorsque deux élèves ont interrogé Kendji, elles avaient travaillé deux semaines sur leurs questions. Pareil pour Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, lors du Congrès national des Pompiers en septembre 2016 à Tours. C’est intéressant pour eux de poser des questions qui les intéressent réellement.

Pensez-vous que les contenus journalistiques destinés aux enfants sont suffisants, notamment à la télévision ?

Ces dernières années, on voit une amélioration dans les journaux télévisés, il y a des pictogrammes qui sont apparus. Les jeunes reporters  ont une vision à eux de l’actualité qui est intéressante. Je verrais bien une émission d’info présentée par des enfants. Je sens qu’il y a une demande mais on avance doucement. On est dans la bonne voie.

Quel est votre plus grande fierté avec ce projet jeunes reporters ?

Les larmes de joie des parents lorsqu’ils voient leurs enfants se dépasser pour poser des questions. Ça n’est pas toujours facile pour les enfants d’aller faire des interviews. L’objectif n’est pas de former des journalistes mais des citoyens capables de s’informer. Un jour, un élève m’a dit qu’il voulait devenir maître. Le projet était donc réussi.

Propos recueillis par Marcellin Robine

Pour aller plus loin :

[ENQUÊTE] Les enfants, les grands oubliés des JT

[REPORTAGE] Dysturb dissèque l’info avec les ados

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Les photojournalistes conseillent les élèves de la section photo du lycée Victor Laloux. (Crédit photo : Noémie Lair)

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