Nos Facebook live : « C’est quoi le journalisme dans dix ans ? »

À travers neuf vidéos de journalistes issus de différents médias, une même question : dans dix ans, à quoi ressemblera l’information de votre média/pays ?

David Carzon est le directeur adjoint de la rédaction de Libération. La question : « comment va évoluer votre quotidien d’ici à dix ans ? »


Nassira El Moaddem est la rédactrice en chef du Bondy Blog. Ce pure player « raconte les quartiers populaires et fait entendre leur voix dans le grand débat national ». La question : « quelle diversité dans les médias dans dix ans ? »

Éric Mettout est le directeur adjoint de la rédaction de l’hebdomadaire L’Express. La question : « où en sera L’Express dans dix ans ? »

Hicham Mansouri est un journaliste originaire du Maroc. Depuis avril 2016, il s’est exilé en France, à la Maison des Journalistes, à Paris. La question : « quel journalisme dans dix ans au Maroc ? »

Raphaël Garrigos est l’un des fondateurs du pure player LesJours.fr. La question : « comment imaginez-vous LesJours.fr dans dix ans ? »

Aurore Gorius est une journaliste d’investigation en free-lance. Elle a notamment collaboré avec le site LesJours.fr. La question : « à quoi ressemblera le journalisme d’investigation dans dix ans ? »

Francis Morel est le directeur général du groupe Les Échos et Le Parisien-Aujourd’hui en France : La question : « ce sera quoi, informer dans dix ans ? »

Laurent Guimier est le directeur de la rédaction de France Info. La question : « à quoi ressemblera la radio chez vous dans 10 ans ? »

Jérôme Fenoglio est le directeur du Monde. La question : « quel avenir pour votre quotidien dans dix ans ? »

Vidéos et article réalisés par Naïla Derroisné et Mathilde Errard.

 

 

[INTERVIEW] Pascale Clark : « Un autre son est possible »

Avec BoxSons, Pascale Clark, ancienne grande voix de France Inter, se reconvertit dans le podcast. Et elle souhaite changer nos habitudes. 

Pascale Clark n’oublie pas que la radio, c’est le son avant tout. Photo : Lucie Martin

 

Quelle est l’originalité de votre projet ?

Boxsons est un média sonore indépendant. Média, parce que c’est l’actualité qui est notre matière première, même si on se paye le luxe de choisir ce qui nous intéresse et d’y passer du temps. Sonore, parce c’est le son qui nous guide, nous croyons à la force du son et au pouvoir des vocations qu’il entraîne. Indépendant, ce n’est pas juste une coquetterie ou un mot : nous avons choisi de sortir sans publicité et sans l’argent de ces cinq ou six grands financiers qui détiennent tous les médias français. Tout le monde regarde ailleurs, mais c’est extrêmement préoccupant. La sanction peut être sournoise et peut parfois prendre la forme de l’autocensure. Tant qu’à créer un média aujourd’hui, autant échapper à cette mainmise. C’est plus compliqué car nous dépendons uniquement des abonnés, nous avons fait le pari d’un modèle payant. Nous essayons de créer une communauté qui pense comme nous qu’un autre son est possible, un son qui n’a plus de contrainte, un son qui est travaillé par des professionnels du son.

 

Le son peut-il rivaliser avec l’image ?

L’image est partout et dès le début nous ne voulions pas de vidéo sur BoxSons. Parce qu’elle n’apporterait rien, parce que c’est un autre métier et parce que nous sommes déjà sous une avalanche d’images. Il n’y a plus beaucoup de son à la radio. Le son est pourtant tellement incroyable, c’est le pouvoir de l’imagination.

 

Quelles sont les différences entre le podcast et la radio traditionnelle ? 

Nous passons du temps pour réaliser nos sujets, on passe du temps avec les gens qu’on interviewe. Ensuite, les gens écoutent quand ils veulent, dans la jungle urbaine, dans le métro puisqu’on peut télécharger avant, en voiture, dans son tracteur pour les agriculteurs qui labourent, sur son ordinateur en cuisinant, sur son tapis dans la salle de gym. Nous avons même crée des podcasts pour aider les insomniaques à dormir. C’est pour toutes les situations de la vie… On peut écouter du son de manière légère sans que cela soit nécessairement de la musique. On cherche à accompagner la mobilité et le quotidien. Notre vocation, c’est de multiplier les formes et les formats. Il y aura du très long parce qu’on n’en trouve plus ailleurs, mais il y aura aussi du très court. Certaines personnes choisiront justement selon la durée du podcast.

Propos recueillis par Colin Mourlevat

 

 

 

 

[LE RÉSUMÉ] « La radio dans 10 ans ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « La radio dans 10 ans ? »

Pour Pascale Clark, la radio filmée n’est pas le futur. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jean-Charles Verhaeghe, journaliste à la Lettre Pro de la Radio, formateur au CFPJ et consultant, avec Philippe Antoine, directeur de la rédaction de RMC, Erwan Gaucher, directeur numérique de France Bleu, Claire Hanzan, rédactrice en chef vidéo et nouveaux formats sur Europe 1, Joël Ronez, producteur, cofondateur de Binge Audio, et Pascal Clark, journaliste, co-créatrice de BoxSons.

 

LES ENJEUX

Avec l’arrivée du digital, les usages de la radio ont changé. Et cette tendance va en s’accélérant. Cela implique une adaptation des rédactions à ces changements, à la fois dans la manière de produire des contenus mais aussi dans la manière de les diffuser. Plus largement, comment imaginer la radio dans dix ans ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Philippe Antoine : « Le pari est d’additionner le son et l’image. On peut continuer la radio en ajoutant la fonction image, ce n’est pas incompatible. Il y a un équilibre à trouver mais on choisit la manière dont on regarde ou écoute la radio. Il faut juste que l’auditeur ne devienne pas téléspectateur. »

Erwan Gaucher : « L’auditeur ne se pose plus de questions : il écoute la radio dans la voiture, écoute sur internet au travail et utilise l’appli dans le métro. Il faut adapter ce changement de support et emmener les contenus où se trouvent les auditeurs. »

Claire Hanzan : « Les réseaux sociaux sont un carrefour d’audience et il faut y être. Chaque support a sa grammaire. Donc il y a plein de lignes éditoriales à trouver. Ce qui intéresse est de savoir si le contenu est pertinent. Cela replace le contenu au centre. »

Joël Ronez : « Le grand défi, ce sont les jeunes. Ils écoutent de la musique. Mais pas de radio ni de télé. Ce qui marche, ce sont les formats différents comme Brut. Donc il faut trouver les bons contenus. Pour les jeunes, s’il n’y a que du son, ça n’existe pas. »

Pascale Clark : « Il y a la radio mobile, vidéo, mais on oublie que la radio, c’est du son. Dans 10 ans, j’espère que le son reviendra au centre. »

 

À RETENIR

La radio est en pleine mutation. Il y a d’abord l’arrivée de l’image à la radio. Certaines radios vont vers la radio filmée, voire la radio diffusée à la télévision. Mais pour certains, cette pratique met le son de côté, ce qui fait perdre l’essence même de la radio. Il y a aussi un passage vers le mobile et la mobilité. Le podcast est en plein expansion et il est devenu important pour les radios, qui proposent des millions de podcasts chaque mois. BoxSons, par exemple, mise là-dessus en proposant des contenus à écouter calmement. L’auditeur peut-il écouter sa radio tranquillement ? C’est la dernière réflexion sur laquelle les invités ont débattu. Qui sera l’auditeur dans dix ans ? La réponse est peut-être qu’il faudra s’adapter aux méthodes de consommation des auditeurs qui écoutent de moins en moins la radio dans leur poste mais plutôt sur internet.

Maxime Taldir

 

50 ans de journalisme : quels changements ?

Sur le papier, sur les ondes ou sur le petit écran… En quatre décennies, de nouvelles technologies sont arrivées dans nos habitations et ont changé les méthodes de travail des journalistes. D’anciennes techniques ont été abandonnées pour laisser place à des outils toujours plus performants. Et des bouleversements économiques et institutionnels ont, parfois, perturbé les rédactions. Ces évolutions ont été choisies et classées de manière non-exhaustive.

[ENQUÊTE] Radio Numérique Terrestre (RNT), je t’aime, moi non plus

Et si nous laissions de côté la bonne vieille bande FM ? À l’heure du tout numérique, seule la radio semble résister. Pourtant, la volonté est digitaliser également ce support. Le CSA parle du meilleur, d’autres évoquent le pire.

La Radio Numérique Terrestre est un vaste projet de modernisation du réseau radiophonique, qui depuis des années peine à voir le jour. Photo : Hugo Noirtault

Depuis le début des années 2010, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) songe très fortement à basculer sur la radio numérique terrestre (RNT), une sorte de TNT mais pour les transistors. L’objectif est de ne plus émettre par des ondes, mais par des fréquences binaires, comprises par des ordinateurs. Tel que présentée par le CSA, la RNT est pleine d’avantages : meilleure qualité, plus de choix de stations… Mais cela suppose de rééquiper tous les foyers et toutes les voitures avec des équipements adaptés. Des investissements contraignants mais nécessaires selon le CSA, soutenu par Radio France, mais inutile selon les groupes privés. Pour Europe 1, NRJ, RMC ou encore RTL, l’avenir se trouve plutôt dans la webradio. Et ce refus des grandes radios nationales risque bien de compromettre le passage à la RNT.

« Les équipements FM sont vieux »

Pour découvrir la radio numérique, direction Oslo. Connue pour sa neige, ses élans et son étrange alphabet, la Norvège s’est aussi faite remarquer en début d’année grâce à son DAB (Digital Audio Broadcasting), la version anglaise de la RNT. Depuis le 11 janvier, le pays scandinave est le premier à avoir débranché sa bande FM. Mais la décision de passer au DAB n’est pas nouvelle. Dès 1995, la NRK (la radio-télévision publique norvégienne) lançait sa première station totalement numérique. “La décision de passer au DAB a été prise en 2011, explique Øyvind Vasaasen, responsable du projet DAB à la NRK. Nous allons couper la bande FM région par région, pour qu’elle disparaisse d’ici la fin de l’année.”  Dans le grand nord, cette transition a des avantages pratiques et économiques. “Les équipements FM sont vieux. Et les réparer coûterait plus cher que de passer au numérique, poursuit Øyvind Vasaasen. Le but est bien sûr de ne pas perdre d’auditeurs, mais nous considérons que le DAB est nécessaire pour moderniser la radio. La question n’était pas de savoir si nous allions le faire ou non, mais de savoir quand.”

Plus près de chez nous, la Suisse devrait être le prochain pays à effectuer le digital switch over (basculement de la FM au DAB). Mais la France, elle, est à la traîne et est encore loin d’effectuer cette transition.

La mutinerie des radios privées contre le capitaine CSA

Ce retard à l’allumage, les grands groupes privés en sont en grande partie responsables. RMC, Europe 1, RTL ou encore NRJ ne croient pas en l’avenir de la RNT. “[Nous] sommes convaincus que l’avenir de la radio numérique se fera via les réseaux IP”, ont-ils expliqué lesdits groupes privés devant le CSA fin mai 2012. Selon eux, la principale raison est “l’absence de modèle économique viable pour la RNT”. Un investissement trop cher pour ces radios, par rapport aux webradios, gratuites. Les radios privées misent d’ailleurs tout sur le web. Le groupe NRJ héberge près de 200 webradios, pour toucher tous les publics. De NRJ R’N’B à NRJ Reggae, en passant par NRJ fitness, il y en a pour tous les goûts. Si les radios font tout pour être écoutées, les faire parler est plus compliqué. Sollicitées par nos soins, toutes ont fait la sourde oreille.

« La RNT n’est pas une alternative à la FM »

Mais malgré ces réticences, le CSA compte forcer la main. Après des essais à Paris, Marseille et Nice, le conseil supérieur de l’audiovisuel souhaite une couverture totale du territoire d’ici 2023. Un défi compliqué quand on sait que seul 20% du pays possède la RNT aujourd’hui. “Mais la FM ne s’est pas construite d’un coup non plus”, expliquait Patrice Gélinet à Télérama en décembre 2016. Pour l’ancien membre du CSA,“il faut accepter la lenteur de ce processus. La RNT n’est pas une alternative à la FM. Une des erreurs du CSA dans le passé a sans doute été de considérer qu’il fallait l’imposer comme telle.” Aujourd’hui, une des clés du renouveau de la RNT en France est la récente adhésion du groupe Radio France au projet. Ainsi, sous l’influence de la ministre de la Culture Audrey Azoulay, trois stations du groupe sont passées sur la RNT : Mouv’, Fip et RFI. “Un départ, un signe” pour Patrice Gélinet. Mais des débuts timides pour le service public, qui a encore cinq stations sur la bande FM. Les transitions de France Inter, France Culture ou encore France Musique ne sont pas prévues faute de moyens.

Pour l’heure, seul six acteurs français sont membres de la WorldDAB, l’institution qui gère la transition vers la radio digitale dans le monde. Parmi les tricolores, France Médias monde (Rfi, France24) et Radio France, mais aussi les diffuseurs d’audiovisuel TDF et Digidia, ainsi que les entreprises spécialistes de l’électronique automobile Parrot Automotive et Clarion. Car la voiture est l‘un des principaux enjeux de la RNT. Un enjeu qui fait d’ailleurs peur aux Norvégiens. “Notre principal défi ce sont les véhicules. Tout le monde écoute la radio au volant. Aujourd’hui, seules trois voitures sur dix sont équipées pour la radio numérique en Norvège.” Passer au numérique nécessite un ré-équipement important de son véhicule. Une démarche qui coûte environ une centaine d’euros chez un garagiste.


Infographie de popoutmag.com, basée sur une étude Edison Reasearch

La RNT pour se différencier

Outre Radio France, d’autres groupes, moins connus mais pas moins écoutés, font le pari de la RNT pour se démarquer. Parmi eux, le groupement Les indés radio. Fondées en 1992, ces 132 stations locales (Alouette, Totem, Tendance Ouest…) représentaient la meilleure part d’audience en France en janvier 2017 (15,7% selon Médiamétrie), loin devant RTL (12,7%) ou encore le groupe NRJ (10,7%). Des résultats obtenus sur la bande FM. Mais le groupe mise aussi sur le numérique pour devancer les groupes privés.

Malgré les efforts, la RNT semble aujourd’hui au point mort. Quant la quasi-totalité des Français connait et utilise la télévision numérique terrestre (TNT), 75 % d’entre eux n’ont même jamais entendu parler de son équivalent radiophonique. Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre de récepteurs RNT atteigne à peine les 400 000 en France.

Maxime Taldir et Hugo Noirtault

[ENTRETIEN] Najat Vallaud-Belkacem : « Créer au moins un média par collège et par lycée »

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, l’éducation aux médias est devenue une des priorités du Gouvernement. C’est ce qu’affirme la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Balkacem, qui a accepté de nous répondre… par écrit et sans apporter de réponses à toutes nos interrogations, notamment sur le rôle, depuis plus de 30 ans, du Clémi, le Centre de liaison de l’enseignement et des médias de l’information. La ministre prend toutefois l’engagement que l’éducation aux médias ne dépendra plus, désormais, du bon vouloir de chaque établissement.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation Nationale, tient à renforcer l’éducation aux médias dans le système éducatif français. Un enseignement qui est intégré à la réforme du collège. Crédit : Philippe Devernay.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, tient à renforcer l’éducation aux médias dans le système éducatif français. Un enseignement qui sera intégré aux programmes scolaires dès la rentrée prochaine. (Photo: Margot L’hermite)

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[REPORTAGE] La radio pour sensibiliser à l’info

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, l’Education nationale veut renforcer l’éducation aux médias dans les établissements scolaires. Faire la différence entre ce qui est de l’information et ce qui n’en est pas, décrypter les médias et développer son esprit critique sont les principaux axes défendus par le ministère. Le collège Jules-Romains, à Saint-Avertin (Indre-et-Loire), n’a pas attendu les tragiques événements de janvier et novembre pour sensibiliser ses élèves aux médias et à l’information.

La classe de 5° du collège Jules-Romain, présente aux Assises du journalisme, espère pouvoir réaliser un reportage et de rencontrer des journalistes. Crédit photo : Apolline Merle.

La classe de 5° du collège Jules Romains, présente aux Assises du journalisme, espère pouvoir réaliser un reportage et de rencontrer des journalistes. Photo : Apolline Merle/EPJT


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