[INTERVIEW] Frédéric Pommier : « Il faut s’interroger sur la place accordée à nos aînés »

Frédéric Pommier est journaliste à France Inter. Sa chronique de décembre 2017 alarme sur les conditions de traitement des personnes âgées dans les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Publié aux éditions Équateurs Littérature, son livre Suzanne alterne entre le récit de la vie de sa grand-mère et son parcours en Ehpad. Il dépeint la dure réalité de son traitement où le soin a bien souvent fait place à la négligence.

Frédéric Pommier, auteur de Suzanne, au salon du livre des Assises internationales du journalisme. (Photo Louise Gressier / EPJT)

Le livre raconte la vie de Suzanne, votre grand-mère. Comment avez-vous réuni autant de détails sur elle ?

Frédéric Pommier : Elle a toujours raconté sa vie à nous, ses petits-enfants. Et pour aller plus dans les détails, j’ai passé des heures et des heures au téléphone avec elle. Je me suis aussi basé sur un récit que ma grand-mère avait écrit il y a vingt ans. Pendant quinze ans, elle a pris des notes sur ce qu’elle avait vécu pendant son enfance et son adolescence. Je me suis appuyé sur ces souvenirs qu’elle avait déjà fait ressurgir. Je l’ai interrogée plusieurs fois. Et c’est comme ça qu’elle a réveillé d’autres souvenirs. Je me suis aussi appuyé sur une correspondance et le journal intime de mon grand-père, Pierre, qu’il a écrit durant les six dernières années de sa vie. Parfois, je lui faisais référence à des faits dont il faisait allusion et elle réagissait. Tout cela, ça a fait surgir des souvenirs de voyage, de vacances. Évidemment, si j’avais utilisé toutes ces informations, mon livre aurait sans doute fait mille pages. J’ai sélectionné ce qui me semblait le plus parlant, le plus amusant parfois à écrire.

Suzanne est une femme de caractère qui avait soif d’aventures. Elle rêvait d’être comédienne à New York. Elle ne se préoccupe pas de la mort, ça ne l’intéresse pas. Est-ce une manière de mieux vivre la vieillesse ?

F. P. : Elle n’a jamais trop supporté dans la réalité de voir son corps décrépir. Elle a fait du tennis et a conduit jusqu’à assez tard, trop même. Comme beaucoup de personnes, elle n’accepte pas l’idée d’être devenue moins alerte. Elle voudrait continuer de conduire, même si elle ne peut plus se tourner. Tant qu’elle peut appuyer sur les pédales, elle voudrait continuer. Je ne sais pas si elle est exemptée du fait qu’on puisse bien vieillir. Les deuils qu’elle a vécus, à mon avis, c’est normal à son âge. Ce sont toujours des moments qui la rendent extrêmement triste, comme la mort de son fils et son mari. On peut vivre avec ses deuils, on peut se remettre de ces épreuves.

Pensez-vous qu’on puisse inventer un modèle social permettant de mieux traiter nos personnes âgées ?

F. P. : Je pense effectivement qu’il faut que l’on se sente tous concernés, que l’on y réfléchisse. Les personnes âgées appartiennent aujourd’hui à une catégorie de population « invisibilisée ». Tout comme celle des prisonniers. Ce sont des gens qu’on ne voit pas dans la rue, ni à la télévisionn ni dans les journaux, parce que ça ne fait pas plaisir de s’intéresser à des gens d’une grande classe d’âge. Je pense qu’il faut se demander si ce sont les Ehpad qu’on veut voir se développer. Les Français sont de plus en plus nombreux à vivre vieux. Un lycéen sur deux aujourd’hui sera centenaire. À ce rythme-là, je crains que l’on soit contraint d’ouvrir de nouveaux établissements calqués sur le modèle actuel. Faut-il que le secteur soit obligatoirement en partie marchand ? Je ne suis pas sûr qu’il y ait plus de dysfonctionnements dans les établissements à but lucratif que dans les établissements publics. Et au moins, on peut s’interroger sur la place que l’on veut accorder à nos aînés, le livre pose cette question au lecteur. Il avance aussi le sujet de la mémoire, du dialogue entre les générations.

Propos recueillis par Victoria Geffard.

[INTERVIEW] Patrick Poivre d’Arvor : « Je raconte l’ambition et le pouvoir politique et médiatique »

Patrick Poivre d’Arvor a été le présentateur phare du JT de 20 heures de TF1 pendant plus du 20 ans. Présent au Salon du livre du journalisme à Tours, il nous parle de son dernier roman La vengeance du loup paru en janvier 2019 aux éditions Grasset.

Patrick Poivre d’Arvor, auteur de La vengeance du loup
(Photo : Louise Gressier / EPJT)

 

Votre livre dépeint l’ascension sociale d’un jeune homme aux dents longues. Vous sentiez- vous, comme Charles votre héros, prédestiné à une carrière publique ?

Patrick Poivre d’Arvor. Entre politique et journalisme, il y a une différence. L’idée de devenir président de la république ne m’a pas effleuré alors que mon héros, quand il perd sa mère à 12 ans, ne pense qu’à ça. J’ai mis un peu de moi en lui mais aussi dans le personnage de son père et de son grand-père. Le principe d’un roman est d’être dans le mentir vrai et dans les masques. Ce n’est donc pas une autobiographie.

Le format du roman vous permet-il de dire des choses que n’auriez pas pu dire autrement ?

PPDA. D’excellents confrères ont fait de grandes enquêtes journalistiques. Moi, j’aime beaucoup le genre du roman car on peut aller plus loin. Je l’ai déjà fait pour d’autres livres. J’aime la comédie de mœurs, la comédie humaine qu’on racontait beaucoup au XIXe siècle. On parlait de l’ambition chez Balzac, Stendhal, Maupassant, Hugo, etc. J’ai voulu faire la même chose, évidemment loin de leur talent. Mais j’ai travaillé sur le même ressort, à savoir l’ambition et le pouvoir, que ce soit politique ou médiatique.

Dans votre roman, le personnage principal, devenu un proche du président de la république, entretient une relation amoureuse avec une journaliste. Avez-vous vécu des situations de conflits d’intérêt entre médias et politiques ?

PPDA. Il y a eu des moments difficiles mais aujourd’hui, ils sont moins en moins nombreux. J’en parle mais j’ai pris du champ. En ce qui me concerne, j’ai eu des moments durs avec deux présidents de la république de bords différents. J’ai des confrères qui ont eu d’autres types de difficulté. Aujourd’hui, il semble bien compliqué pour un pouvoir politique de museler la presse. Ça a pu être possible dans les moments forts d’une majorité unique comme on a connu sous de Gaulle puis plus tard avec Mitterrand. J’en ai fait mon miel pour ce roman.

Le journalisme a-t-il toujours été votre plan de carrière ?

PPDA. Avant toute chose, c’était la littérature. J’ai commencé à écrire mon premier livre à 17 ans à Strasbourg. Le journalisme est venu en cours de route. J’ai écouté l’émission Envoyé spécial sur France Inter et ils cherchaient des jeunes qui voulaient faire le tour du monde. Alors j’ai dit oui et j’ai gagné au terme d’un an de concours. Mais ce n’était pas mon désir initial.

Le thème de la transmission intergénérationnelle est très présent dans votre roman. Faut-il savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va ?

PPDA. J’ai tendance à le penser. Moi, je sais d’où je viens, mes origines sociales sont modestes. Mes parents n’avaient pas un rapport énorme à la culture, contrairement à mes grands-parents. Mon père a vécu en Algérie dans les années 1940. Il était jeune, entre 17 et 21 ans. Il m’a donc raconté cette période que je trouve très romanesque. Le choix de l’Algérie est à la fois une belle toile de fond et un hommage à mon père qui nous a quitté l’année dernière.

Propos recueillis par Nathan Cocquempot et Amandine Sanchez

Le programme des Assises

La 12e édition des Assises internationales du Journalisme se dérouleront du 13 au 16 mars au MAME et au théâtre Olympia de Tours. « #LESMEDIAS, tous les mêmes ? » est le thème choisi pour cette année. Journalistes, éditeurs et citoyens seront amenés à s’interroger sur les pratiques journalistiques, la banalisation des discours de haine contre les journalistes ou encore la part de responsabilité de chacun dans cette crise. Ce sera également l’occasion de remettre en question cette expression devenue commune, #LESMEDIAS, qui nie les diversités éditoriales pour mieux contester le rôle d’une presse libre dans les démocraties. 

 

Lundi 11 mars 2019

De 20 heures à 23 heures 

Avant première du film Depuis Mediapart de Naruna Kaplan de Macedo.

 

Mardi 12 mars 2019

A 19 heures

Soirée débat à la bibliothèque centrale : l’info à portée de tous, à quoi servent encore les médias ?

 

Mercredi 13 mars 2019

Les Ateliers 

De 9 h 15 à 10 h 45

  • #Lesmédias. Informer en milieu hostile à l’étranger…et en France

 

  • Nouveaux médias : ils se sont lancés cette année

 

  • Quelles initiatives en Europe ? 

 

  • Donner le goût de l’info. Les initiatives des médias jeunesse

 

De 11 h à 12 h 30

  • Les entretiens de l’information : ils se sont lancés…et ça n’a pas marché

 

  • #Lesmédias. Les médias alternatifs : une information différente ?

 

  • #Lesmédias. Podcast : quand la presse papier monte le son

 

  • EMI : L’éducation populaire mobilisée

 

Jeudi 14 mars 2019

Les Ateliers 

De 9 h 15 à 10 h 45

  • Journalisme en résidence : bilan et prospective

 

  • Quel récit éditorial ultramarin en métropole ? 

 

  • La data au service de l’investigation 

 

  • #Lesmédias. Atelier recherche : la détestation des journalistes, une vieille histoire

 

De 11 h à 12 h 30

  • Le département invité des assises 2019 : Mayotte

 

  • Intelligence artificielle : les robots sont-ils nos amis ? 

 

  • #Lesmédias. Atelier recherche : diversité des journalismes et pluralisme de l’information

 

  • Présentation de trois initiatives médias / Quartiers populaires

 

Les débats

De 14 h à 16 h 

  • Femme dans les médias : bientôt l’égalité et la fin du harcèlement ? 

De 14 h à 15 h 30 

  • Présentation du rapport 2019 de l’observation de la déontologie de l’information avec Patrick Eveno

De 15 h 45 à 17 h 15

  • #Lesmédias. On vote dans deux mois : quelle Europe dans les médias ? 

De 15 h 45 à 16 h 15

  • Le baromètre social : la presse quotidienne régionale

De 16 h 15 à 18 h

  • Un comité d’éthique des médias d’information en France ? 

 

Le grand débat 

De 18 h 15 à 19 h 30

  • #Lesmédias tous les mêmes ? 

 

Les événements de la journée

De 12 h 30 à 13 h 

  • Intervention du ministre de la culture Franck Riester

 

De 19 h 30 à 20 h 15 

  • Remise des pris des Assises 2019 en présence des présidentes du jury Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin

 

Vendredi 15 mars

Les Ateliers 

De 9 h 15 à 10 h 45

  • Etudiants en journalisme, tous les mêmes ? 

 

  • Attentats, suicides, maladies graves : traiter du sensible

 

  • Droits voisins : un combat partagé

 

  • Enquête Scam : journaliste, auteur ou fournisseur de contenus ?

 

De 11 h à 12 h 30

  • Francophonie : réseau des journalistes d’investigation des deux rives de la Méditerranée

 

  • Culture du cœur : les oubliés de l’info ? 

 

  • Le blues du fact-checker et les moyens d’y remédier

 

  • #Europe : quel traitement éditorial en régions ? 

 

Les cartes blanches 

De 14 h à 14 h 45

  • Guy Lagache, directeur délégué aux antennes et à la stratégie éditoriale de Radio France

De 14 h 45 à 15 h 30

  • Gérald Bronner, sociologue, professeur à l’université Paris-Diderot et membre de l’institut

De 15 h 30 à 16 h 15

  • Gilles Bouleau, présentateur du JT de TF1

De 16 h 15 à 17 h 

  • Laurent Guimier, vice PDG d’Europe 1

De 17 h à 17 h 45

  • Dominique Wolton, directeur de recherche du CNRS

De 17 h 45 à 18 h 30

  • Hervé Brusini, directeur de l’information web France Télévisions et Pascal Doucet-Bon, directeur délégué de l’information France Télévisions

 

Les événements de la journée

De 13 h 30 à 14 h 

  • Remise des prix jeunesse de la ville de Tours

 

  • Conférence de presse des deuxième Assises internationales du journalisme à Tunis en octobre 2020

 

Des Workshops sont également organisés chaque jour sur inscription obligatoire et dans la limite des places disponibles : workshop@journalisme.com

Rémy Buisine : « La défiance envers les médias existe depuis longtemps »

(Photo : @remybuisine)

Le reporter du média social Brut, Rémy Buisine s’est fait remarquer grâce à son traitement des manifestations des Gilets jaunes. À travers ses Facebook Live et ses vidéos, le journaliste est très apprécié des acteurs du mouvement. Il nous explique comment Brut est différent des autres médias.

La Feuille : De quelle manière Brut s’est-il imposé comme un média différent des autres ?

Rémy Buisine : Le premier point est que Brut n’est que sur les réseaux sociaux. De plus, on n’est pas là pour donner notre avis sur l’actualité. L’objectif est de créer une conversation sur un sujet. On fait notre travail de journaliste : celui de rechercher les infos, de mettre en contexte les choses, que ce soit via les sujets ou les live. Comme on est un média directement connecté avec ceux qui nous suivent, on a leur retour en temps réel et des conversations peuvent se créer avec des gens qui sont d’accord ou non. Mais nous, on n’intervient jamais dans ces conversations. On a cette chance, grâce aux nouvelles technologies, d’avoir ces commentaires, ce qui fait qu’on est connecté avec notre audience et cela peut influencer la manière dont on fait le direct. Ce qui est important, c’est de comprendre qu’on ne travaille pas pour nous, on travaille pour ceux qui nous suivent.

Ressentez-vous cette défiance, cette haine, qui monte envers les journalistes ?

R. B. : Pour les historiens et les sociologues, cette défiance n’est pas nouvelle. Mai 68 était une époque où il y avait un très fort mouvement social et la défiance était très présente. Maintenant elle a peut-être tendance à s’exprimer sous des formes différentes, notamment grâce aux réseaux sociaux. Ce qui fait qu’aujourd’hui, la moindre erreur d’un journaliste, le moindre sujet, prise de parole qui pourrait être un peu contestable ou contesté, va être tout de suite découpé, partagé sur les réseaux sociaux des milliers de fois. Cela va renforcer le climat de défiance. Le moindre fait est scruté par tout le monde et il y a beaucoup plus d’écho qu’il pouvait y avoir à l’époque. Avant, quand un article était contesté, ça se discutait au comptoir du bar ou au marché. Mais avec les réseaux sociaux, il y a vraiment un effet démultiplicateur.

Pensez-vous être une solution pour lutter contre cette haine ?

R. B. : Il n’y a pas de solution magique. Cette défiance envers les médias semble exister depuis des décennies. De nombreuses personnes ont essayé de trouver des solutions, sans forcément réussir à enrayer cette dynamique. Le point le plus important aujourd’hui, c’est le dialogue. Cette défiance part surtout de préjugés sur notre travail et la façon dont fonctionnent les rédactions. La plupart du temps, les journalistes qui ont été agressés, l’ont été, non pas à cause de leur travail, mais par rapport aux médias qu’ils représentaient. J’ai eu la chance, dans le mouvement des Gilets jaunes, de pouvoir discuter avec des gens qui ont cette défiance envers les médias. Il y a une frange plus extrême qu’on ne réussira pas à réconcilier, c’est sûr, mais pour d’autres personnes, ouvertes au dialogue, il y a une possibilité de discussion. Cela ne va pas forcément jusqu’à convaincre, mais au moins expliquer notre travail et les difficultés qu’on a sur le terrain. Parfois, juste expliquer, permet d’aplanir des tensions.

« Le dialogue c’est vraiment le point sur lequel j’insiste »

Comment sensibiliser un plus grand public au travail du journaliste ?

R. B. : Ça peut être à travers des conférences ou une émission de télé. Mais il faudrait un média capable de porter ça. Ça pourrait aussi être via des supports numériques. Pas forcément sur Brut parce qu’on n’est pas dans cette idée de programme. Ou via des Facebook Live, ça ouvrirait une place importante aux débats. C’est une bonne idée de faire des conférences et qu’elles soient parfois retransmises sur internet. Ça permet d’avoir un double public. Le dialogue c’est vraiment le point sur lequel j’insiste. Je me rends compte qu’il y a beaucoup d’idées reçues sur le travail du journaliste.

Brut est axé sur les directs et les réseaux sociaux. N’y a-t-il pas un risque d’avoir des fake news dans les commentaire ? Comment luttez-vous contre cela ?

R. B. : Ce n’est pas parce que je suis en direct que je ne peux pas prendre de recul sur certains événements, informations dans les commentaires ou sur ce que je viens de voir. Tout simplement parce qu’à côté de ça, j’ai une rédaction qui peut m’envoyer des informations, via des agences, d’autre médias, ou par des sources personnelles comme les pompiers ou la police. J’ai un deuxième téléphone qui me permet, quand une information tombe, ou s’il y a une tendance qui ressort, de pouvoir la vérifier.

Que pensez-vous du rôle de l’éducation aux médias ?

R. B. : C’est un travail de générations en générations. Cela serait génial d’avoir des journalistes qui interviennent dans les collèges, et les lycées. Pour plein de choses : éduquer comment on s’informe, comment on évite les fake news ou les théories du complot. Quand on parle de la défiance envers les médias, il faut élargir la pensée. Cette défiance part aussi de la façon dont les gens s’informent, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, n’importe quelle personne qui tweete quelque chose alarmant va être retweetée. Les gens ne vont pas vérifier l’info. Cela va parfois jusqu’à créer un sentiment de défiance car certains disent : « Regardez, lui, il donne cette info mais les journalistes n’en parlent pas. » La réalité c’est qu’on n’en parle pas parce qu’elle est fausse. Le but serait que les citoyens qui arrivent sur les réseaux sociaux puissent avoir tous les outils en main, mentalement et intellectuellement, pour faire le tri entre ce qui est vrai et faux.

Propos recueillis par Mélina RIVIÈRE et Suzanne RUBLON.

De l’opposition à l’asile politique

Yvette Murekasabe et Ali Al Makri sont tous les deux des anciens résidents de la Maison des journalistes. Ils ont été invités à une conférences sur le sujet, vendredi. Captures d’écran : Tiffany Fillon

Yvette Murekasabe et Ali Al Makri ont quitté leurs pays respectifs en 2015. Exilés en France, ils ont été pris en charge par la Maison des journalistes, une association spécialisée. Vendredi, pendant une conférence aux Assises de Tunis, ils ont raconté au public leurs parcours poignants.

Dans l’une des salles de la Cité de la culture, où ont lieu les Assises de Tunis, Yvette Murekasabe, une petite femme mince aux cheveux très courts, prend la parole après une brève présentation de la Maison des journalistes : « Dans mon pays, enlisé dans une crise politique depuis 2015, j’avais publié un reportage radio qui ne plaisait pas au pouvoir. Je dénonçais la violation de la constitution burundaise par le président qui avait brigué trois mandats alors que la loi n’en prévoyait que deux au maximum. J’ai été poursuivie pour cela et menacée de mort au point que j’ai du fuir le pays clandestinement. »

De l’autre côté de la table, Ali Al Malkri, un petit homme en costume, est lui aussi un opposant politique dans son pays. « Mes articles, par exemple sur la consommation d’alcool, ont provoqué un tollé chez les autorités et les fanatiques religieux. Ces derniers m’envoyaient des menaces », se souvient-il. A l’image de la population civile au Yémen, il a vécu de plein fouet la guerre qui oppose la coalition menée par l’Arabie Saoudite et les rebelles houthies. « Une brigade de l’armée a été bombardée à côté de mon domicile, au moment même où j’allais produire un article sur cette guerre. La détonation était si forte. Elle m’a plongé dans la terreur », détaille-t-il.

Malgré sa détermination, la peur de mourir sous les bombes a pris le pas sur son combat pour la liberté de la presse. Traumatisé, il est parti avec l’un de ses enfants et son frère pour se réfugier dans un hôtel. Là-bas, il a écrit sur Facebook ce qu’il venait de se produire. « Je n’avais plus les mêmes positions politiques que le journal pour lequel je travaillais », justifie-t-il.

Sur la route de l’exil

Ce départ précipité les a tous les deux poussés à se réfugier dans un ou plusieurs pays. Yvette Murekasabe a du payer un passeur pour se rendre au Rwanda, pays voisin du Burundi. Là-bas, elle a récupéré son visa, envoyé par l’ambassade de France, pour venir en France.

Pour Ali Al Makri, le chemin a été plus tortueux. Ce journaliste-écrivain a été invité par une bibliothèque anglaise pour présenter son livre. Son rêve, c’était d’aller vivre en Grande-Bretagne. Mais il du se rendre en Égypte pour récupérer son visa. Puisqu’il ne l’a pas obtenu, il est allé le chercher à Djibouti. Le temps qu’il reçoive son visa, il était trop tard. Désemparé, il a perdu l’inspiration : « Alors que l’écriture était mon activité quotidienne, j’étais incapable d’écrire. Tout me rappelait la guerre, même une porte qui claque. » Pourtant, c’est son talent qui lui a sauvé la vie. En France, il a été invité pour recevoir un prix littéraire pour son roman. Cette fois-ci, il a pu s’y rendre. Sachant qu’en Egypte, il pouvait être emprisonné pour son roman, il a décidé de rester en France.

« Je me considère comme un enfant du siècle des Lumières »

En France, Yvette Murekasabe et Ali Al Makri ont tous les deux été recueillis par la Maison des journalistes. L’association les a aidés à obtenir le droit d’asile et publie leurs articles sur le site internet de la Maison. Ils font aussi partie de « Renvoyé spécial », une opération d’éducation aux médias mise en place par la Maison. Dans les écoles françaises, ils racontent leurs histoires pour sensibiliser les jeunes au respect de la liberté de la presse et pour leur ouvrir les yeux sur la réalité de la migration.

« Ma place est au Burundi »

Aujourd’hui, Ali est toujours journaliste et écrivain. Son prochain livre sortira d’ailleurs bientôt en France. « Ici, je jouis d’une grande liberté. Je me sens chez moi et je me considère comme un enfant du siècle des Lumières », avance-t-il. A son plus grand regret, Yvette Murekasabe n’est plus journaliste. Médiatrice sociale, elle aide les personnes en situation de précarité énergétique pour le compte d’une grande entreprise française. Mais son premier métier et son pays lui manquent : « J’aimerais bien rentrer chez moi, que la situation se stabilise au Burundi pour que je reprenne mon activité de journaliste. Ma place est au Burundi. »

Khouloud Hamdi et Tiffany Fillon

Les intérêts diplomatiques au prix de la liberté de la presse

Le classement de Reporters sans frontières, publié en avril 2018, place le Maroc au 135ème rang. Photo : Romain Bizeul

Sur le continent africain, il est parfois difficile pour les journalistes de publier des informations sensibles. Les pressions s’exercent au moindre « faux-pas », parfois même de la part de ceux qu’on ne soupçonne pas.

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Dorra Bouzid, esprit rebelle

Au fil de sa carrière, Dorra Bouzid a créé neuf organes de presse et écrit pour plus de trente titres à travers le monde. Photo : Clara Gaillot

Dans l’histoire de la presse tunisienne, Dorra Bouzid occupe une place de choix. Première femme journaliste, elle a dédié sa vie à défendre la liberté féminine du pays. Un combat qui a fait d’elle un symbole de l’émancipation.

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« Si un journaliste se sent menacé, il peut envoyer ses informations à Forbidden stories, nous les sécuriserons »

La messagerie « Signal », l’un des moyens sécurisé pour que les journalistes menacés communiquent avec Forbidden stories. Photo : Hugo Checinski

Forbidden stories a pour ambition de reprendre le travail des journalistes afin de les protéger des pressions. Un projet qui regroupe des journalistes d’investigation du monde entier. Jules Giraudat raconte l’enquête qu’il a coordonnée sur l’assassinat de la journaliste maltaise, Daphne Caruana Galizia.

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[EN PLATEAU] Benjamin Bousquet, journaliste à France Info

Journaliste à France Info, Benjamin Bousquet est l’auteur du livre Journaliste, l’ennemi qu’on adore (Editions du Panthéon, 2017). Interrogé par Noé Poitevin sur le plateau de l’EPJT, il revient sur la défiance envers les journalistes et sur leur crédibilité dans les médias. Il livre aussi son point de vue sur notre enquête « Journalistes : détestés et admirés ».

 

Correspondants locaux : les soldats de l’ombre

« 90% de son contenu pour les pages villages est issu des correspondants ». Photo : Malvina Raud

Ils sont inconnus des lecteurs mais indispensables à la presse quotidienne régionale. “Ils”, ce sont les correspondant locaux de presse. Chargés de couvrir des secteurs géographiques très précis, ils n’ont pas le statut de journaliste professionnel, même si certains ont réussi à prouver le contraire.

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Cinq idées reçues sur les journalistes

Cinq idées reçues sur le journalisme. Photo : Clara Gaillot

 

 

 

 

 

Qui sont-ils, d’où viennent-ils, combien gagnent-ils : voici cinq idées reçues sur le métier de journaliste, dont la réalité est parfois (très) différente de l’image que le public peut s’en faire.

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[LE RÉSUMÉ] L’information, propriété privée ?

Découvrez l’essentiel de la conférence : « L’information, propriété privée ? » Animée par Dominique Gerbaud, ancien Président de RSF. Invités : Aude Lancelin auteur de « Le Monde libre », édition des liens qui libèrent et Laurent Mauduit, auteur de « Main basse sur l’information, éditions Don Quichotte.

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[LE RÉSUMÉ] « L’ODI présente son rapport annuel : « l’information au cœur de la démocratie »

Découvrez le résumé de la présentation du rapport annuel de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI).

Patrick Eveno. Photo : Simon Bolle

 

Animé par Patrick Eveno, président de l’ODI. Avec Michèle Léridon, directrice de l’information à l’Agence France Presse, Marcel Desvergne, président de l’association des lecteurs, internautes et mobinautes de Sud-Ouest.

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[LE RÉSUMÉ] « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité »

Découvrez le résumé de l’atelier : « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité ».

En cette période de campagne électorale, le fact-checking est plus que tout au centre des rédactions. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jérémie Nicey, équipe de recherche Prim, Université de Tours. Sont intervenus Jason Reifler, lab, CEmaP, Université d’Exeter, Laurent Bigot, lab. CARISM, IFP/Université Panthéon-Assas, Pascal Froissart, lab. CEMTI, Université de Paris 8 et Pauline Moullot, journaliste, Désintox, Libération.

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[PORTRAIT] À l’aise, Franck Annese

Intuitif, décontracté, curieux… Depuis 2003, Franck Annese, le patron du groupe So Press, secoue la presse magazine. Ses titres affichent une santé insolente.

« Je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires possèdent un important pouvoir de contre-culture. » Photo : Patrice Normand

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[LE RÉSUMÉ]
« Francophonie online :
des médias à découvrir »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Francophonie online : des médias à découvrir ».

Lors de la conférence sur les médias francophones, les différents intervenants ont exploré des pistes pas encore exploitées par leurs homologues français. Photo Martin Esposito

 

La conférence était animée par le journaliste Alain Le Gouguec. Sont intervenus Gabrielle Brassard-Lecours, cofondatrice de Ricochet, Malek Khadraoui cofondateur et directeur de la publication d’Inkyfada, Mariève Paradis, rédactrice en chef de Planète F et Patrick Vallelian directeur général et rédacteur en chef de Sept.info.

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[INSTANTANÉ] Rencontre avec un journaliste installé à Alep

Youcef Seddik est journaliste à Alep (Syrie). Etudiant la littérature à l’Université de Damas, il avait été chassé de la capitale pour sa participation à des manifestations pacifiques. Réfugié à Alep, il devient fixeur, puis participe à la création du centre de presse d’Alep dont il occupe le poste de directeur depuis 2013. Il nous explique les difficultés d’être journaliste au coeur de la guerre civile syrienne.

 

[EN PLATEAU] Sylvain Lapoix, datajournaliste

Coauteur de DataGueule, le programme court de France 4, Sylvain Lapoix est l’un des visages du datajournalisme, pratique de plus en plus développée. Selon lui, ce nouveau domaine journalistique, qui nécessite quelques compétences, est amené à se développer pour le bien de la profession.

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[ENQUÊTE] Financement participatif :
à l’aide, citoyens !

Quand les médias manquent d’argent pour subsister ou se créer, beaucoup font appel à la générosité publique via le crowdfunding. Suffisant ? Pas si sûr.

Depuis février, Alternatives Economiques a lancé une campagne de crwfunding par "palier". Plus de 73 000 € ont déjà été récoltés. Crédit : Victorine Gay.

Depuis février, Alternatives Économiques a lancé une campagne de crowdfunding par « palier ». Plus de 73 000 € ont déjà été récoltés. (Photo : V. Gay.)

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[EN PLATEAU] Charles-Henry Groult, du Quatre Heures

Co-fondateur du site de longs formats multimédias Le Quatre Heures, Charles-Henry Groult, 28 ans, s’est lancé sans passer par le financement participatif. Il prévoit toutefois de mettre en place une campagne de crowdfunding dans quelques mois pour lancer la deuxième version de son site. Une initiative sans garantie, mais plutôt efficace en ce qui concerne les projets journalistiques.

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