[LE RÉSUMÉ] L’information, propriétée privée ?

Découvrez l’essentiel de la conférence : « L’information, propriété privée ? » Animée par Dominique Gerbaud, ancien Président de RSF. Invités : Aude Lancelin auteur de « Le Monde libre », édition des liens qui libèrent et Laurent Mauduit, auteur de « Main basse sur l’information, éditions Don Quichotte.

LES ENJEUX

Depuis plusieurs années, plusieurs milliardaires ont racheté des groupes et des titres de presse. Cette pratique peut présenter des dérives : dilution ou changement de la ligne éditoriale, journalistes censurés et contestation réduite. Aujourd’hui, certains journalistes n’hésitent pas à claquer la porte des rédactions.

ILS ONT DIT

Aude Lancelin : « J’ai vécu, une expérience de lutte, extrêmement rassurante humainement. Elle n’était pas politisée. Elle se dressait contre les actionnaires. Mais elle était également désespérante collectivement. Nous avons compris que les chartes éthiques ne nous protégeaient pas. Le capital continue d’avancer. Ces textes ne sont que des paroles. »
Laurent Mauduit : « Quand Matthieu Pigasse a racheté Le Monde en 2009, il rêve d’asservir le journal pour porter la candidature de Dominique Strauss-Khan à la présidentielle. C’était contraire à l’idée des fondateurs du journal. »

À RETENIR

Le rachat de titres de presse ont pu être fait en raison d’un contexte économique délicat mais aussi grâce aux relations que certains d’entre eux entretiennent avec certains hommes politiques. La grève à Itélé a montré que des journalistes pouvaient se soulever. Mais les rédactions doivent obtenir un statut juridique, des droits moraux et ainsi protéger son intégrité. Internet peut également apparaître comme un appel d’air pour la liberté.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ] :
« Francophonie : S’informer dans dix ans en Afrique »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Francophonie : S’informer dans dix ans en Afrique ».

La radio est le média roi en Afrique. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean Kouchner, secrétaire général de l’union internationale de la presse francophone (UPF). Avec Haman Mana, directeur de publication du quotidien Le Jour (Cameroun) et Président de la fédération des éditeurs de presse du Cameroun, Cécile Mégie, directrice de RFI, Sana Sbouai, journaliste et cofondratice d’Inkyfada (Maroc).

 

LES ENJEUX

S’informer dans dix ans en Afrique, un vaste sujet pour une diversité de situations. La question de la situation des médias en Afrique est indissociable de la question des libertés mais aussi de celle de la langue, des moyens de financements et des supports. Quelle sera la place du numérique dans ce continent où la répression est encore dans l’ADN de nombreux régimes ? L’ouverture dépend-t-elle forcement de la situation politique ? Que faut-il corriger dans le fonctionnement des médias ? Au Cameroun, 55 % de la population est analphabète, et la pauvreté reste un obstacle majeur à l’accès au média.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Haman Mana : « Théoriquement, la presse est libre au Cameroun. Mais cette presse n’a plus aucune force de pénétration. Sa faiblesse économique est organisée. L’aide d’état à la presse est insignifiante, et beaucoup de journaux la refuse par principe. Il faut que le verrou politique saute pour repartir dans un climat plus sain. La presse est le dernier espace de lucidité critique dans notre pays. »

Madiambal Diagne : « Il y a une forme de manichéisme, il est donc difficile de trouver des amis sans choisir son camp. Le prix des journaux est le plus bas au monde mais malgré tout, un seul exemplaire de journal peut se passer dans tout un village ou être photocopié. […]  Tout est une question de volonté politique. L’état a intérêt a maintenir les médias dans une situation de précarité. Nous cherchons à sortir de cette situation, il faut des actions communes : des revendications de politiques favorables aux médias, de réformes institutionnelles. Mais les africains subissent et ne prennent pas l’initiative. Nous sommes obligés de s’arrimer au train de l’histoire parce que nous ne sommes pas encore entrés dans l’histoire. »

Sana Sboua : « Il faut partir des forces que l’on a sur le continent : un accès au web démocratisé et une jeunesse nombreuse. Le web permet de développer un contenu journalistique différent, de dépasser les pressions politiques et financières. […] Ben Ali a voulu d’une Tunisie moderne mais Internet s’est retourné contre lui et a contribué à la chute de son régime. »

Cécile Mégie : « Service public n’est pas un gros mot, ce n’est pas synonyme de radio d’état. […] Les coupures sont récurrentes. Au-delà des grands acteurs internationaux dont RFI fait partie, la solution doit venir de l’Afrique elle-même. »

 

À RETENIR

Au Cameroun, Paul Biya, 84 ans, est à la tête du pays depuis 1983. Dans ce contexte de main mise sur le pouvoir, s’oppose la presse d’état, plutôt confortable pour les journalistes qui y travaillent et une presse indépendante plus aléatoire, vécue comme étant d’opposition politique. Ces médias privés subissent des pressions économiques et réalisent des tirages limités. Les radios et les télés dépendent de la tolérance administrative. L’auto-censure y est très forte mais il est rare que l’état sanctionne. Il existe un noyau de journalistes, en résistance. Il y a une école de formation de jeunes journalistes à Yaoundé qui essaye de répondre au besoin de professionnaliser le journalisme camerounais. 

Au Sénégal, la situation est disparate. Le situation institutionnelle permet en théorie aux médias de s’exprimer librement mais il y a des méthodes sournoises de représailles contre les médias. L’absence d’infrastructures et le manque d’investissements publics participent au blocage de la situation tout comme la rareté voire l’absence de rotatives. Seulement 15 % de la population détient une carte bleue, c’est un obstacle au développement de la presse numérique.

En Tunisie, il y a eu une explosion des médias grâce au web mais il y a un manque de formateurs qui maitrisent ces outils. La question du journalisme citoyen est primordiale et source d’optimisme. Aujourd’hui, n’importe qui peut faire du journalisme depuis sa chambre. Mais il y a une ombre au tableau : le durcissement de la répression dans le monde arabe. Internet offre des possibilités de coopération par delà les frontières. Dans dix ans, les bloggers pourraient recevoir l’aide d’avocats et de journalistes plus chevronnés.

La radio est encore aujourd’hui le média roi en Afrique. Il y a eu une forte popularité des radios locales et associatives. RFI fait aussi partie de cette histoire. Elle a besoin d’autorisations pour diffuser dans les pays d’Afrique. Cela fait six mois que les autorités congolaises ont coupé le signal de RFI à Kinshasa. Les audiences diminuent au Sénégal où la langue nationale, le wolof, est aujourd’hui préférée par la majorité de la population. Le téléphone portable est le transistor de demain. 

Colin Mourlevat

[ENQUÊTE] Les enfants, les grands oubliés des JT

Ils sont un demi-million à s’installer, chaque soir, devant un journal télévisé. Les enfants entre 4 ans et 10 ans visionnent les mêmes images que les adultes. Alors, pourquoi n’auraient-ils pas leur propre émission ? Nos voisins britanniques et allemands ont leurs JT destinés aux enfants depuis plus de trois décennies. En France, les tentatives sont timides, laborieuses ou de courte durée.

Franck-André Rauschendorf, l’un des présentateurs d’Arte Journal Junior. Photo : Capture d’écran d’Arte

« Salut, je suis heureux de vous retrouver pour ce journal junior ! Soyez les bienvenus », lance Frank-André Rauschendorf. Le présentateur d’Arte Journal Junior prend place sur le plateau. Classique jusqu’ici. Mais derrière lui, les décors des capitales sont remplacés par une mascotte animée. Et tous les reportages lancés par le présentateur ont été écrits spécialement pour des enfants de 8 à 12 ans.

Cette émission est la seule à occuper le créneau des JT destinés aux enfants en France. La grande ligne directrice ? Décrypter et expliquer le monde. En 2014, Jean-François Ebeling, rédacteur en chef d’Arte Journal Junior, se rend en Allemagne pour voir comment travaille la rédaction de Logo!, la référence des journaux pour enfants depuis 1989 : « Je ne savais pas comment m’y prendre. Je faisais essentiellement du news. J’ai surtout retenu une leçon : il ne fallait censurer aucun sujet. »

Lancé en 2014 en hebdomadaire, Arte Journal Junior devient un JT quotidien un an plus tard. Axé sur l’international, le journal propose toujours une formule plus longue et magazine le dimanche. Un portrait d’un enfant étranger sert de fil rouge, comme celui de Marcos Jesus, un enfant andalou dans une école de corrida ou encore Aminata, une jeune Malienne qui ne peut pas aller à l’école, faute d’argent.

« L’audience est très variable, explique Jean-François Ebeling. On passe du simple au double, de 50 000 à 100 000 téléspectateurs. » Une audience faible par rapport à celle des dessins-animés. « On n’est pas TF1 ou France 2. Nous avons du mal à se faire connaître auprès des parents. » La chaîne franco-allemande fait pourtant confiance à l’émission. Récemment, Jean-François Ebeling a pu embaucher un assistant de production. « Ça ne se verra pas directement à l’antenne, mais on va pouvoir développer plus de projets. »

Problème : le journal est diffusé à 7 h 35, et l’horaire sera même avancé à 7 h 10 à partir du 13 mars. Or, selon la psychologue Geneviève Djenati, qui travaille sur les images des scénarios de dessins animés, il faudrait diffuser ces JT destinés aux enfants à l’heure du goûter : « Les écrans occupent trop l’esprit le matin, et l’enfant n’a pas possibilité d’échanger avec des adultes sur ce qu’il a vu alors que le soir si. »

Jean-François Ebeling ne cache pas son désir d’avoir un JT en fin d’après-midi et regrette que ce ne soit pas en son pouvoir. Pour pallier ce problème, la chaîne donne exceptionnellement la priorité au web. Le journal est diffusé la veille, à 18 h sur le site et la chaîne Youtube, avant de passer à la télévision le matin.

Le journal, parce qu’il est également diffusé outre-Rhin, en allemand, fait très peu écho aux préoccupations nationales. C’est un parti-pris compréhensible et cohérent avec la ligne éditoriale forte de la chaîne. Mais en conséquence, les enfants français n’ont pas accès à un JT sur l’actualité de leur pays.

Si l’offre existe en France, elle reste fragile, incomplète, alors qu’ailleurs, elle fonctionne. La BBC diffuse Newsround depuis 1972 et la chaîne publique allemande ZDF a fait de son magazine Logo! une référence depuis sa création en 1989. Rien d’impossible donc d’autant plus que la France a déjà fait l’objet de tentatives.

En 1998, l’idée d’un journal télévisé pour enfants est évoquée lors du Parlement des Enfants. Message reçu pour France Télévisions qui lance en 2000, A toi l’actu@, sur France 3. Présenté par Peggy Olmi, Thomas Sotto puis François Barré, le programme propose un véritable journal d’information quotidien, après l’école. Tous les sujets sont évoqués, des marées noires aux Pokémon, des enfants soldats aux célébrités de l’époque.

Au bout de deux ans, le programme est remplacé par Mon Kanar, produit par 2P2L et présenté par François Pécheux. D’abord en quotidienne, le programme change plusieurs fois d’horaires pour passer en hebdomadaire à la rentrée 2005. Des bouleversements qui ont contribué à l’arrêt du programme quatre mois plus tard. Entre 2005 et 2014, en France, plus aucun programme d’information n’est proposé aux jeunes.

Après la violence des attentats de Charlie Hebdo, on prend alors conscience de l’importance d’adapter l’information pour les enfants. Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation, en visite dans une école fin janvier 2015, s’interrogeait très clairement : « Est-ce qu’il ne faudrait pas un journal télévisé d’actualité pour les enfants ? »

L’appel lancé par la ministre a été entendu par LCI en mars 2015, avec l’hebdomadaire le Petit JT en partenariat avec Mon quotidien. Présenté par Benjamin Cruard, le programme devient bihebdomadaire en 2016 et est diffusé le mercredi et le week-end. Mais la direction a décidé de concentrer ses forces sur l’élection présidentielle. Le Petit JT, en stand-by depuis fin décembre, n’est même pas sûr de revenir à la rentrée 2017. Ce choix montre que, pour le moment, l’information destinée aux enfants n’est pas une priorité dans les rédactions, alors que l’élection présidentielle est un enjeu de taille à leur expliquer.

Pour Benjamin Cruard, l’année électorale n’est pas la seule fautive : « La chaîne n’avait sûrement plus les moyens de mettre en oeuvre l’émission. Pour une économie de chaîne d’information en continu, cela coûte cher. » Pourtant, LCI doit beaucoup au Petit JT. L’émission a aidé la chaîne à plaider son dossier auprès du CSA pour passer sur la TNT gratuite. Il fallait montrer une différence par rapport aux autres chaînes. « Le problème aussi, c’est que les enfants n’ont pas le réflexe d’aller voir ces JT, complète le présentateur du Petit JT. Mais quand ils sont devant, qu’ils prennent l’habitude, ils ne lâchent pas. Le manque de communication fait échouer ces émissions. »

Mémona Hintermann-Affégée, présidente du groupe de travail Audiovisuel et Éducation au Conseil supérieur de l’audiovisuel, souhaite mettre une pression supplémentaire sur les chaînes, publiques et privées. « Il y a une solution : que l’Etat force l’audiovisuel public à faire un journal pour enfants. Pour les chaînes privées, elles exploitent gratuitement des fréquences qui appartiennent à notre pays. Il faut donc exiger des programmes lors des renouvellements de convention. C’est au CSA d’agir. »

Mais que fait le service public ? Mis à part la pastille Un jour Une question et le contenu riche sur la plateforme francetveducation, on ne trouve pas de reportages pour les enfants sur France Télévisions. Amel Cogard, directrice de France TV Education, confie qu’un projet est en réflexion mais pas encore à l’oeuvre : « C’est vrai qu’il n’y a rien à l’antenne. Nous ne savons pas quelle forme ça doit prendre : de l’actualité pure, du magazine, du décryptage, du reportage… Nous vous en dirons plus pendant les Assises du journalisme. »

Marcellin Robine et Léna Soudre