[PRIX] Les gagnants des prix de l’éducation aux médias et à l’information

La remise des prix de l’éducation aux médias et à l’information 2017 a eu lieu mercredi 3 mars. Les gagnants sont :

 

PRIX DE LA MEILLEURE INITIATIVE ASSOCIATIVE ET CITOYENNE

Jeunes journalistes citoyens, Association Rif

 

PRIX DE LA MEILLEURE INITIATIVE DANS UN MÉDIA FRANCOPHONE

1 jour 1 actu, Milan Presse

 

PRIX DE LA MEILLEURE INITIATIVE HORS L’ÉCOLE

Les clés des Médias, Générale de production

 

PRIX POUR LA MEILLEURE INITIATIVE DANS LE MILIEU SCOLAIRE

Journal JTKL

 

PRIX POUR LA MEILLEURE INITIATIVE EN RÉGION CENTRE-VAL DE LOIRE

Jeunes Reporters 8/18 ans, Maison familiale de Bourgeuil

[EN PLATEAU] Gaëtan Després, coordinateur
du programme
Jeunes Reporters

Pour la 10e édition des assises, Salomé Mesdesirs et Lénaïg Le Vaillant, étudiantes en journalisme, ont accueilli Gaëtan Després sur le plateau de l’EPJT. Il fait partie des nommés pour le prix éducation aux médias et à l’information (EMI) par rapport à l’initiative des Jeunes reporters. C’est un programme qui permet à des jeunes de 8 à 18 ans de s’initier au métier de journaliste. Il nous parle des principales évolutions, dix ans après avoir créé ce projet.

[LE RÉSUMÉ] « L’EMI, ce n’est pas qu’à l’école ! »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « L’EMI, ce n’est pas qu’à l’école ! »

L’éducation aux médias est encore un vaste chantier. La conférence a été l’occasion de revenir sur les différents projets en cours, hors du cadre scolaire. Photo : Martin Esposito


 

Animé par Valérie ROHART, journaliste – Globe reporters, avec Thibault COECKELBERGHS, coordinateur GSARA (Belgique), Vincent PECHAUD, cofondateur de La Smalah et Jonathan VAUDEY, chargé de coordination et de développement Les Lucioles du Doc.

 

LES ENJEUX

On a trop tendance à limiter l’éducation à l’information au seul milieu scolaire, elle concerne pourtant bien d’autres publics. Les initiatives se multiplient dans les bibliothèques, les hôpitaux, les foyers jeunes travailleurs ou en milieu carcéral… Sortir du milieu scolaire permet de toucher plus de publics, et pas seulement les jeunes ou les enfants.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Thibault Coeckelberghs : « Le fait de ne pas être à l’école, c’est un vrai avantage. Nous n’avons pas seulement une heure de cours pour mettre en œuvre un atelier. Nous pouvons aller plus loin. Les contraintes sont moins importantes quand on sort de l’école. Mais ça implique de se rendre visible, de montrer une caméra, un studio radio, de donner envie. Il faut se rendre dans toutes les maisons de quartiers, aller directement à la rencontre des publics. »

Vincent Pechaud : « On les met face aux émissions qu’ils regardent tous les jours, le JT avec leurs parents par exemple, ou face à YouTube, aux réseaux sociaux. Chez eux, ils peuvent tomber sur des fake news ou des théories du complot. Ensuite, les algorithmes font que ce type de vidéos, d’articles, viennent de plus en plus à eux. Ils peuvent avoir du mal à distinguer ce qui relève du vrai et du faux, et croire ces informations vraies au même titre que ce qu’ils voient sur les JT. Notre rôle, en les faisant participer, c’est de leur expliquer comment fonctionnent les algorithmes, l’information, YouTube, les réseaux sociaux… »

Jonathan Vaudey : « On essaie de co-construire des projets avec des personnes très critiques vis-à-vis des médias, que ce soit des jeunes, des moins jeunes. On les laisse choisir la thématique qu’ils ont envie de traiter. Notre dernier atelier a été la réalisation d’un documentaire avec des détenus à la maison d’arrêt de Fleury-Merogis. La plupart des membres du groupe avaient une télévision dans leur cellule. Ils rejetaient fortement les médias et en même temps, consommaient beaucoup la télévision comme il y a peu d’activités en prison. Ils étaient très au fait de l’actualité et avaient le sentiment, en tant que spectateurs, qu’on leur répétait toujours la même chose. Ils en sont ressortis encore plus critiques, mais en réalisant un produit journalistique, ils ont compris le fonctionnement de la machine médiatique, ce qui peut leur permettre ensuite de faire le tri. »

 

À RETENIR

Eduquer aux médias hors de l’école permet de passer plus de temps sur un projet, d’être moins contraint autant pour les responsables des ateliers que pour les publics et de toucher plus de personnes. La plupart des volontaires porte généralement un regard très critique sur les médias. L’idée est de leur donner des clés pour comprendre la machine médiatique et ainsi ce qu’ils reprochent aux médias, à travers la réalisation de produits journalistiques.

Léna Soudre

[LE RÉSUMÉ] « EMI : comment travailler ensemble ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « EMI : comment travailler ensemble ? ».

Animé par Anne Oger, journaliste à France Bleu Orléans, avec Louise Bartlett, journaliste à MediaEducation.fr, Amel Cogard, directrice du numérique Jeunesse et Education à France Télévisions, Isabelle Martin, coordonnatrice CLEMI Académie de Bordeaux et Patrick Verniers, président du Conseil Supérieur de l’éducation aux médias (Belgique).

Les journalistes s’organisent pour venir en classe. Photo : Lucie Martin

LES ENJEUX

Enseignants, journalistes, acteurs culturels, militants associatifs, la communauté des personnes engagées dans l’éducation aux médias et à l’information représente une ressource riche et dynamique. Mais comment fédérer les acteurs, initiatives et pratiques ? L’enjeu est aujourd’hui de faciliter les échanges entre tous.

CE QU’ILS ONT DIT

Louise Bartlett : « Sur mediaeducation.com, les journalistes qui veulent intervenir dans des écoles peuvent s’inscrire sur la plate-forme et on est très fier de cette carte qui s’agrandit. Il y a plein de gens qui font des choses intéressantes et qui peuvent discuter sur le site, se documenter avec des ressources. C’est un acte militant pour les journalistes mais il est compliqué d’être bien rémunéré aujourd’hui par ce métier. On a du mal à refuser des actions mais il faudrait avoir une réflexion sur un défraiement de ces interventions. »

Patrick Verniers : « Le Conseil supérieur de l’éducation aux médias a été créé en Belgique par une loi en 2008. Il structure l’éducation aux médias et regroupe des journalistes, des enseignants, des spécialistes pour coordonner et donner une pérennité aux actions. L’enjeu de l’EMI, il est démocratique. Il faut avoir la lecture comme bagage, pour bien utiliser l’information, s’exprimer, être soi-même un acteur, avec les nouveaux médias, naviguer dans un ensemble de médias et savoir faire son chemin, s’organiser. On fait 400, 500 opérations par an, avec des journalistes qui y ont pris goût. Mais ça ne doit pas devenir un métier. »

Amel Cogard : « La population des 3-18 ans est très connectée, très exigeante sur la vidéo à la demande. Il faut rendre disponible des ressources adaptées pour leurs usages et pour leur âge. Sur la plate-forme France TV Education, on propose des ressources web pour réviser le programme scolaire et décrypter l’information. Il y a une prise de conscience aujourd’hui de faire de l’EMI à tout âge. Ça n’est jamais simple de dégager du temps pour l’EMI, c’est du travail supplémentaire, mais j’ai toujours des réactions enthousiastes. Il faut s’organiser, on essaye de faciliter les actions. »

Isabelle Martin : « Nous mettons en place des projets ambitieux comme des classes médias, des formations pour les enseignants afin de mettre de l’EMI dans les classes. Il faut commencer très tôt, dès le 1er cycle. Les textes officiels insistent maintenant sur l’EMI et c’est noté noir sur blanc. Chaque académie a une politique de formation. A Bordeaux, tous les professeurs ont été sensibilisés pendant une journée. Mais on ne devient pas expert de l’EMI en peu de temps. Les enseignants, c’est nouveau pour eux de travailler à plusieurs. Il y a un grand besoin d’intervention de journalistes dans les écoles. Les médias n’ont plus les moyens pour détacher une personne pour l’EMI. Aujourd’hui au CLEMI, quand on monte un projet EMI, il faut prévoir un petit budget. Les mentalités évoluent sur les défraiements. »

À RETENIR

Pour pouvoir travailler ensemble, il faut se connaître. Après les attentats de janvier 2015, il y a eu une prise de conscience générale. Les projets d’EMI se mettent en place petit à petit, avec des réseaux de journalistes qui s’organisent pour venir en classe. Du point de vue belge, le défraiement des intervenants a permis la pérennité des opérations d’EMI. Une piste à creuser en France.

Marcellin Robine

[INTERVIEW] Sandy Montañola, responsable du DUT de Lannion : « Comprendre les évolutions techniques pour garder la main »

Sandy Montañola est responsable du DUT journalisme de Lannion. Selon elle, il faut que les étudiants apprennent à collaborer avec les techniciens pour ne pas se laisser dépasser par la technologie.

Dans un contexte où le métier de journaliste est en constante évolution, comment former les étudiants tout en sachant que les outils actuels risquent de devenir obsolètes ?
On essaye d’expliquer aux étudiants que leur métier évolue constamment. On leur apprend à être en veille sur les nouveaux outils qui apparaissent, utilisés par des médias, et à réfléchir également sur une approche critique. Tout ça pour dire que le journalisme ne dépend pas que de la technique et qu’il y a quand même des fondamentaux à apprendre, peu importe les évolutions technologiques.

Votre but est de rendre les étudiants autonomes. Comment cela se manifeste-t-il dans vos programmes ?
On a eu une adaptation progressive de nos programmes. Par exemple, on avait des cours de recherche d’outil et d’information et ont les a adaptés au web, comme le travail de veille. On leur apprend aussi à dialoguer avec des professions techniques comme des développeurs, graphistes. C’est une des façons de s’adapter aux évolutions.

Avec la multiplication des nouveautés, comment différencier l’indispensable du gadget ?
C’est relatif, à toutes les époques on dit qu’il y a une révolution. On a eu ces mêmes discours avec l’arrivée de la TV ou d’internet. Au niveau des outils, oui il y a pleins d’outils sur internet. Donc on essaye de leur apprendre, dans une perspective critique, à aller chercher les outils qui sont adaptés pour l’évolution de leur métier à eux, ou du genre journalistique concerné. Pour nous, l’essentiel c’est que les journalistes gardent la main. Dans un contexte où de nouvelles professions apparaissent (développeur, graphiste), il faut que les étudiants arrivent à collaborer avec eux pour comprendre les technologies et ne pas en être victime. Et idéalement qu’ils puissent adapter l’outil à leurs besoins. Notre école propose une formation de deux ans et ce serait une illusion de se dire qu’on va apprendre aux journalistes à être développeur. Mais ils doivent avoir des notions pour répondre aux attentes de leur futurs employeurs.

Est-ce vous que anticipez, ou vous vous adaptez aux médias ?
Je pense que les écoles ont une grande marche de manœuvre car il n’y a pas la pression du modèle économique. Quand on a commencé à faire du web documentaire, ce n’était pas encore très développé dans les médias. Car à l’époque, ils se posaient la question du modèle économique. Le web documentaire fait partie des choses qu’on a pu anticiper car justement c’est le lieu pour. Certains membres de l’équipe pédagogique sont allés à des rencontres sur le journalisme avec l’iPhone. Le but n’est pas d’arrêter de filmer avec les caméras mais d’essayer de s’adapter et de voir les contraintes de ce nouveau format. Autant les professeurs que les étudiants font des recherches sur les nouveaux outils.

Comment devrait évoluer le journalisme dans dix ans ?
Pour moi, l’enjeu est de continuer à former des étudiants qui réussissent à avoir suffisamment de culture médiatique discursives pour garder cette identité de journaliste. Quant à la technique, si elle aide l’éditorial, c’est intéressant. Finalement, l’enjeu est de réussir à collaborer avec plusieurs professions qui élaborent les outils de demain pour qu’ils nous soient utiles, tout en gardant une liberté éditoriale.

Propos recueillis par Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs

[INTERVIEW] Gaëtan Després : « L’éducation aux médias, c’est une autre façon d’apprendre »

Professeur des écoles à Bourgeuil en Indre-et-Loire, Gaëtan Després a créé il y a dix ans le projet des élèves reporters avec ses CE2. D’abord, pour écrire des articles sur la vie de la classe et les publier sur le site de l’école. Puis sur les événements extra-scolaires des désormais petits reporters. Ces élèves de primaires ont décidé en 2014 de proposer à d’autres jeunes, en France et dans le monde, d’écrire sur leur blog. Chaque article écrit est corrigé et commenté par un étudiant en journalisme de l’EPJT. Enfin, le projet s’est ouvert aux jeunes jusqu’à 18 ans l’an dernier et change de nom : les jeunes reporters. L’occasion de revenir sur un projet d’éducation aux médias précurseur, qui évolue sans cesse.

Gaëtan Després, directeur de la publication des jeunes reporters 8/13 ans, accompagné à gauche de Fabienne Sourdeau, directrice de la publication des 13/18 ans et à droite de Sarah Bertrand, administratrice du blog 8/13 ans. Pour compléter l’équipe, Raphaël Hamza, administrateur du blog 13/18, absent sur la photo puisqu’en reportage à Barcelone avec ses élèves. Photo : Marcellin Robine

Vous êtes impliqué dans les jeunes reporters depuis le début, d’abord pour souder une classe mais aussi pour faire de l’éducation aux médias. Était-ce une thématique déjà présente dans vos enseignements ?

Je crois que je participe à la semaine des médias du CLEMI depuis sa création. Donc, oui, c’est important pour moi. L’éducation aux médias, c’est une autre façon d’apprendre, c’est le meilleur moyen de découvrir et de voir l’information. Aujourd’hui, le projet est sorti de la classe. Mais ce sont les élèves qui l’ont décidé. Ce sont eux qui ont pris toutes les décisions depuis 10 ans. Et d’autres classes ont intégré ce projet dans leurs cours.

Le partenariat avec l’EPJT vous a permis de faire du français avec vos articles et fait travailler des classes, plus uniquement sur le blog maintenant.

Oui, aujourd’hui, à la Maison familiale rurale (MFR) de Bourgeuil, une classe de 4e et une autre de 3e ont choisi d’intégrer le projet jeunes reporters dans leur Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Avant une sortie à l’extérieur de leur MFR, les élèves écrivent des questions, se renseignent. Ils savent qu’ils vont ensuite écrire un article. C’est une manière d’aborder de nombreux sujets et de mieux capter l’attention. Les corrections passent mieux que lors d’un cours de français classique.

Interviewer et rencontrer des personnalités du spectacle, de la politique ou du journalisme, c’est aussi motivant pour les enfants.

Ils travaillent beaucoup leurs articles : lorsque deux élèves ont interrogé Kendji, elles avaient travaillé deux semaines sur leurs questions. Pareil pour Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, lors du Congrès national des Pompiers en septembre 2016 à Tours. C’est intéressant pour eux de poser des questions qui les intéressent réellement.

Pensez-vous que les contenus journalistiques destinés aux enfants sont suffisants, notamment à la télévision ?

Ces dernières années, on voit une amélioration dans les journaux télévisés, il y a des pictogrammes qui sont apparus. Les jeunes reporters  ont une vision à eux de l’actualité qui est intéressante. Je verrais bien une émission d’info présentée par des enfants. Je sens qu’il y a une demande mais on avance doucement. On est dans la bonne voie.

Quel est votre plus grande fierté avec ce projet jeunes reporters ?

Les larmes de joie des parents lorsqu’ils voient leurs enfants se dépasser pour poser des questions. Ça n’est pas toujours facile pour les enfants d’aller faire des interviews. L’objectif n’est pas de former des journalistes mais des citoyens capables de s’informer. Un jour, un élève m’a dit qu’il voulait devenir maître. Le projet était donc réussi.

Propos recueillis par Marcellin Robine

Pour aller plus loin :

[ENQUÊTE] Les enfants, les grands oubliés des JT

[INTERVIEW] Nicole Gauthier, directrice du CUEJ : les étudiants doivent « développer leur faculté d’adaptation »

Nicole Gauthier est directrice du Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) à Strasbourg. Pour elle, le rôle des écoles, aujourd’hui comme dans dix ans, est de former des journalistes autonomes et attentifs aux innovations.

Dans un contexte où le métier de journaliste est en constante évolution, comment former les étudiants tout en sachant que les outils technologiques actuels risquent de devenir obsolètes rapidement ?

Nous leur apprenons à se servir des outils mainstream du moment. Mais surtout nous les sensibilisons à la veille permanente et continue, et au fait qu’un outil d’aujourd’hui ne sera pas celui de demain. Ce sont les seuls à pouvoir se construire une attention à ces mutations ; une attention qu’ils devront poursuivre après leur formation. Car ils le savent : on ne peut pas apprendre quelque chose à l’école et le faire fructifier pendant des années. Ça ce n’est plus possible, aujourd’hui. Bien sûr, il y a toujours des fondamentaux qui constituent le socle de l’information, mais tout le monde doit développer une faculté d’adaptation à ces mutations : les écoles, les médias, les journalistes y compris les étudiants.

L’enjeu des écoles est donc de pousser les étudiants à être autonomes dans la recherche de nouveaux outils ?

Oui. Un exemple : les logiciels de data. Souvent nos étudiants nous demandent pourquoi nous ne leur donnons pas un catalogue de ces logiciels. Je trouve que ça ne sert à rien. Dans trois ou six mois, l’outil qu’on leur aura présenté aura soit disparu, soit été vendu, soit sera devenu payant… Nous pouvons leur indiquer des pistes, mais il y a une partie de la recherche que nous ne pouvons pas faire à la place des étudiants, et heureusement. Car ça fait partie de la construction de l’univers professionnel que chacun doit être en mesure de faire.

Avec la multiplication des nouveautés, comment différencier l’indispensable du gadget ?

Aujourd’hui, il y a un certain nombre d’études sur les pratiques de l’information, sur l’ordinateur, la tablette ou encore le smartphone. On peut en observer l’évolution sur plusieurs années, que cela soit du point de vue du consommateur ou des entreprises. D’ailleurs, quand nous échangeons avec les entreprises, nous voyons comment elles utilisent le smartphone non pas comme outil commercial ou de consommation, mais comme outil journalistique : pour poster des vidéos sur le site, créer des alertes… On a des repères en termes d’usage professionnel. Mais selon moi, ce n’est pas si grave qu’on utilise un outil destiné à disparaître dans trois mois. L’important c’est pourquoi on a choisi cet outil en particulier. En quoi est-ce pertinent de l’utiliser à un certain moment ou un autre ? Que permet-il de faire, quel type de phase d’apprentissage permet-il de combler ? Et finalement, est-ce qu’il a rendu de bon et loyaux services ?

Vous êtes plutôt dans l’anticipation ou vous vous en tenez aux outils déjà instaurés ?

Les deux. Par exemple, on utilise In design parce qu’il est installé dans la profession, et accessoirement qu’il a fait ses preuves. Mais on travaille aussi sur la construction de médias interactifs avec des étudiants de l’IUT d’Haguenau, formés aux métiers du multimédia et de l’internet. On coproduit avec eux, et on invente des choses qui n’existent pas. Rien de révolutionnaire, mais c’est l’occasion de réfléchir en même temps au fond et à la forme du journalisme en associant nos étudiants à des graphistes ou à des développeurs. Donc il y a deux types de réponses. Et je défends les deux : qu’on puisse utiliser les logiciels professionnels qui sont encore très répandus au sein des médias et qu’on puisse par ailleurs, pour d’autres productions et une autre offre éditoriale, être dans une démarche d’innovation et de faire des choses à nous, si je puis dire.

Le journalisme dans dix ans s’appuie plutôt sur le fond ou la forme ?

Les formes de narration ou le fond, elles évoluent et se multiplient. Après dans dix ans, je n’en sais rien. On a déjà du mal à savoir pour l’année prochaine… Il y a à la fois des choses extrêmement pérennes comme l’investigation et il y a des choses qui évoluent beaucoup. Il y a des nouveaux outils, des nouveaux modes de consommation de lecture, des nouveaux formats, la rapidité de la circulation de l’information… Mais on est aussi sur un mélange, avec des éléments durables et d’autres en pleine mutation et qui sont pour certains assez fantastiques.

Propos recueillis par Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs

[ENQUÊTE] Les enfants, les grands oubliés des JT

Ils sont un demi-million à s’installer, chaque soir, devant un journal télévisé. Les enfants entre 4 ans et 10 ans visionnent les mêmes images que les adultes. Alors, pourquoi n’auraient-ils pas leur propre émission ? Nos voisins britanniques et allemands ont leurs JT destinés aux enfants depuis plus de trois décennies. En France, les tentatives sont timides, laborieuses ou de courte durée.

Franck-André Rauschendorf, l’un des présentateurs d’Arte Journal Junior. Photo : Capture d’écran d’Arte

« Salut, je suis heureux de vous retrouver pour ce journal junior ! Soyez les bienvenus », lance Frank-André Rauschendorf. Le présentateur d’Arte Journal Junior prend place sur le plateau. Classique jusqu’ici. Mais derrière lui, les décors des capitales sont remplacés par une mascotte animée. Et tous les reportages lancés par le présentateur ont été écrits spécialement pour des enfants de 8 à 12 ans.

Cette émission est la seule à occuper le créneau des JT destinés aux enfants en France. La grande ligne directrice ? Décrypter et expliquer le monde. En 2014, Jean-François Ebeling, rédacteur en chef d’Arte Journal Junior, se rend en Allemagne pour voir comment travaille la rédaction de Logo!, la référence des journaux pour enfants depuis 1989 : « Je ne savais pas comment m’y prendre. Je faisais essentiellement du news. J’ai surtout retenu une leçon : il ne fallait censurer aucun sujet. »

Lancé en 2014 en hebdomadaire, Arte Journal Junior devient un JT quotidien un an plus tard. Axé sur l’international, le journal propose toujours une formule plus longue et magazine le dimanche. Un portrait d’un enfant étranger sert de fil rouge, comme celui de Marcos Jesus, un enfant andalou dans une école de corrida ou encore Aminata, une jeune Malienne qui ne peut pas aller à l’école, faute d’argent.

« L’audience est très variable, explique Jean-François Ebeling. On passe du simple au double, de 50 000 à 100 000 téléspectateurs. » Une audience faible par rapport à celle des dessins-animés. « On n’est pas TF1 ou France 2. Nous avons du mal à se faire connaître auprès des parents. » La chaîne franco-allemande fait pourtant confiance à l’émission. Récemment, Jean-François Ebeling a pu embaucher un assistant de production. « Ça ne se verra pas directement à l’antenne, mais on va pouvoir développer plus de projets. »

Problème : le journal est diffusé à 7 h 35, et l’horaire sera même avancé à 7 h 10 à partir du 13 mars. Or, selon la psychologue Geneviève Djenati, qui travaille sur les images des scénarios de dessins animés, il faudrait diffuser ces JT destinés aux enfants à l’heure du goûter : « Les écrans occupent trop l’esprit le matin, et l’enfant n’a pas possibilité d’échanger avec des adultes sur ce qu’il a vu alors que le soir si. »

Jean-François Ebeling ne cache pas son désir d’avoir un JT en fin d’après-midi et regrette que ce ne soit pas en son pouvoir. Pour pallier ce problème, la chaîne donne exceptionnellement la priorité au web. Le journal est diffusé la veille, à 18 h sur le site et la chaîne Youtube, avant de passer à la télévision le matin.

Le journal, parce qu’il est également diffusé outre-Rhin, en allemand, fait très peu écho aux préoccupations nationales. C’est un parti-pris compréhensible et cohérent avec la ligne éditoriale forte de la chaîne. Mais en conséquence, les enfants français n’ont pas accès à un JT sur l’actualité de leur pays.

Si l’offre existe en France, elle reste fragile, incomplète, alors qu’ailleurs, elle fonctionne. La BBC diffuse Newsround depuis 1972 et la chaîne publique allemande ZDF a fait de son magazine Logo! une référence depuis sa création en 1989. Rien d’impossible donc d’autant plus que la France a déjà fait l’objet de tentatives.

En 1998, l’idée d’un journal télévisé pour enfants est évoquée lors du Parlement des Enfants. Message reçu pour France Télévisions qui lance en 2000, A toi l’actu@, sur France 3. Présenté par Peggy Olmi, Thomas Sotto puis François Barré, le programme propose un véritable journal d’information quotidien, après l’école. Tous les sujets sont évoqués, des marées noires aux Pokémon, des enfants soldats aux célébrités de l’époque.

Au bout de deux ans, le programme est remplacé par Mon Kanar, produit par 2P2L et présenté par François Pécheux. D’abord en quotidienne, le programme change plusieurs fois d’horaires pour passer en hebdomadaire à la rentrée 2005. Des bouleversements qui ont contribué à l’arrêt du programme quatre mois plus tard. Entre 2005 et 2014, en France, plus aucun programme d’information n’est proposé aux jeunes.

Après la violence des attentats de Charlie Hebdo, on prend alors conscience de l’importance d’adapter l’information pour les enfants. Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation, en visite dans une école fin janvier 2015, s’interrogeait très clairement : « Est-ce qu’il ne faudrait pas un journal télévisé d’actualité pour les enfants ? »

L’appel lancé par la ministre a été entendu par LCI en mars 2015, avec l’hebdomadaire le Petit JT en partenariat avec Mon quotidien. Présenté par Benjamin Cruard, le programme devient bihebdomadaire en 2016 et est diffusé le mercredi et le week-end. Mais la direction a décidé de concentrer ses forces sur l’élection présidentielle. Le Petit JT, en stand-by depuis fin décembre, n’est même pas sûr de revenir à la rentrée 2017. Ce choix montre que, pour le moment, l’information destinée aux enfants n’est pas une priorité dans les rédactions, alors que l’élection présidentielle est un enjeu de taille à leur expliquer.

Pour Benjamin Cruard, l’année électorale n’est pas la seule fautive : « La chaîne n’avait sûrement plus les moyens de mettre en oeuvre l’émission. Pour une économie de chaîne d’information en continu, cela coûte cher. » Pourtant, LCI doit beaucoup au Petit JT. L’émission a aidé la chaîne à plaider son dossier auprès du CSA pour passer sur la TNT gratuite. Il fallait montrer une différence par rapport aux autres chaînes. « Le problème aussi, c’est que les enfants n’ont pas le réflexe d’aller voir ces JT, complète le présentateur du Petit JT. Mais quand ils sont devant, qu’ils prennent l’habitude, ils ne lâchent pas. Le manque de communication fait échouer ces émissions. »

Mémona Hintermann-Affégée, présidente du groupe de travail Audiovisuel et Éducation au Conseil supérieur de l’audiovisuel, souhaite mettre une pression supplémentaire sur les chaînes, publiques et privées. « Il y a une solution : que l’Etat force l’audiovisuel public à faire un journal pour enfants. Pour les chaînes privées, elles exploitent gratuitement des fréquences qui appartiennent à notre pays. Il faut donc exiger des programmes lors des renouvellements de convention. C’est au CSA d’agir. »

Mais que fait le service public ? Mis à part la pastille Un jour Une question et le contenu riche sur la plateforme francetveducation, on ne trouve pas de reportages pour les enfants sur France Télévisions. Amel Cogard, directrice de France TV Education, confie qu’un projet est en réflexion mais pas encore à l’oeuvre : « C’est vrai qu’il n’y a rien à l’antenne. Nous ne savons pas quelle forme ça doit prendre : de l’actualité pure, du magazine, du décryptage, du reportage… Nous vous en dirons plus pendant les Assises du journalisme. »

Marcellin Robine et Léna Soudre

[REPORTAGE] Dysturb dissèque l’info avec les ados

Les informations apportées par les médias sont de plus en plus remises en question en France, particulièrement chez les jeunes. Pour lutter contre ce phénomène, le collectif Dysturb intervient dans des classes afin de donner aux élèves les clés pour vérifier et comprendre les informations.

Les photojournalistes conseillent les élèves de la section photo du lycée Victor Laloux. (Crédit photo : Noémie Lair)

Les photojournalistes conseillent les élèves de la section photo du lycée Victor Laloux. Photo : Noémie Lair

« On est photojournalistes. Est-ce-que vous savez ce qu’est ce métier ? », demande Benjamin Girette aux élèves du Bac pro photographie du lycée Victor Laloux de Tours. En réponse, un long silence. Puis, « c’est quelqu’un qui fait des photos pour des journaux », finit par proposer, timidement, une élève.

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[EN PLATEAU] Albéric de Gouville, vice-président de l’association La Maison des Journalistes

Rédacteur en chef de France 24, Albéric de Gouville est également vice-président de l’association La Maison des Journalistes. Une association qui accueille et accompagne des journalistes qui fuient leur pays d’origine comme la Syrie, la Guinée et la Côte d’Ivoire. Depuis 13 ans d’existence, plus de 300 journalistes de 60 pays différents ont bénéficié de l’aide de l’association. Albéric de Gouville a accepté de répondre à nos questions.

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[ENQUÊTE] Mais si, les jeunes s’informent !

Alors que l’information se consomme de plus en plus en flux continu, l’éducation aux médias est primordiale. C’est pourquoi les Assises ont décidé d’en faire l’un des thèmes phares de leur neuvième édition. Nous avons été à la rencontre de jeunes pour recueillir leur parole. 

Antonin et Alexandre ont pu rencontrer les journalistes de Radio Campus. (Flora Battesti)

Antonin et Alexandre ont pu rencontrer les journalistes de Radio Campus. (Photo: F. Battesti)

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[REPORTAGE] Conf’ de rédac’ au lycée

Le lycée Grandmont de Tours développe depuis trois ans un journal lycéen, Les échos de Grandmont. Un moyen pour les lycéens, et futurs citoyens, d’apprendre autrement et de mieux comprendre les médias.

Lycée Grandmont éducation aux médias Crédit Apolline Merle

Chaque vendredi midi les lycéens du lycéen Grandmont se retrouvent pour une conférence de rédaction. Ce vendredi 26 février, le bouclage approche pour le prochain numéro. Noé, le rédacteur en chef, fait le point avec son “équipe”. (Photo: A. Merle)


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[ENTRETIEN] Najat Vallaud-Belkacem : « Créer au moins un média par collège et par lycée »

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, l’éducation aux médias est devenue une des priorités du Gouvernement. C’est ce qu’affirme la ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud-Balkacem, qui a accepté de nous répondre… par écrit et sans apporter de réponses à toutes nos interrogations, notamment sur le rôle, depuis plus de 30 ans, du Clémi, le Centre de liaison de l’enseignement et des médias de l’information. La ministre prend toutefois l’engagement que l’éducation aux médias ne dépendra plus, désormais, du bon vouloir de chaque établissement.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation Nationale, tient à renforcer l’éducation aux médias dans le système éducatif français. Un enseignement qui est intégré à la réforme du collège. Crédit : Philippe Devernay.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale, tient à renforcer l’éducation aux médias dans le système éducatif français. Un enseignement qui sera intégré aux programmes scolaires dès la rentrée prochaine. (Photo: Margot L’hermite)

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[REPORTAGE] La radio pour sensibiliser à l’info

Depuis les attentats de Charlie Hebdo, l’Education nationale veut renforcer l’éducation aux médias dans les établissements scolaires. Faire la différence entre ce qui est de l’information et ce qui n’en est pas, décrypter les médias et développer son esprit critique sont les principaux axes défendus par le ministère. Le collège Jules-Romains, à Saint-Avertin (Indre-et-Loire), n’a pas attendu les tragiques événements de janvier et novembre pour sensibiliser ses élèves aux médias et à l’information.

La classe de 5° du collège Jules-Romain, présente aux Assises du journalisme, espère pouvoir réaliser un reportage et de rencontrer des journalistes. Crédit photo : Apolline Merle.

La classe de 5° du collège Jules Romains, présente aux Assises du journalisme, espère pouvoir réaliser un reportage et de rencontrer des journalistes. Photo : Apolline Merle/EPJT


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