[EN PLATEAU] Nassira El Moaddem, rédactrice en chef du Bondy Blog

Passée par iTélé et France 2, Nassira El Moaddem a pris la tête de la rédaction en chef du Bondy Blog cet été. Lancé à la suite des émeutes de 2005, ce pure player met en avant une diversité rare dans les grands médias. Le Bondy Blog, c’est de la diversité dans la rédaction et dans les sujets traités. S’appuyant sur un réseau d’une vingtaine de blogueurs dispatchés dans toute l’Île-de-France, le Bondy Blog couvre notamment l’élection présidentielle, à sa manière.  

[LE RÉSUMÉ] « Diversité dans les rédactions : briser le tabou des
quotas ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Diversité dans les rédactions : briser le tabou des quotas ? ».

D’après les intervenantes, les quotas ne seraient pas un si mauvaise solution pour instaurer plus de diversité dans les rédactions. Photo : Lucie Martin

 

Animé par le présentateur de Vox Pop John-Paul Lepers accueille Samira Djouadi (délégué générale de la Fondation TF1), Nassira El Moaddem (rédactrice en chef du Bondyblog), Audrey Lebel (porte-parole du collectif Prenons la Une), Mai Lam Ngyen-Conan (présidente de Viavoice Diversity) et Géraldine Van Hille (chef de la mission cohésion sociale au Conseil supérieur de l’audiovisuel).

 

LES ENJEUX

Les médias sont accusés de ne pas suffisamment représenter la diversité de la population française. Que ce soit au sein des rédactions ou sur le petit écran, la part des minorités visibles progresse difficilement. Comment améliorer la diversité dans les médias ? Les quotas ne seraient-ils pas une solution appropriée à ce problème ?

 

CE QU’ELLES ONT DIT

Nassira El Moaddem : « Qu’est-ce qui a changé dans la ligne éditoriale d’une rédaction après l’arrivée de personnes issues de la diversité ? Il faut interroger les patrons de presse, qui se cachent derrière des étendards. Harry Roselmack est cité par tour le monde et c’est assez révélateur. C’était une bonne chose de le mettre à l’antenne, mais il ne faut pas s’arrêter à ça. »

Mai Lam Nguyen-Conan : « La diversité, ce n’est pas une question de largeur de porte, mais de largeur d’esprit. La première question à poser dans les rédactions est la suivante : êtes-vous ouvert, connaissez-vous le monde et la société qui vous entourent ? Est-ce que j’ai suffisamment de 06 issus de la diversité dans mon carnet d’adresses ? La réponse est souvent « non ». Notre société souffre de cloisonnements qui sont difficiles à abattre. »

Audrey Lebel : « Je suis pour les quotas de femmes dans les directions des médias. Les femmes sont confrontées au plafond de verre. De plus, bien souvent, les hommes qui interviennent dans les médias sont des hommes blancs de plus de 50 ans. Ce n’est pas être raciste de dire ça. Ça en dit long sur la santé de notre société. »

Géraldine Van Hille : « Concernant le handicap représenté à la télévision, il y a une vraie prise de conscience, avec le programme « Vestiaires » sur France 2 par exemple. Pourtant, les chaînes partent de tellement loin que la part des personnes en situation de handicap est trop faible : 0,8 % du temps d’antenne en 2016. »

 

À RETENIR

De l’avis de toutes, les quotas peuvent être bénéfiques, sous certaines conditions. « C’est une solution par défaut », estime Audrey Lebel. Pour Samira Djouadi, « les quotas ne sont utiles que s’ils sont suivis d’actions concrètes ». Le CSA souhaiterait influencer sur la politique de recrutement des médias audiovisuels, et contraindre à des résultats, mais il s’avère que les chaînes n’ont aucun compte à rendre à l’autorité.
Le débat s’est ensuite déplacé sur la représentation des banlieues à la télévision. L’occasion pour la rédactrice en chef du Bondyblog Nassira El Moaddem d’expliquer qu’« il existe cette propension des médias privés, mais aussi du service public à mettre l’accent sur les faits divers. On a une tendance depuis dix ans à sur-représenter les faits divers à la télévision. Les banlieues en sont les premières victimes : agressions, deal, voitures qui brûlent, etc. Il suffit de voir les émissions sur M6 et le Figaro magazine qui sont champions en la matière. » Solution finale défendue par les intervenantes : l’éducation aux médias, en particulier dans les zones d’éducation prioritaires (ZEP). Les jeunes pourraient ainsi disposer d’une meilleure connaissance de l’information, à l’instar des interventions du Bondyblog dans les lycées de La Courneuve ou aux universités de Paris 8 et Paris 13.

Medhi Casaurang-Vergez

[LE RÉSUMÉ]
« Journalisme dans dix ans : la parole aux étudiants »

Retrouvez le compte-rendu de la première conférence de cette dixième édition des Assises : « Journalisme dans 10 ans : la parole aux étudiants ».

Maïlys et Loïc, étudiants à l’IUT de Cannes, plaident pour redonner une indépendance pleine et totale aux journalistes, face à la puissance des patrons de presse. Photo : Martin Esposito

 

Un atelier/débat animé par Maria Santos-Sainz, maître de conférences au sein de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine (IJBA), avec l’intervention en duo de 28 étudiants, issus des 14 écoles de journalisme reconnues par la profession.

 

LES ENJEUX

Un débat en deux temps qui donne la parole aux étudiants sur l’évolution de la profession. Comment s’imaginent-ils exercer leur métier dans dix ans ? Comment le rêvent-ils en 2027 ? L’atelier est articulé autour de questions sur la formation, des nouvelles compétences, du modèle économique ou encore de l’évolution de la technologie.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Maria Santos-Sainz (maître de conférence à l’IJBA) : « Le journaliste est un historien du présent. Il a du mal à se projeter dans le futur. D’ici dix ans, les mutations vont être importantes. C’est un exercice difficile de se projeter, mais il est nécessaire. Nous devons ouvrir des pistes pour une presse de qualité face à tous les défis qu’elle rencontre. »

Sébastie (étudiante à l’EJC Marseille) : « Dans dix ans, le journaliste sera de plus en plus polyvalent. La formation va devoir être plus complète. On nous dit aujourd’hui de devoir savoir tout faire. Or, dans les écoles, les spécialisations peuvent nuir à cela. Je pense que nous n’avons pas le temps de travailler en longueur sur le codage ou le maquettisme. Ce n’est pas parce qu’on se spécialise en télé qu’on doit arrêter d’apprendre à manipuler un site internet par exemple. »

Noé (étudiant à l’ESJ Lille) : « Face à l’image négative collée à la profession, il faut pointer les dérives du journalisme actuel et les résoudre. Les sondages par exemple, après les épisodes du Brexit et de Trump. Stop au journalisme de commentaire aussi. Le comblage sur les chaînes d’information n’est pas une bonne façon d’exercer notre métier. »

Sophie (étudiante à l’IPJ) : « Dans dix ans, j’espère que le journalisme sera plus féminisé. Il y a aujourd’hui 35 000 cartes de presse distribuées. 16 000 pour des femmes, 19 000 pour les hommes. Ces derniers ont les postes les plus importants dans la profession, même si la tendance s’inverse. Et j’espère que cela continuera. Les postes dans les rédactions en chef se sont féminisés à hauteur de 10 % en quelques années. C’est encourageant. Nous souhaitons que les femmes soient encore plus à des postes à responsabilité. Et que l’inégalité des salaires se réduise. Ce problème touche aussi les journalistes. En 2013, il y avait près de 550 euros d’écart entre un homme et une femme pour un même poste de rédacteur en chef. »

Mailys et Loïc (étudiants à l’IUT de Cannes) : « Aujourd’hui, une mainmise des patrons de presse pèse sur l’indépendance journalistique. Face à ça, les médias devront essayer de trouver des façons de s’en sortir. Il faut trouver un modèle économique sain, surtout sur internet. Nous pensons que le crowdfounding devra encore plus se développer. Il faut que le citoyen puisse s’investir dans le processus de création d’un média d’utilité publique. Il faut reconnecter le média au citoyen, qu’il y ait une connivence entre journalistes et citoyens et non entre journalistes et hommes politiques. On imagine redonner une liberté pleine et totale aux journalistes, face à la puissance des industriels. »

CE QU’IL FAUT RETENIR

Dans une dizaine d’années, les étudiants des 14 écoles reconnues espèrent un journalisme plus indépendant, plus féminisé, diversifié, polyvalent. Selon les deux étudiantes de l’EJD Grenoble, cela s’illustrera dans le profil type du journaliste. Un personnage « ultra-connecté, qui maîtrise parfaitement les réseaux sociaux, jongle avec des milliers de données avec son ami le robot et filme au smartphone », prévoient-elles.

Simon ABRAHAM