« La démocratie ne peut pas vivre sans médias variés, libres et indépendants »

Le Commissaire européen Johannes Hahn a affiché sa fermeté envers tous ceux qui menacent les journalistes dans le monde. Photo : Lucas Beulin.

C’est Johannes Hahn, Commissaire européen à l’élargissement et à la politique européenne de voisinage, qui a officiellement clôturé ces Assises de Tunis. Après être revenu sur les grands enjeux actuels de la profession, il a évoqué le climat que doivent affronter les journalistes et affiché toute la fermeté de l’Union européenne vis-à-vis de l’affaire Khashoggi notamment.

Johannes Hahn a officiellement mis fin aux Assises de Tunis 2018 en prononçant un discours d’une dizaine de minutes. Devant une salle Omar Khlifi comble, il a dressé le portrait de la profession avant de revenir sur les grands enjeux qu’elle traverse avant de condamner fermement les menaces et violences dont les journalistes font l’objet. Retour sur les moments forts de son intervention.

Rappel du rôle fondamental des médias

« Ces Assises sont une véritable étape pour les médias dans la région. Cela va nous permettre de partager et de poursuivre le développement des médias indépendants. La démocratie ne peut pas vivre sans médias variés, libres et indépendants. Ils sont un pilier de la démocratie et du développement de sociétés résilientes. Il est regrettable que les journalistes doivent faire face à un espace d’expression qui se rétrécit et à un environnement hostile. »

Panorama des enjeux actuels du journalisme

« Le journalisme est dans une phase de changement. Les choses changent à grande vitesse avec internet notamment. À l’ère des fake news, l’information erronée devient monnaie courante. Le journalisme indépendant et la vérification de l’information sont la clé. La révolution digitale a changé nos économies. Il est très important que les médias restent à jour et jouissent autant que possible de leur indépendance. L’Union européenne est en train de promouvoir, à travers des programmes, une information de qualité. La plateforme Med Média a été créée pour la liberté des médias et pour s’ériger contre les discours de haine. »

Condamnation des violences contre les journalistes

« L’Union européenne va continuer à soutenir le secteur des médias, à promouvoir et protéger la liberté d’expression ainsi que la liberté de la presse. Le contexte actuel est marqué par des attaques physiques contre les journalistes dans le monde, et même dans l’Union européenne, alors que que l’on croyait cela impossible. On ne parle pas seulement de violences mais aussi de meurtres. Je suppose que celui de Khashoggi n’est pas un cas isolé. Il faut découvrir qui sont les meurtriers et instigateurs de cet assassinat. La responsabilité de chacun doit être clarifiée, les responsables doivent être traduits en justice et condamnés. »

L’UE soutient et remercie la profession

« Il faut une protection pour les professionnels de l’information. Les journalistes critiques ne doivent pas être considérés comme des menaces mais comme les constructeurs d’une nouvelle société. Nous allons protéger vos intérêts. Merci beaucoup pour tout ce que vous avez fait, dans l’optique d’une société beaucoup plus informée. Vous ne travaillez pas toujours dans des conditions faciles. Je vous souhaite le meilleur. »

Recueilli par Clément Argoud

 

« Prendre des engagements sur la durée pour échanger »

Lors de la clôture officielle des Assises de Tunis, Elisabeth Guigou a indiqué son intention d’inscrire cet événement dans la durée, au sein de la capitale tunisienne. Photo : Wikipedia Commons.

Elisabeth Guigou, présidente de la Fondation pour le dialogue des cultures euroméditérranéennes, a souligné la volonté commune d’inscrire ces Assises de Tunis dans la durée. Avec, dès 2020, une deuxième édition.

 

Elisabeth Guigou : « Bravo d’avoir réussi à rassembler autant de journalistes et de professionnels des médias pendant trois jours. La Fondation s’est intéressée aux médias depuis le début car ils sont un vecteur essentiel du dialogue interculturel, ce qui est au cœur de notre mission. Je suis très heureuse de construire un partenariat pour préparer les prochaines Assises d’octobre 2020, afin de soutenir et diffuser votre appel. L’important est de prendre cet engagement sur la durée pour échanger, dans les rôles qui sont les nôtres. »

Recueilli par Clément Argoud

« Beaucoup de projets ont pu naître pendant trois jours »

Avant d’introduire les allocutions officielles, Jérôme Bouvier a dressé en quelques phrases le bilan de cette édition tunisienne 2018. Photo : Lucas Beulin.

Le Président des Assises du journalisme a conclu officiellement cette édition tunisienne et en a dressé le bilan. Rendez-vous est donné en octobre 2020, toujours à Tunis, pour poursuivre la réflexion.

Jérôme Bouvier : « Beaucoup de projets qui ont pu naître pendant trois jours. Les échanges ont été riches et fantastiques. Beaucoup de fleurs ont commencé à s’épanouir. On peut citer la création du réseau de journalistes d’investigation des deux rives de la Méditerranée, celle de Hack/Hackers Euromed, ou encore le partenariat entre l’IPSI et l’EPJT. Nous avons toujours l’utopie de créer un jour une villa Albert Camus du journalisme, qui permettrait d’échanger entre confrères et consœurs francophones. Je tiens à remercier l’Union européenne sans qui la tenue de ces Assises n’aurait pas été possible Nous nous engageons à le poursuivre sur la durée, avec une deuxième édition en 2020. »

Recuilli par Clément Argoud

En Tunisie, le citoyen comme solution

Le projet Youthmore, présenté ici par Arbia Mthlouthi, vise à mettre en lumière les initiatives et les success stories de jeunes tunisiens. Photo : Lucas Beulin.

Le journalisme porteur de solutions peut être l’incarnation du journalisme utile, thème majeur de ces Assises. Invitées de l’atelier « Un journalisme utile porteur de solutions » deux journalistes tunisiennes ont présenté leur approche et les visées de cette pratique.

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En Centrafrique, « la stabilité est due en grande partie à notre radio »

Brice Ndagoui, rédacteur en chef adjoint de radio Ndeke Luke, a évoqué la situation de la Centrafrique. Crédit Photo : FLORENT VERGNES / AFP).

L’atelier intitulé « Action des médias en zone de conflit, quel impact, quelle audience ? » accueillait vendredi matin Brice Ndagoui, rédacteur en chef adjoint de radio Ndeke Luke. Nous lui avons posé quelques questions. 

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Blogs citoyens : donner la parole à ceux qui ne l’ont pas

De gauche à droite : Isam Muntaser, Anas Bendriff, Nordine Nabili, Marie-José Daoud et Cheikh Fall.

À l’heure de l’expansion des réseaux sociaux, les blogs citoyens surfent sur cette vague et de plus en plus de personnes y ont recours pour s’informer. Retour sur la conférence « Blogueurs, youtubeurs, startupers, ils nous informent aussi ».

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Conseil de déontologie : la France y réfléchit, la Tunisie agit

En Tunisie, le code de déontologie journalistique est en projet.

A peu près partout dans le monde, les journalistes font face à un désamour (au minimum) de la part du public. Le renforcement de la déontologie peut être une réponse. Si la Tunisie créé actuellement son conseil de la presse, la France en est encore au stade de la réflexion.

Le 9 octobre, Françoise Nyssen, alors ministre de la Culture, annonçait la création d’une mission, présidée par Emmanuel Hoog, pour statuer sur la création d’un conseil de déontologie de la presse. Mission qui a été maintenue après son départ du gouvernement. Cette initiative a été considérée comme une victoire par Jean-Luc Mélenchon, dont la pétition en ligne réclamant ce type d’organe de régulation s’approche des 200 000 signatures. Jean-Luc Martin-Lagardette, qui étudie ce sujet depuis plus de sept ans au sein de l’APCP, l’Association de préfiguration d’un conseil presse a préféré être plus réservé. Selon lui, « cette initiative ne pourrait aboutir que si elle est portée par les médias et souhaitée. Si elle n’émane que du gouvernement, on l’accusera de vouloir museler la presse.« 

La place des citoyens et la répression en question

La place des citoyens est un sujet important dans ce débat. Si le Syndicat national des journalistes (SNJ) prône la création d’un conseil de déontologie, il ne souhaite pas que des représentants du service public y prennent place. Une volonté qui s’oppose aux désirs de plusieurs organisations, comme Acrimed ou l’Observatoire de déontologie de l’information, d’après Pierre Ganz, son vice-président : « Pour être crédible, ce conseil devra réunir les éditeurs de presse et les journalistes, mais aussi les citoyens, même si on ne sait pas encore comment ils pourraient être nommés. » Au-delà des différents points de rupture, la grande majorité des acteurs souhaite que ce conseil n’ait pas de pouvoir répressif. « Le conseil rendra son avis public et c’est déjà très structurant. Ce sera une satisfaction pour le public, avec une procédure plus simple que lors d’un recours en justice », comme l’explique Pierre Ganz.

Le cas de la Tunisie

La Tunisie a fait le choix d’un conseil de la presse qui ne dispose pas d’un pouvoir de sanction contre les journalistes. Les premiers statuts du futur conseil de la presse seront rendus public le 14 janvier 2019, en même temps que le nouveau code de déontologie pour les journalistes du pays. L’objectif, selon Manoubi Marouki, président du comité exécutif du conseil de déontologie tunisien, est de « préserver la liberté de la presse tout en protégeant à la fois les journalistes et le public« .

Ce « tribunal d’honneur » aura avant tout une volonté pédagogique et ses statuts seront prochainement discutés par des juristes, des universitaires, des étudiants en journalisme, etc. D’après lui, « cette instance, en privilégiant l’autorégulation, va améliorer la qualité des productions journalistiques qui baissent depuis quelques années. » L’organe réunira des représentants des citoyens, des propriétaires de titres de presse et des journalistes. Il sera majoritairement financé par les organisations membres, mais également par l’État. Le futur conseil de déontologie sera inspiré des modèles déjà existants, comme c’est le cas en Belgique, où, après dix ans d’existence, les résultats sont très positifs et semblent montrer une amélioration de la confiance du public.

Lucas Beulin

 

Pour aller plus loin, un extrait du projet de code de déontologie :

« Les journalistes ne vont pas assez vers les ONG et les associations »

Le débat était animé par Rym Ben Mansour, chef des projets de l’Association des médias alternatifs tunisiens.

« Une relation gagnant-gagnant », c’est ainsi qu’est décrite la collaboration entre médias, associations et ONG. Lors du débat « Associations, ONG et journalistes, comment travailler ensemble ? » les invités ont également souligné les efforts qu’il reste à faire.

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Traitement des migrations : la grande confusion

Salaheddine Lemaizi, journaliste pour « Les Inspirations » et « Les Ecos », au Maroc, participait à l’atelier. Photo : Clara Gaillot

Depuis le début de la guerre en Syrie, la question migratoire est de plus en plus traitée par les médias du monde entier. Mais puisque les journalistes peinent à accéder aux sources, le sensationnalisme prime souvent sur l’information.

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S’unir pour réussir

La coopération entre journalistes du continent africain peut permettre de faire face aux différentes pressions et menaces. Illustration Noé Poitevin

En Afrique, où la liberté de la presse reste parfois un combat, des journalistes choisissent de se regrouper. Si les West Africa Leaks ont eu un écho mondial, nombre d’autres projets peinent à livrer des résultats tangibles.

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Des solutions pour investiguer en toute sécurité

Les intervenants ont discuté des initiatives pour protéger les journalistes d’investigation. Photo : Clara Gaillot

À travers le monde, les menaces pèsent sur les journalistes d’investigation. L’atelier « Des solutions pour les journalistes menacés » a fait le point sur les initiatives mises en place actuellement.

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CFI a une mission : aider les médias à se développer

Canal France International (CFI) est l’un des premiers partenaires financiers de ces Assises de Tunis.

Canal France International (CFI) est une agence française qui promeut le pluralisme et la professionnalisation des médias en Afrique et en Asie du Sud-Est. Filiale du groupe France Médias Monde depuis 2017, CFI axe son travail sur les pays en transition démocratique.

Canal France International (CFI) est l’agence française d’aide au développement des médias. Opérateur de l’Union Européenne et du ministère des Affaires étrangères, elle est devenue, en juin 2017, une filiale du groupe France Média Monde (France 24, Radio France International (RFI) et Radio Monte-Carlo Doualiya (MCD)).

L’intégration au groupe France Médias Monde est « une belle opportunité qui apporte de potentielles synergies« , annonce David Hivet, directeur Méditerranée-Asie de CFI. Des contenus produits par des journalistes accompagnés par l’agence française peuvent être publiés sur les sites internet de France Médias Monde. Dans l’autre sens, des journalistes de France 24 ou RFI peuvent intervenir en tant que formateurs au cours des différentes missions de CFI.

L’agence française conçoit et met en œuvre des projets qui s’appuient sur des médias locaux. Elle dispense ses formations sur une vaste zone qui s’étend du Maroc jusqu’aux Philippines. « L’idée est d’élargir, densifier et crédibiliser l’espace d’information et de débat« , explique Julien Guei, délégué de CFI aux outil numériques. L’agence de développement axe son travail sur des régions fragiles, exposées au conflit, soumises à des déstabilisations politiques. Avec toujours un même objectif : participer au renforcement des médias pour qu’ils puissent délivrer une information pluraliste, fiable et démocratique.

Conception de projets

Dix millions d’euros sont mobilisés chaque année pour concevoir des projets, qui durent entre un et quatre ans. Pierre Jalladeau, directeur Afrique de CFI, indique que « les projets naissent en grande partie de l’expérience du terrain après des discussions avec les médias et la société civile pour comprendre ce qu’il faut apporter comme aide« . C’est ainsi qu’une trentaine de projets est conduite chaque année, ce qui représente 180 missions sur le terrain.

Quand le projet est mis en place, un appel à candidature pour trouver les médias est réalisé à travers de grandes campagnes de communication sur les réseaux sociaux. Les médias postulent en ligne, puis CFI en sélectionne une dizaine.

Les missions d’accompagnement prennent différentes formes. Pierre Jalladeau énumère : « formations généralistes ou spécialisées, coaching, assistance matérielle sur le terrain, conseils en management, en ligne éditorial ou encore en création de nouveaux contenus ». L’agence française s’appuie sur des journalistes ainsi que des spécialistes des thématiques en lien avec le projet.

D’autres organismes vont encore plus loin et travaillent sur le modèle économique des entreprises de presse. C’est le cas d’Action Médias Francophones (AMF), une association française, qui intervient principalement à Madagascar et dans l’Union des Comores.

« Dans ces pays, les journalistes sont souvent trop peu payés et parfois corrompus. Certains sont asservis à la pauvreté. Pour résoudre ces problèmes, il faut un mode de gestion plus performant. L’indépendance économique amène l’indépendance politique », explique David Bohbot, président de l’association. Tout comme CFI, AMF développe des entreprises de presse pour qu’elles puissent être des contre-pouvoir démocratique.

Accompagner des médias acteurs de transition démocratique

David Hivet explique qu’aujourd’hui, « CFI est intégré dans une politique d’aide publique au développement dans des pays où le média a un rôle à jouer, comme en Irak, où CFI renforce des médias contributeurs de cohésion sociale« . Pierre Jalladeau insiste sur le fait que « les médias sont des outils de citoyenneté« . Il cite l’exemple du projet « Faso Media ». Depuis 2015 et la chute de Blaise Compaoré au Burkina Faso, CFI y accompagne des médias qui ont retrouvé la liberté d’expression. Beaucoup de formations sont dispensées aux journalistes qui doivent apprendre à interviewer un politique, faire des enquêtes et des reportages.

Bien que les projets diffèrent, selon le contexte du pays d’intervention, le rôle de CFI est très souvent le même. Faire monter en puissance des médias déjà existants qui jouent un rôle important dans des pays en sortie de crise ou en transition démocratique.

Romain Pichon et Ewen Renou

« L’espace global de l’information et de la communication est un bien commun de l’humanité »

Nejma Zghidi, psychologue, auteure et comédienne tunisienne, a lu lors de cette soirée quelques extraits de la Déclaration internationale du journalisme.

Lors de la soirée d’ouverture des Assises du journalisme de Tunis, l’ONG Reporters sans frontières (RSF) présentait sa « Déclaration internationale sur l’information et la démocratie ».

 

Pour la soirée du jeudi, « Information et Démocratie », les visiteurs avaient rendez-vous au théâtre du 4ème art, un espace culturel en plein centre-ville de la capitale tunisienne. RSF présentait sa « Déclaration internationale sur l’information et la démocratie : des principes fondamentaux pour l’espace global de l’information et de la communication ».

Pour introduire la soirée, Christophe Deloire, secrétaire général de RSF, n’y est pas allé par quatre chemins : « Jusqu’à présent, on voyait des journalistes découpés en morceaux au Mexique. Aujourd’hui, on voit ça dans une ambassade. Des régimes despotiques violent les droits des journalistes« . Sous les applaudissements nourris d’une salle comble, il a conclu : « Il ne peut pas avoir de démocratie si les gens ne sont pas bien informés. »

La Commission sur l’information et la démocratie, composée de 25 personnalités de 18 nationalités, a adopté cette déclaration solennelle à l’unanimité après deux mois d’échanges et d’écriture. Les rédacteurs posent ainsi des principes fondamentaux pour « garantir la liberté, l’indépendance, le pluralisme et la fiabilité de l’information, dans un contexte de mondialisation, de digitalisation et de bouleversement de l’espace public« .

La déclaration, un texte de six pages, a été dévoilée le 5 novembre. Pour la faire découvrir au public du Théâtre du 4ème art, Christophe Deloire a invité Nejma Zghidi, psychologue, auteure et comédienne tunisienne. De sa voix clair, cette dernière a lu des extraits de la déclaration.

Elle a commencé par le préambule :  « L’espace global de l’information et de la communication est un bien commun de l’humanité qui doit être protégé comme tel. Son organisation relève de la responsabilité de l’humanité tout entière, par l’intermédiaire d’institutions démocratiques, dans le but de faciliter la communication entre les individus, les cultures, les peuples et les nations, au service des droits humains, de la concorde civile, la paix, la vie et l’environnement« .

Nejma Zghidi a ensuite insisté sur le droit à l’information, « qui consiste en la liberté de rechercher et de recevoir des informations fiables et d’y accéder. L’information ne saurait être considérée comme fiable que si sa collecte, son traitement et sa diffusion sont libres« .

Christophe Deloire a enfin lancé un appel pour clôturer cette présentation et a expliqué que l’objectif de cette déclaration était de « mobiliser tous ceux qui sont attachés à préserver un espace public libre et pluraliste, condition de la démocratie« .

Vous pouvez retrouver en intégralité la déclaration internationale sur l’information et la démocratie sur le site de RSF :

https://rsf.org/sites/default/files/declaration_internationale_sur_linformation_et_la_democratie.pdf

 

Romain Pichon et Ewen Renou

La Cité de la culture, un projet titanesque qui suscite le débat

La construction de la Cité de la Culture a été interrompue à plusieurs reprise avant de reprendre en 2016.

Pour leur première édition tunisienne, les Assises internationales du journalisme se sont installées à la Cité de la Culture de Tunis. Flambant neuf, ce lieu de neuf hectares au cœur de la capitale ne passe pas inaperçu et essuie les critiques.

 

En plein cœur de Tunis, l’imposante bâtisse qu’est la Cité de la Culture bouillonne en ce premier jour des Assises. Discussions, rencontres, interviews, le lieu dédié à la culture accueille ce premier événement hors de la France. Pour le plus grand plaisir du fondateur et président des Assises, Jérôme Bouvier. “C’est extraordinaire de pouvoir tenir ces assises dans un lieu aussi important, on ne pouvait qu’accepter”. La Cité de la Culture, c’est un projet entamé en 2003 et inauguré en mars 2018. Ce mastodonte, qui comporte trois théâtres, six espaces de répétitions, deux salles de projection et un auditorium, n’a cessé de faire débat au sein de la population tunisienne. C’est d’ailleurs pour cela que l’organisation des Assises a délocalisé certaines de ses conférences au Théâtre du 4ème art, non loin de la Cité de la Culture : “On ne savait pas si les Tunisiens s’étaient approprié ce bâtiment qui est tout neuf, on voulait être sûrs qu’on soit bien dans deux lieux”.

Le hall de la Cité de la Culture, majestueux et lumineux.

Un lieu culturel loin de recevoir l’approbation de tous…

Qualifié de lieu démesuré et sans âme par ses détracteurs, il est surtout le symbole de l’ancien régime, pour certains. « Avec ce bâtiment, on perpétue la stratégie de Ben Ali, c’est-à-dire une hégémonie totale et une mainmise de l’État sur l’activité culturelle et artistique. Les artistes qui sont en train de glorifier ces lieux sont les seuls qui y auront accès. Ce sont des noms qui ont verrouillé la scène culturelle pendant des années », expliquait l’artiste plasticien Nidhal Chamekh à Libération. La somme déboursée par le gouvernement tunisien pour la réalisation de la Cité de la Culture est elle aussi jugée faramineuse : 130 millions de dinars soit 44 millions d’euros. « La Cité de la Culture est l’illustration parfaite du ratage culturel de la révolution. Même en Russie on n’oserait plus pondre un truc pareil. De telles dépenses auraient dû servir à renforcer le peu d’équipements culturels qui existent sur le territoire », s’indignait le dessinateur tunisien Z, toujours auprès de Libération.

… qui fait pourtant la fierté de beaucoup

Mais il n’y a pas que des mécontents. Marwa Rekik, journaliste radio, se confie, près du buffet bien garni dans le hall majestueux au cours de ces Assises : “Je pense que c’est un exploit pour tous les citoyens tunisiens, il donne vraiment une belle image de la culture tunisienne, c’est une grande initiative”. Et le directeur général du théâtre et de l’opéra de la Cité de la Culture, Youssef Lachkham, n’en est pas peu fier : “Ce n’est pas un centre culturel, c’est une cité, il y a des citoyens dedans, des invités et des échanges, c’est ce concept qui fait et fera la richesse de la Cité de la Culture”. Cela ne fait pas de doute pour Khouloud Hamdi, étudiante à l’IPSI, l’école de journalisme de Tunis : “on a besoin de patrimoine, d’un espace où viennent tous les artistes, car je crois vraiment à la culture et à l’art“. Même si la Cité de la Culture est un projet d’avant-révolution, la jeune femme veut passer outre cette période, que la Tunisie évolue, et cela commence pour elle, par le soutien de la création de lieux culturels.

Elise Pontoizeau

Journalistes au Maghreb : entre professionnalisation et précarité

Même si la révolution de 2011 a permis d’améliorer les conditions de travail des journalistes, entre le manque de moyens, d’indépendance et de régulation, l’exercice de ce métier reste parfois compliqué. Photo : Romain Bizeul

En pleine mutation, le journalisme maghrébin jouit de nombreuses avancées professionnelles et sociales héritées des révoltes de 2011. Si le début de la professionnalisation du métier est prometteur, rien ne semble encore définitivement acquis.

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Les Assises du journalisme de Tunis en 5 chiffres

L’affiche de ces premières Assises internationales du journalisme de Tunis.

Du 15 au 17 novembre, Tunis accueille les Assises internationales du journalisme. Les nombreux journalistes attendus vont réfléchir sur de multiples questions en lien avec le thème de l’événement à travers ateliers, conférences et formations. Présentation de l’événement en cinq chiffres.

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Les moments forts de l’édition 2018 des Assises

Samuel Forey reçoit son prix. Photo : Malvina Raud


« Un journalisme utile ? » Ce fut, quatre jours durant, la question centrale de la onzième édition des Assises du journalisme, une nouvelle fois organisée à Tours.
Sur place, les étudiants de l’École publique de journalisme de Tours ((EPJT) se sont mobilisés pour réaliser un suivi en temps réel de l’événement, grâce à un live-tweet permanent ainsi que des résumés de chaque ateliers et conférences. Ils ont également interrogé de nombreuses personnalités du monde du journalisme, sur leur plateau TV ou dans les coulisses. Un journal, La Feuille, a été conçu et distribué tout au long des quatre journées : trois quotidiens de huit pages et un de quatre pages, concocté spécialement pour le Salon du livre. Voici une sélection des articles, enquêtes, résumés et rencontres composant les moments forts de cette édition  2018.

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