Les moments forts
de l’édition 2017
des Assises

De retour à Tours cette année, après une édition 2016 orientée sur la valeur de l’information, les Assises du journalisme ont une nouvelle fois apporté de nombreux éclairages sur l’avenir de la profession.

Pendant trois jours, les étudiants de l’EPJT se sont mobilisés pour réaliser un suivi en temps réel de l’événement grâce à un live-tweet permanent et des résumés de chaque atelier et conférence. Ils ont également interrogé de nombreuses personnalités du monde du journalisme, grâce à des plateaux vidéos en studio ou à des Facebook Live dans les coulisses. Les étudiants ont également conçu et diffusé une édition quotidienne de La Feuille, un journal papier de huit pages. Petite sélection des articles, enquêtes, portraits et résumés à retenir de cette édition 2017 des Assises. 

Après Laurent Joffrin (Libération) l’an passé, c’était au tour d’Anne-Claire Coudray (TF1) de présider le jury des Assises 2017. Photo : Simon Bolle

 

LES ENQUÊTES

 

  • Robots : amis ou ennemis ?

Depuis quelques années, les robots-journalistes s’immiscent dans les rédactions. Et commencent à inquiéter la profession. Peut-être à tort :

[ENQUÊTE] Robots : amis ou ennemis ?

 

  • Facebook va-t-il tuer les sites des médias ?

En deux ans, les réseaux sociaux et Google ont bouleversé la manière de consommer l’info avec des outils qui optimisent la lecture des articles sur smartphone. Une innovation qui ravit tout le monde, mais qui n’est pas sans risques :

[ENQUÊTE] Facebook va-t-il tuer les sites des médias ?

  • Information locale : les nouveaux explorateurs

Tours, Dijon, Chalon, Grenoble… De nombreuses villes assistent à la naissance de pure players. Ces sites d’info, qui entendent concurrencer la PQR, peinent à trouver leur équilibre financier.

[ENQUÊTE]. Information locale : les nouveaux explorateurs

 

LES PORTRAITS

 

  • Rémy Buisine, à l’état brut

Le calepin et le stylo, Rémy Buisine n’en a pas besoin. Le journaliste révélé sur Périscope a choisi le smartphone pour des vidéos sans filtre, diffusées sur le média Brut :

[PORTRAIT] Rémy Buisine, à l’état brut

 

  • À l’aise, Franck Annese

Intuitif, décontracté, curieux… Depuis 2003, Franck Annese, le patron du groupe So Press, secoue la presse magazine. Ses titres affichent une santé insolente :

[PORTRAIT] À l’aise, Franck Annese

 

  • Edwy Plenel, modèle payant

Ignorant les sceptiques, Edwy Plenel a créé Mediapart voilà neuf ans. Ce précurseur du pure player reste pourtant attaché à l’esprit de la presse traditionnelle :

[PORTRAIT] Edwy Plenel, modèle payant

 

LES VIDÉOS

 

  • Gülsün Güvenli

Venue spécialement pour les Assises, celle qui enseigne le journalisme à l’Université de Galatasaray, à Istanbul en Turquie, a répondu aux questions de Manon Vautier-Chollet sur le plateau de l’EPJT. Depuis quelques termps, le journalisme turc fait face à de grosse pressions. Une pression augmentée depuis la tentative de coup d’état de l’été dernier. Malgré tout, les journalistes, enseignants et étudiants en journalisme tentent de résister à la censure, et de ne pas perdre espoir.

 

  • Anne-Claire Coudray

La présentatrice de journaux du week-end, qui a remplacé Claire Chazal en septembre 2015, sur TF1 présidait le jury des Assises 2017. Depuis quelques années, le JT est en perte d’audience. Elle répond aux questions de Lucie Martin et Philippine David et analyse les tentatives d’adaptation aux évolutions technologiques de la part des médias.

 

 

  • Jason Reifler

Le fact-checking est l’art de vérifier les faits relatés par les personnalités politiques, les experts ou les médias. Pourquoi est-il si populaire aujourd’hui ? Est-ce un effet de mode ? Quels impacts a-t-il sur la société et peut-il renouer le lien de confiance entre journalistes et publics ? Pour répondre à ces questions, Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs ont reçu Jason Reifler, professeur en sciences politiques à l’Université d’Exeter (UK) et spécialisé dans le fact-checking.

 

(La vidéo étant en anglais, nous vous conseillons d’activer les sous-titres afin de bénéficier d’une traduction en français)

Pour aller plus loin, retrouvez ici l’ensemble des résumés sur les conférences et les ateliers des trois derniers jours.

La rédaction

[ENQUÊTE] Opérateurs mobile, sauveurs
de la presse ?

SFR et Orange proposent une initiative inédite : coupler abonnements téléphoniques et kiosques en ligne. Les opérateurs ont la volonté de donner un second souffle à la presse écrite. Mais ce modèle est-il une solution pour des journaux qui peinent à se vendre ?

En janvier 2017, l’application SFR Presse aurait été téléchargée 1,5 million de fois. Photo : Martin Esposito

 

Le Figaro, Libération, Le Parisien – Aujourd’hui en France, l’Express, Sud Ouest, le Journal du dimanche, Elle, Paris Match… Tous ces titres sur une même plateforme, tous réunis dans une application téléchargeable sur les téléphones portables, les tablettes et les ordinateurs. C’est ce que propose SFR Presse depuis le mois d’avril 2016. L’offre contenait à l’origine 18 titres. Depuis, elle n’a cessé de s’enrichir au fil des mois, pour atteindre le nombre de 65.

Un kiosque virtuel : rien de nouveau à première vue. L’un des plus connus, le néerlandais Blendle regroupe déjà plus de 100 titres, dont le New York Times et le Huffington Post. Mais les différences de fonctionnement sont majeures. Pour SFR, le kiosque est compris dans la plupart des abonnements mobile et englobe tous les titres alors que pour Blendle, l’achat se fait à l’unité. Les personnes qui n’ont pas de forfait chez l’opérateur ne sont pas en reste. Elles peuvent s’abonner pour la modique somme de… 19,99 euros par mois. C’est parfois le prix d’un unique abonnement pour certains titres de presse.

Le principe ? Les utilisateurs téléchargent les journaux de leur choix au format PDF, avant la sortie en kiosque. L’accès en avant-première et en illimité est garanti pour 65 titres. Et ça semble marcher : l’opérateur annonçait, dans un communiqué de presse en date du 8 mars 2017, avoir franchi les dix millions de téléchargements. Pour le seul mois de janvier 2017, SFR Presse a battu des records : l’application aurait été téléchargée 1,5 million de fois. Une explosion certainement due à l’arrivée de nouveaux titres sur la plateforme : Elle, Paris Match, Le Figaro, Le Figaro Magazine, Madame Figaro, Télé 7 jours et La DépêcheEt tout ça pour le même prix.

 

 

SFR n’est pas le seul opérateur à avoir mis en place une offre. Depuis juillet 2015, Orange est partenaire de ePresse. Ce kiosque en ligne compte plus de 500 titres. Mais le système diffère : l’engagement comporte là quinze crédits mensuels à dépenser dans le catalogue de quotidiens. Un titre correspond généralement à un crédit. L’option est uniquement accessible aux clients Orange. Les abonnés déboursent seulement 10 euros par mois, sans engagement, et peuvent résilier leur abonnement dès qu’ils le souhaitent.

Johan Hufnagel, numéro deux de la direction de Libération, paraît satisfait du service : « Faire partie du service SFR Presse est extrêmement intéressant. SFR a 18 millions de clients, ce qui représente pour nous un immense réservoir de lecteurs. » A l’heure où les kiosques meurent à petit feu, SFR Presse représente une option intéressante. Libération enregistrait par exemple pour l’année 2015 une importante baisse de 17,04 % de ses ventes en kiosque, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias.

Merci les opérateurs ?

Michel Combes, le PDG du groupe SFR voit grand pour le projet : « Tous nos compétiteurs vont faire la même chose : je pense que notre initiative sera copiée, y compris à l’étranger. »  Et si la presse toute entière devait dire merci aux opérateurs ? En façade, le modèle paraît être une véritable révolution. Dans les faits, c’est bien moins idyllique.

Dès lors qu’on aborde la question de la rémunération, les portes se ferment. Libération fait partie des titres les plus téléchargés chaque jour sur l’application SFR Presse mais Johan Hufnagel reste discret concernant les tarifs. Il confie tout de même que « tous les titres de presse ne touchent pas la même somme. Libération est en train de négocier, dans l’intérêt de tous. » Selon une enquête du magazine Challenges de février, « l’éditeur ne perçoit généralement que quelques centimes par exemplaire. »

C’est pour ça que certains refusent de se soumettre à ce système. Etienne Gernelle, directeur du Point, s’indignait mardi 14 mars dans l’émission L’instant M sur France Inter : « SFR est une machine à tuer la presse. » Il reproche à l’opérateur les tarifs qu’il propose. Une rémunération trop faible qui met, selon lui, en danger la qualité de la presse. D’autres, comme le magazine Society, ont quitté le service.

 

 

Cela n’empêche pas les opérateurs mobiles de se présenter comme les sauveurs de la presse. « Nous rémunérons les journaux, c’est une nouvelle source de revenus pour eux », se félicitait Michel Combes, le 10 février 2017 devant l’Association des journalistes médias. Certes, mais cette nouvelle offre peut aussi ralentir les autres options de ventes, en kiosques, avec des abonnements directs à un titre… Des offres qui sont, finalement, davantage rémunératrices que le téléchargement d’exemplaires en passant par SFR ou Orange.

Cet intérêt soudain pour sauver la presse pourrait cacher aussi un tout autre dessein : assurer une optimisation fiscale. La presse bénéficie d’un taux de TVA à 2,1 %, nettement plus bas que celui appliqué habituellement sur les abonnements téléphoniques, qui s’établit à hauteur de 20 %. Le groupe, en couplant le service SFR Presse et les abonnements, finit, grâce à ce tour de magie, par faire des économies sur ses reversements de TVA à l’Etat. Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne dénonçait une « instrumentalisation fiscale » dans un communiqué publié le 28 avril 2016 avant de rappeler que « ce taux réduit tire sa légitimité du rôle constitutionnellement reconnu de la presse pour permettre aux citoyens d’accéder à l’information nécessaire à la formation de leurs opinions. »

Patrick Eveno, spécialiste de l’histoire des médias et utilisateur assumé de l’application, admet que le modèle ne va peut-être pas durer avant de poursuivre : « Certes, la rémunération est faible mais SFR Presse donne quelques années de sursis à des titres, comme Libération, dont le modèle est déjà mort. »

Philippine David et Léna Soudre

 

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes (3/3) : Johanna de Tessieres

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Pierre Morel travaille pour Le Monde, Les Jours ou encore Libération. Johanna de Tessieres est photojournaliste belge freelance depuis une dizaine d’année. Troisième rencontre de notre série.

« Je suis hyper curieuse de voir comment cela va se passer dans dix ans. Pour le moment, nous sommes dans une période charnière et nous cherchons un nouveau modèle pour continuer d’exister. Ce n’est pas une période facile mais elle est très enrichissante. Tout est à créer donc c’est assez excitant. L’une des choses qui m’inquiète pour l’avenir – et qui est un problème déjà existant – c’est le fait que des groupes de presse nous mettent la pression pour que nous filmions. C’est un peu comme s’ils ne croyaient plus en la photo. Personnellement, je refuse de faire de la vidéo, ce n’est pas mon métier. Mais l’avenir de la photo sur le web est une vraie interrogation avec la concurrence de la vidéo. »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes
(2/3) : Pierre Morel

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Pierre Morel travaille pour Le Monde, Les Jours ou encore Libération

« Que dire… Je pense que plus je fais ce métier, plus je me dis que le problème dans la profession est la sous-utilisation des droits. Sans oublier le manque d’organisation et de professionnalisme des photographes… Il faut que la photo soit le domaine le plus important de l’enseignement dans les écoles pour former des journalistes ultra-rigoureux. Le déficit est aujourd’hui énorme. Beaucoup ne savent que très peu de choses sur la pige. Une autre clé pour un marché sain : que les photojournalistes soient plus solidaires et organisés entre eux. Dans dix ans, j’espère aussi que la profession aura réglé les problèmes liés à la diffusion de la photo, avec, notamment, la question de la rémunération sur Instagram.  »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes (1/3) : Virginie Nguyen Hoang

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Virginie Nguyen Hoang est photojournaliste freelance depuis janvier 2012. Première rencontre de notre série.

« Je pense que le métier de photojournaliste sera toujours le même dans dix ans mais avec plus d’outils. On évolue avec la technologie. Il faudra encore davantage combiner vidéo et photos et s’orienter vers le marché du web plutôt que celui des magazines et journaux. Ma crainte est de ne plus être capable de vivre de mon métier ou de plus pouvoir le pratiquer. J’espère vraiment que dans dix ans il y aura davantage de possibilités de financer et de publier des histoires au long court. Il faudra aussi que le public accorde plus d’importance au photojournalisme car sans lecteurs, on ne peut pas espérer que la crise de la presse se termine. J’espère aussi que les écoles de journalisme prendront plus de temps pour enseigner à leurs étudiants l’éthique du journalisme et l’aspect financier. Car ce n’est pas parce qu’on débute qu’il faut donner ses images gratuitement pour se faire un nom. »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[INTERVIEW] « Faire des Assises un lieu d’action »

Marc Mentré est président de l’association Journalisme & citoyenneté, qui organise les Assises du journalisme et de l’information. Selon lui, cette 10e édition conciliera préoccupations professionnelles et thèmes grand public : de l’élection présidentielle au développement d’algorithmes producteurs d’information, des rencontres avec les auteurs, lors du Salon du livre de journalisme, au workshop consacré à Google…

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