Entre ses conférences de presse qui vient au tragicomique et ses invectives en 140 caractères, Donald Trump n’a cessé de décrédibiliser la presse. Si ce début de mandat ultra offensif est de mauvaise augure pour les journalistes à la Maison Blanche, d’autres préoccupations héritées des années Obama devraient surgir. En question : l’accès à l’information et la protection des sources.

Donald Trump s’est engagé dans une guerre aux médias. Photo : Shaun Mullen

 

  • Liste noire et diffamation. La guerre entre Donald Trump et les médias a atteint son summum le vendredi 24 février lorsque plusieurs journalistes de la CNN, du New York Times et de BuzzFeed se sont vu refuser l’accès à la Maison Blanche lors du briefing quotidien. Par solidarité, les journalistes du Time Magazine et de l’agence Associated Press ont boycotté la conférence. Reporters Sans Frontières s’est dit « très préoccupé » par l’attitude du président Trump. L’organisme rappelle également que l’expression « fausse information » est un motif d’emprisonnement récurrent dans certains pays qui figurent dans les bas-fonds du classement RSF. Lors de la campagne présidentielle, Donald Trump avait promis de réformer les lois sur la diffamation et de permettre ainsi d’attaquer en justice les journaux qui mènent des « campagnes de dénigrement ». Un scénario pas impossible, mais difficile à réaliser selon les juristes : il faudrait modifier le premier amendement qui protège la liberté d’expression et renverser une décision de la Cour Suprême de 1964 qui fait jurisprudence en matière de diffamation.

  • Silence médiatique et transparence. Autre inquiétude, le silence médiatique imposé à plusieurs agences gouvernementales dont l’EPA (Agence pour la Protection de l’Environnement). Aux États-Unis, la loi sur la liberté de l’information (FOAI) a été votée en pleine guerre du Vietnam, elle est un gage de transparence. Depuis le 1er mars, le Bureau Fédéral d’Investigation (FBI) n’accepte plus les requêtes par e-mail. Ce dispositif prévu dans la loi pour la liberté d’information permettait à tous les journalistes et à tous les citoyens d’accéder à des dossiers du gouvernement. Ces restrictions n’ont pas tardé à déclencher les foudres de RSF qui déplore cette entrave à la transparence et au droit à l’information.
  • Protection des sources et sécurité nationale. La chasse aux lanceurs d’alertes n’a pas attendu Trump pour être lancée. Selon RSF, aux États-Unis, « la liberté de la presse s’arrête à la porte de la sécurité nationale » et l’administration Obama a sensiblement intensifié la traque aux lanceurs d’alertes. Ces huit dernières années, neuf whistle blowers ont été poursuivis en justice et Trump pourrait bien continuer sur cette lancée. Dernière victime en date : Jeffrey Sterling, cet ancien de la CIA est accusé d’avoir enfreint l’Espionnage Act en révélant des informations gouvernementales au journaliste du New York Times James Risen. Il purge actuellement une peine de trois ans de prison. Aux États-Unis, il n’existe toujours pas de « loi bouclier » garantissant l’anonymat des sources aux journalistes américains.

En 2017, les États-Unis pourraient bien perdre leur 41e place et s’enfoncer dans le classement de RSF.

Colin Mourlevat