Intuitif, décontracté, curieux… Depuis 2003, Franck Annese, le patron du groupe So Press, secoue la presse magazine. Ses titres affichent une santé insolente.

« Je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires possèdent un important pouvoir de contre-culture. » Photo : Patrice Normand

 

« Un cerveau bouillonnant » (Télérama),  « Drôle, charismatique, gentiment provoc » (Les Inrockuptibles),  « L’oeil rieur et la barbe folle » (L’Obs), « Décalé, passionné, gonflé, rusé » (Libération)… Lui, c’est Franck Annese, « Francky » pour les intimes. L’homme qui, en vendant sa voiture, a fait naître un groupe de presse. Tout commence en 2003, quand ce diplômé d’école de commerce lance un mensuel de football,  So Foot, avec Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé. « Je voulais fonder ma maison de disques, se souvient-il. Comme je n’avais pas les moyens, j’ai créé des magazines. Ça me faisait marrer. » Ce qui relevait, à l’origine, d’un pari insensé entre amis allait prendre une toute autre dimension.

 

Cool mais exigeant

Doolittle (enfance) en 2010, Pédale ! (cyclisme) en 2011,  So Film (cinéma) en 2012, suivis de Society et de Tampon (rugby) il y a deux ans, puis de The Running Heroes Society (course à pied) en 2016. En quatorze ans, la famille So Press s’est considérablement agrandie. Et la formule séduit. « On ne se pose pas de questions éditoriales. Tout est intuitif. Il faut se faire plaisir », insiste Franck Annese. À l’heure où la presse écrite traverse une crise sans précédent, ses titres naviguent à contrecourant. Au total, plus de 220 000 exemplaires du groupe s’écoulent chaque mois. Un vent de fraîcheur indéniable. « Il n’y a pourtant pas eu de révolution. On est étonné de choses qui ne semblent pas surprendre les journalistes classiques, alors que ces sujets intéressent les gens. » Si So Press se démarque de ses concurrents dans les kiosques, c’est par son style. Décalé et drôle, à l’image de son gérant. « Franck est à la fois cool et exigeant. C’est quelqu’un qui inspire le respect, témoigne Pierre Maturana, rédacteur en chef de SoFootJ’ai tout de suite adhéré à sa vision du travail. De patron, c’est devenu un pote. » Malgré un passage amer à la quarantaine en 2017, Franck Annese conserve une passion intacte pour les magazines. Il est un des rares patrons de presse à croire en l’avenir du papier, même s’il dresse un état des lieux « catastrophique » : « On souffre de plus en plus, concède-t-il. Par contre, je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires, surtout, possèdent un important pouvoir de contre-culture. Comme les ventes de vinyles, qui ont dépassé celles des téléchargements. » Sa notoriété lui a valu de remporter le titre d’entrepreneur de presse de la décennie, en novembre 2016. « C’est gentil, mais ça n’a pas changé ma vie », lance celui qui écrit aussi des textes pour des cérémonies, des émissions et des humoristes. So Press comporte également une société de production, un label musical et une structure événementielle.

 

Le sens du collectif

Journaliste ? Entrepreneur ? Avec son look de hipster, Franck Annese est habitué à changer de casquette. « Je me considère comme un meneur de jeu, qui doit donner des passes décisives et marquer des buts au bon moment. L’objectif est de faire jouer tout le monde de la manière la plus cohérente et esthétique possible. » Ce qui ne l’empêche pas de se préparer au pire. « Je n’aurais aucun mal à faire mourir un de mes titres. »

Simon Bolle