Retrouvez le compte-rendu de la première conférence de cette dixième édition des Assises : « Journalisme dans 10 ans : la parole aux étudiants ».

Maïlys et Loïc, étudiants à l’IUT de Cannes, plaident pour redonner une indépendance pleine et totale aux journalistes, face à la puissance des patrons de presse. Photo : Martin Esposito

 

Un atelier/débat animé par Maria Santos-Sainz, maître de conférences au sein de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine (IJBA), avec l’intervention en duo de 28 étudiants, issus des 14 écoles de journalisme reconnues par la profession.

 

LES ENJEUX

Un débat en deux temps qui donne la parole aux étudiants sur l’évolution de la profession. Comment s’imaginent-ils exercer leur métier dans dix ans ? Comment le rêvent-ils en 2027 ? L’atelier est articulé autour de questions sur la formation, des nouvelles compétences, du modèle économique ou encore de l’évolution de la technologie.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Maria Santos-Sainz (maître de conférence à l’IJBA) : « Le journaliste est un historien du présent. Il a du mal à se projeter dans le futur. D’ici dix ans, les mutations vont être importantes. C’est un exercice difficile de se projeter, mais il est nécessaire. Nous devons ouvrir des pistes pour une presse de qualité face à tous les défis qu’elle rencontre. »

Sébastie (étudiante à l’EJC Marseille) : « Dans dix ans, le journaliste sera de plus en plus polyvalent. La formation va devoir être plus complète. On nous dit aujourd’hui de devoir savoir tout faire. Or, dans les écoles, les spécialisations peuvent nuir à cela. Je pense que nous n’avons pas le temps de travailler en longueur sur le codage ou le maquettisme. Ce n’est pas parce qu’on se spécialise en télé qu’on doit arrêter d’apprendre à manipuler un site internet par exemple. »

Noé (étudiant à l’ESJ Lille) : « Face à l’image négative collée à la profession, il faut pointer les dérives du journalisme actuel et les résoudre. Les sondages par exemple, après les épisodes du Brexit et de Trump. Stop au journalisme de commentaire aussi. Le comblage sur les chaînes d’information n’est pas une bonne façon d’exercer notre métier. »

Sophie (étudiante à l’IPJ) : « Dans dix ans, j’espère que le journalisme sera plus féminisé. Il y a aujourd’hui 35 000 cartes de presse distribuées. 16 000 pour des femmes, 19 000 pour les hommes. Ces derniers ont les postes les plus importants dans la profession, même si la tendance s’inverse. Et j’espère que cela continuera. Les postes dans les rédactions en chef se sont féminisés à hauteur de 10 % en quelques années. C’est encourageant. Nous souhaitons que les femmes soient encore plus à des postes à responsabilité. Et que l’inégalité des salaires se réduise. Ce problème touche aussi les journalistes. En 2013, il y avait près de 550 euros d’écart entre un homme et une femme pour un même poste de rédacteur en chef. »

Mailys et Loïc (étudiants à l’IUT de Cannes) : « Aujourd’hui, une mainmise des patrons de presse pèse sur l’indépendance journalistique. Face à ça, les médias devront essayer de trouver des façons de s’en sortir. Il faut trouver un modèle économique sain, surtout sur internet. Nous pensons que le crowdfounding devra encore plus se développer. Il faut que le citoyen puisse s’investir dans le processus de création d’un média d’utilité publique. Il faut reconnecter le média au citoyen, qu’il y ait une connivence entre journalistes et citoyens et non entre journalistes et hommes politiques. On imagine redonner une liberté pleine et totale aux journalistes, face à la puissance des industriels. »

CE QU’IL FAUT RETENIR

Dans une dizaine d’années, les étudiants des 14 écoles reconnues espèrent un journalisme plus indépendant, plus féminisé, diversifié, polyvalent. Selon les deux étudiantes de l’EJD Grenoble, cela s’illustrera dans le profil type du journaliste. Un personnage « ultra-connecté, qui maîtrise parfaitement les réseaux sociaux, jongle avec des milliers de données avec son ami le robot et filme au smartphone », prévoient-elles.

Simon ABRAHAM