Découvrez le résumé de l’atelier : « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité ».

En cette période de campagne électorale, le fact-checking est plus que tout au centre des rédactions. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jérémie Nicey, équipe de recherche Prim, Université de Tours. Sont intervenus Jason Reifler, lab, CEmaP, Université d’Exeter, Laurent Bigot, lab. CARISM, IFP/Université Panthéon-Assas, Pascal Froissart, lab. CEMTI, Université de Paris 8 et Pauline Moullot, journaliste, Désintox, Libération.

 

LES ENJEUX

Le fact-checking peut paraître neuf alors qu’il revient au fondement du journalisme. Régulièrement utilisé pour vérifier la véracité des déclarations, il est aujourd’hui détourné par les politiques qui innovent pour répondre à cette vérification des faits. Certains candidats à la présidentielle ont même leurs propres cellules de fact-checking.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jason Reifler : « Une question est apparue : est-ce que le fact-checking améliore les connaissances des votants ? Des sondages ont prouvé que oui. Mais les gens étaient différemment touchés. Ceux qui s’intéressent peu à la politique ont eu l’impression d’avoir de meilleures connaissances. D’autres étaient plus réticents. »

Laurent Bigot : « Le travail des services de fact-checking n’est pas forcément repris ni par les autres médias ni par leur propre rédaction. Les fact-checkers n’ont donc aucune chance de convaincre tout le monde. Par ailleurs, le ton qu’ils emploient parfois fait qu’ils ne peuvent convaincre que les convaincus, en tout cas jamais les militants du même bord politique que la personnalité fact-checkée. »

Pascal Froissart : « Nous nous sommes indignés des fake news de Donald Trump. Tout le monde s’est énervé pendant dix jours en se demandant pourquoi croire quelqu’un qui dit des choses fausses. Mais en vrai, pendant tout ce temps, il a atteint son objectif, il a muselé l’opinion publique à coup de fake news. »

Pauline Moullot : « Beaucoup de partis politiques réalisent eux-mêmes du fact-checking. Mais cela n’a rien à voir avec nos pratiques du fact-checking journalistique. On le voit dans les débats : quand les équipes de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon disent qu’ils vérifient « L’Emission politique » de France 2, elles ne font que s’en prendre à leurs opposants et produisent des contenus partisans. »

 

À RETENIR

Aujourd’hui, les politiques s’approprient le fact-checking et l’utilisent contre les journalistes pendant des débats. Certains mettent au point des stratégies pour ne pas s’exposer au fact-checking. Mais cette pratique a permis aux journalistes de reprendre la main sur le contrôle de l’information et également regagner en crédibilité. Mais ils doivent faire face aux méthodes de contournement des responsables politiques.

Bastien Bougeard

Pour aller plus loin :

[ENQUÊTE] En revenir aux faits ?