Retrouvez l’essentiel de la conférence : « 2007-2017, le grand bouleversement ».

Pour Patrick de Saint-Exupery, les dix dernières années ont été une période de bouleversement. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jacques Rosselin, dirigeant de l’EFJ. Avec Agnès Chauveau, directrice de la direction déléguée à la diffusion et à l’innovation à l’INA, Pierre Haski, chroniqueur à l’Obs, Géraldine Muhlmann, professeur des universités (science politique et philosophie et journaliste) et Patrick de Saint-Exupéry, journaliste, cofondateur de la revue XXI.

 

LES ENJEUX

Retour une décennie en arrière pour cette conférence. 2007-2017 sonnait la naissance des pureplayers, puis des réseaux sociaux, complétés par la vidéo, sans oublier l’arrivée de la gratuité. Des changements qui ont façonné l’information d’aujourd’hui, et la manière de la traiter. Comment créer et innover par les temps qui courent ? Et à l’ère du web, le journalisme est-il une affaire de technologie ? La question se pose. L’enjeu est aujourd’hui de savoir comment s’inscrire dans une nouvelle dynamique d’information.

CE QU’ILS ONT DIT

Jacques Rosselin : « La première moitié des années 1990 a connu l’arrivée d’internet. Et le net a explosé dans la deuxième moitié des années 1990. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. »

Agnès Chauveau : « Nous n’avons pas vécu un grand bouleversement, mais des grands bouleversements. La manière de s’informer s’est modifiée, tout comme la manière d’informer. Les réseaux sociaux ont aujourd’hui un poids considérable, et les rédactions sont comme dépossédées de leur contenu. J’ai la sensation qu’il n’y a plus de hiérarchie de l’information. Mais notons que nous n’avons jamais été aussi informés. »

Pierre Haski : « Le maître mot de notre époque reste expérimentation. On continue à expérimenter. Le produit de ces dix ans passés est la vivacité des entreprises de presse indépendantes qui continuent de créer. Il faut continuer à se jeter à l’eau sans avoir la garantie que ce que nous faisons est au point. »

Géraldine Muhlmann : « Le journalisme, c’est d’abord raconter des morceaux de réalité. Il permet d’apporter des faits. Il y a dix ans, nous nous sommes dits : le net sera un moment important, on aura plus de place, on pourra raconter plus de choses. Quand les nouveaux médias sont apparus, comme les réseaux sociaux, on a eu l’impression de ne plus raconter des histoires mais de devenir une presse d’opinion. Et ça, ça a fait du mal au journalisme. »

Patrick de Saint-Exupéry« La promesse ces dix dernières années est la gratuité. Quand on rentre dans cette logique, quelle est la valeur de l’information ? Et puis l’audience est liée à la publicité… Je fais un constat : nous arrivons peut-être à la fin de ce cycle. L’information a une valeur, c’est du travail, ce sont des compétences. Ça n’est pas gratuit. Pendant ces dix années, j’ai parfois eu le sentiment de voir un film en accéléré. Je ne comprenais plus rien, je ne voyais pas le journalisme dedans. Enfin le ressort fondamental du journalisme est-il le moyen ou la finalité ? »

 

À RETENIR

Un fossé s’est creusé entre l’univers des médias et des citoyens. Un brouillage total pour lequel il n’y a pas de réponse pour l’instant. Mais en dix ans la profession a fait énormément de chemin, bien que de nombreux problèmes restent à régler. Un n’a pas été résolu et reste essentiel : la crédibilité des journalistes. Tous les médias n’ont pas encore émergé. Quant à la question de la gratuité, la fin de ce cycle est peut-être arrivée…

Manon Vautier-Chollet