Redoutée par certains, inévitable pour tous, la mort annoncée de la presse papier ne laisse personne indifférent. Pour pérenniser un modèle économique devenu défaillant, les titres de presse se tournent logiquement vers le numérique. Un choix qui permet aux leaders digital des médias français de maintenir, voire d’augmenter leur lectorat.

La roue serait-elle en train de tourner pour les rotatives ? Photo : Gabriella Paolini

Trois fois moins de quotidiens, deux fois moins de tirages. C’est le bilan de la presse papier depuis 1945 en France. A cette allure, la mort des journaux paraît inévitable. Pis, elle est prévue dans notre pays pour l’an 2029, comme l’imagine une carte réalisée par Futur Exploration Network en 2011. Cette prédiction est aujourd’hui corroborée par une étude publiée en décembre 2016. Menée par le groupe Nielsen spécialisé dans la mesure d’audience de télévision, de radio et de presse écrite, elle prévoit la mort progressive des rotatives, partiellement liée au vieillissement du lectorat. En effet, 51 % des lecteurs qui lisent exclusivement de la presse print ont 50 ans ou plus. Ils font parti de la génération des baby-boomers, nés entre 1940 et 1960. Lorsque cette génération disparaîtra, c’est donc la moitié des lecteurs actuels de la presse écrite qui s’en ira avec elle.

A l’inverse, selon cette même étude les deux tiers des consommateurs de presse numérique ont moins de 50 ans. Et aujourd’hui les médias prennent à degré variable le virage du digital. L’année dernière, certains journaux ont connu une hausse de 47 % de leurs ventes numériques selon l’ACPM (alliance pour les chiffres de la presse et des médias). Ces chiffres ont même permis à certains titres comme L’Équipe, Le Monde ou Les Échos de se maintenir, si ce n’est même de gagner des lecteurs par rapport à 2015. L’équilibre des médias s’inverse. Aujourd’hui, le but est d’attirer sur le contenu digital les lecteurs qui délaissent la presse print. En somme, peu importe le support tant que les titres gardent leur lectorat.

Le journal de référence Le Monde propose aujourd’hui des offres d’abonnements diversifiées. La formule “intégrale” contient à la fois le format papier et le format numérique. Mais il propose également une formule “tout numérique” pour un accès à l’information “partout, tout le temps”. Les magazines même s’ils sont traditionnellement affiliés au print proposent, de plus en plus, des abonnements 100 % digital. C’est notamment le cas de Society. Ce changement de cap est l’une des solutions apportées pour faire face à la crise. Surtout, elle est l’émanation d’une volonté de modifier un modèle économique pérenne, qui a déjà fait ses preuves.

D’autres ont tout de suite fait le choix du tout numérique comme Mediapart, créé en 2008, mais il apparaît comme un ovni dans le paysage médiatique tant sont rares les médias qui sont parvenus à s’imposer sur ce modèle. Mediapart se distingue grâce son contenu, sa ligne éditoriale et la qualité de ses informations. Le journal compte à son actif l’affaire Cahuzac, l’affaire Woert-Bettencourt ou encore le dossier Takieddine.

Cette transition numérique et la fin annoncé du papier a en outre bouleversé l’organisation des rédactions. Avant l’avènement d’Internet les journalistes rendaient leurs articles en fin de journée, voire en soirée. Les rotatives se chargeaient du reste. Mais aujourd’hui, les habitudes changent : des rédactions web ont été créés et la plupart des papiers, même ceux écrits par des journalistes traditionnellement affectés au print, sont publiés sur le web dès qu’ils sont écrits. Objectif : donner de l’information de qualité tout le temps, toute la journée, à ses lecteurs et abonnés. Qu’ils soient internautes, mobinautes ou lecteurs.

Corentin Dionet et Naïla Derroisné

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