Les moments forts
de l’édition 2017
des Assises

De retour à Tours cette année, après une édition 2016 orientée sur la valeur de l’information, les Assises du journalisme ont une nouvelle fois apporté de nombreux éclairages sur l’avenir de la profession.

Pendant trois jours, les étudiants de l’EPJT se sont mobilisés pour réaliser un suivi en temps réel de l’événement grâce à un live-tweet permanent et des résumés de chaque atelier et conférence. Ils ont également interrogé de nombreuses personnalités du monde du journalisme, grâce à des plateaux vidéos en studio ou à des Facebook Live dans les coulisses. Les étudiants ont également conçu et diffusé une édition quotidienne de La Feuille, un journal papier de huit pages. Petite sélection des articles, enquêtes, portraits et résumés à retenir de cette édition 2017 des Assises. 

Après Laurent Joffrin (Libération) l’an passé, c’était au tour d’Anne-Claire Coudray (TF1) de présider le jury des Assises 2017. Photo : Simon Bolle

 

LES ENQUÊTES

 

  • Robots : amis ou ennemis ?

Depuis quelques années, les robots-journalistes s’immiscent dans les rédactions. Et commencent à inquiéter la profession. Peut-être à tort :

[ENQUÊTE] Robots : amis ou ennemis ?

 

  • Facebook va-t-il tuer les sites des médias ?

En deux ans, les réseaux sociaux et Google ont bouleversé la manière de consommer l’info avec des outils qui optimisent la lecture des articles sur smartphone. Une innovation qui ravit tout le monde, mais qui n’est pas sans risques :

[ENQUÊTE] Facebook va-t-il tuer les sites des médias ?

  • Information locale : les nouveaux explorateurs

Tours, Dijon, Chalon, Grenoble… De nombreuses villes assistent à la naissance de pure players. Ces sites d’info, qui entendent concurrencer la PQR, peinent à trouver leur équilibre financier.

[ENQUÊTE]. Information locale : les nouveaux explorateurs

 

LES PORTRAITS

 

  • Rémy Buisine, à l’état brut

Le calepin et le stylo, Rémy Buisine n’en a pas besoin. Le journaliste révélé sur Périscope a choisi le smartphone pour des vidéos sans filtre, diffusées sur le média Brut :

[PORTRAIT] Rémy Buisine, à l’état brut

 

  • À l’aise, Franck Annese

Intuitif, décontracté, curieux… Depuis 2003, Franck Annese, le patron du groupe So Press, secoue la presse magazine. Ses titres affichent une santé insolente :

[PORTRAIT] À l’aise, Franck Annese

 

  • Edwy Plenel, modèle payant

Ignorant les sceptiques, Edwy Plenel a créé Mediapart voilà neuf ans. Ce précurseur du pure player reste pourtant attaché à l’esprit de la presse traditionnelle :

[PORTRAIT] Edwy Plenel, modèle payant

 

LES VIDÉOS

 

  • Gülsün Güvenli

Venue spécialement pour les Assises, celle qui enseigne le journalisme à l’Université de Galatasaray, à Istanbul en Turquie, a répondu aux questions de Manon Vautier-Chollet sur le plateau de l’EPJT. Depuis quelques termps, le journalisme turc fait face à de grosse pressions. Une pression augmentée depuis la tentative de coup d’état de l’été dernier. Malgré tout, les journalistes, enseignants et étudiants en journalisme tentent de résister à la censure, et de ne pas perdre espoir.

 

  • Anne-Claire Coudray

La présentatrice de journaux du week-end, qui a remplacé Claire Chazal en septembre 2015, sur TF1 présidait le jury des Assises 2017. Depuis quelques années, le JT est en perte d’audience. Elle répond aux questions de Lucie Martin et Philippine David et analyse les tentatives d’adaptation aux évolutions technologiques de la part des médias.

 

 

  • Jason Reifler

Le fact-checking est l’art de vérifier les faits relatés par les personnalités politiques, les experts ou les médias. Pourquoi est-il si populaire aujourd’hui ? Est-ce un effet de mode ? Quels impacts a-t-il sur la société et peut-il renouer le lien de confiance entre journalistes et publics ? Pour répondre à ces questions, Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs ont reçu Jason Reifler, professeur en sciences politiques à l’Université d’Exeter (UK) et spécialisé dans le fact-checking.

 

(La vidéo étant en anglais, nous vous conseillons d’activer les sous-titres afin de bénéficier d’une traduction en français)

Pour aller plus loin, retrouvez ici l’ensemble des résumés sur les conférences et les ateliers des trois derniers jours.

La rédaction

[LE RÉSUMÉ] « Les beaux jours de la télévision »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Les beaux jours de la télévision ».

Bolloré a fait parler de lui pendant la conférence. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Albéric de Gouville, rédacteur en chef de France 24, avec Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, journalistes à Les Jours et auteurs de Comment Vincent Bolloré a mangé Canal+ aux éditions du Seuil et Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte et auteur de Télévisions aux éditions Grasset.

 

LES ENJEUX

L’image et la vidéo sont plus de plus présentes sur les réseaux sociaux mais la télévision, elle, est toujours là. Alors que la mutation numérique qu’elle a entamée s’annonce floue, certaines chaînes sont en pleine reconstruction.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Bruno Patino : « L’histoire du livre est assez simple : j’ai toujours écrit sur l’évolution du média dans lequel je travaillais. La télé a été faite par des êtres humains et elle en train d’être prise par des systèmes. Je suis convaincu que le moment de disruption de la télévision ces dernières années, c’est Facebook Live et Periscope. Les chaînes se réfugiaient derrière le direct. Mais on s’est rendu compte qu’un réseau social pouvait faire du live. La télévision n’est pas en train de disparaître mais les chaînes vont être une des nombreuses propositions éditoriales en terme de vidéo. »

Raphaël Garrigos : « Vincent Bolloré a revendu Direct 8 à Canal contre de l’argent et des actions Vivendi et il a réussi à prendre la présidence de Vivendi. Un des premiers gestes de Canal + après avoir repris Direct 8, c’est d’avoir viré Jean-Marc Morandini. Quand Vincent Bolloré reprend le groupe, il met Jean-Marc Morandini sur Itélé. Si cette violence avait rapporté de l’argent à l’actionnaire… Mais ça ne marche pas. Vincent Bolloré fait de la télévision comme avec ses conteneurs en Afrique. »

Isabelle Roberts : « Ce qui est très violent dans l’histoire des licenciements des cadres de Canal +, c’est que Vincent Bolloré n’a même pas prononcé leur nom. Il a réussi à faire partir la rédaction d’Itélé sans plan social, ce qui n’est pas légal. Il a un aspect paternaliste envers les anciens de Direct 8, il leur dit bonjour. Certains l’appellent Papa Bolloré. »

 

À RETENIR

Les beaux jours de la télévision : un nom pas forcément approprié pour cette conférence au cours de laquelle ont été abordées le moment compliqué que vit Canal+ et la mutation en cours de la télévision.

Marcellin Robine

[EN PLATEAU] Edwy Plenel, co-fondateur de Mediapart

Joyeux anniversaire Mediapart ! Le célèbre pure-player fête ses neuf ans d’existence. Edwy Plenel, son co-fondateur, a répondu aux questions de Simon Abraham sur le plateau EPJT. Parti d’un pari fou en 2008, Mediapart fait aujourd’hui figure de référence dans la nébuleuse de l’information en ligne avec plus de 137 000 abonnés. Edwy Penel présente également son dernier ouvrage Sonnons l’alarme ! Faits et gestes de la présidence Hollande, dans lequel il dresse le bilan du dernier quinquennat et met en garde contre la montée continue de l’extrême droite.

[LE RÉSUMÉ] « Le Pen, portraits de famille »

Retrouvez le compte-rendu de la conférence de cette dixième édition des Assises : « Le Pen, portraits de famille ».

L’objet de la conférence : comment la famille Le Pen a occupé le paysage politico-médiatique français ? Photo : Martin Esposito

 

LES ENJEUX

Trois auteurs ayant enquêté sur le Front National (FN) sont venus débattre de la famille Le Pen. Leur volonté ? Comprendre comment cette petite dynastie a occupé et occupe toujours le paysage politico-médiatique français. Chacun s’est concentré sur un aspect de cette famille unique : du château de Montretout jusqu’à la réinfosphère en passant par la jeune figure du parti, Marion Maréchal Le Pen.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Olivier Baumont : « Montretout est un passage obligé pour les journalistes couvrant l’extrême droite. Cette maison est un personnage à part entière du parti. Marine Le pen est une enfant de 1968. Elle a un mode de vie libertaire, assez bobo. C’est très compliqué quand on s’appelle Le Pen de sortir de la politique et de l’extrême droite. »

David Doucet: « Marine Le Pen est aux antipodes de son père. Elle n’a pas la même idéologie d’extrême droite que lui. Elle a baigné dans un environnement xénophobe, mais elle n’a pas forcément été “convertie” par son père. Très longtemps, elle n’a pas souhaité faire de politique. Il faut recouper les faits et pas les a priori. »

Michel Henry : « Le FN fonctionne comme un râteau, Florian Phillipot ratisse à gauche, Marion Maréchal le fait à droite. Cela élargit le spectre électoral du parti. Il faut apporter des faits sur le FN. »

 

À RETENIR

De la promotion pour les auteurs et quelques punchlines ! Petit florilège : « Le sort des dauphins, c’est parfois de s’échouer.  » (Jean-Marie Le Pen, ici cité par Olivier Baumont, à propos de Florian Phillipot.) « Les amitiés d’hier sont les mis en examen d’aujourd’hui. » David Doucet, à propos des amis de Marine Le Pen. A part ça, une volonté de laisser le lectorat se faire son opinion. Tout comme l’intervention d’un sympathisant FN qui n’est pas parvenu à poser sa question, surtout parce qu’il n’en avait pas.

Corentin Dionet

 

 

[EN PLATEAU] Jean Kouchner, secrétaire général de l’Union internationale de la presse francophone

Quelle est la situation de la presse francophone aujourd’hui ? Quelles évolutions connaîtra-t-elle dans les prochaines années ? Plusieurs facteurs entrent en jeu. La démocratisation et la liberté de la presse avant tout. Mais aussi la situation politique et économique dans les quelques 110 pays où intervient l’Union internationale de la presse francophone (UPF). Jean Kouchner, secrétaire général de l’UPF, a répondu aux questions de Naïla Derroisné et de Mathilde Errard. 

[LE RÉSUMÉ] « La télévision dans dix ans »

Retrouvez l’essentiel de la conférence  « La télévision dans dix ans ».

La télévision est en train d’évoluer avec la technologie. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Albéric de Gouville, rédacteur en chef France 24. Avec Alexandre Michelin, directeur général de Spicee, Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte, Eric Scherer, directeur de la prospective de France Télévisions et Camille Mordiconi, TF1.

 

LES ENJEUX

La télévision saura-t-elle s’adapter à la multiplicité des écrans ? Parviendra-t-elle à se conjuguer aux réseaux sociaux ? Est-ce que la télévision se dirige vers un mariage inévitable avec la réalité virtuelle ou augmentée ? Alors qu’émergent de nouveaux acteurs comme Netflix, Facebook ou Snapchat, les meilleurs spécialistes du secteur ont tenté d’identifier les défis auxquels la télévision est déjà confrontée.
 

CE QU’ILS ONT DIT

Bruno Patino : « On peut imaginer quelques grandes tendances. En ce qui concerne l’image : l’image animée sera partout sur des écrans qui ne le sont plus vraiment. Toujours plus immersive. L’image sera à peu près partout. L’image animée va devenir pour le meilleur et pour le pire le langage dominant de l’information du savoir, du divertissement et de la culture. Il faudra faire en sorte qu’une image plate prenne de la profondeur. Au lieu d’être face à une image, on doit être dans l’image. On parle de réalité virtuelle. Le mot d’expérience est au centre du débat : notre expérience par rapport à image est en train de changer encore plus. Comment partager un point de vue quand on ne contrôle plus le regard de l‘utilisateur ? »

Eric Scherer : « Pour le support on aura autour de soi un écran virtuel qui affichera les dix titres qu’on souhaite avoir autour de nous. Nous aurons aussi des lunettes de réalité virtuelle qui permettront d’être immergé. On sera baigné dans univers numérique ambiant. Le mot télévision risque de se dissoudre dans un monde plus vaste qui est celui de la vidéo de l’image animée. Les programmes risquent d’être un peu perdues. On n’a pas vocation à travailler dans l’accompagnement de fin de vie, on veut être là pour l’ensemble de la population. »

Camille Mordiconi : « Il existe des supports de plus en plus variés. La télévision n’est pas du tout morte et on ne prévoit pas son décès dans les prochaines années. Les prime times rassemblent 25 millions de téléspectateurs. Il y a encore une appétence pour la télévision. Quand un programme fédérateur passe à l’antenne les gens veulent le voir à la télévision et pas sur un plus petit écran, comme lors de l’Euro. L’idée de demain c’est d’avoir un contenu de plus en plus fort et de le distribuer sur d’autres supports. »

Alexandre Michelin : « Derrière le mot plate-forme il y a celui de métadonnées à avoir en tête. Dans le monde de la télévision d’après-demain, la notion de programme reste assez vaste. Chaque fois que vous faites quelque chose aujourd’hui, il y a un programme d’information qui va vous aider à aller plus vite. »

 

À RETENIR

La télévision n’est pas morte, elle attire toujours des millions de téléspectateurs tous les soirs. Cependant, les jeunes délaissent de plus en plus les formes traditionnelles de la télé. Dans les prochaines années, c’est la révolution des objets qui va structurer l’avenir des médias. Les frontières de l’image doivent être redéfinies. Dans quelques années, le match de tennis ou de rugby se jouera devant nous sur notre table basse. « Soyez des hackers du journalisme ! », a finalement résumé Eric Scherer.

Lucie Martin

[LE RÉSUMÉ] « Rencontre étudiants-employeurs »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Rencontre étudiants-employeurs».

Des représentants de la presse, de la radio et de la télévision étaient présents. Photo : Martin Esposito

 
Animé par Marie-Christine Lipani-Vaissade, chercheure en journalisme, directrice adjointe de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA). Avec Marc Bombarde, secrétaire général de la rédaction de L’Equipe ; Vincent David, président du syndicat de la Presse Hebdomadaire Régionale (SPHR) ; Jean-François Maison, directeur des ressources humaines de Radio France ; Christophe Berg, directeur adjoint LCI ; Valérie Lelasseux, directrice des ressources humaines de la Nouvelle République ; Nicolas Goddefroy délégué aux ressources humaines Radio France.
 

LES ENJEUX

Les étudiants en journalisme s’inquiètent souvent de savoir s’ils pourront trouver du travail à l’issue de leurs études. Quel type de profil les rédactions cherchent-elles ? Est-ce que sortir d’une école de journalisme reconnue compte vraiment ? Qu’est-ce qui est évalué au cours d’un recrutement ? Qu’est-ce qu’un bon CV, une bonne lettre de motivation ?
 

CE QU’ILS ONT DIT

Marc Bombarde : « On sait que le niveau général des étudiants en école de journalisme est plus élevé, mais on recrute des gens qui ne sortent pas d’écoles de journalisme. L’expérience compte beaucoup pour nous. On va d’abord observer notre vivier de stagiaires. Réussir à décrocher des stages, c’est fondamental pour des étudiants, c’est une bonne occasion de se faire repérer. La qualité d’écriture, une écriture propre, fluide, sans clichés, la capacité à travailler dans l’urgence en gardant son sang-froid, la capacité à s’intéresser à différents sujets, l’ouverture, la capacité à avoir des idées, à ne pas rester passif, à communiquer, à s’intégrer : tout ça fait que tel ou tel stagiaire est recruté. »

Christophe Berg : « Il y a toujours un petit bonus pour les écoles reconnues, mais on reçoit aussi des CV de gens venant d’écoles moins côtées, et ces candidats ne sont pas exclus de fait. Quelqu’un qui nous envoie un CV avec des expériences professionnelles nous intéresse. Le CV est la première porte d’entrée : la rigueur dans l’orthographe, dans la synthèse, c’est important. Les CV sur deux pages, ça ne sert à rien. L’entretien qui vient derrière est primordial. Il faut s’y préparer, montrer ce qu’on ne voit pas sur le CV : l’enthousiasme, la motivation. On peut embaucher quelqu’un de moins compétent mais avec qui l’entretien s’est bien passé. »

Vincent David : « En presse hebdomadaire régionale, on aime bien embaucher des jeunes qui démarrent. Car être journaliste localier est très formateur, c’est un marche-pied pour aller plus haut. Mais on a beaucoup de mal à attirer les étudiants qui sortent de masters, on a peu de demandes de candidats qui ont fait des écoles reconnues. Si vous démarrez, venez faire un tour dans la PHR, c’est une belle école de formation. »

Valérie Lelasseux : « Quand on ouvre un poste, on ouvre en interne et les CDD candidatent. On entre jamais chez nous directement en CDI. On fonctionne beaucoup avec des confrères en période pénurique, Ouest France par exemple, ça nous permet d’enrichir et compléter notre vivier de candidatures. On peut faire passer des tests de personnalité qui complètent l’entretien qu’on a eu avec les candidats, ça peut valider ou infirmer la première impression. »

 

À RETENIR

Sortir d’une école de journalisme reconnue est un plus, mais n’est pas indispensable pour être embauché par un média. L’expérience et la personnalité sont pris en compte, ainsi que la faculté à acquérir de nouvelles compétences, en graphisme notamment. Certains médias recrutent peu et ne remplacent pas toujours les départs en retraite. La PHR en revanche reçoit très peu de candidatures spontanées, alors qu’elle embauche.

Cyrielle Jardin

 

[LE RÉSUMÉ] L’information, propriétée privée ?

Découvrez l’essentiel de la conférence : « L’information, propriété privée ? » Animée par Dominique Gerbaud, ancien Président de RSF. Invités : Aude Lancelin auteur de « Le Monde libre », édition des liens qui libèrent et Laurent Mauduit, auteur de « Main basse sur l’information, éditions Don Quichotte.

LES ENJEUX

Depuis plusieurs années, plusieurs milliardaires ont racheté des groupes et des titres de presse. Cette pratique peut présenter des dérives : dilution ou changement de la ligne éditoriale, journalistes censurés et contestation réduite. Aujourd’hui, certains journalistes n’hésitent pas à claquer la porte des rédactions.

ILS ONT DIT

Aude Lancelin : « J’ai vécu, une expérience de lutte, extrêmement rassurante humainement. Elle n’était pas politisée. Elle se dressait contre les actionnaires. Mais elle était également désespérante collectivement. Nous avons compris que les chartes éthiques ne nous protégeaient pas. Le capital continue d’avancer. Ces textes ne sont que des paroles. »
Laurent Mauduit : « Quand Matthieu Pigasse a racheté Le Monde en 2009, il rêve d’asservir le journal pour porter la candidature de Dominique Strauss-Khan à la présidentielle. C’était contraire à l’idée des fondateurs du journal. »

À RETENIR

Le rachat de titres de presse ont pu être fait en raison d’un contexte économique délicat mais aussi grâce aux relations que certains d’entre eux entretiennent avec certains hommes politiques. La grève à Itélé a montré que des journalistes pouvaient se soulever. Mais les rédactions doivent obtenir un statut juridique, des droits moraux et ainsi protéger son intégrité. Internet peut également apparaître comme un appel d’air pour la liberté.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ] :
« Francophonie : S’informer dans dix ans en Afrique »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Francophonie : S’informer dans dix ans en Afrique ».

La radio est le média roi en Afrique. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean Kouchner, secrétaire général de l’union internationale de la presse francophone (UPF). Avec Haman Mana, directeur de publication du quotidien Le Jour (Cameroun) et Président de la fédération des éditeurs de presse du Cameroun, Cécile Mégie, directrice de RFI, Sana Sbouai, journaliste et cofondratice d’Inkyfada (Maroc).

 

LES ENJEUX

S’informer dans dix ans en Afrique, un vaste sujet pour une diversité de situations. La question de la situation des médias en Afrique est indissociable de la question des libertés mais aussi de celle de la langue, des moyens de financements et des supports. Quelle sera la place du numérique dans ce continent où la répression est encore dans l’ADN de nombreux régimes ? L’ouverture dépend-t-elle forcement de la situation politique ? Que faut-il corriger dans le fonctionnement des médias ? Au Cameroun, 55 % de la population est analphabète, et la pauvreté reste un obstacle majeur à l’accès au média.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Haman Mana : « Théoriquement, la presse est libre au Cameroun. Mais cette presse n’a plus aucune force de pénétration. Sa faiblesse économique est organisée. L’aide d’état à la presse est insignifiante, et beaucoup de journaux la refuse par principe. Il faut que le verrou politique saute pour repartir dans un climat plus sain. La presse est le dernier espace de lucidité critique dans notre pays. »

Madiambal Diagne : « Il y a une forme de manichéisme, il est donc difficile de trouver des amis sans choisir son camp. Le prix des journaux est le plus bas au monde mais malgré tout, un seul exemplaire de journal peut se passer dans tout un village ou être photocopié. […]  Tout est une question de volonté politique. L’état a intérêt a maintenir les médias dans une situation de précarité. Nous cherchons à sortir de cette situation, il faut des actions communes : des revendications de politiques favorables aux médias, de réformes institutionnelles. Mais les africains subissent et ne prennent pas l’initiative. Nous sommes obligés de s’arrimer au train de l’histoire parce que nous ne sommes pas encore entrés dans l’histoire. »

Sana Sboua : « Il faut partir des forces que l’on a sur le continent : un accès au web démocratisé et une jeunesse nombreuse. Le web permet de développer un contenu journalistique différent, de dépasser les pressions politiques et financières. […] Ben Ali a voulu d’une Tunisie moderne mais Internet s’est retourné contre lui et a contribué à la chute de son régime. »

Cécile Mégie : « Service public n’est pas un gros mot, ce n’est pas synonyme de radio d’état. […] Les coupures sont récurrentes. Au-delà des grands acteurs internationaux dont RFI fait partie, la solution doit venir de l’Afrique elle-même. »

 

À RETENIR

Au Cameroun, Paul Biya, 84 ans, est à la tête du pays depuis 1983. Dans ce contexte de main mise sur le pouvoir, s’oppose la presse d’état, plutôt confortable pour les journalistes qui y travaillent et une presse indépendante plus aléatoire, vécue comme étant d’opposition politique. Ces médias privés subissent des pressions économiques et réalisent des tirages limités. Les radios et les télés dépendent de la tolérance administrative. L’auto-censure y est très forte mais il est rare que l’état sanctionne. Il existe un noyau de journalistes, en résistance. Il y a une école de formation de jeunes journalistes à Yaoundé qui essaye de répondre au besoin de professionnaliser le journalisme camerounais. 

Au Sénégal, la situation est disparate. Le situation institutionnelle permet en théorie aux médias de s’exprimer librement mais il y a des méthodes sournoises de représailles contre les médias. L’absence d’infrastructures et le manque d’investissements publics participent au blocage de la situation tout comme la rareté voire l’absence de rotatives. Seulement 15 % de la population détient une carte bleue, c’est un obstacle au développement de la presse numérique.

En Tunisie, il y a eu une explosion des médias grâce au web mais il y a un manque de formateurs qui maitrisent ces outils. La question du journalisme citoyen est primordiale et source d’optimisme. Aujourd’hui, n’importe qui peut faire du journalisme depuis sa chambre. Mais il y a une ombre au tableau : le durcissement de la répression dans le monde arabe. Internet offre des possibilités de coopération par delà les frontières. Dans dix ans, les bloggers pourraient recevoir l’aide d’avocats et de journalistes plus chevronnés.

La radio est encore aujourd’hui le média roi en Afrique. Il y a eu une forte popularité des radios locales et associatives. RFI fait aussi partie de cette histoire. Elle a besoin d’autorisations pour diffuser dans les pays d’Afrique. Cela fait six mois que les autorités congolaises ont coupé le signal de RFI à Kinshasa. Les audiences diminuent au Sénégal où la langue nationale, le wolof, est aujourd’hui préférée par la majorité de la population. Le téléphone portable est le transistor de demain. 

Colin Mourlevat

[LE RÉSUMÉ] « Des blogs aux réseaux sociaux : vers un journalisme d’indépendants »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Des blogs aux réseaux sociaux : vers un journalisme d’indépendants ».

Twitter est devenu un outil primordial pour les journalistes. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean-Marie Charon, avec Corine Audouin, journaliste Enquêtes-Justice France Inter et livetweeteuse de procès, Jean-Sébastien Barbeau, doctorant au Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaire sur les médias (CARISM) et Grégoire Lemarchand, journaliste à l’AFP.
 

LES ENJEUX

Des blogs aux réseaux sociaux, les journalistes adoptent toujours de nouveaux espaces d’expression. Sur Twitter, ils trouvent un fil d’information continu auquel ils contribuent plus ou moins ponctuellement. Ces outils permettent aux journalistes de devenir plus indépendants face à leurs rédactions et changent leur relation au public.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Corinne Audoin : « Le premier procès que j’ai live-tweeté, je l’ai fait pour moi, j’avais besoin d’extérioriser. Par la suite, j’ai trouvé ça addictif, en terme d’écriture c’est proche de l’écriture radiophonique. Je ne vais pas dire que j’écris sur Twitter comme en radio mais je m’oblige à faire des phrases courtes et simples, je m’oblige pour que ça rentre. Maintenant je ne m’imagine plus un procès sans live-tweeter. Quand je tweete c’est pour les gens qui sont à l’extérieur du procès. Je réponds volontiers à toutes les questions, il y a un vrai côté pédagogique. Si un journaliste se prive de Twitter, je trouve qu’il s’ampute de quelque chose. »

Grégoire Lemarchand : « Les réseaux sociaux ont bousculé les médias mais encore plus l’AFP, car du jour au lendemain on s’est retrouvé face au public, aux lecteurs. Il y avait une méconnaissance de l’AFP : non, on n’est pas qu’une agence nationale, non, on n’écrit pas de communiqués mais des dépêches. »

 

À RETENIR

Twitter et Facebook sont aujourd’hui un enjeu important du journalisme. Ils deviennent des portes d’entrée vers les médias et apportent de nouveaux lecteurs. Ils permettent aussi de se rapprocher de ces derniers. Pourtant, les réseaux sociaux restent un risque pour les journalistes : il faut faire attention à ne pas aller trop vite et à vérifier ses sources.

Laura Bannier

[LE RÉSUMÉ] « Quel statut pour les journalistes dans dix ans ? »

Découvrez l’essentiel de la conférence  « Quel statut pour les journalistes dans dix ans ? »

 

Les pigistes étaient au centre du débat. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Manuel Jardinaud, président d’honneur de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS). Avec Delphine Bauer, journaliste indépendante, membre du collectif Youpress ; Isabelle Bordes, secrétaire générale de CFDT-Journalistes ; Marianne Chollet, Audiens ; Camille Dupuy, chercheuse, auteure de Journalistes, des salariés comme les autres ? ; Mehmet Koksla, représentant de la FEJ (Fédération européenne des journalistes) ; Vincent Lanier, secrétaire général du SNJ ; Anne-Gaëlle Moulun, journaliste scientifique et co-présidente de profession : pigiste ; Hervé Rony, directeur général de la SCAM ; Emmanuel Vire, secrétaire général SNJ-CGT ; Bénédicte Wautelet, président de la CCIJP.

 

LES ENJEUX

Les métiers du monde des médias ont muté avec la révolution du numérique et des pratiques. Alors que la profession se précarise, et que ses modes de rémunérations se diversifient, qu’en sera-t-il dans dix ans ? Le rôle de la carte de presse va-t-il évoluer ? Comment le statut de journaliste doit-il changer pour garantir la protection et donc la qualité de ce métier ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Vincent Lanier : « Une partie des employeurs ne veulent plus payer en salaire mais sous le régime de l’autoentrepreneuriat. C’est un danger. D’autant que la plupart des journalistes connaissent mal leurs droits. À se demander si on en parle assez dans les écoles…. Il faut surtout mettre en garde les jeunes journalistes sur les chimères des entrepreneurs qui coupent le journaliste de ses droits. La réalité, c’est qu’on a des employeurs qui voudraient qu’on travaille gratuitement. »

Isabelle Bordes : « Il y a un paradoxe. La France est un pays où les journalistes sont les plus protégés, les pigistes notamment. Mais ce droit devient une fiction. Tous les textes existent mais on ne les respecte pas. On ne peut pas faire ce métier en dehors du salariat. La CCIJP a une responsabilité dans l’évolution du statut. Mais on voit bien qu’il y a tous ces statuts parallèles qui se développent, et donc il y a des milliers de journalistes qui s’éloignent de la carte. Ce n’est pas la CCIJP qui peut obliger les employeurs à payer. C’est le boulot des pouvoirs publics de faire appliquer le droit et celui des syndicats mais pour ça il faut se syndiquer. »

Delphine Bauer : « Évidemment qu’il y a un droit qui nous encadre et nous protège. Mais le problème, c’est que nous ne sommes pas formés à nos propres droits. Il est très difficile de les faire respecter. Certains directeurs de rédaction sont bienveillants, mais dans toutes les étapes de notre travail, c’est un parcours semé d’embûche. On adore notre métier, on a choisi d’être pigiste, mais c’est très compliqué. On veut autant faire réfléchir à des nouvelles pratiques et à la qualité de l’information qui est mise à mal par la réduction de notre rémunération. »

Hervé Rony : « Aujourd’hui, à un moment où il y a de plus en plus de pigistes et donc moins de salariés, il faut que le métier de journaliste intègre la dimension du droit d’auteur. Il faut réfléchir ensemble au poids du droit d’auteur. »

 

À RETENIR

Le débat a beaucoup tourné autour de la pige, un débat cristallisant de la profession. Les intervenants ont plutôt fait état du statut actuel du journaliste plus que de l’avenir en lui-même.

Lénaïg Le Vaillant

[PORTRAIT] Edwy Plenel, modèle payant

Ignorant les sceptiques, Edwy Plenel a créé Mediapart voilà neuf ans. Ce précurseur du pure player reste pourtant attaché à l’esprit de la presse traditionnelle.

Wikimedia / Xavier Malafosse

Dès que l’occasion se présente il se mue en porte-voix de Mediapart, qu’il a cofondé en 2008 : un crieur de journaux en pleine action, qui rappelle sa jeunesse. Jeune adulte, il vendait les journaux à la criée dans les rues du quartier latin de Paris. Militant de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) , il écrivait alors pour l’hebdomadaire Rouge. Avant de se tourner vers le journalisme, ce grand curieux se rêvait archéologue. « Fouiller le sol à la recherche d’objets rares m’a toujours fasciné », se remémore-t-il. Avant de filer la métaphore : « L’enquête est une sorte d’archéologie. Rien n’est plus intéressant que de trouver quelque chose d’inattendu.»

« Droit de savoir »

L’investigation est « au cœur de son itinéraire depuis quarante ans. » Et notamment de Média-part, fondé en 2008. Contre tous les pronostics, le site qui a fêté jeudi 16 mars ses 9 ans a atteint les 137 000 abonnés. « Si on m’avait prédit une telle audience, je n’aurais pas osé en rêver » confesse-t-il de sa voix de conteur.

En 2008, trois ans après son départ du Monde où il passa vingt-cinq ans, il fonde Mediapart, avec trois journalistes expérimentés et une équipe de jeunes. Tous ont un rapport différent au web, mais « le disque-dur commun, autour d’Edwy, est notre vision du journalisme. Il n’y a pas eu de recrutement sur les capacités numériques », assure Fabrice Arfi, enquêteur à Mediapart. Dans un climat de défiance envers le monde politique, le nouveau-né se lance dans une aventure qui lui permet d’être « au rendez-vous de sa liberté ». Un média « qui rencontre son époque ». Sa raison d’être ? « S’engager pour le droit de savoir du citoyen », martèle Edwy Plenel. Sur un modèle 100 % payant. « C’était la clé. Personne n’y croyait au début. Dans les mentalités, c’était le gratuit qui était promis à un bel avenir. » Comme le pure player Rue 89 par exemple, lancé un an avant. Mais l’outsider payant a résisté par rapport à ce nouveau site gratuit. « La gratuité est destructrice de valeur et ne crée pas de rentabilité. Le modèle de Rue89 l’a amené à produire de la superficialité pour courir à l’audience», estime Edwy Plenel. Contre vents et marées, il s’obstine à penser à penser que l’information à une valeur.

Edwy Plenel s’acclimate illicopresto au format numérique. Lui, l’humaniste de toujours, propose « Le Club » une rubrique conçue pour le débat d’idées. Sans oublier Mediapart Live, une émission diffusée en direct sur les réseaux sociaux. La contrainte du format papier, elle, n’est plus d’actualité. La force principale du web, « c’est surtout d’être très vite partagé, dans le monde entier.»

Le pari de l’approfondi

Edwy Plenel a beau s’être adapté aux nouvelles technologies – il compte 750 000 followers sur Twitter – il espère perpétuer une certaine tradition de la presse imprimée. Il souhaite que Mediapart conserve « la même patte » qu’un média traditionnel. Avec le numérique, le cœur du métier est toujours le même. Mais le journalisme d’aujourd’hui dispose de tous les outils pour être d’autant plus « riche et approfondi. » Où en sera Mediapart dans dix ans ? Edwy Plenel ne s’aventure pas à prédire le futur : « le journalisme, c’est laisser une grande place à l’inattendu. » Seule certitude, dans une décennie, l’aventure se poursuivra sans lui. Mais, à 64 ans, il ne se fait pas de cheveux blancs. Son pari de lancer un média en ligne indépendant, qui vit de ses lecteurs, est gagné depuis longtemps. Et pourrait en inspirer d’autres.

Simon ABRAHAM et Maxime BUCHOT

 

[LE RÉSUMÉ] « Vers des rédactions ouvertes ? Blogs de journalistes et réseaux sociaux »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Vers des rédactions ouvertes ? Blogs de journalistes et réseaux sociaux ».

Les intervenants ont surtout souligné l’intérêt de Twitter pour la profession de journaliste. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean-Marie Charon, chercheur associé à l’EHESS et président de la CNMJ, Jean-Sébastien Barbeau, doctorant au Centre d’Analyse et de Recherche Interdisplinaires sur les Médias (CARISM), Mélissa Bounoua, journaliste et rédactrice en chef à Slate.fr, Clara Schmelck, rédactrice en chef adjointe à Intégrale et Jonathan Hauvel, rédacteur en chef adjoint du Bruxelles Bondy Blog.

 

LES ENJEUX

Les blogs de journalistes se sont multipliés dans les années 2000. Dans la décennie suivante, les journalistes ont investi les réseaux sociaux d’abord sur un mode personnel, puis en tant que journalistes. Quelle place prend cet exercice singulier du journaliste au côté ou au sein des rédactions ? Quelle place occupent aujourd’hui les réseaux sociaux dans le journalisme ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jean-Sébastien Barbeau : « Le blog en 2017 est un outil d’indépendance pour les journalistes, même si c’est à relativiser. Le blog supprime en totalité ou en partie la chaîne de production. Le journaliste est tout à la fois : rédacteur, secrétaire de rédaction, rédacteur en chef. Jamais les journalistes n’ont occupé autant de rôles et de fonctions. Ils ont le sentiment que plus personne ne regarde au-dessus de leur épaule. »

Mélissa Bounoua : « Le blog est la meilleure manière d’apprendre à développer une ligne éditoriale. C’est aussi le cas des réseaux : on peut éditorialiser des tweets et des posts sur Facebook. Bien sûr, cet exercice est additionnel aux médias mais c’est important que les médias soient présents sur ce créneau. Aujourd’hui, c’est une source d’information à part entière. Certains vont même jusqu’à dire que Twitter est un nouveau fil d’agence de presse. »

Clara Schmelck : « Quand j’étais à l’Ecole Normale Supérieure, on m’a toujours habituée à une écriture universitaire. Avec Twitter j’ai découvert l’écriture en 140 caractères. C’est un outil pour journalistes et apprentis journalistes également. C’est un complément essentiel dans les écoles de journalisme pour apprendre à écrire bref, à synthétiser sa pensée. C’est aussi une forme d’outil démocratique. L’avenir de Twitter est à mon sens d’être un outil beaucoup plus éditorial, d’avoir une identité plus forte. » 

Jonathan Hauvel : « Au Bondy Blog à Bruxelles, nous travaillons avec des étudiants. Ce qui est intéressant, c’est de remarquer qu’aujourd’hui, ils sont beaucoup à utiliser Twitter sans voir toutes les possibilités que ça offre. Prenons un exemple. Quand je parle aux étudiants de la veille journalistique et que je leur demande qui connaît l’outil Tweet Deck, il sont peu nombreux à lever la main. Par ailleurs, ce n’est plus seulement le média qui parle mais le citoyen, le journaliste. A mon sens, cette personnalisation est importante pour les jeunes. »

À RETENIR

Les blogs et les réseaux sociaux amènent les journalistes à réfléchir à de nouvelles formes d’écriture et les obligent à synthétiser leurs idées, à s’adapter. Twitter, en particulier, instaure une vraie proximité. Le journaliste tweete en son nom, et crée une relation privilégiée avec son lecteur, qui peut interagir avec lui. La proximité et la liberté d’expression offertes par le réseau social sécrètent aussi leurs effets pervers et peuvent mener à des critiques virulentes en direct.

Léna Soudre

[LE RÉSUMÉ] « L’information de proximité dans dix ans »

Découvrez l’essentiel de la conférence « L’information de proximité dans dix ans ».

D’après les intervenants, les médias doivent s’adapter aux publics. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Romain Hugon, Union des clubs de la presse de France et Francophones (UCP2F) et Marie-Christine Lipani-Vaissade, chercheuse en journalisme, directrice adjointe de l’Institut du journalisme Bordeaux Aquitaine – IJBA. Avec Thierry Borde, animateur et fondateur du réseau Médias citoyens et conseiller du syndicat national des radios libres (SNRL) ; Paul-Alexis Bernard, manager digital éditorial groupe Centre France ; Thierry Guillemot, directeur de TV7 Aquitaine ; Emmanuelle Pavillon, directrice départementale de La Nouvelle République ; Didier Vachon, directeur de l’information, France Bleu.

 

LES ENJEUX

Aujourd’hui, les besoins d’information des populations sont-ils toujours les mêmes ? Comment les lecteurs font usage des médias ? Quel(s) lien(s) entre les publics et les usagers ? Comment s’adapter à la demande du lecteur ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Marie-Christine Lipani-Vaissade: « Les publics ont les mêmes outils que les journalistes pour produire de l’information aujourd’hui et ne veulent plus être tenus à l’écart. La spécificité des médias locaux, c’est de recréer du lien social. »

Paul-Alexis Bernard : « Les médias professionnels locaux restent des références pour les gens. Nous essayons de nous rapprocher de nos publics pour entretenir ce lien. Nous sommes proches physiquement de nos lecteurs car nous vivons au même endroit que nos lecteurs. Je croise de plus en plus de lecteurs qui me disent que leur première source d’information est Facebook. C’est une vérité et il faut s’y adapter. Pendant la présidentielle, nous avons décidé de donner la parole aux électeurs. »

Thierry Guillemot : « La profession de journaliste s’est diluée. Le journalisme est devenu un métier de combat. La question essentielle est celle du modèle économique. Dans dix ans, comment pourrions-nous avoir de la ressource pour payer des journalistes ? Comment allons-nous pouvoir payer des émetteurs pour distribuer les journaux ? Aujourd’hui, on ne sait plus vendre les journaux. » 

Didier Vachon : « C’est le média local qui coupe court aux rumeurs. Notre plus-value, c’est la vérification de l’information quitte à ne pas donner l’information en premier. Nous essayons de diversifier notre audience grâce aux réseaux sociaux. Dans dix ans, on aura inventé des choses que je n’imagine même pas aujourd’hui mais ce qui restera c’est la fiabilité de l’information et le rapport de proximité. »

Emmanuelle Pavillon : « Malgré les évolutions numériques, la Nouvelle République a augmenté son lectorat. Aujourd’hui les internautes sont plus âgés aussi. C’est encore le papier qui fait vivre le web. Quand il y a une information locale importante, le site internet a beaucoup d’affluence. »

À RETENIR

Globalement, les grands acteurs de l’information de proximité sont en situation de monopole. Quand une actualité forte surgit, les populations ont encore le réflexe d’acheter la presse quotidienne régionale ou se rendent sur leur site internet. Mais, au quotidien, les médias peinent à renouveler une audience vieillissante. Le virage du numérique des rédactions ne correspond pas toujours aux attentes des publics. Des publics qui s’informent de plus en plus par les réseaux sociaux sans être prêts à payer l’information. De nombreux concurrents numériques essaiment un peu partout en France sans parvenir à être rentables, ce qui pose de nombreuses questions sur le modèle économique à établir dans la décennie à venir.

Maxime Buchot

L’édition Print
du vendredi 17 mars

Si vous n’avez pas la possibilité d’être à Tours aujourd’hui, ou qu’il n’y a plus de numéro disponible, voici la version numérique du troisième journal papier de huit pages réalisé par les étudiants en deuxième année à l’EPJT.

Assises du journalisme : retrouvez le palmarès des prix 2017

La soirée de remise des différents prix des Assises du journalisme 2017 avait lieu ce jeudi à Tours. Anne-Claire Coudray présidait la cérémonie. 

Edouard Perrin a remporté le grand du journalisme de l’année 2017. Photo : Martin Esposito

 

Le grand prix du journalisme de l’année 2017 a été décerné jeudi soir à Edouard Perrin (Premières Lignes, Cash investigation) pour ses enquêtes sur les pratiques fiscales dénoncées par l’enquête LuxLeaks et son travail en réseau avec le consortium international des journalistes et des lanceurs d’alerte des Panamas Papers.

Le prix « enquête et reportage » a lui été décerné par un jury d’étudiants issus des 14 écoles de journalisme reconnues par profession. C’est le documentaire « Couvrir Alep, la peur au ventre et le ventre vide » (AFP) de Karam Al-Masri et Rana Moussaoui qui l’a remporté. Il y a quelques semaines, il était encore prisonnier des combats à Alep. A travers ce prix, il a voulu rendre hommage à tous les journalistes qui prennent des risques chaque jour pour nous informer.

Le gagnant a tenu à remercier plus particulièrement l’AFP : « Ils sont devenus ma famille après avoir perdu ma mère dans un bombardement. » Il a fait un clin d’œil à sa collègue Rana qui a travaillé avec lui à Alep où ils ont « pu couvrir les événements affreux qui s’y passent. » « Je n’ai jamais fait ce travail pour gagner un prix mais pour transmettre la souffrance des gens. Chaque fin de journée quand je rentrais chez moi, je vivais ces mêmes événements, ces attaques », a conclu Karam Al-Masri.

Le prix des Assises pour la catégorie « Recherche » a été remis à François Robinet pour Silences et récits. Les médias français à l’épreuve des conflits africains. « Je regrette de ne pas avoir lu votre livre avant d’être partie sur le terrain », a confié Anne-Claire Coudray au lauréat.

Le prix des Assises catégorie « Journalisme » a été décerné à Laurent Mauduit, pour son livre Main basse sur l’information. Claude Angeli et Pierre Edouard Deldique ont enfin reçu un prix spécial pour Les plaisirs du journalisme à l’occasion du centenaire du Canard enchaîné.

 

Lucie Martin

[ENQUÊTE] Opérateurs mobile, sauveurs
de la presse ?

SFR et Orange proposent une initiative inédite : coupler abonnements téléphoniques et kiosques en ligne. Les opérateurs ont la volonté de donner un second souffle à la presse écrite. Mais ce modèle est-il une solution pour des journaux qui peinent à se vendre ?

En janvier 2017, l’application SFR Presse aurait été téléchargée 1,5 million de fois. Photo : Martin Esposito

 

Le Figaro, Libération, Le Parisien – Aujourd’hui en France, l’Express, Sud Ouest, le Journal du dimanche, Elle, Paris Match… Tous ces titres sur une même plateforme, tous réunis dans une application téléchargeable sur les téléphones portables, les tablettes et les ordinateurs. C’est ce que propose SFR Presse depuis le mois d’avril 2016. L’offre contenait à l’origine 18 titres. Depuis, elle n’a cessé de s’enrichir au fil des mois, pour atteindre le nombre de 65.

Un kiosque virtuel : rien de nouveau à première vue. L’un des plus connus, le néerlandais Blendle regroupe déjà plus de 100 titres, dont le New York Times et le Huffington Post. Mais les différences de fonctionnement sont majeures. Pour SFR, le kiosque est compris dans la plupart des abonnements mobile et englobe tous les titres alors que pour Blendle, l’achat se fait à l’unité. Les personnes qui n’ont pas de forfait chez l’opérateur ne sont pas en reste. Elles peuvent s’abonner pour la modique somme de… 19,99 euros par mois. C’est parfois le prix d’un unique abonnement pour certains titres de presse.

Le principe ? Les utilisateurs téléchargent les journaux de leur choix au format PDF, avant la sortie en kiosque. L’accès en avant-première et en illimité est garanti pour 65 titres. Et ça semble marcher : l’opérateur annonçait, dans un communiqué de presse en date du 8 mars 2017, avoir franchi les dix millions de téléchargements. Pour le seul mois de janvier 2017, SFR Presse a battu des records : l’application aurait été téléchargée 1,5 million de fois. Une explosion certainement due à l’arrivée de nouveaux titres sur la plateforme : Elle, Paris Match, Le Figaro, Le Figaro Magazine, Madame Figaro, Télé 7 jours et La DépêcheEt tout ça pour le même prix.

 

 

SFR n’est pas le seul opérateur à avoir mis en place une offre. Depuis juillet 2015, Orange est partenaire de ePresse. Ce kiosque en ligne compte plus de 500 titres. Mais le système diffère : l’engagement comporte là quinze crédits mensuels à dépenser dans le catalogue de quotidiens. Un titre correspond généralement à un crédit. L’option est uniquement accessible aux clients Orange. Les abonnés déboursent seulement 10 euros par mois, sans engagement, et peuvent résilier leur abonnement dès qu’ils le souhaitent.

Johan Hufnagel, numéro deux de la direction de Libération, paraît satisfait du service : « Faire partie du service SFR Presse est extrêmement intéressant. SFR a 18 millions de clients, ce qui représente pour nous un immense réservoir de lecteurs. » A l’heure où les kiosques meurent à petit feu, SFR Presse représente une option intéressante. Libération enregistrait par exemple pour l’année 2015 une importante baisse de 17,04 % de ses ventes en kiosque, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias.

Merci les opérateurs ?

Michel Combes, le PDG du groupe SFR voit grand pour le projet : « Tous nos compétiteurs vont faire la même chose : je pense que notre initiative sera copiée, y compris à l’étranger. »  Et si la presse toute entière devait dire merci aux opérateurs ? En façade, le modèle paraît être une véritable révolution. Dans les faits, c’est bien moins idyllique.

Dès lors qu’on aborde la question de la rémunération, les portes se ferment. Libération fait partie des titres les plus téléchargés chaque jour sur l’application SFR Presse mais Johan Hufnagel reste discret concernant les tarifs. Il confie tout de même que « tous les titres de presse ne touchent pas la même somme. Libération est en train de négocier, dans l’intérêt de tous. » Selon une enquête du magazine Challenges de février, « l’éditeur ne perçoit généralement que quelques centimes par exemplaire. »

C’est pour ça que certains refusent de se soumettre à ce système. Etienne Gernelle, directeur du Point, s’indignait mardi 14 mars dans l’émission L’instant M sur France Inter : « SFR est une machine à tuer la presse. » Il reproche à l’opérateur les tarifs qu’il propose. Une rémunération trop faible qui met, selon lui, en danger la qualité de la presse. D’autres, comme le magazine Society, ont quitté le service.

 

 

Cela n’empêche pas les opérateurs mobiles de se présenter comme les sauveurs de la presse. « Nous rémunérons les journaux, c’est une nouvelle source de revenus pour eux », se félicitait Michel Combes, le 10 février 2017 devant l’Association des journalistes médias. Certes, mais cette nouvelle offre peut aussi ralentir les autres options de ventes, en kiosques, avec des abonnements directs à un titre… Des offres qui sont, finalement, davantage rémunératrices que le téléchargement d’exemplaires en passant par SFR ou Orange.

Cet intérêt soudain pour sauver la presse pourrait cacher aussi un tout autre dessein : assurer une optimisation fiscale. La presse bénéficie d’un taux de TVA à 2,1 %, nettement plus bas que celui appliqué habituellement sur les abonnements téléphoniques, qui s’établit à hauteur de 20 %. Le groupe, en couplant le service SFR Presse et les abonnements, finit, grâce à ce tour de magie, par faire des économies sur ses reversements de TVA à l’Etat. Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne dénonçait une « instrumentalisation fiscale » dans un communiqué publié le 28 avril 2016 avant de rappeler que « ce taux réduit tire sa légitimité du rôle constitutionnellement reconnu de la presse pour permettre aux citoyens d’accéder à l’information nécessaire à la formation de leurs opinions. »

Patrick Eveno, spécialiste de l’histoire des médias et utilisateur assumé de l’application, admet que le modèle ne va peut-être pas durer avant de poursuivre : « Certes, la rémunération est faible mais SFR Presse donne quelques années de sursis à des titres, comme Libération, dont le modèle est déjà mort. »

Philippine David et Léna Soudre

 

[ENQUÊTE]. Information locale : les nouveaux explorateurs

Tours, Dijon, Chalon, Grenoble… De nombreuses villes assistent à la naissance de pure players. Ces sites d’info, qui entendent concurrencer la PQR, peinent à trouver leur équilibre financier.

Photo : Martin Esposito

A Tours, ils sont deux à avoir vu le jour, à quelques heures d’intervalle en septembre 2014, alors que la ville ne disposait d’aucun site d’actualité locale : InfoTours et 37 degrés. Par un simple hasard de calendrier. « On s’est quand même dit merde, on ne l’a pas vu venir celui-là, se remémore Mathieu Giua, créateur de 37 degrés, qui refuse de parler de concurrence. Nos lignes éditoriales sont différentes. Notre arrivée simultanée témoigne d’un besoin de pluralité dans l’info locale. »

La capitale de la Touraine, mais aussi Lille, Paris, ou encore Lyon… Toutes les grandes villes françaises sont concernées par l’émergence des pure players locaux, ces sites d’actualité « tout en ligne ».

Des financements fragiles

Aujourd’hui, le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) reconnaît une soixantaine de titres d’actualité locale. Mais le modèle économique de ces nouveaux médias pose question. Du bénévolat à la structure professionnelle, les pure players locaux sont divers et souvent fragiles. « Ils n’ont pas assez de financement au départ pour tenir une équipe pendant plusieurs années », estime Edwy Plenel, fondateur de Mediapart et membre du bureau du Spiil.


Pour InfoTours, presque trois ans après le lancement, le modèle reste précaire. Malgré 70 000 visiteurs uniques par mois, le site ne rémunère aucun journaliste, au contraire de sa maison-mère InfoChalon, en Bourgogne, qui compte un salarié et des pigistes. À Chalon-sur-Saône, le site s’est ancré dans le territoire depuis huit ans, pour attirer environ 43 000 visiteurs uniques par jour. Il a fallu 6 000 euros d’investissement et des heures de travail pour mettre sur pied le projet. Le leitmotiv ?
« Les lecteurs attendent des surfaces d’expression gratuites », anticipe Laurent Guillaumé, le créateur. Mais à quel prix ? Olivier Collet, rédacteur de la majorité du contenu d’InfoTours, est bénévole. Salarié à Chérie FM, il passe son temps libre à alimenter le site : « J’essaie de suivre un rythme de trois articles de 3 000 signes au quotidien », témoigne-t-il. La priorité est donnée aux associations et aux petits commerces. Le journaliste s’est lancé, avec une dizaine de photographes, dans une aventure chronophage. L’unique source de revenus provient de la publicité. De quoi se payer un appareil photo et l’hébergement du site. Face à la presse quotidienne régionale (PQR), ce pure player entend être plus libre quant au format des articles, avec « un phrasé plus familier ». Mais il n’a pas de véritable retour sur investissement, pour le moment.

Le risque du surmenage

Le surmenage ne pouvant constituer un modèle viable, d’autres pure players ont tenté l’aventure du payant. DijOnscOpe  franchi le pas en 2012. Mais les lecteurs habitués au modèle gratuit ne suivent pas. « Nous avons perdu 75 % de l’audience », raconte Sabine Torres créatrice du pure player. Cette dernière s’endette à hauteur de 300 000 euros. C’est trop pour continuer. Seulement huit mois après la conversion au payant, DijOnscOpe rend les armes.
D’autres sites web, comme Carré d’info à Toulouse et Le Télescope d’Amiens se sont tour à tour cassés les dents sur le modèle basé sur les abonnements. Médiacités, un nouveau pure player lancé en début d’année, espère, au contraire, prouver qu’il est possible de faire payer l’actu locale sur Internet (lire l’encadré).


Gratuit ? Payant ? La solution pourrait se trouver dans un entre-deux. Place Gre’net, qui traite de l’actualité grenobloise depuis septembre 2013, fait figure de précurseur. Dès le départ, l’idée du semi-payant a séduit les fondateurs. Les débuts ont été difficiles mais après quelques mois, le trafic a augmenté. De 6 000 visiteurs uniques par mois, le site annonce ne pas être loin des 60 000 aujourd’hui. Avec « un mur payant », le lecteur peut choisir son contenu :
« S’il souhaite lire des enquêtes plus longues et plus développées, il est libre de s’abonner ou non », explique Muriel Beaudoing. Place Gre’net embauche deux journalistes à plein temps. Entourés de pigistes et correspondants locaux de presse. Une équipe mobilisée, car, « la gestion d’un pure player, pour qu’il dure, c’est du travail sept jours sur sept », témoigne-t-elle.

Des activités annexes pour survivre


Pour ne pas être déficitaires, les gratuits doivent diversifier leurs activités. À Tours, 37 degrés fêtera bientôt ses trois ans. L’une des rares occasions de souffler pour Mathieu Giua, le créateur, qui a investi 12 000 euros. Quelques mois avant le lancement du site, il participait à la création du magazine
Et Vous. Mais faute de financements, seuls deux numéros sont parus en kiosque. « Je me suis dit qu’il fallait oublier l’idée du format papier et qu’il était mieux de se lancer sur le web, se souvient-il. C’est comme ça qu’est né 37 degrés. Le public attend autre chose que le format PQR », analyse cet ancien professeur d’histoire. 37 degrés affiche aujourd’hui 55 000 visiteurs uniques par mois au compteur. « Ce n’est pas un chiffre démentiel, mais nous sommes devenus crédibles », poursuit-il.


La notoriété est un bien long à acquérir. 37 degrés n’a trouvé son équilibre financier que depuis quelques mois. Tout juste pour que son créateur se verse un Smic. Les revenus publicitaires n’étant pas suffisants, le pure player a choisi de développer, à côté de ses activités journalistiques, un pôle communication. Animation de conférences, rédaction de newsletters pour les entreprises,
« ces activités ne nuisent pas à notre indépendance, mais nous permettent d’exister », assure Mathieu Giua.


37 degrés a bousculé le paysage.
« La Nouvelle République (NR) n’est plus en situation de monopole. Nous avons prouvé notre utilité sur la place publique », analyse Mathieu Giua. La PQR se retrouve face à une concurrence 2.0, et « doit régler le problème de son lectorat vieillissant », prône Chantal Pétillat, chargée du développement numérique au sein du groupe Nouvelle République du Centre-Ouest. « Avec la fonte des effectifs, La NR doit imaginer le journal de demain avec les lecteurs d’aujourd’hui ». Et la tâche n’est pas simple. « La presse écrite de proximité devra se diversifier pour être utile. »

Simon ABRAHAM et Maxime BUCHOT

[EN PLATEAU] Jason Reifler, chercheur spécialisé
du fact-checking

Le fact-checking, ou l’art de vérifier les faits relatés par les personnalités politiques, les experts ou les médias eux-mêmes. Pourquoi est-il si populaire aujourd’hui ? Est-ce un effet de mode ? Quels impacts a-t-il sur la société et peut-il renouer le lien de confiance entre journalistes et publics ? Pour répondre à ces questions, Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs ont reçu Jason Reifler, Professeur en Sciences politiques à l’Université d’Exeter (UK) et chercheur spécialisé dans le fact-checking.

La vidéo étant en anglais, nous vous conseillons d’activer les sous-titres afin de bénéficier d’une traduction en français.

[LE RÉSUMÉ] « Présidentielle : le règne des communicants »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Présidentielle : le règne des communicants ».

Journalistes et communicants, le même univers mais des rôles bien distincts. Photo : Martin Esposito

Animé par Aurore Gorius, journaliste pour le site lesJours.fr, avec Franck Louvrier, ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, Arnauld Champremier-Trigano, ancien conseiller en communication de Jean-Luc Mélenchon, Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, Elisabeth Pineau, journaliste pour Reuters et présidente de l’Association de la presse présidentielle (APP).

LES ENJEUX

Ils cohabitent dans le même univers mais ont des rôles complément opposés : communicants politiques et journalistes sont les acteurs incontournables des élections présidentielles. Les premiers mettent en scène, les seconds décryptent au rythme des sondages censés refléter l’opinion publique. Comment s’articulent les relations entre communicants, journalistes et sondeurs, à l’heure où l’opinion publique est si mouvante ? Quelle place pour le journalisme politique alors qu’Internet permet de relier directement les candidats et les électeurs ?

CE QU’ILS ONT DIT

Franck Louvrier : « En 2012, il n’y avait pas Facebook. Aujourd’hui, Il y a une diversité de métiers, différents spécialistes de la communication de campagne […] La communication, c’est rendre visible l’invisible et organiser les choses pour répondre rapidement. […] La nouvelle génération ne prend plus l’information au premier degré. »

Arnaud Chapremier-Trigano : « Aujourd’hui, on constate que le vote stratégique prend le pas sur le vote de conviction. »

Frédéric Dabi : « Le sondage n’est pas là pour donner le résultat au point près. Les sondeurs alimentent ce contresens. Il faut regarder les sondages comme un film et non pas comme une photo figée. Le sondage est une indication d’un rapport de force et non pas une prédiction. » 

Elisabeth Pineau : « Il faut chercher plus loin que les sondages. Aller voir les gens, vérifier et sourcer ce que l’on dit. Les journalistes sont mis au rang du système alors qu’on essaye de faire notre travail sérieusement. Face aux communicants, il faut garder son sens critique. Nous sommes là pour séparer le bon grain de l’ivraie. »

À RETENIR

Lors des campagnes présidentielles, tout est communication : meetings, déplacements, prises de paroles en direct… Cette année, la communication de crise de François Fillon est pourtant inédite : rarement un sujet n’avait autant saturé le débat public si proche de l’échéance présidentielle. Résultat : les débats de fonds en pâtissent.

Est-ce vraiment un scoop ? Le rôle du communicant en politique n’est pas de dire toute la vérité. Il met en musique la campagne de son candidat. Il doit trouver des éléments de langage percutants pour répondre en deux minutes à des questions complexes. Pourtant, le quinquennat Hollande fut assez particulier, puisque pour la première fois, le chef d’état a souvent souhaité s’exprimer directement aux journalistes, sans intermédiaire. Il y a dix ans seulement, les apparitions de Chirac à la télévision étaient exceptionnelles. Lors des émeutes de 2005, il a mis dix jours pour prendre la parole, devant 20 millions de téléspectateurs. Aujourd’hui, les canaux d’information ont changé et les politiques se doivent de répondre rapidement aux accusations pour ne pas laisser grandir la méfiance et pour limiter les commentaires. Pourtant, certaines vieilles méthodes ont toujours la côte chez les politiques : le terrain reste important, les livres politiques s’arrachent en librairie (et en supermarché), le tractage sur les marchés et le porte-à-porte sont eux indémodables. 

Inévitablement, le journaliste politique côtoie les communicants. Il doit donc veiller à respecter la séparation des deux univers et éviter le copinage. Pour certains journalistes, la ligne rouge est le tutoiement. Leur rôle est de donner matière à réflexion et dans ce contexte d »’infobésité » ils se doivent d’être rapides, de tout vérifier systématiquement (à la source si possible). Paradoxalement, l’explosion des réseaux sociaux pourrait renforcer l’importance du métier de journaliste qui se doit d’être une vigie, une garantie de fiabilité à l’heure des hoaxes et des fake news.

Colin Mourlevat

[EXPOSITION] L’AFP
part en campagne

Les 23 avril et 7 mai, les Français sont appelés aux urnes pour élire le septième président de la Ve République. Durant toutes ces années, les photojournalistes de l’AFP ont couvert les différentes campagnes présidentielles. Des archives qui racontent moments de détentes, meetings, victoires et défaites. Exposition à retrouver à l’hôtel de ville de Tours jusqu’au 4 avril, de 12 h à 18 h.

Manon Vautier-Chollet
Photos : Manon Vautier-Chollet

[ENQUÊTE] Facebook
va-t-il tuer les sites
des médias ?

En deux ans, les réseaux sociaux et Google ont bouleversé la manière de consommer l’info avec des outils qui optimisent la lecture des articles sur smartphone. Une innovation qui ravit tout le monde, mais qui n’est pas sans risques.

« Il se peut que dans 10 ans, Facebook et Google soient les seuls éditeurs d’infos », selon Lyès Jmili de France Médias Monde. Photo : Bastien Bougeard

 

Chaque matin, vous partez au travail smartphone en main. En chemin, vous consultez votre réseau social préféré. Entre deux photos de vacances et trois publicités, vous voyez qu’un journal publie une nouvelle importante. Vous cliquez mais vous n’arrivez pas sur le site du journal qui a produit le contenu. Une simple page avec le contenu logo du quotidien et le nom du journaliste apparaît et vous lisez votre article depuis Facebook ou Google. Ces petits outils s’appellent Google AMP (accelerated mobile pages) ou Facebook Instant article. Leur recette ? Ils optimisent la lecture sur smartphone en chargeant plus rapidement les pages, sans renvoyer chez les médias producteurs. Même si les médias restent très discrets, le nombre de pages consultées explosent, selon les spécialistes. Une certitude : ces deux innovations apparus il y a deux ans en France, touchent un large public, pas forcément habitués aux sites médias. 

France Média Monde, qui regroupe France 24 et la radio RFI, utilise Facebook Instant article et Google AMP. « Nous vivons avec depuis mai dernier, explique Lyès Jmili en charge du buisness developement du département numérique. Après plusieurs mois d’exploitation, nous tirons un bilan très satisfaisant. » L’avantage, c’est que les pages prennent très peu de temps à charger. « Les Facebook Instant pages comportent très peu de données. Nous couvrons certains territoires, notamment en Afrique où la connexion internet n’est pas optimale. C’est un réel plus pour le lecteur. » Mais Lyès Jmili reconnaît qu’Instant article peut faire baisser le trafic vers le site web. « France Médias Monde étudie la possibilité que le site devienne seulement une vitrine pour nos application mobiles. On ne publierait plus rien sur un site. »

Des éditeurs britanniques unis pour garder le contrôle

Du côté du Parisien, le son de cloche est un peu différent. Guillaume Bourzinien, manager du marketing digital se félicite du gain « pratique. Quand on publie un article sur le site du journal, il se retrouve sur Facebook. » Pour lui, la mort des sites web n’est pas pour dans dix ans. « Au Parisien, utiliser Instant article permet de créer des passerelles vers le site web du journal. » Il estime que les lecteurs continueront de se rendre sur les sites web. « Sur internet, beaucoup de fausses informations circulent et les lecteurs continueront d’aller sur les sites d’informations pour vérifier la véracité des faits. »

Mais une crainte est en train d’émerger dans les rédactions : que Facebook prenne de plus en plus de pouvoir sur les éditeurs. Comme le raconte un article du New York Times, des médias britanniques cherchent à faire front commun pour garder le contrôle de leurs publications sur le réseau social. Pour David Douyère, ce risque n’est pas nouveau. « Amazon a essayé d’imposer ses prix par rapport aux livres numériques et sur les livres papiers. Il a fallu que les bibliothèques montent au créneau pour qu’ils aient encore la main sur ces questions. Ici, Facebook et Google ont une forte emprise sur le public et c’est logique qu’ils puissent avoir ce désir. »

Du côté du Parisien, Guillaume Bourzinien estime que les réseaux sociaux « n’ont aucun intérêt à vouloir imposer leurs règles et remplacer les rédacteurs en chef. Et il faut que les titres de la presse française se parlent et s’entendent pour sauvegarder leur indépendance ». Pour sa part Lyès Jmili, concède que ces innovations ne sont « pas faites pour les beaux yeux des médias. » Mais il reste confiant sur le sujet car « en France, il y a un arsenal législatif important. L’autorité de la concurrence peut intervenir en cas de problème. De plus, Google et Facebook ne se font pas la guerre sur le contenu mais plutôt sur la pub qui génère beaucoup plus de revenus. »

60 centimes pour 1000 impressions

La publicité, c’est l’autre nerf de la guerre sur ces nouveaux outils. Quelles les recettes publicitaires les éditeurs peuvent-ils espérer grâce à ces nouveaux dispositifs. « La répartition des recettes entre le réseau social et l’éditeur n’est pas clair, admet Lyès Jmili. Mais je sais que Facebook nous rémunère juste au-dessus du minimum légal. A savoir 60 centimes les 1 000 impressions. »

Le problème, c’est que Facebook a la main mise sur tout le processus publicitaire. Dans un premier temps, le réseau social travaille avec l’annonceur et lui fait plusieurs offres. C’est Facebook qui fixe le prix de l’encart publicitaire. L’entreprise américaine s’entretient ensuite avec les éditeurs pour fixer la distribution des différents encarts publicitaire. Les éditeurs ne savent pas à quels prix l’encart pub a été acheté par l’annonceur. « La marge que dégage Facebook est importante, souligne Lyès Jmili. Mais comme ce n’est pas clairement dit, c’est difficile de contester. »

Minutebuzz a fermé son site

Pourtant, des médias n’hésitent pas à jouer la carte du tout social. C’est le cas de minutebuzz. En octobre dernier, le pure player prend le pari de miser sur les réseaux sociaux. Fermeture du site web, transfert du contenu sur les différents réseaux sociaux, changement de la ligne éditoriale. « Les plateformes ont envahi les mobiles et ne génèrent plus de trafic », explique le fondateur du siteMaxime Barbier dans une vidéo. «Les articles sont dépassés, les millennials (les personnes nées à partir de 1980) bloquent de plus en plus les pubs. Prerolls (pub avant une vidéo, ndlr), display-roll (pub pendant une vidéo, ndlr), ils n’en veulent plus ! », assure Laure Lefèvre, directrice de la publication. Pour survivre, la start-up s’est également lancé dans le brand-content, des contenus éditoriaux sponsorisés par une marque. EDF, AccorHotels ou encore Danone sont les principaux clients. «Nous renonçons à cette audience, celle du site web, mais c’est pour concentrer toute notre énergie sur une autre : 8 millions de 18-35 ans nous suivent sur les plateformes sociales et nous voulons doubler ce chiffre», explique encore Maxime Barbier sur le site du magazine stratégies. Nous avons contacté les fondateurs de minutebuzz sur ce sujet via les réseaux sociaux. Etrangement, aucun ne nous a répondu.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ]
« (S’)informer dans 10 ans »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « (S’)informer dans dix ans ».

Les quatre intervenants pensent que la technologie sera bénéfique pour le journalisme. Photo : Laura Bannier

 

Animé par Jérôme Bouvier, secrétaire général de Journalisme et citoyenneté. Avec Ludovic Blecher, directeur du fonds google-AIPG pour l’innovation numérique de la presse (FINP), Laurent Guimer, directeur de FranceInfo, Francis Morel, PDG des groupes Les Echos et Le Parisien-Aujourd’hui en France, président du SPQN, Emmanuel Hoog, directeur général et président de l’Agence France-Presse.

 

LES ENJEUX

(S’)informer dans dix ans est le fil rouge de ces Asssises 2017. Mais comment prédire l’avenir ? En 2017, de nouveaux outils vont s’imposer dans les rédactions. Le milieu journalistique devra probablement trouver, et construire, un nouveau modèle économique. Les rapports avec son public vont sûrement évoluer, reste à savoir de quelle manière. Et, comment peut-on se projeter dans un journalisme « du futur » où le public co-produit l’information ? Rendez-vous en 2027.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Ludovic Blecher :  « La technologie sera le nouveau capteur de la société. Une technologie qui renouera le public à l’information, et au journalisme. Plus que jamais nous avons besoin d’outils pour déchiffrer et pour chiffrer. Il faudra arriver, dans dix ans, à créer une collaboration entre les journalistes et les chiffres. Le rôle du journaliste lui, continuera d’être le curateur d’expérience qui apporte de la compréhension et du contexte. Mais il est vrai que le journalisme est de plus en plus compliqué. Il demande de plus en plus de souplesse mais aussi d’exigences, de nouvelles méthodes de travail, et avec de nouveaux outils ! »

Laurent Guimer : « Les choses vont extrêmement vite. Je ris parfois quand on lit ce qu’on écrivait il y a dix ans. Le rythme de la transformation des médias va-t-il continuer à cette vitesse ? Avec le retour de la voix comme vecteur de l’information (Siri…), le son à de l’avenir. Les rédactions ont l’absolue nécessité de se recentrer sur ce qui fonde la valeur ajoutée d’un média. D’autant plus avec l’arrivée des robots. Enfin je ne vois pas de rupture ou de risque particulier à tenter des expériences de réalité virtuelle. Nous n’y arriverons peut-être pas, ou peut-être aussi plus rapidement que prévu. »

Francis Morel : « Je pense que dans la mesure où l’information, on l’aura partout et tout le temps, les journalistes auront un rôle encore plus important que maintenant. Il faut à la fois qu’ils analysent rapidement, décryptent, contestent, et qu’ils animent des débats sur la vie qui nous entoure. Les journalistes doivent avoir tous ces rôles. S’ils ne le font pas, la vie démocratique va être compliquée. »

Emmanuel Hoog : « On pourra trouver à l’avenir, avec des robots, avec de l’interactivité et en multipliant les sources, des moyens de production de masse de plus en plus importants. L’enjeu, c’est la capacité à garder des marques de référence, qui fonctionnent sur de la qualité. La confiance naît de la qualité, c’est ça qui finance l’écosystème. Si les marques s’effondrent, l’écosystème s’effondre. Sans le couple marque-qualité, l’économie va tomber. »

 

À RETENIR

Les techniques journalistiques actuelles ne sont pas vouées à disparaître, mais à s’enrichir du développement des nouvelles technologies, qui se combineront avec le travail du journaliste. Les robots de fact-checking se développent notamment. Les agences de presse travailleront avec de plus en plus de collaborateurs et faciliteront l’accès à leurs données. La qualité et la fiabilité sont essentielles et doivent se maintenir pour le futur. La question du support n’est pas tellement un problème, l’essentiel reste le contenu. Le travail du journaliste sera indispensable, mais de plus en plus varié et compliqué. En réalité il est impossible de prédire comment les choses se passeront, tout comme il y a dix ans les professionnels se trompaient sur la future évolution du métier.

Cyrielle Jardin et Manon Vautier-Chollet

[EN PLATEAU] Anne-Claire Coudray, présentatrice de journaux télévisés sur TF1

Anne-Claire Coudray est présentatrice de journaux du week-end sur TF1. Elle était le joker de Claire Chazal et l’a remplacée officiellement en septembre 2015. Depuis quelques années, le JT est en perte d’audience. Elle répond aux questions de Lucie Martin et Philippine David, et analyse les tentatives d’adaptation aux évolutions technologiques de la part des médias.

[EN PLATEAU] Emmanuel Hoog, PDG de l’Agence France Presse (AFP)

5000 dépêches, 2000 photographies et 200 vidéos produites par jour. L’Agence France Presse fait partie du trio de tête des agences mondiales avec Reuters et Associated Press. Depuis 2010, Emmanuel Hoog est à la tête de cet empire présent dans 165 pays. Fake news, défiance voire lynchage de certains hommes politiques envers les médias, l’Agence France Presse doit faire face à de nouveaux enjeux dans la décennie à venir. Explications d’Emmanuel Hoog au micro de Maxime Buchot.

[EN PLATEAU] Olivier Ravanello, co-fondateur d’Explicite

Olivier Ravanello était spécialiste des questions internationales sur Itélé. Le 22 octobre 2016, il décide de démissionner. Il est désormais président du collectif les Journalistes associés qui réunit plus de la moitié des 97 journalistes qui ont quitté la chaîne d’info depuis novembre. Ensemble, ils ont formé Explicite, un projet inédit dans sa forme : les contenus sont intégralement diffusés sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, il ne manque que les financements pour que le modèle économique soit viable. 

[LE RÉSUMÉ] « Le baromètre social 2016 des assises du journalisme »

Retrouvez « Le baromètre social 2016 des assises du journalisme » de Jean-Marie Charon, chercheur associé à l’EHESS et président de la CNMJ.

Le chercheur et sociologue des médias Jean-Marie Charon. Photo : Martin Esposito

LES OBSERVATIONS

Le premier point à retenir est que l’année a été marquée par la disparitions de médias (Terra Eco, Pariscope) et le dépôt de bilan de nombreux autres comme La Marseillaise. Il y a eu également des crises, comme à Itélé, où 92 journalistes ont quitté la chaîne. Mais ces observations sont à nuancer, car il y a eu dans le même temps des créations de médias, à commencer par Explicite.

Dans un second temps, Jean-Marie Charon note que l’organisation des rédactions évolue de manière nette. Ces restructurations visent à redonner un nouveau souffle à la presse, notamment à la presse magazine. Ainsi, des rédactions se divisent désormais en pôles comme chez Prisma avec une newsroom télé. Les rédactions expriment aussi leur évolution au travers des profils recrutés. Les journalistes embauchés sont plutôt des jeunes, multisupports, et qui maîtrisent très bien le numérique.

Il y a aussi une inquiétude quant à l’attractivité des médias : les magazines de Lagardère sont particulièrement pointés du doigt, tout comme le groupe EBRA, attentiste vis-à-vis du numérique en PQR.

La dernière observation est plus positive. Elle montre que les réactions web continuent à se développer régulièrement. Le Huffington Post est passé de huit à trente journalistes depuis 2012 et Médiapart a embauché six journalistes en 2016.

Enfin, avec 35 238 cartes de presse en 2016, le nombre de journalistes encartés est une nouvelle fois en baisse, loin des 37 307 cartes de 2009. Parmi tous ces journalistes, près de 47% sont des femmes.

Maxime Taldir

[INTERVIEW] Pascale Clark : « Un autre son est possible »

Avec BoxSons, Pascale Clark, ancienne grande voix de France Inter, se reconvertit dans le podcast. Et elle souhaite changer nos habitudes. 

Pascale Clark n’oublie pas que la radio, c’est le son avant tout. Photo : Lucie Martin

 

Quelle est l’originalité de votre projet ?

Boxsons est un média sonore indépendant. Média, parce que c’est l’actualité qui est notre matière première, même si on se paye le luxe de choisir ce qui nous intéresse et d’y passer du temps. Sonore, parce c’est le son qui nous guide, nous croyons à la force du son et au pouvoir des vocations qu’il entraîne. Indépendant, ce n’est pas juste une coquetterie ou un mot : nous avons choisi de sortir sans publicité et sans l’argent de ces cinq ou six grands financiers qui détiennent tous les médias français. Tout le monde regarde ailleurs, mais c’est extrêmement préoccupant. La sanction peut être sournoise et peut parfois prendre la forme de l’autocensure. Tant qu’à créer un média aujourd’hui, autant échapper à cette mainmise. C’est plus compliqué car nous dépendons uniquement des abonnés, nous avons fait le pari d’un modèle payant. Nous essayons de créer une communauté qui pense comme nous qu’un autre son est possible, un son qui n’a plus de contrainte, un son qui est travaillé par des professionnels du son.

 

Le son peut-il rivaliser avec l’image ?

L’image est partout et dès le début nous ne voulions pas de vidéo sur BoxSons. Parce qu’elle n’apporterait rien, parce que c’est un autre métier et parce que nous sommes déjà sous une avalanche d’images. Il n’y a plus beaucoup de son à la radio. Le son est pourtant tellement incroyable, c’est le pouvoir de l’imagination.

 

Quelles sont les différences entre le podcast et la radio traditionnelle ? 

Nous passons du temps pour réaliser nos sujets, on passe du temps avec les gens qu’on interviewe. Ensuite, les gens écoutent quand ils veulent, dans la jungle urbaine, dans le métro puisqu’on peut télécharger avant, en voiture, dans son tracteur pour les agriculteurs qui labourent, sur son ordinateur en cuisinant, sur son tapis dans la salle de gym. Nous avons même crée des podcasts pour aider les insomniaques à dormir. C’est pour toutes les situations de la vie… On peut écouter du son de manière légère sans que cela soit nécessairement de la musique. On cherche à accompagner la mobilité et le quotidien. Notre vocation, c’est de multiplier les formes et les formats. Il y aura du très long parce qu’on n’en trouve plus ailleurs, mais il y aura aussi du très court. Certaines personnes choisiront justement selon la durée du podcast.

Propos recueillis par Colin Mourlevat

 

 

 

 

[EN RÉSUMÉ] « Le point sur la loi Bloche : des chartes dans toutes les rédactions d’ici 3 mois »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Le point sur la loi Bloche : des chartes dans toutes les rédactions d’ici 3 mois ».

La loi Bloche bouleverse la profession. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Loïc Hervouët, (ancien médiateur de RFI, ancien directeur général de l’ESJ de Lille) avec Leïla de Comarmond (présidente de la SDJ des Echos), Sophie Lecointe, (conseillère au cabinet de la ministre de la Culture et de la Communication), Olivier Ravanello (cofondateur d’Explicite), Nathalie Sonnac (membre du CSA), Emmanuel Poupard (SNJ).

 

LES ENJEUX

D’ici au 1er juillet, les rédactions devront se munir d’une charte déontologique. L’objectif de cette loi est de mettre en place des gardes fous pour faire face aux risques d’ingérences des actionnaires dans les groupes de presse. Cette loi est souvent qualifiée de loi anti-Bolloré. En plus de la charte, elle propose la mise en place d’un comité d’éthique et elle élargit le droit d’opposition à l’ensemble des journalistes.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Sophie Lecointe : « La loi Bloche est emblématique de la fin du quinquennat de François Hollande, même si c’est une proposition de loi. L’actualité à l’origine de cette loi est née avec le documentaire censuré de Canal+. Il faut parfois un électrochoc. Même s’il est un peu réducteur de limiter sa naissance à ça. Il y a aujourd’hui une nécessité de mettre les journalistes à l’abri de pressions économiques qui pèsent sur les rédactions. La production de l’information se trouve de plus en plus intégrée dans des groupes dont ce n’est pas le cœur de métiers. Alors qu’elle coûte chère à produire et qu’elle est peu rentable. »

Nathalie Sonnac : « Le CSA lance aujourd’hui une consultation publique sur la loi Bloche. C’est une consultation prioritaire. Pour chacun des objectifs définis : on pose le cadre juridique et on déroule ce qui est dit dans la loi. »

Leïla de Commarmond : « La charte existe depuis neuf ans aux Échos. Cela avait été très dur à mettre en place. Elle avait été négociée dans un cadre particulier : le rachat des Échos par le groupe LVMH qui était rejeté par la plupart des journalistes. Nous avons su négocier des garanties sociales et des garanties d’indépendances majeures grâce à une rédaction nombreuse qui a pu peser dans les négociations. »

Olivier Ravanello : « Il y aura une charte déontologique à Explicite. Pas seulement car il en faut une, mais car c’est le cœur du business. La confiance avec le public doit être au cœur du processus. Et elle doit être rétablie. Si un investisseur ne croit pas en ça, il va dans le mur. L’actionnaire qu’on cherche, il signera cette charte avec Explicite. Et il le fera car il saura que cela va dans son sens. »

Emmanuel Poupard : « La loi Bloche va nous donner du fil à retordre car elle est mal rédigée. On la considère comme dangereuse. C’est un rendez-vous manqué pour l’indépendance. Le problème majeur, c’est une charte déontologique dans chaque entreprise, à géométrie variable. C’est comme si le code de la route changeait suivant les départements. »

 

À RETENIR

Même si la loi Bloche doit renforcer l’indépendance et le pluralisme de la presse, elle ne résout pas tous les problèmes. L’idée de cette loi est la mise en place de garde-fous pour limiter les ingérences des actionnaires dans les rédactions. Cette loi ne rentre pas assez dans les détails. Olivier Ranavello, ancien d’I-télé, doute qu’avec cette loi la situation aurait été différente à I-Télé.

Théo Caubel

[EN PLATEAU] Gülsün Güvenli, enseignante en journalisme à Istanbul

Gülsün Güvenli enseigne le journalisme à l’Université de Galatasaray, à Istanbul en Turquie. Elle a répondu aux questions de Manon Vautier-Chollet sur le plateau de l’EPJT. Le journalisme turc fait face à de grosse pressions depuis de nombreuses années. Une pression augmentée depuis la tentative de coup d’état de l’été dernier. Malgré tout les journalistes, enseignants et étudiants en journalisme tentent de résister à la censure, et de ne pas perdre espoir.

[EN PLATEAU] Jean-Christope Boulanger, président du SPIIL

A la tête de Contexte, un journal web pour les professionnels des politiques publiques, Jean-Christophe Boulanger est aussi président du Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne (SPIIL). Il a répondu aux questions de Simon Abraham et Laura Bannier sur le plateau de l’EPJT. Le SPIIL représente plus de 160 entreprises ou associations de presse tout en ligne. Des structures qui sont nombreuses à se jeter dans le grand bain ces dernières années, et qui peuvent bénéficier du soutien du syndicat dans leur recherche d’indépendance et de viabilité.

[LE RÉSUMÉ] « Les hebdos dans 10 ans »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Les hebdos dans 10 ans »

Les hebdos résisteront à la crise s’ils s’adaptent au lecteur. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Marc Mentré, Journalisme & Citoyenneté. Avec Franck Annese, cofondateur et directeur de publication de So Press, Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique de la rédaction de L’Express, Cyril Petit, rédacteur en chef central et secrétaire général de la rédaction du Journal du Dimanche/lejdd.fr, Jean-Pierre Vittu de Kerroual, PDG de Sogemedia.

 

LES ENJEUX

A l’heure où la presse écrite souffre, les hebdomadaires n’échappent pas à la règle. Coincé entre l’immédiateté d’internet et la presse quotidienne qui s’oriente ver les longs formats, le modèle des hebdos se retrouve menacé. Pour survivre, ils doivent chercher à se démarquer, notamment en terme de contenu. À cela s’ajoute des problèmes de distribution et l’appartenance aux groupes de presse.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Franck Annese : « Les flux chauds se sont intensifiés, et ça a mis une pression sur le traitement de l’actualité. On peut raconter des histoires, mais dans ce cas on est déconnecté. Faire de l’hebdo, c’est dur alors dans dix ans ce sera pire. Mais l’avantage est que l’hebdo c’est plus rentable qu’un magazine qui ne sort que tous les quinze jours. »

Eric Mettout : « On ne sais plus trouver les gens. Avant, on distribuait les journaux sur le pas de la porte. Maintenant, c’est sur les réseaux sociaux. Ils regardent leur smartphone, et il faut s’adapter. Si on ne réfléchit pas à ces éléments, on va droit dans le mur. »

Cyril Petit : « Je crois au journal. Notre rôle est de faire des journaux qui ont un début, une fin et un milieu. Notre personnification commence là. Notre mission est de choisir une ligne éditoriale qui fait un tout. On ne peut pas faire la course à l’info. Les hebdos news sont entre deux chaises. Alors il faut travailler sur l’analyse, le décryptage pour se différencier. »

Jean-Pierre Vittu de Kerroual : « Il n’y a pas de problèmes de support mais des problèmes de contenu. Il y a plein d’exemples de papiers qui fonctionnent car ils ont un contenu innovant. On a aussi le mythe du journal de 2 000 pages où l’on met toute l’information. Mais le lecteur ne le lira pas et le contenu ne l’intéressera pas. Le vrai critère est d’être utile et de donner du plaisir. »

 

À RETENIR

Les flux d’information se sont intensifiés. Les hebdos se retrouvent enfermés entre immédiateté et décryptage. Se pose donc la question de la périodicité. Il apparaît que l’hebdomadaire est le modèle le plus rentable. Mais il faut aussi être présent sur internet en cas de « scoop », car une information ne peut pas attendre une semaine pour paraître dans l’hebdo. Un autre problème est le contenu. La presse a eu tendance à oublier ses lecteurs. Aujourd’hui il leur faut un contenu personnalisé pour qu’ils aient du plaisir à lire (information plus ou moins locale, magazine plus ou moins épais…) mais il faut surtout jouer avec internet, notamment pour avoir un modèle économique viable.

Maxime Taldir

[LE RÉSUMÉ] « Ils se sont lancés cette année »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Ils se sont lancés cette année ».

Le modèle économique était au centre des débats. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Gilles Bruno, rédacteur en chef du site Observatoiredesmedas.com. Avec Raphaël Garrigos, co-fondateur du site Lesjours.fr, Maxime Juramy, directeur de la publication et co-fondateur de C Factuel, Didier Pourquery, directeur de la rédaction de Theconversation.fr, Olivier Ravanello, co-fondateur d’Explicite, Philippe Simon, rédacteur en chef de Dimoitounews et Jacques Trentesaux, co-fondateur de Mediacités.

LES ENJEUX

Ils croient en l’avenir de la presse d’information. Comme chaque année, les Assises donnent la parole à ceux qui ont pris le risque de créer leur média pour faire vivre le projet éditorial auquel ils croient. Ils le présentent aux Assises.

CE QU’ILS ONT DIT

Olivier Ravanello : « La démarche d’Explicite est d’utiliser les réseaux sociaux pour montrer à des investisseurs potentiels ce que peut être Explicite à terme. C’est pour l’instant un échantillon. Nous recherchons un équilibre et une viabilité. Nous ne recherchons pas de sponsors ou de mécènes : nous sommes une rédaction qui essaye d’être un média. L’investisseur idéal c’est celui qui a compris qu’il peut investir chez nous comme il investit ailleurs. Nous exigeons des investisseurs qu’ils signent publiquement une charte d’indépendance. »

Didier Pourquery : « The conversation est un média de complément. Tous les jours, des experts partagent des informations qui éclairent l’actualité avec des journalistes. Nous produisons des textes, nous collaborons, nous coproduisons avec des enseignants chercheurs. »

Philippe Simon : « Nous pouvons tout dire aux enfants. Mais à une condition : ne pas être le donneur de leçon. Il faut plutôt être le grand frère qui explique ou un enfant, comme le lecteur, avec les mêmes émerveillements, inquiétudes et questions auxquelles nous apportons des réponses. »

Raphaël Garrigos : « Nous sommes partis avec huit journalistes de Libération en 2015. Aujourd’hui, nous avons 7 400 abonnés mais cela ne fait pas vivre Les Jours. Nous avons besoin d’argent pour être en équilibre, nous voulons vivre uniquement de nos lecteurs. Le but est d’avoir plusieurs petits actionnaires pour rester libre et non pas s’enfermer avec un actionnaire qui pourrait prendre le contrôle du site. »

Maxime Juramy : « Nous ne sommes ni des journalistes, ni des communicants. Nous avons fait des études d’ingénieurs. Notre envie est de dire : ne suivez plus l’actu, comprenez là. Il faut rendre accessible l’information à tous, lutter contre l’infobésité… »

Jacques Trentesaux : « Notre média est un journal d’investigation local multi-villes. Nous sommes comme une start-up de presse. Pour l’instant, on expérimente à Lille depuis le 1er janvier. On va dupliquer vers Lyon, Toulouse, Nantes. Le but de notre média est de recréer un lien fort avec le public, renouer un lien de confiance. »

 

À RETENIR

Comment trouver un équilibre économique ? Tous ces nouveaux médias sont confrontés au même problème. Le choix du modèle économique a été un des points phares de la conférence. Entre crowdfunding et recherches d’actionnaires, les médias sont à la recherche de financement pour trouver un équilibre et tendre vers une viabilité. Mais leur but principal est de rester indépendant et libre de leur choix tout en renforçant les liens entre public et journalistes, installer un climat de confiance.

Philippine David

L’édition Print
du jeudi 16 mars

Si vous n’avez pas la possibilité d’être à Tours aujourd’hui, ou qu’il n’y a plus de numéro disponible, voici la version numérique du deuxième journal papier de huit pages réalisé par les étudiants en deuxième année à l’EPJT.

[LE RÉSUMÉ] « Place et rôle du community manager »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Place et rôle du community manager »

Le community manager fait le pivot entre le journaliste et l’aspect marketing. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Aurélie Aubert, maître de conférence à l’Université Paris 8. Avec : Sandy Montanola, enseignante chercheure à l’Université de Rennes 1 et responsable du DUT Journalisme de l’IUT Lannion ; Christophe Gimbert, maître de conférence à Sciences-Po Rennes ; Coralie Le Caroff, enseignante à l’Université Paris 2 ; Nikos Smyrnaios, maître de conférences à l’IUT A de l’Université Toulouse 3.

 

LES ENJEUX

En quelques années, les modalités d’information ont diamétralement changé – surtout chez les 18-35 ans -, donnant aux réseaux sociaux une place centrale. Dans ce nouvel écosystème informationnel, les community managers (CM) voient les contours de leur profession évoluer, entre journalisme 2.0, marketing et interaction avec le public.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Sandy Montanola : « Le rôle du community manager évolue petit à petit au sein des entreprises. Le métier tend un peu plus vers le journalisme que vers le marketing. On passe du community manager au journaliste réseaux. »

Christophe Gimbert : « Pour faire le métier de community manager, il faut être courageux, endurant et porter des lunettes roses, pour résister à la vague de méchanceté qui se déverse sur les réseaux sociaux. »

Coralie Le Caroff : « Aujourd’hui, quand on est en désaccord avec un article, on partage notre indignation sur la page du média en question. Mais quand on est d’accord, on le partage sur les réseaux sociaux. »

Nikos Smyrnaios : « L’information en ligne prend une tournure difficile. D’une part, touchés par la crise économique, les médias n’ont plus les ressources nécessaires pour gérer le volume des commentaires. D’autre part, les médias doivent faire face à la crise politique avec une montée des populismes, des propagandes extrêmes, des théories conspirationnistes. »

 

CE QU’IL FAUT RETENIR

Le community manager est un membre de la rédaction à part entière. Il fait le pivot entre journalisme et marketing, en saisissant les réseaux sociaux pour amener le journal au coeur du débat citoyen. Le community manager a aussi le rôle de modérateur des commentaires : il filtre ce qui va être visible, ou pas, sur le web. Mais comment allier ligne éditoriale du média pour lequel il travaille, stratégie économique et liberté d’expression ? La question reste en suspens.

Sophie Lamberts

Canard enchaîné : et si le “Old school” était l’avenir ?

À l’heure où la quasi-totalité des journaux et des magazines a tissé sa toile sur Internet, Le Canard Enchaîné ne s’est toujours pas converti au format numérique. Un pari qui s’est avéré gagnant jusqu’à maintenant, mais dans dix ans ?

Photo : Martin Esposito

« Les 600 000 euros gagnés par Penelope qui empoisonnent Fillon ». Le 25 janvier 2017, Le Canard Enchaîné a encore imposé son style. Il a réalisé ce qu’il fait le mieux depuis plus de cent ans maintenant : bouleverser le paysage politique français. Chaque mercredi suivant, l’hebdomadaire satirique a révélé de nouveaux éléments dans l’affaire d’emploi présumé fictif par le candidat Les Républicains. Après être passé à côté du scandale Cahuzac, ou des “Football Leaks”, Le Canard a repris du poil de la bête.

 

Capable de faire tomber le favori de la prochaine élection présidentielle, il incarne à lui seul le rôle de quatrième pouvoir de la presse. Depuis sa création en 1916, le palmipède semble avoir traversé un siècle de sa vie dans sa bulle dorée, hermétique à tout changement, dans une société qui n’a cessé d’évoluer. Les médias, Internet, les réseaux sociaux… Notre quotidien se transforme à grande vitesse quand Le Canard avance à contre courant. Sans rien perdre de sa superbe.

Un aspect traditionnel…

Mais il faut bien se mettre en accord avec son temps. Voilà pourquoi la une est publiée en avant-première, tous les mardis soirs, sur le compte Twitter, et le site du journal, créé pour éviter les détournements. C’est tout. La rédaction se justifie : « Non, en dépit des apparences, Le Canard ne vient pas barboter sur le Net. Ce n’est pas faute d’y avoir été invité par des opérateurs plus ou moins bien intentionnés, et parfois par des lecteurs qui aimeraient bien lire en ligne leur hebdomadaire préféré. Mais notre métier, c’est d’informer et de distraire nos lecteurs, avec du papier journal et de l’encre. »

 

Ainsi, le temps passe et la marque de fabrique de l’hebdomadaire satirique perdure. Tant sur le fond, que sur la forme : un grand cahier de huit pages en noir et blanc, sans image ni publicité. « Ce qui compte chez eux, c’est la qualité des sujets », explique Pierre-Édouard Deldique, journaliste à Radio France internationale et co-auteur du récit Les Plaisirs du journalisme. « Le numérique ne correspond pas à leur façon de faire. Les enquêtes peuvent durer des mois. Ce qui demeure incompatible avec le rythme des réseaux sociaux. »

 

C’est aussi un des derniers titres de presse papier à être possédé entièrement par les journalistes de sa rédaction. Il est indépendant depuis toujours. « Quand un rédacteur part, ses actions sont redistribuées à l’intérieur du journal. Il n’y a jamais eu de dividendes », témoigne Claude Angeli, chroniqueur et ancien rédacteur en chef, entre 1991 et 2012. « Cela permet d’avoir une réserve. En cas de baisse des tirages, le prix n’augmenterait pas. »

des enjeux contemporains

À 1 € 20 l’unité, Le Canard Enchaîné est, aujourd’hui, un des rares journaux capables de tirer un bénéfice, dans un contexte de crises économique et déontologique. Il emploie aujourd’hui trente journalistes, dont neuf dessinateurs, ainsi que de nombreux pigistes. Près de 400 000 exemplaires sont vendus, chaque semaine, en moyenne. Le chiffre d’affaires annuel est d’environ 24 millions d’euros, soit 2 millions de marge après déduction des impôts. Une recette miracle ? « Il faut constamment surprendre les gens, leur apprendre quelque chose », met en évidence Claude Angeli. « Je pense que la presse a une grande responsabilité par rapport à l’absentéisme. » « En tout cas, Le Canard Enchaîné a vraiment intérêt à cultiver cette singularité », renchérit Pierre-Édouard Deldique.

 

D’autres ont misé sur web, comme le pure player d’Edwy Plenel Mediapart. « Une vieille institution endormie sur ses lauriers fanés » face à « un jeune média mordant et moderne », comparait M, le magazine du Monde. Une nouvelle concurrence qui pour l’instant n’a pas bousculer le format “tout papier” du Canard qui continue à vendre XXX. Si l’hebdomadaire parvient à fidéliser ses lecteurs actuels, qu’en sera-t-il pour les générations futures, bercées par les nouvelles technologies ? Pour l’instant, le Canard continue tranquillement de barboter sur son cahier de huit pages chaque mercredi. Claude Angeli l’assure, « On devrait traverser cette période sans sacrifice, ni plan social. »

Simon Bolle et Manon Vautier-Chollet

 

 

[EN PLATEAU] Nassira El Moaddem, rédactrice en chef du Bondy Blog

Passée par iTélé et France 2, Nassira El Moaddem a pris la tête de la rédaction en chef du Bondy Blog cet été. Lancé à la suite des émeutes de 2005, ce pure player met en avant une diversité rare dans les grands médias. Le Bondy Blog, c’est de la diversité dans la rédaction et dans les sujets traités. S’appuyant sur un réseau d’une vingtaine de blogueurs dispatchés dans toute l’Île-de-France, le Bondy Blog couvre notamment l’élection présidentielle, à sa manière.  

[LE RÉSUMÉ] « Les quotidiens dans 10 ans »

Retrouvez l’essentiel de l’atelier « Les quotidiens dans 10 ans ».

Stéphane Frachet, David Carzon et Vincent Peyrègne.

Stéphane Frachet, David Carzon et Vincent Peyrègne. Photo : Lucas Hueber

 

Animé par Stéphane Frachet, (Les Echos, administrateur de club de la presse du Centre-Val-de-Loire), avec Vincent Peyrègne (Directeur général de WAN-IFRA (World Association of Newspapers and News Publishers) et David Carzon (Directeur adjoint de Libération).

LES ENJEUX

Depuis quinze ans, la presse quotidienne décline… Quels que soient les titres, nationaux ou régionaux, les chiffres sont en baisse constante. En 2016, Ouest-France a perdu 2,5 % d’abonnés, Sud-Ouest 3,3 % et La Voix du Nord a perdu 5% de son lectorat. Quant aux quotidiens nationaux, la situation la plus préoccupante est celle de Libération qui a perdu 17 % de ses lecteurs. Tous ces chiffres (tirés de l’Observatoire du Journalisme et de la déontologie) définissent clairement un changement de pratiques de la part des lecteurs. En effet, ces derniers lisent maintenant le journal sous sa forme numérique. Désormais les audiences explosent en ligne. Les médias doivent donc s’adapter au numérique et à ses contingences. Mais dans tous les cas, « il est indispensable d’aller chercher le lecteur là où il est », explique David Carzon de Libération.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Vincent Peyrègne : « Aujourd’hui, il est indispensable de personnaliser les contenus, permettre aux lecteurs différents niveaux de lectures. Ainsi, nous avons du contenu qui correspond à notre environnement. Alors qu’un kiosque, c’est l’inverse… Ce dernier génère des intérêts divers. Aujourd’hui il faut s’ouvrir, voir ce qu’il se passe dans les autres journaux. C’est la fin des médias de masse… La survivance des médias tient à l’émergence de communautés et aux particularités de chacune de ces communautés. »

Vincent Peygrègne, directeur général de WAN-IFRA (World Association of Newspapers and News Publishers). Photo : Lucas Hueber

 

David Carzon : « La plupart du temps, on oublie que nous, journalistes, travaillons pour être lu. Il faut diversifier les contenus au maximum et essayer de diversifier les revenus aussi… Il faut prendre en compte le modèle publicitaire, la question du numérique, la consommation de l’information. Aujourd’hui, il faut savoir apporter une plus-value à l’information et se démarquer car beaucoup de lecteurs ne savent pas d’où vient l’information qu’ils sont en train de lire…»

David Carzon, directeur adjoint de Libération.

David Carzon, directeur adjoint de Libération. Photo : Lucas Hueber

 

CE QU’IL FAUT RETENIR

Le numérique permet aux journaux d’accroître leur nombre d’abonnés mais ces derniers connaissent surtout la marque média. Il est désormais indispensable d’avoir une valeur ajoutée pour se démarquer et se différencier des autres médias. Cela passe par la formation des journalistes, ce sont eux qui devront s’adapter aux nouveaux formats et outils.

Estelle Lévêque, étudiante en Master Journalisme et Médias Numériques à Metz.

[LE RÉSUMÉ] « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité »

Découvrez le résumé de l’atelier : « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité ».

En cette période de campagne électorale, le fact-checking est plus que tout au centre des rédactions. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jérémie Nicey, équipe de recherche Prim, Université de Tours. Sont intervenus Jason Reifler, lab, CEmaP, Université d’Exeter, Laurent Bigot, lab. CARISM, IFP/Université Panthéon-Assas, Pascal Froissart, lab. CEMTI, Université de Paris 8 et Pauline Moullot, journaliste, Désintox, Libération.

 

LES ENJEUX

Le fact-checking peut paraître neuf alors qu’il revient au fondement du journalisme. Régulièrement utilisé pour vérifier la véracité des déclarations, il est aujourd’hui détourné par les politiques qui innovent pour répondre à cette vérification des faits. Certains candidats à la présidentielle ont même leurs propres cellules de fact-checking.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jason Reifler : « Une question est apparue : est-ce que le fact-checking améliore les connaissances des votants ? Des sondages ont prouvé que oui. Mais les gens étaient différemment touchés. Ceux qui s’intéressent peu à la politique ont eu l’impression d’avoir de meilleures connaissances. D’autres étaient plus réticents. »

Laurent Bigot : « Le travail des services de fact-checking n’est pas forcément repris ni par les autres médias ni par leur propre rédaction. Les fact-checkers n’ont donc aucune chance de convaincre tout le monde. Par ailleurs, le ton qu’ils emploient parfois fait qu’ils ne peuvent convaincre que les convaincus, en tout cas jamais les militants du même bord politique que la personnalité fact-checkée. »

Pascal Froissart : « Nous nous sommes indignés des fake news de Donald Trump. Tout le monde s’est énervé pendant dix jours en se demandant pourquoi croire quelqu’un qui dit des choses fausses. Mais en vrai, pendant tout ce temps, il a atteint son objectif, il a muselé l’opinion publique à coup de fake news. »

Pauline Moullot : « Beaucoup de partis politiques réalisent eux-mêmes du fact-checking. Mais cela n’a rien à voir avec nos pratiques du fact-checking journalistique. On le voit dans les débats : quand les équipes de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon disent qu’ils vérifient « L’Emission politique » de France 2, elles ne font que s’en prendre à leurs opposants et produisent des contenus partisans. »

 

À RETENIR

Aujourd’hui, les politiques s’approprient le fact-checking et l’utilisent contre les journalistes pendant des débats. Certains mettent au point des stratégies pour ne pas s’exposer au fact-checking. Mais cette pratique a permis aux journalistes de reprendre la main sur le contrôle de l’information et également regagner en crédibilité. Mais ils doivent faire face aux méthodes de contournement des responsables politiques.

Bastien Bougeard

Pour aller plus loin :

[ENQUÊTE] En revenir aux faits ?

[LE RESUMÉ] « Comment faire émerger les médias de demain ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Comment faire émerger les médias de demain ? ».

Des aides sont disponibles pour créer des médias. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Stéphane Rabut, vice président du Club de la presse de Lyon. Avec Martin Ajdari, directeur de la direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), Jean-Christophue Boulanger, président du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL). Cécilia Gabizon, cofondatrice de StreetPress et cofondatrice de Media Maker, Julien Kostreche, cofondateur et codirecteur de Ouest Medialab et Christophe Leclerq, fondateur d’Euractiv.

 

LES ENJEUX

Depuis l’été 2016, une aide est accessible aux médias émergents. Cette aide a pour but de favoriser le pluralisme de l’information, et ainsi aider les citoyens à accéder à l’information. La question du web est un tournant également. L’État a ainsi lancé un fond de soutien et d’émergence pour les projets de médias, allant jusqu’à 50 000 euros. Le site Les Jours a pu en profiter notamment. Un des volets de ce programme, qui représente 5 millions euros au total, s’appuie sur la recherche, et sur la question de la monétisation.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Martin Ajdardi : « Les médias de demain ne sont pas forcément numériques. Nous avons primé un média qui s’appelle Topo, qui est un bimestriel de 44 pages dédié à la bande dessiné. Pour l’État, la forme n’est pas importante, c’est le fond. L’indépendance des médias et l’éducation aux médias sont nos priorités aujourd’hui. »

Jean-Christophe Boulanger : « Avoir 50 000 euros de subventions pour lancer un journal c’est pas mal. Le pluralisme souffre beaucoup en région, et avec ces différentes aides, qui sont également juridiques, cela offre un cadre pour lancer des nouveaux médias. Je pense qu’il ne faut pas en demander davantage à l’État, c’est à nous médias, de nous battre pour émerger et rester indépendants. »

Cécilia Gabizon : « Quand on a crée la Street School nous voulions créer de nouveaux profils. Nous sommes partis de cette idée que le média de demain est le média d’aujourd’hui, car il est construit durant une époque qui, elle, est compliquée à saisir. La Street School s’est conçue sans business model, et elle marche. Media Maker est né dans la foulée. Il est vu comme un accélérateur dans la création de médias. »

Julien Kostreche : « Nous avons organisé des hackathons avec des journalistes, des informaticiens et des designers. Nous les avons proposés avec des écoles, en partenariat avec des médias. Très vite, les gens sont venus à nous. »

Christophe Leclerq : « Il faut analyser très tôt ce qu’il se fait ailleurs, dans les autres pays. Il faut également être en constante évolution c’est-à-dire se renseigner sur les tendances qui ne sont pas en France. Les petits pays ont des concepts internationaux et cela marche. Il faut s’inspirer de la presse allemande également, qui est riche et forte. La presse espagnole également, car suite à la crise, elle a du se transformer, évoluer. »

 

À RETENIR

Pour faire simple, si vous souhaitez créer votre média, des aides sont possibles (et recommandées). Il faut également être réaliste, et voir ce qu’il se passe actuellement. Un média émergent doit être ancré dans le présent. Mais pas que. Pour créer un média, comme l’a dit très justement Cécilia Gabizon, il ne faut pas confondre hobbies et travail. Quelques mots d’ordre : être accompagné, choisir son équipe, et surtout, bien envisager son business plan.

Martin Esposito

[PORTRAIT] À l’aise, Franck Annese

Intuitif, décontracté, curieux… Depuis 2003, Franck Annese, le patron du groupe So Press, secoue la presse magazine. Ses titres affichent une santé insolente.

« Je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires possèdent un important pouvoir de contre-culture. » Photo : Patrice Normand

 

« Un cerveau bouillonnant » (Télérama),  « Drôle, charismatique, gentiment provoc » (Les Inrockuptibles),  « L’oeil rieur et la barbe folle » (L’Obs), « Décalé, passionné, gonflé, rusé » (Libération)… Lui, c’est Franck Annese, « Francky » pour les intimes. L’homme qui, en vendant sa voiture, a fait naître un groupe de presse. Tout commence en 2003, quand ce diplômé d’école de commerce lance un mensuel de football,  So Foot, avec Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé. « Je voulais fonder ma maison de disques, se souvient-il. Comme je n’avais pas les moyens, j’ai créé des magazines. Ça me faisait marrer. » Ce qui relevait, à l’origine, d’un pari insensé entre amis allait prendre une toute autre dimension.

 

Cool mais exigeant

Doolittle (enfance) en 2010, Pédale ! (cyclisme) en 2011,  So Film (cinéma) en 2012, suivis de Society et de Tampon (rugby) il y a deux ans, puis de The Running Heroes Society (course à pied) en 2016. En quatorze ans, la famille So Press s’est considérablement agrandie. Et la formule séduit. « On ne se pose pas de questions éditoriales. Tout est intuitif. Il faut se faire plaisir », insiste Franck Annese. À l’heure où la presse écrite traverse une crise sans précédent, ses titres naviguent à contrecourant. Au total, plus de 220 000 exemplaires du groupe s’écoulent chaque mois. Un vent de fraîcheur indéniable. « Il n’y a pourtant pas eu de révolution. On est étonné de choses qui ne semblent pas surprendre les journalistes classiques, alors que ces sujets intéressent les gens. » Si So Press se démarque de ses concurrents dans les kiosques, c’est par son style. Décalé et drôle, à l’image de son gérant. « Franck est à la fois cool et exigeant. C’est quelqu’un qui inspire le respect, témoigne Pierre Maturana, rédacteur en chef de SoFootJ’ai tout de suite adhéré à sa vision du travail. De patron, c’est devenu un pote. » Malgré un passage amer à la quarantaine en 2017, Franck Annese conserve une passion intacte pour les magazines. Il est un des rares patrons de presse à croire en l’avenir du papier, même s’il dresse un état des lieux « catastrophique » : « On souffre de plus en plus, concède-t-il. Par contre, je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires, surtout, possèdent un important pouvoir de contre-culture. Comme les ventes de vinyles, qui ont dépassé celles des téléchargements. » Sa notoriété lui a valu de remporter le titre d’entrepreneur de presse de la décennie, en novembre 2016. « C’est gentil, mais ça n’a pas changé ma vie », lance celui qui écrit aussi des textes pour des cérémonies, des émissions et des humoristes. So Press comporte également une société de production, un label musical et une structure événementielle.

 

Le sens du collectif

Journaliste ? Entrepreneur ? Avec son look de hipster, Franck Annese est habitué à changer de casquette. « Je me considère comme un meneur de jeu, qui doit donner des passes décisives et marquer des buts au bon moment. L’objectif est de faire jouer tout le monde de la manière la plus cohérente et esthétique possible. » Ce qui ne l’empêche pas de se préparer au pire. « Je n’aurais aucun mal à faire mourir un de mes titres. »

Simon Bolle

[ENQUÊTE] En revenir aux faits ?

Antidote aux fake news, le fact-checking, « vérification des faits », obnubile les rédactions. Nouveau projet du Monde : le Décodex, un outil qui évalue la fiabilité des sites d’information.

Les détracteurs s’interrogent sur la légitimité du Décodex à départager les bons des mauvais élèves. Olivier Berruyer a découvert que son site les-crises.fr figurait sur liste rouge et envisage de poursuivre Le Monde en justice pour diffamation. Photo : Martin Esposito

 

Attention, il s’agit d’un site satirique ou parodique qui n’a pas vocation à diffuser de vraies informations. « À lire au second degré », s’affiche sur l’écran, après avoir tapé « Le Gorafi » dans la barre de recherche du Décodex. Lancé le 1er février, c’est un annuaire de centaines de sites qui propose d’aider les internautes à s’y retrouver entre ceux qui sont plus ou moins fiables. L’outil, créé par Le Monde, se présente comme un moteur de recherche. On y entre l’URL ou le nom d’un site d’information, et, en quelques secondes, le verdict tombe. En vert, ceux qui sont gratifiés d’un bon point : L’Express, LibérationL’Humanité, Le Point, la CNN, la BBC… Et, sans surprise, Le Monde. En orange, le journal prévient : « Soyez prudents, complétez vos recherches avec d’autres sources. » Carton rouge pour les autres : les sites complotistes ou mensongers. C’est le cas notamment d’ivg.net, un site anti-IVG qui cache sa propagande en s’affichant comme un site d’information.

 

Le fact contre le fake

L’outil ne sort pas aujourd’hui par hasard. Faits alternatifs, fake news, hoax, intox… Maquillées comme des informations journalistiques, les contrefaçons gangrènent la presse et les discours politiques. Émergeant de ce clair-obscur médiatique, le fact-checking est devenu depuis quelques années un genre presque autonome dans certains médias, avec une équipe dédiée et une chronique quotidienne : Désintox de Libération, Les Décodeurs du journal Le Monde, Le Scan politique du Figaro , le Vrai-faux de l’info d’Europe 1… Chaque rédaction possède son propre laboratoire de fact-checking. Mais la démarche du Monde, avec son Décodex, va plus loin. Trop loin pour certains, qui critiquent la dimension « idéologique » de l’outil. Les médias dits mainstream sont systématiquement marqués d’une pastille verte. Les sources alternatives sont, souvent, marquées au fer rouge. Avec plus de six cents sources décryptées, difficile de contenter tout le monde. « Dans ce travail, nous n’avons pas tenu compte de la nature des positionnements politiques ou idéologiques des sites, des pages ou des comptes sur les réseaux sociaux étudiés. Notre seul critère a été le respect des règles journalistiques », insiste Samuel Laurent, coordinateur du projet, dans un édito.

 

Les blacklistés voient rouge

Jacques Sapir, économiste eurosceptique spécialiste de la Russie, n’est pas de cet avis. « Les journalistes qui s’autoproclament fact-checkeurs ne sont que des idéologues », affirme-t-il. Une brève recherche sur la barre de recherche du Décodex permet de mieux comprendre son point de vue acéré. Son site est classé orange par l’armée de fact-checkeurs du Monde« Il relaie parfois de fausses informations, niant la présence de soldats russes en Ukraine en 2014, pourtant établie. » Autre détracteur au coeur du débat autour de la légitimité du Décodex, Olivier Berruyer, administrateur du site les-crises.fr. Son blog, parmi les 100 000 sites les plus lus au monde, a été classé rouge, puis orange. « Quand Le Monde vous décerne un brevet d’individu non fiable, votre vie change radicalement du jour au lendemain. » Olivier Berruyer a même lancé un appel au dons pour financer un procès contre Le Monde, pour diffamation. Son objectif a été atteint à 95 % en quelques jours. Les critiques viennent de tous bords : l’économiste de gauche Frédéric Lordon s’est fendu d’un long post de blog pour critique le Décodex qui « épouse cette pratique néolibérale entre toutes de l’évaluation généralisée ». Malgré des critiques, les articles estampillés fact-checking restent très lus : « Il y a un réel appétit pour les articles de Désintox », souligne Pauline Moullot, journaliste à Libération. La mort du fact-checking, elle n’y croit pas. Au contraire. Le genre est contraint de se sophistiquer, concurrencé par ce brouhaha d’informations qui caractérise l’ère 2.0. « Les factcheckeurs vont être encore plus scrutés. Nous n’avons jamais eu droit à l’erreur, mais c’est encore moins le cas qu’avant », souligne-t-elle.

 

Les lecteurs chassent aussi les fake news

L’équipe du Décodex, elle, a pris en compte les remarques autour de la première version de leur outil. « Les critiques se concentrent sur le code couleur utilisé, qui donne l’impression que Le Monde se positionne comme une agence de notation », explique Alexandre Pouchard, directeur adjoint des Décodeurs. Pour y remédier, la couleur verte, véritable label, a été remplacée par le terme « neutre », depuis ce jeudi matin. « Nous ne donnons plus d’avis sur le média en question et faisons davantage la distinction entre ce qui relève de l’opinion ou du factuel », poursuit-il. Prochaine étape pour le Décodex : le fact-checking au cas par cas, article par article, avec une correction expliquée. À quand le fact-cheking en temps réel ? Pas pour tout de suite. Les journalistes y travaillent, mais « le fact-checking ne sera jamais totalement automatisé. Le filtre du journaliste reste primordial », mesure Alexandre Pouchard. Plus réaliste : le crowdchecking, qui permet aux lecteurs de participer, eux aussi, à la chasse au fake. Dernièrement, les géants Google et Facebook ont lancé des outils collaboratifs, afin que les intox perdent instantanément du crédit face à la double, voire la triple, vérification par des médias reconnus. L’un avec CrossCheck, une alliance de trente-sept rédactions françaises qui croisent leurs connaissances ; l’autre avec un outil qui permet aux utilisateurs du réseau social de signaler les publications douteuses, en un clic. « À condition qu’ils aient appris, peut-être dès l’école, à conserver un certain esprit critique vis-à-vis des sources d’information, ajoute Laurent Bigot, journaliste-enseignant à l’École Publique de Journalisme de Tours (EPJT) et spécialiste du fact-checking. Cela grâce à des programme d’éducation aux médias par exemple. » Ainsi, le lecteur pourra prendre en main son information.

Sophie Lamberts

L’application Factoscope sort sur vos smartphones

La première application de fact-checking en France sous forme de jeu vient de sortir sur Android. Elle a été développée par des étudiants de l’École Publique de Journalisme de Tours en partenariat avec des élèves de Polytech Tours. Inédite, interactive et pédagogique, Factoscope permet de vérifier les déclarations des candidats à l’élection présidentielle et ainsi pointer du doigt les intox et approximations. Dans un temps imparti, les utilisateurs devinent l’auteur de la déclaration fact-checkée. Toujours chronométrés, ils choisissent si elle est vraie, fausse ou imprécise. À l’arrivée, une explication détaillée est proposée. À télécharger sur Google Play.

[LE RÉSUMÉ] « La liberté d’expression face aux censures de demain »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « La liberté d’expression face aux censures de demain ».

La liberté de la presse dans dix ans. Une problématique majeure qui inquiète déjà. Photo : Lucie Martin

 

En partenariat avec Reporters sans frontières (RSF). Animé par Dominique Gerbaud, journaliste, ancien président de Reporters sans frontières. Avec : Darline Cothière, directrice de la maison des Journalistes ; Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières ; Nicolas Vescovacci, journaliste indépendant membre du collectif « Informer n’est pas un délit » ; la Quadrature du net, association de défense des droits et des libertés des citoyens sur internet ; Gulsun Guvenli, enseignante en journalisme en Turquie.

 

LES ENJEUX

Entre Donald Trump, Poutine et bien d’autres, l’avenir de la liberté d’expression est incertain. Quels seront les pièges, les barrages, à la liberté d’expression dans dix ans ? Son évolution rapide selon les pays ne permet pas de se positionner de manière concrète sur ce que sera la liberté d’expression dans dix ans. Mais il reste important de débattre sur cette problématique importante pour lutter et résister ensemble contre les censeurs. Beaucoup de journalistes sont encore trop souvent menacés pour avoir user de leur droit à la liberté d’expression.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Darline Cothière : « La maison des journalistes accueille tous les persécutés de la presse, venus de plus de soixante pays différents. Ce sont des journalistes qui ont dérangé le régime en place. Quand les journalistes ne sont pas tués, ils sont forcés à l’exil. La maison des journalistes, c’est un peu une forme de baromètre de la presse dans le monde. Ce n’est pas uniquement une maison refuge, les journalistes étrangers, qui y séjournent, peuvent, et doivent, continuer d’exercer leur métier en France. Ils offrent leur regard à la presse française et c’est vraiment un plus pour la profession. »

Christophe Deloire : « Les censures peuvent être de tout ordre : religieux, politique, social, économique, etc. Aujourd’hui, l’une des problèmes est que nombreux sont ceux qui utilisent la liberté d’expression aussi pour lutter contre le journalisme. Alors même que le combat contre le contrôle de l’information doit se faire plus important, il y a de moins en moins d’alliés. Pourtant, on ne viendra pas à bout des censures politiques, quelles qu’elles soient, sans une aide des gouvernements politiques. »

Nicolas Vescovacci : « Je vois dans la censure deux tendances qui, malheureusement, se rejoignent : l’expression de la verticalité du pouvoir et de l’horizontalité du pouvoir. Une censure, cela se passe très simplement, comme quelques coups de téléphones. La question aujourd’hui c’est : comment lutte-t-on contre la censure ? Car le problème est que pour le moment, un censeur ne craint absolument rien. Il n’y a pas de règles strictes dans la loi. Avec mon collectif, on lutte pour qu’une censure ne reste pas impunie. Et ce n’est pas simple car la justice ne nous aide pas beaucoup. »

Membre de la Quadrature du net : « Au niveau des techniques de censure, ce sont toujours les mêmes : intimidation, chantages, etc. Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a un véritable problème d’accès à l’information. La protection la plus efficace contre la censure passe par les prises de conscience individuelles, collectives et sociales des problèmes de liberté d’expression. On a besoin que les citoyens se rassemblent pour mettre en place des systèmes de lutte collective qui nous permettront d’être plus forts. »

Gulsun Gevenli : « En Turquie, il y a plus de 150 journalistes en prison en ce moment. On a battu le record dans le monde, en 2016, avec l’emprisonnement de plus de 80 journalistes. Il y a 10 000 travailleurs au chômage dans le domaine de la presse. Et 102 sites internet sont interdits d’accès. Mais bien avant cette censure, qui est devenue très flagrante ces dernières années, le journalisme avait déjà perdu de son prestige en Turquie. Les jeunes savent maintenant que s’ils sont idéalistes, ils ne pourront pas faire ce métier. »

 

À RETENIR

Dans notre société actuelle, la liberté d’expression n’est toujours pas garantie. De nombreuses évolutions sont également encore attendues, notamment dans le domaine de la réglementation. Alors, même s’il est impossible de savoir ce qu’elle deviendra dans les dix prochaines années, il ne faut pas relâcher notre attention et continuer de lutter contre les censeurs de la liberté d’expression.

Yleanna Robert

[LE RÉSUMÉ] « Quel libre-arbitre face aux algorithmes ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Quel libre-arbitre face aux algorithmes ? ».

Pour Dominique Cardon, un algorithme c’est comme une recette de cuisine. Les données entrées sont les ingrédients et la suite des instructions c’est la recette. Pour avoir des résultats, il vaut mieux séparer les blancs des jaunes. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Thierry Keller, directeur de la rédaction d’Usbek et Rica. Avec Dominique Cardon, sociologue, Médialab de Sciences Po, Alexandre Léchenet, journaliste-entrepreneur, Sylvain Parasie, maître de conférences en sociologie, directeur du Master Communication des Entreprises et Médias Sociaux, Université de Marne-la-Vallée et Benoît Raphaël expert en innovation média, et éleveur de robot.

LES ENJEUX

Aujourd’hui la question se pose de l’influence des algorithmes sur notre consommation de l’information. Ces systèmes informatiques dictent nos parcours numériques. Quels sont les moyens pour qu’ils n’influent pas notre libre arbitre et nous enferment dans des mondes d’information prédéfinis ?

CE QU’ILS ONT DIT

Dominique Cardon : « Qu’est-ce qu’un algorithme ? Aujourd’hui ce mot connaît un succès qui le dépasse. Tout comme les journalistes, les algorithmes filtrent et organisent les informations dans l’espace public. Mais ils ne raisonnent pas pareil. Les algorithmes ne sont pas substantiels, c’est-à-dire qu’ils ne référencent pas les articles selon leur contenu mais selon des mots clés ou encore le nombre de like… Ce sont des indices externes à l’information en elle-même. Le réglage que les entreprises, comme Facebook, donnent aux algorithmes c’est la pertinence. L’algorithme mesure alors ce qu’on a le plus l’habitude de faire ou de lire et ensuite il nous le repropose. C’est à nous de choisir ou pas. Donc c’est nous qui avons la plus grande responsabilité. »

Benoît Raphaël : « Nous sommes en train de travailler sur des robots assez spéciaux. Ils envoient des liens personnalisés. Leur objectif est de nous cerner et de nous emmener vers des contenus plus intéressants mais aussi de nous surprendre pour nous faire sortir des chemins de lecture imposés par les algorithmes. C’est surtout ça le pari. »

Alexandre Léchenet : « En tant que journalistes, il faut que nous soyons bien au point lorsque l’on utilise les algorithmes. En effet, Facebook, Google ou encore Instagram censurent des travaux pour des raisons diverses et variées. Certains contenus sont supprimés et d’autres ne sont même pas remontés dans les fils d’actualité. Donc il faut acquérir une expertise pour plaire à ces algorithmes. Et nous journalistes nous y parvenons. Par exemple, nous adaptons les titres pour que l’article soit mieux reconnu par les algorithmes. C’est un moyen de les contourner. »

Sylvain Parasie : « Il faut construire du lien entre le monde journalistique et ceux qui élaborent les algorithmes. »

À RETENIR

Aujourd’hui, la place des algorithmes dans le monde de l’information est bien réelle. Ces machines ne référencent pas les articles selon leur contenu mais grâce à des indices purement visuels ou factuels. Cela occulte une partie des productions journalistiques et en surexpose d’autres. Mais leur influence reste à nuancer. De plus en plus les journalistes apprennent à se servir de ces systèmes. Ils détournent les codes et acquièrent des connaissances en référencement.

Naïla Derroisné

 

Nos Facebook Live :
« C’est quoi le journalisme dans dix ans ? »

La thématique des Assises 2017 « (S)’informer dans dix ans » alimente le débat dans le monde du journalisme. Que pensent les invités de l’événement ? Nous sommes allés leur poser la question.

Ce mercredi, nous avons parlé avenir du journalisme. Claire Hazan, rédactrice en chef vidéo et nouveaux formats sur Europe 1, nous a donné sa vision de la radio dans dix ans. Vincent Péchaud, cofondateur de La Smalah, nous a parlé de l’avenir de l’éducation à l’information. Pierre Haski, co-fondateur de Rue89, nous a exposé son point de vue sur le journalisme dans dix ans. Albéric de Gouville, rédacteur en chef de France 24, nous a donné sa vision du futur de la télévision. Benoît Raphaël, expert en innovation digitale, nous a parlé des innovations dans dix ans. Enfin, Patrick de Saint Exupéry, journaliste et cofondateur de la revue XXI a évoqué ses doutes sur les nouvelles technologies. Le tout est à retrouver avec nos Facebook Live ci-dessous.

 

 

 

 

 

[EN PLATEAU] Alexandre Pouchard, responsable adjoint des Décodeurs, Le Monde

Alexandre Pouchard, responsable adjoint des Décodeurs au Monde.fr, était sur le plateau de l’EPJT avec Simon Abraham et Mary Sohier, étudiants en journalisme, afin de parler du Décodex, le nouvel outil de fact-checking du journal. Lancé il y a quelques semaines, il propose de lutter contre les fausses informations en classant plus de 600 sites d’information. Ces derniers se voient attribuer une couleur. En vert, le site est jugé crédible. En orange, il s’agit de publications peu fiables. Et enfin le rouge est associé aux sites pas du tout fiables.

[EN PLATEAU] Maria Santos Sainz, maître de conférence à l’IJBA

Après avoir participé à l’atelier « Journalisme dans 10 ans : la parole aux étudiants », Maria Santos-Sainz, maître de conférences au sein de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine (IJBA), est passé par le plateau de l’EPJT. Simon Abraham et Manon Vautier-Chollet, étudiants à l’EPJT, l’ont interrogé sur le journalisme de demain.  Selon elle, dans dix ans, le journaliste devra être de plus en plus polyvalent. La formation, elle, va devoir s’adapter aux évolutions de la profession. Et les étudiants se questionnent sur l’avenir de leur métier. 28 d’entre-eux, issus des 14 écoles de journalisme reconnues, étaient présents au cours de cet atelier.

[PRIX] Les gagnants des prix de l’éducation aux médias et à l’information

La remise des prix de l’éducation aux médias et à l’information 2017 a eu lieu mercredi 3 mars. Les gagnants sont :

 

PRIX DE LA MEILLEURE INITIATIVE ASSOCIATIVE ET CITOYENNE

Jeunes journalistes citoyens, Association Rif

 

PRIX DE LA MEILLEURE INITIATIVE DANS UN MÉDIA FRANCOPHONE

1 jour 1 actu, Milan Presse

 

PRIX DE LA MEILLEURE INITIATIVE HORS L’ÉCOLE

Les clés des Médias, Générale de production

 

PRIX POUR LA MEILLEURE INITIATIVE DANS LE MILIEU SCOLAIRE

Journal JTKL

 

PRIX POUR LA MEILLEURE INITIATIVE EN RÉGION CENTRE-VAL DE LOIRE

Jeunes Reporters 8/18 ans, Maison familiale de Bourgeuil

[EN PLATEAU] Joël Ronez, co-fondateur
de Binge Audio

Après avoir participé à la conférence « La radio dans dix ans », Joël Ronez, cofondateur de Binge Audio est passé par le plateau de l’EPJT avec Maxime Buchot, étudiant à l’EPJT. Nouvelles écoutesBoxsons et Binge Audio : autant de nouvelles plateformes qui misent sur le podcast. Écouter un programme audio où on veut, quand on veut, est à la mode. Pour sa première saison, Binge Audio a produit 200 épisodes qui comptabilisent environ un million d’écoutes au total. Pour attirer les 20-35 ans, Binge Audio traite de sujets peu présents dans les médias classiques comme le hip-hop, les jeux-vidéos et les séries télévisées dans des talk-shows d’environ 25 minutes. 

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes (3/3) : Johanna de Tessieres

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Pierre Morel travaille pour Le Monde, Les Jours ou encore Libération. Johanna de Tessieres est photojournaliste belge freelance depuis une dizaine d’année. Troisième rencontre de notre série.

« Je suis hyper curieuse de voir comment cela va se passer dans dix ans. Pour le moment, nous sommes dans une période charnière et nous cherchons un nouveau modèle pour continuer d’exister. Ce n’est pas une période facile mais elle est très enrichissante. Tout est à créer donc c’est assez excitant. L’une des choses qui m’inquiète pour l’avenir – et qui est un problème déjà existant – c’est le fait que des groupes de presse nous mettent la pression pour que nous filmions. C’est un peu comme s’ils ne croyaient plus en la photo. Personnellement, je refuse de faire de la vidéo, ce n’est pas mon métier. Mais l’avenir de la photo sur le web est une vraie interrogation avec la concurrence de la vidéo. »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[LE RÉSUMÉ] « 2007-2017, le grand bouleversement »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « 2007-2017, le grand bouleversement ».

Pour Patrick de Saint-Exupery, les dix dernières années ont été une période de bouleversement. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jacques Rosselin, dirigeant de l’EFJ. Avec Agnès Chauveau, directrice de la direction déléguée à la diffusion et à l’innovation à l’INA, Pierre Haski, chroniqueur à l’Obs, Géraldine Muhlmann, professeur des universités (science politique et philosophie et journaliste) et Patrick de Saint-Exupéry, journaliste, cofondateur de la revue XXI.

 

LES ENJEUX

Retour une décennie en arrière pour cette conférence. 2007-2017 sonnait la naissance des pureplayers, puis des réseaux sociaux, complétés par la vidéo, sans oublier l’arrivée de la gratuité. Des changements qui ont façonné l’information d’aujourd’hui, et la manière de la traiter. Comment créer et innover par les temps qui courent ? Et à l’ère du web, le journalisme est-il une affaire de technologie ? La question se pose. L’enjeu est aujourd’hui de savoir comment s’inscrire dans une nouvelle dynamique d’information.

CE QU’ILS ONT DIT

Jacques Rosselin : « La première moitié des années 1990 a connu l’arrivée d’internet. Et le net a explosé dans la deuxième moitié des années 1990. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. »

Agnès Chauveau : « Nous n’avons pas vécu un grand bouleversement, mais des grands bouleversements. La manière de s’informer s’est modifiée, tout comme la manière d’informer. Les réseaux sociaux ont aujourd’hui un poids considérable, et les rédactions sont comme dépossédées de leur contenu. J’ai la sensation qu’il n’y a plus de hiérarchie de l’information. Mais notons que nous n’avons jamais été aussi informés. »

Pierre Haski : « Le maître mot de notre époque reste expérimentation. On continue à expérimenter. Le produit de ces dix ans passés est la vivacité des entreprises de presse indépendantes qui continuent de créer. Il faut continuer à se jeter à l’eau sans avoir la garantie que ce que nous faisons est au point. »

Géraldine Muhlmann : « Le journalisme, c’est d’abord raconter des morceaux de réalité. Il permet d’apporter des faits. Il y a dix ans, nous nous sommes dits : le net sera un moment important, on aura plus de place, on pourra raconter plus de choses. Quand les nouveaux médias sont apparus, comme les réseaux sociaux, on a eu l’impression de ne plus raconter des histoires mais de devenir une presse d’opinion. Et ça, ça a fait du mal au journalisme. »

Patrick de Saint-Exupéry« La promesse ces dix dernières années est la gratuité. Quand on rentre dans cette logique, quelle est la valeur de l’information ? Et puis l’audience est liée à la publicité… Je fais un constat : nous arrivons peut-être à la fin de ce cycle. L’information a une valeur, c’est du travail, ce sont des compétences. Ça n’est pas gratuit. Pendant ces dix années, j’ai parfois eu le sentiment de voir un film en accéléré. Je ne comprenais plus rien, je ne voyais pas le journalisme dedans. Enfin le ressort fondamental du journalisme est-il le moyen ou la finalité ? »

 

À RETENIR

Un fossé s’est creusé entre l’univers des médias et des citoyens. Un brouillage total pour lequel il n’y a pas de réponse pour l’instant. Mais en dix ans la profession a fait énormément de chemin, bien que de nombreux problèmes restent à régler. Un n’a pas été résolu et reste essentiel : la crédibilité des journalistes. Tous les médias n’ont pas encore émergé. Quant à la question de la gratuité, la fin de ce cycle est peut-être arrivée…

Manon Vautier-Chollet

[LE RÉSUMÉ] « EMI : jamais sans la famille ! »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « EMI : jamais sans la famille ! ».

Selon les responsables de médias français, les parents ont un rôle à jouer dans l’éducation à l’information de leurs enfants. Photo : Lucie Martin

Animé par Marie-Laure Augry, médiatrice des rédactions de France 3, avec Stéphane Fouéré, vice-président national en charge des droits et libertés et international à la FCPE, Olivier Gérard, coordonnateur du pôle média-usages numériques à l’UNAF, Hélène Grimbelle, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement ; Alexandrine Blavet, PEEP, Laurent Garreau, CLEMI.

LES ENJEUX

Lutter contre la désinformation. Apprendre à décrypter les milliers d’informations que se partagent les jeunes, cela ne peut ne faire sans les familles. Pour la première fois, les responsables des grandes associations familiales et de parents d’élèves étaient réunis pour parler de l’EMI.

CE QU’ILS ONT DIT

Stéphane Fouéré : « Les parents sont les premiers éducateurs des enfants, il faut du dialogue avec les chefs d’établissement. Dans la relation à l’enfant, il faut que l’enfant soit entendu en tant que citoyen, de jeune qui s’implique dans l’établissement scolaire. Je pense qu’il y a des points d’appui dans le primaire. On essaye d’intervenir dans les temps d’activité périscolaire. On ne doit pas construire des murs aujourd’hui mais des passerelles, des ponts pour mieux se connaître. Mais un mur se construit entre parents et écoles. Il faut donc faire rentrer les parents dans l’école, dans des espaces, des temps dédiés. »

Alexandrine Blavet : « Les parents sont souvent démunis, ils n’ont pas grandi avec les médias numériques. Les jeunes peuvent trouver n’importe quoi sur internet, il y a une non maîtrise des parents sur l’information, sans filtre, avec une utilisation individualiste. On organise des temps de formations aux parents de collégiens. On soutient le développement de médias dans les établissements. L’éducation aux médias doit d’abord être faite en famille. Pour cela, il faut apprendre aux parents à faire attention »

Hélène Grimbelle : « Ce qu’on entend remonter des parents, c’est un besoin d’éducation aux médias et à l’information. On fait partie des associations de la société civile et on porte un message, une vision sur l’école. Dans la loi de refondation de l’école, il y a la base d’une évidence : on ne peut pas former un citoyen sans EMI dans l’école. Je ne suis pas d’accord avec le titre de la conférence « EMI : Jamais sans la famille ». Il faut garder des moments éducatifs hors de la famille. »

Olivier Gérard : « Avant 6 ans, beaucoup d’enfants ont accès à l’information. Il faut mettre un place une EMI pour les enfants mais aussi pour les parents. J’aimerai que l’année prochaine, on discute d’initiative d’EMI en direction des familles et qu’on agrandisse la semaine des médias au week-end pour que les familles puissent s’impliquer. »

Laurent Garreau : « 77% des enfants s’informent par internet. On publie un guide vendredi, qui sera disponible sur internet et dans les centres de documentation Canopé. Il aide les parents à informer ses enfants, conseille sur les réseaux sociaux, aide à maîtriser le temps d’écran en famille et parle de la protection des enfants aux images violentes et pornographiques. »

À RETENIR

Selon les associations de parents d’élèves, les parents ont besoin d’une formation au numérique. Ils proposent de se retrouver dans un an afin d’échanger sur l’EMI en direction des familles et d’ajouter une journée aux Assises pour le grand public et les familles.

Marcellin Robine

[EN PLATEAU] Gaëtan Després, coordinateur
du programme
Jeunes Reporters

Pour la 10e édition des assises, Salomé Mesdesirs et Lénaïg Le Vaillant, étudiantes en journalisme, ont accueilli Gaëtan Després sur le plateau de l’EPJT. Il fait partie des nommés pour le prix éducation aux médias et à l’information (EMI) par rapport à l’initiative des Jeunes reporters. C’est un programme qui permet à des jeunes de 8 à 18 ans de s’initier au métier de journaliste. Il nous parle des principales évolutions, dix ans après avoir créé ce projet.

Factoscope, l’usine de la vérification des faits

À l’approche de la présidentielle, l’École publique de journalisme de Tours a lancé Factoscope : un site qui fact-checke les déclarations des candidats. Depuis le 14 mars, il est complété par une application qui se veut éducative.

En plus du site internet déjà existant, Factoscope vient de dévoiler sa déclinaison sur mobile. Photo : Capture d’écran du site

« Vrai », « Faux », « Imprécis ». Depuis début décembre, les déclarations des candidats à la présidentielle sont passées à la loupe. Les étudiants de la licence professionnelle presse écrite de l’EPJT se chargent de vérifier – fact-checker – chacune de leurs déclarations. Des exemples ? Imprécis : Marine Le Pen  et ses « 50 % du bœuf consommé dans nos cantines est issus de l’importation ». Vrai : Nicolas Dupont-Aignan et son parti, « le seul aux législatives de 2012 à avoir eu une amende car nous avions trop de femmes ».

À un peu plus de cinquante jours de la présidentielle, Factoscope propose d’y voir plus clair dans le flux des déclarations de candidats. Au-delà du contenu ajouté par les étudiants, le site propose des articles de vérification écrits par des spécialistes du fact-checking comme Les Décodeurs ou Désintox.

Depuis quelques jours, le site est complété par une application, disponible sur les téléphones Androïd. Facile d’accès et ludique, elle se présente sous la forme d’un jeu de parcours. L’utilisateur doit attribuer une citation à un des candidats à l’élection présidentielle et ensuite chercher à savoir si cette déclaration est vraie ou fausse. Le design est épuré et les fonctionnalités proposées doivent encore évoluer, d’ici le 7 mai : date du deuxième tour de l’élection présidentielle.

Théo Caubel

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes
(2/3) : Pierre Morel

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Pierre Morel travaille pour Le Monde, Les Jours ou encore Libération

« Que dire… Je pense que plus je fais ce métier, plus je me dis que le problème dans la profession est la sous-utilisation des droits. Sans oublier le manque d’organisation et de professionnalisme des photographes… Il faut que la photo soit le domaine le plus important de l’enseignement dans les écoles pour former des journalistes ultra-rigoureux. Le déficit est aujourd’hui énorme. Beaucoup ne savent que très peu de choses sur la pige. Une autre clé pour un marché sain : que les photojournalistes soient plus solidaires et organisés entre eux. Dans dix ans, j’espère aussi que la profession aura réglé les problèmes liés à la diffusion de la photo, avec, notamment, la question de la rémunération sur Instagram.  »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes (1/3) : Virginie Nguyen Hoang

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Virginie Nguyen Hoang est photojournaliste freelance depuis janvier 2012. Première rencontre de notre série.

« Je pense que le métier de photojournaliste sera toujours le même dans dix ans mais avec plus d’outils. On évolue avec la technologie. Il faudra encore davantage combiner vidéo et photos et s’orienter vers le marché du web plutôt que celui des magazines et journaux. Ma crainte est de ne plus être capable de vivre de mon métier ou de plus pouvoir le pratiquer. J’espère vraiment que dans dix ans il y aura davantage de possibilités de financer et de publier des histoires au long court. Il faudra aussi que le public accorde plus d’importance au photojournalisme car sans lecteurs, on ne peut pas espérer que la crise de la presse se termine. J’espère aussi que les écoles de journalisme prendront plus de temps pour enseigner à leurs étudiants l’éthique du journalisme et l’aspect financier. Car ce n’est pas parce qu’on débute qu’il faut donner ses images gratuitement pour se faire un nom. »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[LE RÉSUMÉ]
« Journaliste dans 10 ans : la parole aux formateurs »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Journaliste dans 10 ans : la parole aux formateurs ».

Les intervenants se sont accordés sur un point : la vérification des faits est essentielle. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Sylvie Lecherbonnier (L’Etudiant), avec Corinne Vanmerris, directrice des études de l’ESJ Lille, Hervé Demailly, responsable de l’école de l’école de jounalisme du Celsa et président de la conférence des écoles de journalisme, Alice Antheaume, directrice exécutive de l’Ecole de journalisme de Sciences Po, Thibaud Delavigne, responsable Street School/ Media Maker et Cédric Rouquette, directeur des études du CFJ et directeur des études du CFJ et directeur exécutif de l’école W.

 

LES ENJEUX

Avec l’évolution constante des médias et du métier de journaliste, comment les responsables des écoles parviennent-ils à adapter leur formation ? Les représentants d’école de journalisme se sont réunis pour en débattre et répondre aux questions des étudiants, des professionnels ou simples consommateurs d’information. L’occasion d’aborder le statut de journaliste, la diversité dans les écoles, la place des nouveaux outils mais surtout celle des fondamentaux.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Corinne Vanmerris : « Pour nous le journalisme dans dix ans, c’est déjà demain. On est sur ces deux temporalités dans la formation : leur permettre de travailler immédiatement mais aussi les rendre capables de s’adapter aux évolutions du métier. On ne cherche pas à former des journalistes geek. Les premières attentes des rédactions sont la posture professionnelle et la culture générale. Les journalistes doivent avoir une bonne culture générale et être en capacité de la renouveler. Ils doivent également avoir une capacité à proposer des sujets et à trouver une façon de l’aborder. Peu importe l’usage de la technologie. »

Hervé Demailly : « On est dans une évolution qui consiste à faire de chacun d’entre nous de potentiels médias. Et le métier de journaliste dans dix ans est difficile à définir. Il ne faut pas uniquement s’arrêter aux outils ou aux modes de consommation. Les comportements des journalistes vont aussi jouer. Leur rôle serait de pouvoir labéliser des informations, faire un vrai travail d’enquête, reprendre les rênes du métier tel qu’il était. On doit préparer les étudiants au changement de statut du journaliste pour qu’ils soient capables de s’adapter. »

Alice Antheaume : « On constate que bien souvent le CDI est le graal. Or dans le journalisme ce n’est pas le cas. Le CDI n’est pas forcément mieux payé que le CDD. On voit que se développent les « slasheurs » c’est-à-dire des journalistes qui ont plusieurs employeurs. J’étais inquiète de voir une hausse des pigistes. Alors nous avons fait une enquête pour savoir si le statut de pigiste était volontaire ou contraint. Le fait est que 21 % de nos élèves sont devenus pigistes réguliers ; et parmi eux, 68 % l’ont fait volontairement pour avoir une forme de liberté de choisir leurs employeurs. Cela permet d’avoir une flexibilité. »

Thibaud Delavugne : « La culture numérique fait partie de la culture générale. On l’a dit, la culture générale évolue et ça inclut le numérique. Je ne pense pas que le journaliste doit devenir un développeur mais qu’il doit être sensibiliser à ce monde-là. Il faut connaitre et maitriser le code sans en être un expert. Concernant la question du fact-checking, je pense que le véritable enjeu est de revenir à la question de confiance. Cela demande que les journalistes soient capables de transformer leur façon d’écrire et de diffuser l’information. C’est capital. Le fact-checking c’est super, mais c’est inutile si la confiance ne revient pas. Enfin, la question de journalisme passe, selon moi, par la diversité et la sélection des étudiants. »

Cédric Rouquette : « Les étudiants ne doivent pas devenir entrepreneurs au sens de monter une start-up. Ils doivent tous devenir entrepreneurs d’eux-mêmes : quel journaliste veulent-ils être ? Quelles compétences veulent-ils développer ? Ils doivent porter un projet, le réaliser et savoir comme l’équilibrer entre les fondamentaux du journalisme et les compétences techniques. »

 

À RETENIR

Former les journalistes de demain, c’est apprendre aux étudiants à rester rigoureux dans leur travail journalistique pour faire face à la concurrence et à la désinformation sur internet. Il faut également intégrer de nouveaux outils de diffusion, car le journaliste « ne doit plus seulement être lu, il doit être repris », souligne Hervé Demailly. Les étudiants sont également formés à défendre des projets. Enfin, outre la question de la technologie, le journalisme dans dix ans doit aussi être un journalisme diversifié.

 

Salomé Mesdesirs

[LE RÉSUMÉ]
« Francophonie online :
des médias à découvrir »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Francophonie online : des médias à découvrir ».

Lors de la conférence sur les médias francophones, les différents intervenants ont exploré des pistes pas encore exploitées par leurs homologues français. Photo Martin Esposito

 

La conférence était animée par le journaliste Alain Le Gouguec. Sont intervenus Gabrielle Brassard-Lecours, cofondatrice de Ricochet, Malek Khadraoui cofondateur et directeur de la publication d’Inkyfada, Mariève Paradis, rédactrice en chef de Planète F et Patrick Vallelian directeur général et rédacteur en chef de Sept.info.

 

LES ENJEUX

Tous les médias francophones font face à des mutations de leur lectorat. Mais tous rivalisent en créativité pour attirer leurs lecteurs, entre formats différents et nouvelle manière de proposer l’information. Quatre représentants de médias francophone en ligne sont venus présenter leurs créations et leurs visions.

 

CE QU’ILS ONT DIT

 

Malek Khadraoui : « Nous sommes des médias qui avons les même âge et la dimension graphique est au coeur de nos projets. Chez Inkyfada, nos graphistes participent aux conférences de rédactions et travaillent avec nos rédacteurs. C’est une culture spécifique à notre site. »

Patrick Vallelian : « Nous allons à contre-courant de ce qui se fait sur le web. Nous proposons des formats long alors qu’il vaut mieux que ce soit court. Nos lecteurs doivent payer alors que certains estiment qu’il faut proposer des contenus gratuits. Mais nous, nous avons décidé également avec notre site web de créer un mook, cela permet de faire un parallèlle entre notre site et nos rares productions sur papier. »

Mariève Paradis : « Je suis également la directrice de mon site. Mais je remarque une chose, c’est que les journalistes ont fui le champ du marketing. Nous avons l’impression que les journalistes ne veulent pas faire ce travail et qu’ils privilégient plus le contenu. Or c’est à eux de vendre ce qu’ils font. »

Gabrielle Brassard-Lecours : « Au Québec, nous avons remarqué qu’il y avait seulement quelquels médias qui maintenait une certaine homogénéité. Chez Ricochet, nous ne demandons pas à ce que les gens appliquent des ordres, mais plutôt qu’ils aient un esprit critique sur le sujet qu’ils veulent traiter. »

 

CE QU’IL FAUT RETENIR

 

Les représentants des nouveaux médias francophones estiment qu’il faut changer les formats sur le web. Il faudrait préférer la slow information. Mais il pense que les journalistes ne doivent pas s’enfermer et faire simplement du contenu, et également faire un peu de marketting car c’est à eux de vendre leurs articles. Enfin, sur la manière de présenter l’information, il faut innover dans les formats et privilégier plus d’initiatives comme la réalité augmentée, ou encore privilégier un peu plus l’utilisation du son.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ] « Fake News et post-vérité »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Fake news et post-vérité ».

Pierre Ganz a longuement insisté sur la diversité des types de fausses informations. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Laurence Benhamou, (AFP). Avec Gérald Bronner, professeur de sociologie à Paris 7 et membre de l’Académie des technologies, Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie des médias, Luc Hermann, producteur, journaliste et directeur de l’agence Premières Lignes et Alexandre Pouchard, journaliste, responsable adjoint des Décodeurs du Monde.

 

LES ENJEUX

La campagne de Donald Trump l’a prouvé : l’affirmation d’une vérité peut prendre le pas sur la vérité, et donc, la réalité. Le terme fake news est aujourd’hui entré dans le dictionnaire de la très prestigieuse université d’Oxford. Sa définition : « les faits objectifs ont moins d’influence sur l’opinion que les émotions et les croyances personnelles ». Mais alors, comment lutter contre ce phénomène ? Et avec quels outils journalistiques (fact-checking, enquête, décodage…) ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Gérald Bronner : « Nous sommes confrontés à une disponibilité colossale de l’information, car le marché a été dérégulé. Il faut réguler le marché de l’information sans prendre de mesures liberticides. Sur bien des sujets, les crédules ont instauré un monopole de l’information. Chacun doit avoir une responsabilité intellectuelle personnelle. »

Pierre Ganz : « Il faut raffermir la qualité de l’information car il existe plusieurs types de fake news. Nous ne pouvons pas nous dégager de notre responsabilité dans le désamour que ressentent pour nous nos concitoyens. Nous ne sommes parfois pas assez rigoureux. La chute du nombre de journalistes spécialisés fait baisser la qualité de l’information. Car un journaliste ne peut être compétent dans tous les domaines. Les journalistes doivent rester neutres et ne pas s’engager. »

Luc Hermann : « Nous devons absolument continuer à gagner la confiance de nos lecteurs, par le fact-checking, par la rectification de nos erreurs. Nous avons une responsabilité énorme envers nos concitoyens. Nous arrivons dans une course à l’information qui est très complexe, car produire de l’information d’investigation demande du temps et des moyens. »

Alexandre Pouchard : « La pression du temps réel fait que beaucoup de fausses informations circulent sur les réseaux sociaux. Très souvent, la vérification a moins d’impact que la fausse information, même si ce journalisme et son impact sont en expansion. Nous nous adressons aux indécis, pas aux personnes déjà convaincues par les fausses informations. »

 

À RETENIR

Les fake news se développent et c’est le rôle des journalistes de lutter contre ces dérapages. L’instantanéité de l’information ne doit pas faire oublier la rigueur à la profession. Les médias diffusent parfois eux-mêmes des fausses informations, malgré eux. Il y a une multitude de formes de fake news (la mésinformation, la désinformation, le complotisme…), qu’il faut différencier. Le meilleur moyen de combattre ces fausses informations est de réguler le marché.

Corentin Dionet

[LE RÉSUMÉ] « L’EMI, ce n’est pas qu’à l’école ! »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « L’EMI, ce n’est pas qu’à l’école ! »

L’éducation aux médias est encore un vaste chantier. La conférence a été l’occasion de revenir sur les différents projets en cours, hors du cadre scolaire. Photo : Martin Esposito


 

Animé par Valérie ROHART, journaliste – Globe reporters, avec Thibault COECKELBERGHS, coordinateur GSARA (Belgique), Vincent PECHAUD, cofondateur de La Smalah et Jonathan VAUDEY, chargé de coordination et de développement Les Lucioles du Doc.

 

LES ENJEUX

On a trop tendance à limiter l’éducation à l’information au seul milieu scolaire, elle concerne pourtant bien d’autres publics. Les initiatives se multiplient dans les bibliothèques, les hôpitaux, les foyers jeunes travailleurs ou en milieu carcéral… Sortir du milieu scolaire permet de toucher plus de publics, et pas seulement les jeunes ou les enfants.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Thibault Coeckelberghs : « Le fait de ne pas être à l’école, c’est un vrai avantage. Nous n’avons pas seulement une heure de cours pour mettre en œuvre un atelier. Nous pouvons aller plus loin. Les contraintes sont moins importantes quand on sort de l’école. Mais ça implique de se rendre visible, de montrer une caméra, un studio radio, de donner envie. Il faut se rendre dans toutes les maisons de quartiers, aller directement à la rencontre des publics. »

Vincent Pechaud : « On les met face aux émissions qu’ils regardent tous les jours, le JT avec leurs parents par exemple, ou face à YouTube, aux réseaux sociaux. Chez eux, ils peuvent tomber sur des fake news ou des théories du complot. Ensuite, les algorithmes font que ce type de vidéos, d’articles, viennent de plus en plus à eux. Ils peuvent avoir du mal à distinguer ce qui relève du vrai et du faux, et croire ces informations vraies au même titre que ce qu’ils voient sur les JT. Notre rôle, en les faisant participer, c’est de leur expliquer comment fonctionnent les algorithmes, l’information, YouTube, les réseaux sociaux… »

Jonathan Vaudey : « On essaie de co-construire des projets avec des personnes très critiques vis-à-vis des médias, que ce soit des jeunes, des moins jeunes. On les laisse choisir la thématique qu’ils ont envie de traiter. Notre dernier atelier a été la réalisation d’un documentaire avec des détenus à la maison d’arrêt de Fleury-Merogis. La plupart des membres du groupe avaient une télévision dans leur cellule. Ils rejetaient fortement les médias et en même temps, consommaient beaucoup la télévision comme il y a peu d’activités en prison. Ils étaient très au fait de l’actualité et avaient le sentiment, en tant que spectateurs, qu’on leur répétait toujours la même chose. Ils en sont ressortis encore plus critiques, mais en réalisant un produit journalistique, ils ont compris le fonctionnement de la machine médiatique, ce qui peut leur permettre ensuite de faire le tri. »

 

À RETENIR

Eduquer aux médias hors de l’école permet de passer plus de temps sur un projet, d’être moins contraint autant pour les responsables des ateliers que pour les publics et de toucher plus de personnes. La plupart des volontaires porte généralement un regard très critique sur les médias. L’idée est de leur donner des clés pour comprendre la machine médiatique et ainsi ce qu’ils reprochent aux médias, à travers la réalisation de produits journalistiques.

Léna Soudre

[LE RÉSUMÉ] « La radio dans 10 ans ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « La radio dans 10 ans ? »

Pour Pascale Clark, la radio filmée n’est pas le futur. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jean-Charles Verhaeghe, journaliste à la Lettre Pro de la Radio, formateur au CFPJ et consultant, avec Philippe Antoine, directeur de la rédaction de RMC, Erwan Gaucher, directeur numérique de France Bleu, Claire Hanzan, rédactrice en chef vidéo et nouveaux formats sur Europe 1, Joël Ronez, producteur, cofondateur de Binge Audio, et Pascal Clark, journaliste, co-créatrice de BoxSons.

 

LES ENJEUX

Avec l’arrivée du digital, les usages de la radio ont changé. Et cette tendance va en s’accélérant. Cela implique une adaptation des rédactions à ces changements, à la fois dans la manière de produire des contenus mais aussi dans la manière de les diffuser. Plus largement, comment imaginer la radio dans dix ans ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Philippe Antoine : « Le pari est d’additionner le son et l’image. On peut continuer la radio en ajoutant la fonction image, ce n’est pas incompatible. Il y a un équilibre à trouver mais on choisit la manière dont on regarde ou écoute la radio. Il faut juste que l’auditeur ne devienne pas téléspectateur. »

Erwan Gaucher : « L’auditeur ne se pose plus de questions : il écoute la radio dans la voiture, écoute sur internet au travail et utilise l’appli dans le métro. Il faut adapter ce changement de support et emmener les contenus où se trouvent les auditeurs. »

Claire Hanzan : « Les réseaux sociaux sont un carrefour d’audience et il faut y être. Chaque support a sa grammaire. Donc il y a plein de lignes éditoriales à trouver. Ce qui intéresse est de savoir si le contenu est pertinent. Cela replace le contenu au centre. »

Joël Ronez : « Le grand défi, ce sont les jeunes. Ils écoutent de la musique. Mais pas de radio ni de télé. Ce qui marche, ce sont les formats différents comme Brut. Donc il faut trouver les bons contenus. Pour les jeunes, s’il n’y a que du son, ça n’existe pas. »

Pascale Clark : « Il y a la radio mobile, vidéo, mais on oublie que la radio, c’est du son. Dans 10 ans, j’espère que le son reviendra au centre. »

 

À RETENIR

La radio est en pleine mutation. Il y a d’abord l’arrivée de l’image à la radio. Certaines radios vont vers la radio filmée, voire la radio diffusée à la télévision. Mais pour certains, cette pratique met le son de côté, ce qui fait perdre l’essence même de la radio. Il y a aussi un passage vers le mobile et la mobilité. Le podcast est en plein expansion et il est devenu important pour les radios, qui proposent des millions de podcasts chaque mois. BoxSons, par exemple, mise là-dessus en proposant des contenus à écouter calmement. L’auditeur peut-il écouter sa radio tranquillement ? C’est la dernière réflexion sur laquelle les invités ont débattu. Qui sera l’auditeur dans dix ans ? La réponse est peut-être qu’il faudra s’adapter aux méthodes de consommation des auditeurs qui écoutent de moins en moins la radio dans leur poste mais plutôt sur internet.

Maxime Taldir

 

[LE RÉSUMÉ] « Le journalisme en résidence »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Le journalisme en résidence ».

Selon les intervenants, il y a un besoin de réappropriation de l’information par les citoyens. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Nordine Nabili (Université de Cergy-Pontoise), avec Marie-Emmanuelle Boileau (journaliste montréalaise en résidence à Tours), Jean-Michel Dumay (journaliste en résidence dans le Val d’Oise), Julia Beurq (journaliste en résidence à Allones), Arnaud Jacquart (journaliste en résidence à Tulle) et Lucas Roxo (journaliste en résidence à Roubaix).

 

LES ENJEUX

Le journalisme en résidence est né d’une réflexion des acteurs des médias de quartier en 2009. L’idée est de s’inspirer des enseignements des artistes en résidence. Pourquoi ne pas proposer à des écoles ou à des associations de faire un travail plus concret en collaboration avec des journalistes ? Depuis un an et demi, l’idée a fait son chemin. Aujourd’hui, nous avons les premiers acteurs du journalisme en résidence. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils s’impliquer pour continuer de faire vivre cette expérience ? Cinq journalistes rendent compte de leur expérience.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jean-Michel Dumay : « Je suis allé en résidence car j’ai la conviction que les citoyens ont le besoin de se réapproprier l’information. L’univers médiatique est concentré dans un « ballon » excentré. C’est ce que je remarque avec les personnes avec lesquelles je travaille : elles ne se sentent pas concernées. »

Julia Beurq : « Le but est de partir des bases, ce que les élèves connaissent des médias et des journalistes, pour arriver à la construction d’un format journalistique. Il faut redonner de l’importance à l’information et à la manière dont on s’informe et pousser les jeunes à avoir un esprit critique. »

Arnaud Jacquart : « À part les écoles de journalisme, il n’y a pas de formation à l’information. C’est ce que le journaliste en résidence vient combler. Mon idée est d’accompagner dans l’information pour déconstruire les préjugés envers les médias. »

Lucas Roxo : « Il y a de nombreux médias et pigistes qui n’arrivent pas à vendre des reportages, qui sont pourtant de qualité. J’ai eu envie d’avoir une plus-value, j’ai donc travaillé sur la réappropriation des outils médiatiques par les jeunes de quartier populaire. Je suis arrivé à Roubaix avec cette idée de permettre à certains de ces jeunes d’accéder à des écoles de journalisme. » 

 

À RETENIR

À travers leurs expériences, les journalistes intervenants ont mis en évidence le besoin de la réappropriation de l’information par les citoyens. Beaucoup se méfient aujourd’hui des médias et ne se sentent pas concernés par certaines informations. Le rôle du journaliste en résidence est de permettre une éducation à l’information et à la manière de s’informer. Ce projet tend à se développer grâce au soutien du ministère de la Culture et de la Communication, et de l’Education nationale.

Laura Bannier

 

[LE RÉSUMÉ] « EMI : comment travailler ensemble ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « EMI : comment travailler ensemble ? ».

Animé par Anne Oger, journaliste à France Bleu Orléans, avec Louise Bartlett, journaliste à MediaEducation.fr, Amel Cogard, directrice du numérique Jeunesse et Education à France Télévisions, Isabelle Martin, coordonnatrice CLEMI Académie de Bordeaux et Patrick Verniers, président du Conseil Supérieur de l’éducation aux médias (Belgique).

Les journalistes s’organisent pour venir en classe. Photo : Lucie Martin

LES ENJEUX

Enseignants, journalistes, acteurs culturels, militants associatifs, la communauté des personnes engagées dans l’éducation aux médias et à l’information représente une ressource riche et dynamique. Mais comment fédérer les acteurs, initiatives et pratiques ? L’enjeu est aujourd’hui de faciliter les échanges entre tous.

CE QU’ILS ONT DIT

Louise Bartlett : « Sur mediaeducation.com, les journalistes qui veulent intervenir dans des écoles peuvent s’inscrire sur la plate-forme et on est très fier de cette carte qui s’agrandit. Il y a plein de gens qui font des choses intéressantes et qui peuvent discuter sur le site, se documenter avec des ressources. C’est un acte militant pour les journalistes mais il est compliqué d’être bien rémunéré aujourd’hui par ce métier. On a du mal à refuser des actions mais il faudrait avoir une réflexion sur un défraiement de ces interventions. »

Patrick Verniers : « Le Conseil supérieur de l’éducation aux médias a été créé en Belgique par une loi en 2008. Il structure l’éducation aux médias et regroupe des journalistes, des enseignants, des spécialistes pour coordonner et donner une pérennité aux actions. L’enjeu de l’EMI, il est démocratique. Il faut avoir la lecture comme bagage, pour bien utiliser l’information, s’exprimer, être soi-même un acteur, avec les nouveaux médias, naviguer dans un ensemble de médias et savoir faire son chemin, s’organiser. On fait 400, 500 opérations par an, avec des journalistes qui y ont pris goût. Mais ça ne doit pas devenir un métier. »

Amel Cogard : « La population des 3-18 ans est très connectée, très exigeante sur la vidéo à la demande. Il faut rendre disponible des ressources adaptées pour leurs usages et pour leur âge. Sur la plate-forme France TV Education, on propose des ressources web pour réviser le programme scolaire et décrypter l’information. Il y a une prise de conscience aujourd’hui de faire de l’EMI à tout âge. Ça n’est jamais simple de dégager du temps pour l’EMI, c’est du travail supplémentaire, mais j’ai toujours des réactions enthousiastes. Il faut s’organiser, on essaye de faciliter les actions. »

Isabelle Martin : « Nous mettons en place des projets ambitieux comme des classes médias, des formations pour les enseignants afin de mettre de l’EMI dans les classes. Il faut commencer très tôt, dès le 1er cycle. Les textes officiels insistent maintenant sur l’EMI et c’est noté noir sur blanc. Chaque académie a une politique de formation. A Bordeaux, tous les professeurs ont été sensibilisés pendant une journée. Mais on ne devient pas expert de l’EMI en peu de temps. Les enseignants, c’est nouveau pour eux de travailler à plusieurs. Il y a un grand besoin d’intervention de journalistes dans les écoles. Les médias n’ont plus les moyens pour détacher une personne pour l’EMI. Aujourd’hui au CLEMI, quand on monte un projet EMI, il faut prévoir un petit budget. Les mentalités évoluent sur les défraiements. »

À RETENIR

Pour pouvoir travailler ensemble, il faut se connaître. Après les attentats de janvier 2015, il y a eu une prise de conscience générale. Les projets d’EMI se mettent en place petit à petit, avec des réseaux de journalistes qui s’organisent pour venir en classe. Du point de vue belge, le défraiement des intervenants a permis la pérennité des opérations d’EMI. Une piste à creuser en France.

Marcellin Robine

[LE RÉSUMÉ]
« Journalisme dans dix ans : la parole aux étudiants »

Retrouvez le compte-rendu de la première conférence de cette dixième édition des Assises : « Journalisme dans 10 ans : la parole aux étudiants ».

Maïlys et Loïc, étudiants à l’IUT de Cannes, plaident pour redonner une indépendance pleine et totale aux journalistes, face à la puissance des patrons de presse. Photo : Martin Esposito

 

Un atelier/débat animé par Maria Santos-Sainz, maître de conférences au sein de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine (IJBA), avec l’intervention en duo de 28 étudiants, issus des 14 écoles de journalisme reconnues par la profession.

 

LES ENJEUX

Un débat en deux temps qui donne la parole aux étudiants sur l’évolution de la profession. Comment s’imaginent-ils exercer leur métier dans dix ans ? Comment le rêvent-ils en 2027 ? L’atelier est articulé autour de questions sur la formation, des nouvelles compétences, du modèle économique ou encore de l’évolution de la technologie.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Maria Santos-Sainz (maître de conférence à l’IJBA) : « Le journaliste est un historien du présent. Il a du mal à se projeter dans le futur. D’ici dix ans, les mutations vont être importantes. C’est un exercice difficile de se projeter, mais il est nécessaire. Nous devons ouvrir des pistes pour une presse de qualité face à tous les défis qu’elle rencontre. »

Sébastie (étudiante à l’EJC Marseille) : « Dans dix ans, le journaliste sera de plus en plus polyvalent. La formation va devoir être plus complète. On nous dit aujourd’hui de devoir savoir tout faire. Or, dans les écoles, les spécialisations peuvent nuir à cela. Je pense que nous n’avons pas le temps de travailler en longueur sur le codage ou le maquettisme. Ce n’est pas parce qu’on se spécialise en télé qu’on doit arrêter d’apprendre à manipuler un site internet par exemple. »

Noé (étudiant à l’ESJ Lille) : « Face à l’image négative collée à la profession, il faut pointer les dérives du journalisme actuel et les résoudre. Les sondages par exemple, après les épisodes du Brexit et de Trump. Stop au journalisme de commentaire aussi. Le comblage sur les chaînes d’information n’est pas une bonne façon d’exercer notre métier. »

Sophie (étudiante à l’IPJ) : « Dans dix ans, j’espère que le journalisme sera plus féminisé. Il y a aujourd’hui 35 000 cartes de presse distribuées. 16 000 pour des femmes, 19 000 pour les hommes. Ces derniers ont les postes les plus importants dans la profession, même si la tendance s’inverse. Et j’espère que cela continuera. Les postes dans les rédactions en chef se sont féminisés à hauteur de 10 % en quelques années. C’est encourageant. Nous souhaitons que les femmes soient encore plus à des postes à responsabilité. Et que l’inégalité des salaires se réduise. Ce problème touche aussi les journalistes. En 2013, il y avait près de 550 euros d’écart entre un homme et une femme pour un même poste de rédacteur en chef. »

Mailys et Loïc (étudiants à l’IUT de Cannes) : « Aujourd’hui, une mainmise des patrons de presse pèse sur l’indépendance journalistique. Face à ça, les médias devront essayer de trouver des façons de s’en sortir. Il faut trouver un modèle économique sain, surtout sur internet. Nous pensons que le crowdfounding devra encore plus se développer. Il faut que le citoyen puisse s’investir dans le processus de création d’un média d’utilité publique. Il faut reconnecter le média au citoyen, qu’il y ait une connivence entre journalistes et citoyens et non entre journalistes et hommes politiques. On imagine redonner une liberté pleine et totale aux journalistes, face à la puissance des industriels. »

CE QU’IL FAUT RETENIR

Dans une dizaine d’années, les étudiants des 14 écoles reconnues espèrent un journalisme plus indépendant, plus féminisé, diversifié, polyvalent. Selon les deux étudiantes de l’EJD Grenoble, cela s’illustrera dans le profil type du journaliste. Un personnage « ultra-connecté, qui maîtrise parfaitement les réseaux sociaux, jongle avec des milliers de données avec son ami le robot et filme au smartphone », prévoient-elles.

Simon ABRAHAM

L’édition Print
du mercredi 15 mars

Si vous n’avez pas la possibilité d’être à Tours aujourd’hui, ou qu’il n’y a plus de numéro disponible, voici la version numérique du premier journal papier de huit pages réalisé par les étudiants en deuxième année à l’EPJT.

[PORTRAIT] Rémy Buisine, à l’état brut

Le calepin et le stylo, Rémy Buisine n’en a pas besoin. Le journaliste révélé sur Périscope a choisi le smartphone pour des vidéos sans filtre, diffusées sur le média Brut.

Rémy Buisine : « Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie. » Photo : Hakim Douliba

« Je ne sais jamais quand et où mes journées vont se terminer », raconte Rémy Buisine, amusé. Toujours en mouvement, le téléphone à la main pour filmer l’actualité en direct. « Il y a quelques jours j’étais en route pour la visite de Fillon au salon de l’agriculture, et je me suis retrouvé dans son QG pour la réunion que personne n’attendait. » A 26 ans, Rémy Buisine est omniprésent sur la toile et est même devenu l’icône de Brut, un nouveau média d’information vidéo lancé en novembre 2016 et présent uniquement les réseaux sociaux.
Un portable dans chaque main : l’un pour filmer en live l’actualité, l’autre pour s’informer et recevoir des précisions sur l’événement. Si vous le cherchez, il est probablement dans une manifestation, un rassemblement politique ou en pleine interview en live sur Facebook Brut. Aucune post-production ne se rajoute à son travail. « Il est tout le temps en train de filmer donc difficilement joignable, même pour moi », s’amuse Laurent Lucas, directeur éditorial de Brut.

Nuit debout, le déclic

Son crédo : s’inspirer du rythme des chaînes d’info en continu tout en y ajoutant des commentaires personnels. « Je ne suis pas dans l’analyse. Le flux d’images que je donne c’est un peu mon regard à moi. Le téléphone est devant moi et ce que vous voyez c’est ce que je vois aussi. » Constamment en direct, il n’hésite pas à contextualiser ses images en parlant pour les internautes qui arrivent en court de live.
Autodidacte, il a appris sur le terrain ces nouveaux formats journalistiques. Avant d’être embauché par Brut, il était community manager pour une radio.
C’est à Nuit debout que son aventure de cinéaste a commencé. Il y a un an, sur son temps libre, il filmait le mouvement né de la contestation de la loi travail, via Périscope. « Cet événement m’a fait avancer professionnellement et personnellement, se souvient-il. Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie non-stop, avec des pics de 80 000 personnes qui me suivaient en direct. » Mais il n’avait pas prévu de rester aussi longtemps derrière son écran. Rémy a passé un « appel solennel » pour continuer de filmer. Les batteries de son téléphone étaient à plat. « Il y a plein de gens qui m’ont ramené des batteries rechargeables et pour certains même à manger, à boire. » L’humain et la dimension collaborative qui se cache derrière le live, c’est avant tout ce qui passionne le journaliste.
Une ascension rapide pour le jeune nordiste. « En 2012, je suivais les présidentielles depuis mon canapé dans mon village perdu dans le Nord de la France », se rappelle Rémy Buisine.

Jamais sans ses batteries

Comment décrit-il ses portables ? « Indispensables, indissociables ». Et puisque les lives peuvent durer des heures, Brut a dû investir : « J’ai deux batteries externes qui me permettent généralement de tenir toute la journée. »
Rémy Buisine ne lâcherait son téléphone pour rien au monde. Il a encore de beaux directs devant lui. Dans dix ans, il espère travailler toujours sur des formats journalistiques novateurs. « En 2007 on ne savait pas qu’il y aurait le livestream aujourd’hui. C’est dur de se projeter et d’imaginer ce qui existera dans une dizaine d’années. »

Laura Bannier et Lucie Martin

50 ans de journalisme : quels changements ?

Sur le papier, sur les ondes ou sur le petit écran… En quatre décennies, de nouvelles technologies sont arrivées dans nos habitations et ont changé les méthodes de travail des journalistes. D’anciennes techniques ont été abandonnées pour laisser place à des outils toujours plus performants. Et des bouleversements économiques et institutionnels ont, parfois, perturbé les rédactions. Ces évolutions ont été choisies et classées de manière non-exhaustive.

[ENQUÊTE] Radio Numérique Terrestre (RNT), je t’aime, moi non plus

Et si nous laissions de côté la bonne vieille bande FM ? À l’heure du tout numérique, seule la radio semble résister. Pourtant, la volonté est digitaliser également ce support. Le CSA parle du meilleur, d’autres évoquent le pire.

La Radio Numérique Terrestre est un vaste projet de modernisation du réseau radiophonique, qui depuis des années peine à voir le jour. Photo : Hugo Noirtault

Depuis le début des années 2010, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) songe très fortement à basculer sur la radio numérique terrestre (RNT), une sorte de TNT mais pour les transistors. L’objectif est de ne plus émettre par des ondes, mais par des fréquences binaires, comprises par des ordinateurs. Tel que présentée par le CSA, la RNT est pleine d’avantages : meilleure qualité, plus de choix de stations… Mais cela suppose de rééquiper tous les foyers et toutes les voitures avec des équipements adaptés. Des investissements contraignants mais nécessaires selon le CSA, soutenu par Radio France, mais inutile selon les groupes privés. Pour Europe 1, NRJ, RMC ou encore RTL, l’avenir se trouve plutôt dans la webradio. Et ce refus des grandes radios nationales risque bien de compromettre le passage à la RNT.

« Les équipements FM sont vieux »

Pour découvrir la radio numérique, direction Oslo. Connue pour sa neige, ses élans et son étrange alphabet, la Norvège s’est aussi faite remarquer en début d’année grâce à son DAB (Digital Audio Broadcasting), la version anglaise de la RNT. Depuis le 11 janvier, le pays scandinave est le premier à avoir débranché sa bande FM. Mais la décision de passer au DAB n’est pas nouvelle. Dès 1995, la NRK (la radio-télévision publique norvégienne) lançait sa première station totalement numérique. “La décision de passer au DAB a été prise en 2011, explique Øyvind Vasaasen, responsable du projet DAB à la NRK. Nous allons couper la bande FM région par région, pour qu’elle disparaisse d’ici la fin de l’année.”  Dans le grand nord, cette transition a des avantages pratiques et économiques. “Les équipements FM sont vieux. Et les réparer coûterait plus cher que de passer au numérique, poursuit Øyvind Vasaasen. Le but est bien sûr de ne pas perdre d’auditeurs, mais nous considérons que le DAB est nécessaire pour moderniser la radio. La question n’était pas de savoir si nous allions le faire ou non, mais de savoir quand.”

Plus près de chez nous, la Suisse devrait être le prochain pays à effectuer le digital switch over (basculement de la FM au DAB). Mais la France, elle, est à la traîne et est encore loin d’effectuer cette transition.

La mutinerie des radios privées contre le capitaine CSA

Ce retard à l’allumage, les grands groupes privés en sont en grande partie responsables. RMC, Europe 1, RTL ou encore NRJ ne croient pas en l’avenir de la RNT. “[Nous] sommes convaincus que l’avenir de la radio numérique se fera via les réseaux IP”, ont-ils expliqué lesdits groupes privés devant le CSA fin mai 2012. Selon eux, la principale raison est “l’absence de modèle économique viable pour la RNT”. Un investissement trop cher pour ces radios, par rapport aux webradios, gratuites. Les radios privées misent d’ailleurs tout sur le web. Le groupe NRJ héberge près de 200 webradios, pour toucher tous les publics. De NRJ R’N’B à NRJ Reggae, en passant par NRJ fitness, il y en a pour tous les goûts. Si les radios font tout pour être écoutées, les faire parler est plus compliqué. Sollicitées par nos soins, toutes ont fait la sourde oreille.

« La RNT n’est pas une alternative à la FM »

Mais malgré ces réticences, le CSA compte forcer la main. Après des essais à Paris, Marseille et Nice, le conseil supérieur de l’audiovisuel souhaite une couverture totale du territoire d’ici 2023. Un défi compliqué quand on sait que seul 20% du pays possède la RNT aujourd’hui. “Mais la FM ne s’est pas construite d’un coup non plus”, expliquait Patrice Gélinet à Télérama en décembre 2016. Pour l’ancien membre du CSA,“il faut accepter la lenteur de ce processus. La RNT n’est pas une alternative à la FM. Une des erreurs du CSA dans le passé a sans doute été de considérer qu’il fallait l’imposer comme telle.” Aujourd’hui, une des clés du renouveau de la RNT en France est la récente adhésion du groupe Radio France au projet. Ainsi, sous l’influence de la ministre de la Culture Audrey Azoulay, trois stations du groupe sont passées sur la RNT : Mouv’, Fip et RFI. “Un départ, un signe” pour Patrice Gélinet. Mais des débuts timides pour le service public, qui a encore cinq stations sur la bande FM. Les transitions de France Inter, France Culture ou encore France Musique ne sont pas prévues faute de moyens.

Pour l’heure, seul six acteurs français sont membres de la WorldDAB, l’institution qui gère la transition vers la radio digitale dans le monde. Parmi les tricolores, France Médias monde (Rfi, France24) et Radio France, mais aussi les diffuseurs d’audiovisuel TDF et Digidia, ainsi que les entreprises spécialistes de l’électronique automobile Parrot Automotive et Clarion. Car la voiture est l‘un des principaux enjeux de la RNT. Un enjeu qui fait d’ailleurs peur aux Norvégiens. “Notre principal défi ce sont les véhicules. Tout le monde écoute la radio au volant. Aujourd’hui, seules trois voitures sur dix sont équipées pour la radio numérique en Norvège.” Passer au numérique nécessite un ré-équipement important de son véhicule. Une démarche qui coûte environ une centaine d’euros chez un garagiste.


Infographie de popoutmag.com, basée sur une étude Edison Reasearch

La RNT pour se différencier

Outre Radio France, d’autres groupes, moins connus mais pas moins écoutés, font le pari de la RNT pour se démarquer. Parmi eux, le groupement Les indés radio. Fondées en 1992, ces 132 stations locales (Alouette, Totem, Tendance Ouest…) représentaient la meilleure part d’audience en France en janvier 2017 (15,7% selon Médiamétrie), loin devant RTL (12,7%) ou encore le groupe NRJ (10,7%). Des résultats obtenus sur la bande FM. Mais le groupe mise aussi sur le numérique pour devancer les groupes privés.

Malgré les efforts, la RNT semble aujourd’hui au point mort. Quant la quasi-totalité des Français connait et utilise la télévision numérique terrestre (TNT), 75 % d’entre eux n’ont même jamais entendu parler de son équivalent radiophonique. Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre de récepteurs RNT atteigne à peine les 400 000 en France.

Maxime Taldir et Hugo Noirtault

[DÉCRYPTAGE]
La fin du papier : c’est grave, docteur ?

Redoutée par certains, inévitable pour tous, la mort annoncée de la presse papier ne laisse personne indifférent. Pour pérenniser un modèle économique devenu défaillant, les titres de presse se tournent logiquement vers le numérique. Un choix qui permet aux leaders digital des médias français de maintenir, voire d’augmenter leur lectorat.

La roue serait-elle en train de tourner pour les rotatives ? Photo : Gabriella Paolini

Trois fois moins de quotidiens, deux fois moins de tirages. C’est le bilan de la presse papier depuis 1945 en France. A cette allure, la mort des journaux paraît inévitable. Pis, elle est prévue dans notre pays pour l’an 2029, comme l’imagine une carte réalisée par Futur Exploration Network en 2011. Cette prédiction est aujourd’hui corroborée par une étude publiée en décembre 2016. Menée par le groupe Nielsen spécialisé dans la mesure d’audience de télévision, de radio et de presse écrite, elle prévoit la mort progressive des rotatives, partiellement liée au vieillissement du lectorat. En effet, 51 % des lecteurs qui lisent exclusivement de la presse print ont 50 ans ou plus. Ils font parti de la génération des baby-boomers, nés entre 1940 et 1960. Lorsque cette génération disparaîtra, c’est donc la moitié des lecteurs actuels de la presse écrite qui s’en ira avec elle.

A l’inverse, selon cette même étude les deux tiers des consommateurs de presse numérique ont moins de 50 ans. Et aujourd’hui les médias prennent à degré variable le virage du digital. L’année dernière, certains journaux ont connu une hausse de 47 % de leurs ventes numériques selon l’ACPM (alliance pour les chiffres de la presse et des médias). Ces chiffres ont même permis à certains titres comme L’Équipe, Le Monde ou Les Échos de se maintenir, si ce n’est même de gagner des lecteurs par rapport à 2015. L’équilibre des médias s’inverse. Aujourd’hui, le but est d’attirer sur le contenu digital les lecteurs qui délaissent la presse print. En somme, peu importe le support tant que les titres gardent leur lectorat.

Le journal de référence Le Monde propose aujourd’hui des offres d’abonnements diversifiées. La formule “intégrale” contient à la fois le format papier et le format numérique. Mais il propose également une formule “tout numérique” pour un accès à l’information “partout, tout le temps”. Les magazines même s’ils sont traditionnellement affiliés au print proposent, de plus en plus, des abonnements 100 % digital. C’est notamment le cas de Society. Ce changement de cap est l’une des solutions apportées pour faire face à la crise. Surtout, elle est l’émanation d’une volonté de modifier un modèle économique pérenne, qui a déjà fait ses preuves.

D’autres ont tout de suite fait le choix du tout numérique comme Mediapart, créé en 2008, mais il apparaît comme un ovni dans le paysage médiatique tant sont rares les médias qui sont parvenus à s’imposer sur ce modèle. Mediapart se distingue grâce son contenu, sa ligne éditoriale et la qualité de ses informations. Le journal compte à son actif l’affaire Cahuzac, l’affaire Woert-Bettencourt ou encore le dossier Takieddine.

Cette transition numérique et la fin annoncé du papier a en outre bouleversé l’organisation des rédactions. Avant l’avènement d’Internet les journalistes rendaient leurs articles en fin de journée, voire en soirée. Les rotatives se chargeaient du reste. Mais aujourd’hui, les habitudes changent : des rédactions web ont été créés et la plupart des papiers, même ceux écrits par des journalistes traditionnellement affectés au print, sont publiés sur le web dès qu’ils sont écrits. Objectif : donner de l’information de qualité tout le temps, toute la journée, à ses lecteurs et abonnés. Qu’ils soient internautes, mobinautes ou lecteurs.

Corentin Dionet et Naïla Derroisné

Pour aller plus loin :

[INTERVIEW] À Nantes, on fait « du journalisme de solution »

[ENQUÊTE] Robots : amis ou ennemis ?

Depuis quelques années, les robots-journalistes s’immiscent dans les rédactions. Et commencent à inquiéter la profession. Peut-être à tort. 

Dans la presse française, Le Monde a ouvert le bal en 2015. En collaboration avec la société Syllabs, 36 000 articles ont été générés automatiquement. Claude de Loupy, de Syllabs, précise : « Notre objectif n’est pas de remplacer les humains. » Photo : Martin Esposito


 

N’imaginez-pas un humanoïde qui tape sur son clavier. En réalité, le robot-journaliste s’apparente plus à un algorithme qui transforme différentes données en articles. L’expression laisse imaginer une forme d’intelligence artificielle, et donc une capacité à la prise de décision. Le robot-journaliste est, certes moins sociable, mais tout aussi performant.

Ces robots, ou plutôt ces algorithmes, ne sont pas que pure fiction. Ils existent déjà. Aux Etats-Unis, Forbes, le Los Angeles Times, ou encore Associated Press ont déjà eu recours au système. Leur utilisation reste, pour le moment, limitée à des dépêches ou des résultats sportifs, voire à des biographies. À la lecture de ces articles, difficile de dire si l’auteur est un journaliste ou un robot. 

 

Une percée au Monde

La forme des papiers est plutôt basique, mais l’écriture, elle, tend à se complexifier. « Certains robots ont déjà des dispositifs qui leur permettent d’angler et de s’adapter dans les choix du vocabulaire en fonction du lectorat », explique la journaliste Laurence Dierickx, spécialiste des questions liées à la génération automatique de textes. 

La France n’est pas en reste. Lors des dernières élections départementales de 2015, la société Syllabs a conçu un robot pour le site internet du Monde. L’objectif ? Se démarquer de la concurence en donnant les résultats sous forme d’articles pour chaque canton. En tout, 36 000 papiers ont été publiés par ce biais. Créée en 2006, Syllabs a été l’une des première en France à s’attaquer au marché du robot-journalisme. Avec sa solution nommée « data2contents », elle propose de transformer des données en texte. « Nous ne faisons pas du journalisme, tient à rappeler Claude de Loupy, cofondateur de l’entreprise. Nous produisons juste de l’information sous la forme de texte. Notre objectif n’est pas de remplacer les humains. » Un leitmotiv que matraquent les entreprises spécialisées en programmation. Le robot-journaliste n’est pas présenté comme un concurrent mais plutôt comme un allié du rédacteur. Pour Laurence Dierickx, « il est nécessaire que les journalistes s’approprient ces nouveaux outils qui doivent les aider dans leur travail. Nous sommes dans une dynamique dans laquelle les journalistes ont de plus en plus de données à traiter. Et dans ces données, il y a de l’information qui est intéressante ».

Aider, un autre maître-mot qui a poussé Benoît Raphaël à créer Flint, une newsletter innovante. Derrière cette lettre d’informations, on retrouve un robot. Il sélectionne des articles qu’il définit lui-même de qualité, et qu’il juge susceptibles d’intéresser son lecteur. Pour cela, il s’appuie notamment sur « l’intelligence collective » de Twitter.

Les robots-journalistes arrivent à retranscrire des émotions dans leurs articles. Photo : Arthur Garanta


 

À partir du réseau social, il analyse comment sont partagés les articles. « Dans la masse de contenus qui est produite et publiée chaque jour, il y a énormément de choses. Seul un robot est capable de faire émerger le contenu qui saura nous intéresser », explique Benoît Raphaël. 

La technologie utilisée va au-delà de l’algorithme. C’est ce que l’on appelle du « machine learning ». Une expression un peu barbare pour qualifier l’apprentissage automatique d’un robot. En effet, il peut avoir la capacité de s’enrichir au fur et à mesure. Une forme d’intelligence artificielle qui, dans un futur proche, serait capable d’analyser et de rédiger de manière autonome des sujets sans que la différence puisse se voir à l’écrit. « Par exemple, ils vont lire toutes les critiques culinaires auxquelles ils ont accès. Ils vont ensuite s’inspirer du style des journalistes humains pour écrire leur propre critique », note Jean-Hugues Roy, professeur à l’école de médias à Montréal. De quoi remplacer certains journalistes ?

 

Les mains dans le code

Dans un secteur qui peine à trouver son modèle économique à l’ère du numérique, l’inquiétude autour de l’emploi est légitime face à ces nouveaux concurrents. « Il y aura sans doute un impact, mais pas à très grande échelle. Nous avons besoin de l’humain. Il y a des choses qu’un logiciel ne peut pas faire. Est-ce qu’il peut donner une opinion ? Est-ce qu’il peut être créatif ? Il y a aussi un rapport humain entre le journaliste et ses sources », nuance Laurence Dierickx.

Ainsi les machines, comme les journalistes, ont encore besoin d’adaptation. Ces derniers vont, en effet, devoir apprendre de nouvelles compétences. Pour Jean-Hugues Roy, c’est dans l’air du temps. « Il ne sera pas nécessaire que tous les journalistes sachent programmer mais il faudra au  moins qu’ils aient quelques notions. Les algorithmes tendent à devenir des sièges de pouvoirs. Il faut que les rédacteurs puissent leur demander des comptes de la même manière qu’un journaliste demande des comptes aux élus, aux entreprises. »

Développer des robots-journalistes et travailler avec, tend aujourd’hui à prendre de l’importance. Programmer, coder ou éditer seront des compétences bientôt indispensables dans les différentes rédactions. Plus qu’un ennemi, le robot pourrait bien permettre aux journalistes d’approfondir leur compétences. Ils programmeront peut-être bientôt les robots, pour écrire les articles de demain.

 

Sauriez-vous reconnaître la plume d’un robot ? 

Comment écrivent les robots-journalistes ? Nous avons sélectionné deux exemples d’articles :

Une biographie de Marvin Lee Minsky, sur le site wired. com (traduit de l’anglais) : « Marvin Lee Minsky, 88 ans, est décédé 24 janvier 2016 à Boston, dans le Massachusset, d’une hémorragie cérébrale. […] Marvin Minsky était connu pour sa contribution dans le domaine de l’intelligence artificielle. […] On retiendra de lui la création du MIT Computer Science et du laboratoire d’intelligence artificielle en 1959. Minsky était marié à Gloria Minsky et avait trois enfants. […] »

Un compte-rendu de la finale de Roland Garros Djokovic-Murray en 2015, par la société Yseop : « Malgré la perte du premier set, Djokovic a remporté le tournoi de Roland Garros en battant Murray (3-6, 6-1, 6-2 et 6-4). Le faible pourcentage de premières balles (42 %) de l’Écossais ne l’a pas empêché de gagner le premier set en seulement 32 minutes de jeu. Encore moins performant dans ses premières balles lors de la deuxième manche, l’Écossais s’est fait logiquement breaker à deux reprises et a concédé le deuxième set 6-1. Il est à noter que Djokovic a réussi 6 aces dans cette manche, et que ses vingt-cinq coups gagnants lui ont permis de renverser le cours du match. »

Théo Caubel et Mary Sohier

[INTERVIEW] Roger Motte : « On ne pourra plus se passer des drones »

Roger Motte est à la tête du pôle drone innovation de France TV. Un pôle encore en gestation qui servira les JT et les magazines de France 2 et France 3. Il nous éclaire sur la question des drones dans la profession. 

Roger Motte fait partie du pôle de réflexion sur les drones à France TV. Photo: D.R

Qu’est-ce que les drones apportent au journalisme ?

Le drone est un nouvel outil pour le journalisme, à l’instar des nouveaux outils apparus ces dernières années comme les grands capteurs sur les boîtiers reflex ou autres OSMO. Le drone ouvre un nouveau point de vue, offre une impression de première fois. Il permet des plans descriptifs ou de situations uniques. Il est également beaucoup plus économique que tout autre moyen aérien pour la prise de vue aérienne comme les hélicoptères, les avions ou encore les ballons.

Quelles sont les limites, les contraintes d’utilisation des drones ?

Les contraintes sont principalement liées à la réglementation, même si elle devient plus simple pour les professionnels. Deux scénarios concernent notre profession : les vols en zone non peuplée et les vols en zone peuplée par des humains ou animaux. Pour faire voler un drone en zone peuplée, il est obligatoire d’avoir une autorisation préfectorale. Il y a aussi des contraintes liées à la météo. Il est impossible de voler par très grand vent ou sous une pluie très forte. Des limites aériennes sont aussi à respecter. Il y a des zones interdites dans l’espace aérien français, tels que les aéroports, les zones de parachutages, d’ULM, de couloirs militaires de basses altitudes etc. En ce qui concerne la technologie, la durée de vol est limitée de 15 à 20 minutes. Pour la prise de vue, les seules limites sont celles du niveau et de la qualité de pilotage, donc du pilote.

Que pensez-vous de cet outil ? Comment va-t-il évoluer ?

C’est un outil fantastique qui ouvre de nouvelles perspectives. On ne pourra plus se passer des drones en mag et en documentaire. Il évolue très rapidement. On note de nouvelles assistances électroniques, de nouvelles fiabilités et des batteries supérieures qui permettent des temps de vols plus long. Il ne faut cependant jamais oublier que le drone est une machine volante qui peut donc être potentiellement dangereuse. Il faut donc de vrais professionnels avec les bonnes formations. Être conscients que ce n’est pas un outil comme un autre. Nous sommes ici, et avant tout, dans le domaine aérien public qui concerne tout le monde. Le ciel au-dessus de son propre jardin ne nous appartient pas. Il y a, de plus, toutes les questions liées à la vie privée et aux autorisations des particuliers en zone non peuplée.

Propos recueillis (par mail) par Philippine David et Yleanna Robert

Pour aller plus loin :

[DÉCRYPTAGE] Demain tous pilotes de drones ? Pas si sûr

[INTERVIEW] Sandy Montañola, responsable du DUT de Lannion : « Comprendre les évolutions techniques pour garder la main »

Sandy Montañola est responsable du DUT journalisme de Lannion. Selon elle, il faut que les étudiants apprennent à collaborer avec les techniciens pour ne pas se laisser dépasser par la technologie.

Dans un contexte où le métier de journaliste est en constante évolution, comment former les étudiants tout en sachant que les outils actuels risquent de devenir obsolètes ?
On essaye d’expliquer aux étudiants que leur métier évolue constamment. On leur apprend à être en veille sur les nouveaux outils qui apparaissent, utilisés par des médias, et à réfléchir également sur une approche critique. Tout ça pour dire que le journalisme ne dépend pas que de la technique et qu’il y a quand même des fondamentaux à apprendre, peu importe les évolutions technologiques.

Votre but est de rendre les étudiants autonomes. Comment cela se manifeste-t-il dans vos programmes ?
On a eu une adaptation progressive de nos programmes. Par exemple, on avait des cours de recherche d’outil et d’information et ont les a adaptés au web, comme le travail de veille. On leur apprend aussi à dialoguer avec des professions techniques comme des développeurs, graphistes. C’est une des façons de s’adapter aux évolutions.

Avec la multiplication des nouveautés, comment différencier l’indispensable du gadget ?
C’est relatif, à toutes les époques on dit qu’il y a une révolution. On a eu ces mêmes discours avec l’arrivée de la TV ou d’internet. Au niveau des outils, oui il y a pleins d’outils sur internet. Donc on essaye de leur apprendre, dans une perspective critique, à aller chercher les outils qui sont adaptés pour l’évolution de leur métier à eux, ou du genre journalistique concerné. Pour nous, l’essentiel c’est que les journalistes gardent la main. Dans un contexte où de nouvelles professions apparaissent (développeur, graphiste), il faut que les étudiants arrivent à collaborer avec eux pour comprendre les technologies et ne pas en être victime. Et idéalement qu’ils puissent adapter l’outil à leurs besoins. Notre école propose une formation de deux ans et ce serait une illusion de se dire qu’on va apprendre aux journalistes à être développeur. Mais ils doivent avoir des notions pour répondre aux attentes de leur futurs employeurs.

Est-ce vous que anticipez, ou vous vous adaptez aux médias ?
Je pense que les écoles ont une grande marche de manœuvre car il n’y a pas la pression du modèle économique. Quand on a commencé à faire du web documentaire, ce n’était pas encore très développé dans les médias. Car à l’époque, ils se posaient la question du modèle économique. Le web documentaire fait partie des choses qu’on a pu anticiper car justement c’est le lieu pour. Certains membres de l’équipe pédagogique sont allés à des rencontres sur le journalisme avec l’iPhone. Le but n’est pas d’arrêter de filmer avec les caméras mais d’essayer de s’adapter et de voir les contraintes de ce nouveau format. Autant les professeurs que les étudiants font des recherches sur les nouveaux outils.

Comment devrait évoluer le journalisme dans dix ans ?
Pour moi, l’enjeu est de continuer à former des étudiants qui réussissent à avoir suffisamment de culture médiatique discursives pour garder cette identité de journaliste. Quant à la technique, si elle aide l’éditorial, c’est intéressant. Finalement, l’enjeu est de réussir à collaborer avec plusieurs professions qui élaborent les outils de demain pour qu’ils nous soient utiles, tout en gardant une liberté éditoriale.

Propos recueillis par Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs

[INTERVIEW] Gaëtan Després : « L’éducation aux médias, c’est une autre façon d’apprendre »

Professeur des écoles à Bourgeuil en Indre-et-Loire, Gaëtan Després a créé il y a dix ans le projet des élèves reporters avec ses CE2. D’abord, pour écrire des articles sur la vie de la classe et les publier sur le site de l’école. Puis sur les événements extra-scolaires des désormais petits reporters. Ces élèves de primaires ont décidé en 2014 de proposer à d’autres jeunes, en France et dans le monde, d’écrire sur leur blog. Chaque article écrit est corrigé et commenté par un étudiant en journalisme de l’EPJT. Enfin, le projet s’est ouvert aux jeunes jusqu’à 18 ans l’an dernier et change de nom : les jeunes reporters. L’occasion de revenir sur un projet d’éducation aux médias précurseur, qui évolue sans cesse.

Gaëtan Després, directeur de la publication des jeunes reporters 8/13 ans, accompagné à gauche de Fabienne Sourdeau, directrice de la publication des 13/18 ans et à droite de Sarah Bertrand, administratrice du blog 8/13 ans. Pour compléter l’équipe, Raphaël Hamza, administrateur du blog 13/18, absent sur la photo puisqu’en reportage à Barcelone avec ses élèves. Photo : Marcellin Robine

Vous êtes impliqué dans les jeunes reporters depuis le début, d’abord pour souder une classe mais aussi pour faire de l’éducation aux médias. Était-ce une thématique déjà présente dans vos enseignements ?

Je crois que je participe à la semaine des médias du CLEMI depuis sa création. Donc, oui, c’est important pour moi. L’éducation aux médias, c’est une autre façon d’apprendre, c’est le meilleur moyen de découvrir et de voir l’information. Aujourd’hui, le projet est sorti de la classe. Mais ce sont les élèves qui l’ont décidé. Ce sont eux qui ont pris toutes les décisions depuis 10 ans. Et d’autres classes ont intégré ce projet dans leurs cours.

Le partenariat avec l’EPJT vous a permis de faire du français avec vos articles et fait travailler des classes, plus uniquement sur le blog maintenant.

Oui, aujourd’hui, à la Maison familiale rurale (MFR) de Bourgeuil, une classe de 4e et une autre de 3e ont choisi d’intégrer le projet jeunes reporters dans leur Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Avant une sortie à l’extérieur de leur MFR, les élèves écrivent des questions, se renseignent. Ils savent qu’ils vont ensuite écrire un article. C’est une manière d’aborder de nombreux sujets et de mieux capter l’attention. Les corrections passent mieux que lors d’un cours de français classique.

Interviewer et rencontrer des personnalités du spectacle, de la politique ou du journalisme, c’est aussi motivant pour les enfants.

Ils travaillent beaucoup leurs articles : lorsque deux élèves ont interrogé Kendji, elles avaient travaillé deux semaines sur leurs questions. Pareil pour Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur, lors du Congrès national des Pompiers en septembre 2016 à Tours. C’est intéressant pour eux de poser des questions qui les intéressent réellement.

Pensez-vous que les contenus journalistiques destinés aux enfants sont suffisants, notamment à la télévision ?

Ces dernières années, on voit une amélioration dans les journaux télévisés, il y a des pictogrammes qui sont apparus. Les jeunes reporters  ont une vision à eux de l’actualité qui est intéressante. Je verrais bien une émission d’info présentée par des enfants. Je sens qu’il y a une demande mais on avance doucement. On est dans la bonne voie.

Quel est votre plus grande fierté avec ce projet jeunes reporters ?

Les larmes de joie des parents lorsqu’ils voient leurs enfants se dépasser pour poser des questions. Ça n’est pas toujours facile pour les enfants d’aller faire des interviews. L’objectif n’est pas de former des journalistes mais des citoyens capables de s’informer. Un jour, un élève m’a dit qu’il voulait devenir maître. Le projet était donc réussi.

Propos recueillis par Marcellin Robine

Pour aller plus loin :

[ENQUÊTE] Les enfants, les grands oubliés des JT

[INTERVIEW] Nicole Gauthier, directrice du CUEJ : les étudiants doivent « développer leur faculté d’adaptation »

Nicole Gauthier est directrice du Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) à Strasbourg. Pour elle, le rôle des écoles, aujourd’hui comme dans dix ans, est de former des journalistes autonomes et attentifs aux innovations.

Dans un contexte où le métier de journaliste est en constante évolution, comment former les étudiants tout en sachant que les outils technologiques actuels risquent de devenir obsolètes rapidement ?

Nous leur apprenons à se servir des outils mainstream du moment. Mais surtout nous les sensibilisons à la veille permanente et continue, et au fait qu’un outil d’aujourd’hui ne sera pas celui de demain. Ce sont les seuls à pouvoir se construire une attention à ces mutations ; une attention qu’ils devront poursuivre après leur formation. Car ils le savent : on ne peut pas apprendre quelque chose à l’école et le faire fructifier pendant des années. Ça ce n’est plus possible, aujourd’hui. Bien sûr, il y a toujours des fondamentaux qui constituent le socle de l’information, mais tout le monde doit développer une faculté d’adaptation à ces mutations : les écoles, les médias, les journalistes y compris les étudiants.

L’enjeu des écoles est donc de pousser les étudiants à être autonomes dans la recherche de nouveaux outils ?

Oui. Un exemple : les logiciels de data. Souvent nos étudiants nous demandent pourquoi nous ne leur donnons pas un catalogue de ces logiciels. Je trouve que ça ne sert à rien. Dans trois ou six mois, l’outil qu’on leur aura présenté aura soit disparu, soit été vendu, soit sera devenu payant… Nous pouvons leur indiquer des pistes, mais il y a une partie de la recherche que nous ne pouvons pas faire à la place des étudiants, et heureusement. Car ça fait partie de la construction de l’univers professionnel que chacun doit être en mesure de faire.

Avec la multiplication des nouveautés, comment différencier l’indispensable du gadget ?

Aujourd’hui, il y a un certain nombre d’études sur les pratiques de l’information, sur l’ordinateur, la tablette ou encore le smartphone. On peut en observer l’évolution sur plusieurs années, que cela soit du point de vue du consommateur ou des entreprises. D’ailleurs, quand nous échangeons avec les entreprises, nous voyons comment elles utilisent le smartphone non pas comme outil commercial ou de consommation, mais comme outil journalistique : pour poster des vidéos sur le site, créer des alertes… On a des repères en termes d’usage professionnel. Mais selon moi, ce n’est pas si grave qu’on utilise un outil destiné à disparaître dans trois mois. L’important c’est pourquoi on a choisi cet outil en particulier. En quoi est-ce pertinent de l’utiliser à un certain moment ou un autre ? Que permet-il de faire, quel type de phase d’apprentissage permet-il de combler ? Et finalement, est-ce qu’il a rendu de bon et loyaux services ?

Vous êtes plutôt dans l’anticipation ou vous vous en tenez aux outils déjà instaurés ?

Les deux. Par exemple, on utilise In design parce qu’il est installé dans la profession, et accessoirement qu’il a fait ses preuves. Mais on travaille aussi sur la construction de médias interactifs avec des étudiants de l’IUT d’Haguenau, formés aux métiers du multimédia et de l’internet. On coproduit avec eux, et on invente des choses qui n’existent pas. Rien de révolutionnaire, mais c’est l’occasion de réfléchir en même temps au fond et à la forme du journalisme en associant nos étudiants à des graphistes ou à des développeurs. Donc il y a deux types de réponses. Et je défends les deux : qu’on puisse utiliser les logiciels professionnels qui sont encore très répandus au sein des médias et qu’on puisse par ailleurs, pour d’autres productions et une autre offre éditoriale, être dans une démarche d’innovation et de faire des choses à nous, si je puis dire.

Le journalisme dans dix ans s’appuie plutôt sur le fond ou la forme ?

Les formes de narration ou le fond, elles évoluent et se multiplient. Après dans dix ans, je n’en sais rien. On a déjà du mal à savoir pour l’année prochaine… Il y a à la fois des choses extrêmement pérennes comme l’investigation et il y a des choses qui évoluent beaucoup. Il y a des nouveaux outils, des nouveaux modes de consommation de lecture, des nouveaux formats, la rapidité de la circulation de l’information… Mais on est aussi sur un mélange, avec des éléments durables et d’autres en pleine mutation et qui sont pour certains assez fantastiques.

Propos recueillis par Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs

[DÉCRYPTAGE] Journalistes réseaux sociaux chez France Info : mi-actu, mi-Twitter

Les journalistes community manager sont de plus en plus présent dans les rédactions. Photo : Martin Esposito

Ils sont de plus en plus présents au sein des rédactions. Les journalistes community manage  alimentent les réseaux sociaux des différentes journaux. Au sein de la chaîne France Info, ce métier a pris une place importante.

Un éclair blanc dans un cercle rouge estampillé du logo France info apparaît dans votre timeline twitter. Intrigué vous cliquez. #Troadec Les recherches pour trouver les corps de la famille ont repris en présence du suspect dans sa ferme du Finistère (procureur). Tous ces tweets et posts, qu’ils soient humoristiques, informatifs ou encore une réponse à une question d’un internaute, ils sont le fruit d’un nouveau type de journaliste. Le journaliste réseaux sociaux.

Mais qu’est-ce qu’un journaliste réseaux sociaux ? Ce nouveau métier est un dérivé du community manager. Et qu’est-ce qu’un community manager ? Si on s’en tient à la définition du dictionnaire, son rôle est de fédérer et animer des communautés d’internaute pour le compte d’une entreprise, d’une marque etc. Dans le but d’attirer de nouveaux clients. En somme de la communication.

« Nous préférons l’appellation journaliste réseaux sociaux, précise Jullian Colling qui travaille chez France info. Nous sommes avant tout journaliste. » Yann Schreiber est également journaliste réseaux sociaux pour la chaîne d’information du service public. « C’est une conception différente du métier de journaliste. Nous nous appuyons sur les productions de France info. Nous essayons de trouver un angle ou une accroche qui s’adapte sur les réseaux sociaux avec des sons, ou des vidéos utilisé pour un reportage qui a été diffusé. » Désormais incontournable dans le milieu de l’information, les réseaux sociaux sont une source de trafic capitale pour les médias. Chez France info, on a tenu à mobiliser le plus de moyens possibles sur les réseaux. « Nous sommes une équipe de quatre journaliste, explique Yann Schreiber. Moi par exemple je fais beaucoup de desk, mais nous avons des équipes qui font régulièrement des Facebook live par exemple. » Ce métier très récent au sein des rédactions est appelé à se développer. « De plus en plus de rédactions découvrent les différents aspects des réseaux sociaux. »

« Il y a beaucoup de try and fail (rires). Mais le poste de journaliste réseaux sociaux est amené à se développer rapidement. » Avec l’évolution des réseaux sociaux, ce profil de journaliste deviendrait très recherché par les rédactions. De là à être incontournable dans les rédactions ? Yann Schreiber préfère botter en touche. « Si on suit le cours actuel en matière de digitalisation de l’information, alors ces postes sont amenés à se multiplier et à devenir incontournable. Mais peut être que dans dix ans twitter n’existera plus et on pourra parler avec notre frigo, rigole-t-il. Les audiences continueront de se déplacer dans les dix prochaines années en fonction des différentes inventions. Faire des projections sur dix ans me semble très compliqué. » Julian Colling admet que de plus en plus de postes de journalistes réseaux sociaux vont faire leur apparition. Mais comme ces outils « sont le premier vecteur d’information, donc tout le monde mise sur Facebook et Twitter pour faire passer l’information au plus vite. Nous pouvons perdre en fiabilité. Il ne faut pas tout miser dessus et mettre les réseaux sociaux sur un piédestal. Le reportage reste important, au même titre que la presse écrite. »

Bastien Bougeard

[SÉRIE] Le futur de la liberté de la presse (3/5) : Burkina Faso, un modèle africain

On parle souvent des pays où la liberté de la presse recule, mais certains s’améliorent. C’est le cas du Burkina Faso, dont le score au classement RSF est meilleur chaque année.

L’image que l’on se fait de la liberté de la presse en Afrique n’est pas glorieuse. Et ce n’est pas sans raison : lorsque l’on regarde la carte établie selon le classement RSF, il y a beaucoup de rouge et de noir. Ce qui signifie un score très haut, donc une liberté de la presse très mauvaise. Mais certains Etats font figure d’exception. Le Burkina Faso connaît une progression notable en terme de liberté de la presse, et en 2016, avec sa 42e place, il est plus haut au classement que la France (45e). C’est le cas aussi pour la Namibie (17e), le Ghana (26e), du Cap-Vert (32e), de l’Afrique du Sud (39e), et du Botswana (43e). Le Burkina Faso est le premier pays d’Afrique francophone au classement. Depuis deux ans, son score baisse, pourtant ni la situation politique ni les conditions de travail des journalistes ne semblaient a priori favorables à un bon développement de la liberté.

Le paysage politique burkinabé a été chamboulé à la fin de l’année 2014. Le président Blaise Campaoré, à la tête de l’Etat depuis 1987, a été évincé du pouvoir suite à des soulèvements populaires. Un organe de transition est mis en place en 2015, secoué par un Coup d’Etat en septembre, avant un retour à la normale et l’élection d’un nouveau président en décembre. Dans des situations aussi houleuses, il n’est pas rare que la liberté de la presse soit en berne. En l’occurrence c’est l’inverse : dans le classement RSF 2016 pour l’année 2015, le Burkina Faso a gagné 4 places et perdu 1,13 points par rapport à l’année précédente.

Pourtant les médias ont été particulièrement secoués pendant le coup d’Etat de septembre. Des radios ont été empêchées d’émettre, des journalistes menacés de mort ou brutalisés par les putschistes, des rédactions saccagées. En réaction, des radios ont décidé de faire grève. Difficile d’exercer son métier de journaliste dans de telles conditions. Et malgré tout, aucune atteinte notable n’a été portée à la liberté de la presse. La liberté d’expression, qui a toujours été relativement respectée, s’est maintenue. RSF note que le Burkina Faso est l’un des Etats « les plus dynamiques d’Afrique en matière de pluralisme, qu’il s’agisse de la presse écrite ou audiovisuelle ». L’usage des réseaux sociaux est aussi de plus en plus fréquent.

Le gouvernement de transition a entamé une relecture du code de l’information. Parmi les mesures mises en place, on trouve la dépénalisation des délits de presse. Depuis le 4 septembre 2015, un journaliste condamné pour diffamation ne risque plus la prison, mais seulement une amende. Jusqu’ici, tout va bien. Mais en cas de récidive, l’amende devient très lourde, si lourde que les médias se sont plaints de cette mesure. Payer une telle amende pourrait tout simplement entraîner la fin de certains titres, qui n’ont pas autant de moyens. Cette législation ne peut donc être considérée que comme une avancée partielle. Néanmoins elle donne un peu plus de liberté aux journalistes qu’auparavant.

L’Etat a aussi investi davantage de moyens en 2016 en faveur du développement des médias, via le Fond d’appui à la presse privée (FAPP). Il a déboursé 700 millions de Francs CFA (environ un million d’euros) pour soutenir la presse privée. L’accès aux médias se développe également : la TNT a été installée en 2016 pour couvrir 98% du territoire.

Toutes ces améliorations contribuent à améliorer les conditions de travail des journalistes, et le rapport des burkinabés aux médias. Mais tout n’est pas rose pour autant. Les médias ne disposent pas toujours de moyens suffisants, et le matériel peut être difficile à obtenir. Il laisse aussi parfois à désirer. Les journalistes continuent d’être victimes de violences. Et la liberté de la presse est loin d’être totalement assurée. Les médias publics ont été en grève à trois reprises en septembre et octobre 2016. Les employés considèrent le salaire insuffisant, et surtout réclament une plus grande indépendance des médias. Ils dénoncent les instrusions régulières du Ministre de la Communication dans les médias, qui leur passe des coups de fil pour demander le retrait de certaines émissions, ou au contraire tente de les utiliser pour relayer ses informations. Il y a donc encore, pour les journalistes burkinabés, des choses à faire bouger.

Le Burkina Faso reste un modèle qui montre que, même dans des situations complexes, même avec des moyens limités, la liberté de la presse peut être préservée ou améliorée. Une leçon qu’il pourrait être important de retenir pour l’avenir. Le cas du Burkina Faso tord le cou à une idée répandue qui veut que la liberté de la presse soit liée à la démocratie. L’Etat occupe la 102e place sur 167 en terme d’indice de démocratie. Soit beaucoup plus bas que la France. Pourtant la presse du Burkina est plus libre. Rien ne dit que son classement RSF augmentera encore cette année, mais l’Etat a continué à œuvrer en faveur des médias. La situation reste compliquée dans de nombreux pays d’Afrique. Sur le continent on trouve même le plus mauvais élève au monde pour la liberté de la presse, l’Erythrée. Mais il y a aussi des Etats qui progressent, signe que la restriction de la liberté de la presse n’est pas une fatalité.

Cyrielle Jardin

[SÉRIE] Le futur de la liberté de la presse (2/5) : États-Unis, turbulences en approche

Entre ses conférences de presse qui vient au tragicomique et ses invectives en 140 caractères, Donald Trump n’a cessé de décrédibiliser la presse. Si ce début de mandat ultra offensif est de mauvaise augure pour les journalistes à la Maison Blanche, d’autres préoccupations héritées des années Obama devraient surgir. En question : l’accès à l’information et la protection des sources.

Donald Trump s’est engagé dans une guerre aux médias. Photo : Shaun Mullen

 

  • Liste noire et diffamation. La guerre entre Donald Trump et les médias a atteint son summum le vendredi 24 février lorsque plusieurs journalistes de la CNN, du New York Times et de BuzzFeed se sont vu refuser l’accès à la Maison Blanche lors du briefing quotidien. Par solidarité, les journalistes du Time Magazine et de l’agence Associated Press ont boycotté la conférence. Reporters Sans Frontières s’est dit « très préoccupé » par l’attitude du président Trump. L’organisme rappelle également que l’expression « fausse information » est un motif d’emprisonnement récurrent dans certains pays qui figurent dans les bas-fonds du classement RSF. Lors de la campagne présidentielle, Donald Trump avait promis de réformer les lois sur la diffamation et de permettre ainsi d’attaquer en justice les journaux qui mènent des « campagnes de dénigrement ». Un scénario pas impossible, mais difficile à réaliser selon les juristes : il faudrait modifier le premier amendement qui protège la liberté d’expression et renverser une décision de la Cour Suprême de 1964 qui fait jurisprudence en matière de diffamation.

  • Silence médiatique et transparence. Autre inquiétude, le silence médiatique imposé à plusieurs agences gouvernementales dont l’EPA (Agence pour la Protection de l’Environnement). Aux États-Unis, la loi sur la liberté de l’information (FOAI) a été votée en pleine guerre du Vietnam, elle est un gage de transparence. Depuis le 1er mars, le Bureau Fédéral d’Investigation (FBI) n’accepte plus les requêtes par e-mail. Ce dispositif prévu dans la loi pour la liberté d’information permettait à tous les journalistes et à tous les citoyens d’accéder à des dossiers du gouvernement. Ces restrictions n’ont pas tardé à déclencher les foudres de RSF qui déplore cette entrave à la transparence et au droit à l’information.
  • Protection des sources et sécurité nationale. La chasse aux lanceurs d’alertes n’a pas attendu Trump pour être lancée. Selon RSF, aux États-Unis, « la liberté de la presse s’arrête à la porte de la sécurité nationale » et l’administration Obama a sensiblement intensifié la traque aux lanceurs d’alertes. Ces huit dernières années, neuf whistle blowers ont été poursuivis en justice et Trump pourrait bien continuer sur cette lancée. Dernière victime en date : Jeffrey Sterling, cet ancien de la CIA est accusé d’avoir enfreint l’Espionnage Act en révélant des informations gouvernementales au journaliste du New York Times James Risen. Il purge actuellement une peine de trois ans de prison. Aux États-Unis, il n’existe toujours pas de « loi bouclier » garantissant l’anonymat des sources aux journalistes américains.

En 2017, les États-Unis pourraient bien perdre leur 41e place et s’enfoncer dans le classement de RSF.

Colin Mourlevat

[INTERVIEW] Marc
Capelle : « Ne pas trop fantasmer sur la possibilité d’anticiper »

Marc Capelle est l’ancien directeur de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille. Il dirige actuellement l’ESJ PRO médias qui propose des formations continues. Selon lui, les écoles peuvent anticiper les outils de demain. Mais elles doivent surtout se concentrer sur la réalité professionnelle d’aujourd’hui.

Depuis septembre 2015, Marc Capelle dirige l’ESJ PRO médias. Photo : Marc Capelle

Dans un contexte où le métier de journaliste est en constante évolution, comment former les jeunes journalistes tout en sachant que les outils actuels risquent de devenir obsolètes ?
L’ESJ pro est là pour accompagner les rédactions dans leur bascule vers le numérique. Nous ne sommes pas là pour inventer les outils de demain. Si nous organisons des formations pour apprendre à faire un live sur Facebook, c’est parce que c’est un besoin actuel. Les médias doivent développer leur présence sur les réseaux sociaux, et particulièrement la couverture de sujet en live sur Facebook. Il faut apprendre à le faire correctement du point de vue technique mais aussi éditorial. Si dans cinq ans Facebook n’existe plus, il sera remplacé par autre chose. En formation initiale, on peut se dire que notre rôle est de suggérer de nouvelles pratiques, de faire évoluer les médias. C’est moins notre problématique en formation continue. Nous devons d’abord coller à la réalité des besoins de la profession aujourd’hui plutôt que de rêver ce qui va exister dans dix ans.

Avec la multiplication des nouveautés technologiques, comment faire le tri entre l’indispensable et le gadget ?
En formation continue, nous sommes là pour répondre aux demandes et aux besoins de nos clients. En général, ils savent ce qu’ils veulent, donc nous n’avons pas besoin de faire le tri. Cependant, il nous arrive d’envoyer des équipes dans des congrès nationaux ou internationaux pour anticiper sur ce que nous pourrions avoir à faire. Mais nous ne sommes pas non plus un centre de recherches.

Donc vous anticipez ?
Oui, nous avons une petite marge de manoeuvre. Mais il faut être réaliste, dans les écoles de journalisme, et dans les organismes de formation en continue, nous sommes là pour tenir compte de la réalité professionnelle d’aujourd’hui. On ne peut pas se dire dans dix ans ça sera comme ça, donc aujourd’hui on fait comme ça. C’est bien gentil, mais derrière il y a des jeunes diplômés qui doivent trouver un travail, non pas dans dix ans, mais maintenant. Il ne faut pas trop fantasmer sur la possibilité d’anticiper. Je ne dis pas qu’il ne faut pas anticiper mais ça ne doit pas être l’essentiel de l’activité d’une école.

Faut-il former un étudiant à s’adapter aux prochaines évolutions plutôt que de le former à un média en particulier ?
Certes, il y a des spécialisations de fin de cursus, mais les apprentis sont avant tout formés pour s’adapter aux demandes variées. C’est l’esprit global de la formation et aussi l’attente des employeurs. Il ne faut pas faire des outils une obsession. Ce qui est important, à fortiori dans un environnement de plus en plus bouffé par la technique, c’est de se former à être et à rester positionné comme journaliste et non pas comme technicien de l’information. Les outils, on finit toujours par les maitriser et s’y adapter. Aller chercher des informations, lever le nez de son écran, comprendre que c’est sur le terrain que ça se passe… Ça c’est essentiel.

Propos recueillis par Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs

 

 

[ENQUÊTE] Les enfants, les grands oubliés des JT

Ils sont un demi-million à s’installer, chaque soir, devant un journal télévisé. Les enfants entre 4 ans et 10 ans visionnent les mêmes images que les adultes. Alors, pourquoi n’auraient-ils pas leur propre émission ? Nos voisins britanniques et allemands ont leurs JT destinés aux enfants depuis plus de trois décennies. En France, les tentatives sont timides, laborieuses ou de courte durée.

Franck-André Rauschendorf, l’un des présentateurs d’Arte Journal Junior. Photo : Capture d’écran d’Arte

« Salut, je suis heureux de vous retrouver pour ce journal junior ! Soyez les bienvenus », lance Frank-André Rauschendorf. Le présentateur d’Arte Journal Junior prend place sur le plateau. Classique jusqu’ici. Mais derrière lui, les décors des capitales sont remplacés par une mascotte animée. Et tous les reportages lancés par le présentateur ont été écrits spécialement pour des enfants de 8 à 12 ans.

Cette émission est la seule à occuper le créneau des JT destinés aux enfants en France. La grande ligne directrice ? Décrypter et expliquer le monde. En 2014, Jean-François Ebeling, rédacteur en chef d’Arte Journal Junior, se rend en Allemagne pour voir comment travaille la rédaction de Logo!, la référence des journaux pour enfants depuis 1989 : « Je ne savais pas comment m’y prendre. Je faisais essentiellement du news. J’ai surtout retenu une leçon : il ne fallait censurer aucun sujet. »

Lancé en 2014 en hebdomadaire, Arte Journal Junior devient un JT quotidien un an plus tard. Axé sur l’international, le journal propose toujours une formule plus longue et magazine le dimanche. Un portrait d’un enfant étranger sert de fil rouge, comme celui de Marcos Jesus, un enfant andalou dans une école de corrida ou encore Aminata, une jeune Malienne qui ne peut pas aller à l’école, faute d’argent.

« L’audience est très variable, explique Jean-François Ebeling. On passe du simple au double, de 50 000 à 100 000 téléspectateurs. » Une audience faible par rapport à celle des dessins-animés. « On n’est pas TF1 ou France 2. Nous avons du mal à se faire connaître auprès des parents. » La chaîne franco-allemande fait pourtant confiance à l’émission. Récemment, Jean-François Ebeling a pu embaucher un assistant de production. « Ça ne se verra pas directement à l’antenne, mais on va pouvoir développer plus de projets. »

Problème : le journal est diffusé à 7 h 35, et l’horaire sera même avancé à 7 h 10 à partir du 13 mars. Or, selon la psychologue Geneviève Djenati, qui travaille sur les images des scénarios de dessins animés, il faudrait diffuser ces JT destinés aux enfants à l’heure du goûter : « Les écrans occupent trop l’esprit le matin, et l’enfant n’a pas possibilité d’échanger avec des adultes sur ce qu’il a vu alors que le soir si. »

Jean-François Ebeling ne cache pas son désir d’avoir un JT en fin d’après-midi et regrette que ce ne soit pas en son pouvoir. Pour pallier ce problème, la chaîne donne exceptionnellement la priorité au web. Le journal est diffusé la veille, à 18 h sur le site et la chaîne Youtube, avant de passer à la télévision le matin.

Le journal, parce qu’il est également diffusé outre-Rhin, en allemand, fait très peu écho aux préoccupations nationales. C’est un parti-pris compréhensible et cohérent avec la ligne éditoriale forte de la chaîne. Mais en conséquence, les enfants français n’ont pas accès à un JT sur l’actualité de leur pays.

Si l’offre existe en France, elle reste fragile, incomplète, alors qu’ailleurs, elle fonctionne. La BBC diffuse Newsround depuis 1972 et la chaîne publique allemande ZDF a fait de son magazine Logo! une référence depuis sa création en 1989. Rien d’impossible donc d’autant plus que la France a déjà fait l’objet de tentatives.

En 1998, l’idée d’un journal télévisé pour enfants est évoquée lors du Parlement des Enfants. Message reçu pour France Télévisions qui lance en 2000, A toi l’actu@, sur France 3. Présenté par Peggy Olmi, Thomas Sotto puis François Barré, le programme propose un véritable journal d’information quotidien, après l’école. Tous les sujets sont évoqués, des marées noires aux Pokémon, des enfants soldats aux célébrités de l’époque.

Au bout de deux ans, le programme est remplacé par Mon Kanar, produit par 2P2L et présenté par François Pécheux. D’abord en quotidienne, le programme change plusieurs fois d’horaires pour passer en hebdomadaire à la rentrée 2005. Des bouleversements qui ont contribué à l’arrêt du programme quatre mois plus tard. Entre 2005 et 2014, en France, plus aucun programme d’information n’est proposé aux jeunes.

Après la violence des attentats de Charlie Hebdo, on prend alors conscience de l’importance d’adapter l’information pour les enfants. Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation, en visite dans une école fin janvier 2015, s’interrogeait très clairement : « Est-ce qu’il ne faudrait pas un journal télévisé d’actualité pour les enfants ? »

L’appel lancé par la ministre a été entendu par LCI en mars 2015, avec l’hebdomadaire le Petit JT en partenariat avec Mon quotidien. Présenté par Benjamin Cruard, le programme devient bihebdomadaire en 2016 et est diffusé le mercredi et le week-end. Mais la direction a décidé de concentrer ses forces sur l’élection présidentielle. Le Petit JT, en stand-by depuis fin décembre, n’est même pas sûr de revenir à la rentrée 2017. Ce choix montre que, pour le moment, l’information destinée aux enfants n’est pas une priorité dans les rédactions, alors que l’élection présidentielle est un enjeu de taille à leur expliquer.

Pour Benjamin Cruard, l’année électorale n’est pas la seule fautive : « La chaîne n’avait sûrement plus les moyens de mettre en oeuvre l’émission. Pour une économie de chaîne d’information en continu, cela coûte cher. » Pourtant, LCI doit beaucoup au Petit JT. L’émission a aidé la chaîne à plaider son dossier auprès du CSA pour passer sur la TNT gratuite. Il fallait montrer une différence par rapport aux autres chaînes. « Le problème aussi, c’est que les enfants n’ont pas le réflexe d’aller voir ces JT, complète le présentateur du Petit JT. Mais quand ils sont devant, qu’ils prennent l’habitude, ils ne lâchent pas. Le manque de communication fait échouer ces émissions. »

Mémona Hintermann-Affégée, présidente du groupe de travail Audiovisuel et Éducation au Conseil supérieur de l’audiovisuel, souhaite mettre une pression supplémentaire sur les chaînes, publiques et privées. « Il y a une solution : que l’Etat force l’audiovisuel public à faire un journal pour enfants. Pour les chaînes privées, elles exploitent gratuitement des fréquences qui appartiennent à notre pays. Il faut donc exiger des programmes lors des renouvellements de convention. C’est au CSA d’agir. »

Mais que fait le service public ? Mis à part la pastille Un jour Une question et le contenu riche sur la plateforme francetveducation, on ne trouve pas de reportages pour les enfants sur France Télévisions. Amel Cogard, directrice de France TV Education, confie qu’un projet est en réflexion mais pas encore à l’oeuvre : « C’est vrai qu’il n’y a rien à l’antenne. Nous ne savons pas quelle forme ça doit prendre : de l’actualité pure, du magazine, du décryptage, du reportage… Nous vous en dirons plus pendant les Assises du journalisme. »

Marcellin Robine et Léna Soudre

[DÉCRYPTAGE] Jamais sans mon smartphone

2017 célèbre un anniversaire bien particulier : celui du premier iPhone, qui fête ses dix ans. En une décennie, les smartphones se sont imposés comme le nouvel ami de l’homme. Au point que le journalisme ne peut plus passer à côté.

Aujourd’hui, les journalistes de certaines chaînes de télévision produisent leurs sujets avec leur mobile. Photo : Lucie Martin

S’il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher aux grands médias, c’est d’avoir raté le virage du smartphone. En 2010, alors que 17% de la population française dispose d’un « téléphone intelligent », la plupart des journaux nationaux possèdent déjà leur application. Le Figaro, Le Monde, Libération et L’Équipe sont téléchargeables sur son compagnon de poche. Au début simple accès au journal numérisé, les applications ont depuis évolué pour proposer des contenus “smartphone ready”.

 

Quand les journaux s’inspirent des applications

 

Pour le grand public, le smartphone permet d’accéder à l’information partout, sans avoir à allumer son ordinateur. Pour les journalistes, il est un véritable outil de poche : vérifier une dépêche, répondre à un mail, servir d’enregistreur. Aujourd’hui encore, les possibilités multimédias de nos portables sont en constante évolution. Au point qu’en juin 2015, la chaîne genevoise Léman Bleu a produit le premier journal télévisé filmé totalement au smartphone. Aujourd’hui, la chaîne n’utilise plus que des smartphones à l’heure actuelle, preuve du succès de l’initiative. La formule a également été reprise par BFM Paris, lancée le 7 novembre dernier.

Mais le succès des smartphones tient beaucoup aux applications. Ces micrologiciels, très simples à installer, adaptent pour la plupart le contenu des sites web. Mais de plus en plus de contenus exclusifs, pensés pour les mobiles, apparaissent. Après les jeux, les développeurs ont délaissé l’internet classique pour les applications. Par exemple, Periscope, Snapchat, et Tinder sont inaccessibles sur un ordinateur.

Tinder, justement, a inspiré les développeurs du quotidien Le Monde, qui ont repris l’idée de la sélection avec un glissement de doigt pour lancer La Matinale. L’utilisateur choisi du bout de ses doigts les articles qui l’attirent le plus, puis accède à son tri. Et cela fonctionne : selon des chiffres de juin 2016, l’appli comptait plus de 450 000 téléchargements à son actif.

La Matinale a ainsi ouvert une piste : celle de pouvoir copier le concept d’une application à des fins informatives. Techniquement possible et efficace, elle peut permettre de toucher un public jeune qui délaisse la presse, la radio, la télé et même les ordinateurs au profit de leur écran de 5 pouces.

L’été dernier fut marqué par un phénomène de société sur smartphone : Pokémon Go. Le célèbre jeu de carte offrait à chaque utilisateur la possibilité de pouvoir attraper Pikachu, Dracaufeu et autres Roucool via son portable dans un environnement bien familier : la rue. De quoi démontrer que les possibilités sont grandes.

Martin Esposito

Pour aller plus loin :

[DÉCRYPTAGE] Le news snacking, vite et bien

 

[DÉCRYPTAGE] Demain tous pilotes de drones ?
Pas si sûr

L’utilisation des drones, implantés dans les médias depuis plusieurs années, n’est plus si nouvelle. Leur avantage ? Ils apportent des images inédites, différentes de ce qui se fait traditionnellement. Mais leur utilisation se heurte à des contraintes journalistiques : entre réglementation et formation des journalistes, le développement des drones est coupé dans sa lancée. 

L’utilisation du drone dans le monde du journalisme prend son envol depuis quelques années. Photo : Instadrone

Images de catastrophes naturelles, d’événements sportifs tels que le Tour de France ou encore de paysages montagneux : le drone offre une toute nouvelle vision, un nouveau regard, différent de celui d’une caméra ou d’un appareil photo. En France, plusieurs médias ont expérimenté l’utilisation des drones. L’Express est l’un des pionniers. En 2013, le projet « Drone it » a été mis en place et plusieurs groupes de journalistes ont expérimenté l’outil pour le web. L’AFP a elle aussi ouvert une cellule spécialisée dans les drones. Depuis trois ans, elle teste ces engins volants dans plusieurs pays du monde dont la France, le Mexique mais aussi sur le continent asiatique. Comme tout le monde, l’AFP se heurte à des législations trop contraignantes. Les normes ne sont pas les mêmes selon les villes et les pays. Si dans plusieurs régions du monde, les journalistes peuvent faire ce qu’ils souhaitent, ils sont le plus souvent bloqués par des contraintes réglementaires.

Une question de temps

En France, la Direction générale de l’avion civil (DGAC) a signé de nouveaux arrêtés en 2015 concernant les drones. Sauf demande exceptionnelle, la hauteur de vol des drones est limitée au maximum à 150 mètres. Il est strictement interdit de voler et de filmer au-dessus des propriétés privées sans autorisation des personnes concernées. Il faut aussi une autorisation de la préfecture pour effectuer des aménagements de sécurité sur les voies publiques. Des règles qui contraignent les journalistes. « Il y a un problème d’utilisation des drones pour l’actu. À partir du moment où l’événement est imprévisible, on ne peut pas utiliser le drone », regrette le responsable du pôle vidéo/drone de l’AFP, Laurent Kalfala. Notamment car le délai d’autorisation des préfectures est parfois long. Mais il y a eu une avancée quant à l’obligation d’avoir une licence pour piloter les drones. Laurent Kalfala continue : « En France, on travaille avec un drone captif, un drone relié à un câble. Conçu pour le journalisme, il a été développé par l’AFP et une entreprise suisse. Avec cet outil, nous ne sommes pas obligés d’avoir une licence de pilotage. » Édouard Guilhot : « L’usage d’un drone est… par rtl-fr Les règlementations sont accompagnées d’autres problèmes particuliers. « On demande trop de compétences aux journalistes, il leur faut davantage de temps, et les règlementations n’aident pas », explique Benjamin Turquier, ex-responsable du pôle vidéo web à l’Express. Et en effet, les médias sont de plus en plus gourmands. « Il y a une multiplication des outils visuels. Les médias nous demandent de plus en plus si nous sommes capables d’utiliser des gopros (caméras fixée sur le journaliste, ndlr), des DJI osmo (caméras sur tête pivotante, ndlr) mais aussi des drones », souligne Simon Fichet, JRI freelance. Selon lui, l’utilisation ne doit pas être systématique et obligatoire. Il regrette aussi que le fond soit parfois laissé de côté au détriment de la forme. « Aujourd’hui, c’est surtout une compétition à l’image entre les sociétés de production. » Le drone fait-il gagner ou perdre du temps ? Certains soulignent un manque de temps sur le terrain d’autres, au contraire, pensent que les drones en font gagner. Ils sont pratiques pour se rendre sur des lieux inaccessibles, où il est difficile de filmer avec une caméra au sol. L’AFP a, elle, décidé d’accompagner ses journalistes. « On a pris le parti de former un maximum de photographes et de vidéastes pour avoir des personnes à disposition lorsque l’on a besoin de filmer au drone », explique Laurent Kalfala. À l’étranger, au Mexique et en Asie, tous les journalistes sont formés au pilotage de drone conventionnel. Alors, bientôt tous pilote de drones en France ? C’est encore loin d’être gagné.

Philippine David et Yleanna Robert

Pour aller plus loin :

[INTERVIEW] Roger Motte : « On ne pourra plus se passer des drones »

[INTERVIEW] À Nantes,
on fait « du journalisme
de solution »

Les autres possibles, le magazine carto-graphique (1) est un mensuel local nantais. Sa spécificité ? Un modèle économique détonnant et une ligne éditoriale axée sur les initiatives solidaires. C’est autant un projet associatif qu’éditorial puisqu’il a été créé en même temps que l’association Les amis du MAP. Rencontre avec Jeanne La Prairie, cofondatrice du mensuel.

 

Les co-fondatrices du MAP, de gauche à droite : Camille Van Haecke, Jeanne La Prairie et Marie Bertin, ont sorti leur premier mensuel le 1er décembre 2016. Photo : Paul Pascal

En quoi votre modèle est-il innovant ?

Cela peut paraître présomptueux, mais nous essayons de tirer nos revenus seulement de la vente (sans publicité, chaque numéro est vendu 2 euros, ndlr). Nous sommes un magazine de société qui part d’un principe : face à un enjeu, il y a plusieurs réponses. Le but est de faire du « journalisme de solution », et de questionner celles-ci. Concernant la forme, notre magazine se déplie comme une carte, avec au recto nos reportages et au verso, une carte de la ville. Pour chaque numéro, la carte est en rapport avec notre contenu et est confiée à un(e) illustrateur(trice) différente. Cela plaît à nos lecteurs qui peuvent les collectionner.

Qu’est-ce que vous mettez en place pour ne tirer vos revenus que de la vente ?

Nous ne sommes sûres de rien, c’est un test que nous réalisons ! Nous vendons une information impérissable au lecteur, qu’il soit professionnel ou particulier, sur un bel objet. Nous essayons d’entrer dans les réseaux de professionnels pour vendre notre modèle : une information locale, de proximité pour les citoyens. Aujourd’hui, si l’on vend un numéro à 3 500 exemplaires, nous sommes rentables. Nous avons déjà vendu notre premier numéro à 1 200 exemplaires et on continue d’en vendre. Mais cela reste compliqué de stabiliser notre modèle.

Quels objectifs de développement souhaitez-vous atteindre ?

Nous avons des objectifs chiffrés. Nous avons aujourd’hui 70 points de diffusion et nous souhaitons atteindre la barre des 150 avant la fin de l’année. C’est obligatoire si l’on souhaite fidéliser notre lectorat et pérenniser notre activité. Nous souhaitons également avoir 500 abonnés à la fin 2017. Nous voulons embaucher un commercial afin d’effectuer ce travail de démarchage. Par ailleurs, pour muscler notre modèle économique, nous envisageons de développer une économie parallèle par le biais de prestations et de débat. Mais la diffusion est notre priorité.

Le thème des Assises du journalisme cette année c’est : Informer dans 10 ans. Comment imaginez-vous le MAP dans 10 ans ?

(Rires) C’est une bonne question ! Peut être avec un site mais nous souhaitons conserver notre bel objet papier. Dans dix ans, le public aura compris que pour accéder à l’information, même sur Internet, il faut payer. Peut-être aussi que Les autres possibles existera dans d’autres villes, nous avons déjà reçu des propositions. Nous aurons sûrement laissé d’autres personnes prendre le magazine en main. Notre but est vraiment de montrer que cette économie là peut exister.

(1) : connu comme le MAP (Magazine des Autres Possibles) aujourd’hui, le mensuel va changer de nom dans les prochains jours.

Propos recueillis par Corentin Dionet

Pour aller plus loin :

[DÉCRYPTAGE] La fin du papier : c’est grave, docteur ?

[DÉCRYPTAGE] Le news snacking, vite et bien

Pour séduire les (jeunes) internautes présents sur les réseaux sociaux, les médias misent sur des vidéos très courtes et conçues pour le mobile. C’est le news snacking.

Le nouveau média Brut s’est imposé comme une référence dans le domaine de l’information courte. Photo : Martin Esposito.

Durée d’attention réduite, lecture verticale de son smartphone… Informer et divertir le plus rapidement possible, c’est le défi que les nouveaux médias souhaitent relever à l’ère des Facebook, Snapchat et Twitter. On appelle cela le news snacking, la consommation de nombreuses vidéos d’informations courtes.

Problème : cette audience est plutôt difficile à capter. Collée à son smartphone en continu, grâce auquel elle s’informe du bout des doigts, la génération des 18-24 ans s’informe majoritairement sur les réseaux sociaux, au détriment des médias traditionnels comme la télévision.

La start-up NowThisNews, née en 2012, est le précurseur américain du news snacking. A son lancement, sa promesse éditoriale était radicale : informer en moins d’une minute. « Nous nous sommes libérés des contraintes de la diffusion traditionnelle », explique son rédacteur en chef, Ed O’Keefe. Un modèle qui s’est développé en France sous les noms de Brut ou Explicite. L’âge moyen des journalistes de ces nouveaux médias se rapproche souvent de celui de son public, l’objectif étant d’être au plus proche pour mieux percuter le lecteur.

Positionné sur des sujets de politique et de société, Brut publie entre cinq et huit contenus par jour, confectionnés par une équipe d’une douzaine de personnes, journalistes comme graphiste. « Selon nous, les formats télévisuels n’intéressent plus les jeunes et il n’y avait pas d’offre alternative indépendante », explique Laurent Lucas, le directeur éditorial de Brut.

Mais dans des formats aussi brefs, qu’en est-il du sens de l’information ? Laurent Lucas le reconnaît lui-même, il est parfois impossible d’informer en une minute. « Nous préférons ne pas faire un sujet plutôt que d’essayer de le réduire et de le bâcler », explique t-il. A l’heure des fake news et des « faits alternatifs », informer sur les réseaux sociaux reste un pari risqué.

Laura Bannier et Lucie Martin

Pour aller plus loin : 

[DÉCRYPTAGE] Jamais son mon smartphone

[SÉRIE] Le futur de la liberté de la presse (1/5) : France, la lente noyade

Le constat est sans appel : depuis plusieurs années le score de la France concernant la liberté de la presse ne cesse de se dégrader. Un processus sans fin ?

Sept places : c’est la chute opérée par la France au classement 2016 (pour l’année 2015) de Reporters sans frontières. L’ONG a sanctionné une année particulièrement difficile pour les médias français. Si l’on ne regarde que l’évolution au classement, la France reste tout de même stable depuis plusieurs années, autour de la 40ème place. Mais le score global, lui, n’a presque jamais cessé d’augmenter depuis 2002. La France a gagné 2,5 points en 2016 par rapport à 2015. Et dans le classement RSF, plus la note est élevée, moins grande est la liberté de la presse. L’Hexagone serait-il condamné à régresser, même dans les prochaines années ? Concrètement, dans le classement 2016 pour l’année 2015, RSF a sanctionné la France pour plusieurs raisons. Pour certaines, elles se sont d’ores et déjà aggravées en 2016 et des faits similaires pourront impacter la liberté de la presse dans le futur.

  • L’attentat de Charlie Hebdo. Les exactions commises sur des journalistes sont un critère important dans le barème RSF. Huit ont été tués sur le sol français le 7 janvier 2015 lors de l’attentat de Charlie Hebdo. Ce qui fait de la France en 2015 le troisième pays où le plus de journalistes ont été tués, après l’Irak et la Syrie. L’attentat a donc été déterminant dans la hausse de son score au classement. RSF l’a qualifié de « pire exaction commise envers des journalistes sur le sol européen ». Après l’attentat, la loi sur le renseignement a par ailleurs été adoptée le 24 juillet. Selon RSF, elle menace le secret des sources des journalistes. La lutte contre le terrorisme amène à des situations exceptionnelles où souvent la liberté de la presse est sacrifiée.
  • Et après ? Charlie Hebdo est un cas encore exceptionnel pour le moment, où un attentat a ciblé spécifiquement un média sur le sol français. Les exactions étant imprévisibles, rien ne dit qu’elles ne se produiront pas à nouveau à l’avenir, et cela se ressentira sur le barème de la liberté de la presse de la France. Mais 2016, aucun n’a été tué sur le sol français. Si jamais la France régresse au prochain classement, attendu au premier semestre de 2017, ce sera pour d’autres raisons. Une autre affaire plus ancienne, qui s’est déroulée hors du sol français, pourrait avoir des répercussions sur le classement 2017. Le reportage d’Envoyé Spécial, diffusé sur France 2 en janvier, a soulevé de nombreuses interrogations sur la mort des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon au Mali en 2013. RSF a d’ores et déjà dénoncé le manque de transparence du Mali et de la France dans cette affaire, et pourrait les sanctionner au classement.

  • Une opinion publique et des politiques hostiles. Les médias sont de moins en moins bien perçus par la population française, qui devient méfiante. Selon le sondage du journal La Croix, jauge de la confiance du public envers les médias,  on a assisté début 2015 à un regain d’intérêt de la part des français, mais dû aux attentats de Charlie Hebdo. Pour le reste de l’année, cette confiance a chuté pour revenir à la normale, avec des Français très critiques. Journalistes agressés physiquement, politiques très hostiles, ce climat ne permet pas aux journalistes d’exercer leur profession dans de bonnes conditions, des portes leur sont fermées. Ce qui a joué dans le classement RSF.
  • Et après ? La situation ne semble pas s’améliorer. Le dernier sondage paru dans le journal La Croix, le 2 février 2017, montre que l’intérêt des français pour l’actualité est à son taux le plus bas depuis trente ans. En clair, ils se détournent des médias. Récemment, le traitement médiatique de l’affaire Troadec a été vivement critiqué, le public dénonçant un « emballement ». La confiance dans les sondages semble aussi s’être effondrée après l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Et les politiques ne sont pas en reste : plusieurs d’entre eux ont attaqué les médias, notamment François Fillon pendant le scandale des emplois fictifs. RSF a dénoncé ces attaques. Pauline Adès-Mével, responsable du bureau de l’Union européenne de RSF, a déclaré en février dernier : « Ce climat nauséabond et délétère est dangereux pour la liberté de la presse d’autant plus quand il est entretenu par de hauts responsables politiques, qui envoient ainsi le message à peine voilé que n’importe quel citoyen peut s’attaquer impunément à la presse. » La tension semble se renforcer, surtout dans le climat politique houleux, ce qui ne laisse a priori rien présager de bon pour l’avenir. La confiance est à regagner.

  • L’appropriation des médias par des grands groupes. Selon RSF, c’est la principale raison du recul de la France dans son classement. Le rachat de L’Express par Patrick Drahi, du Parisien par le groupe LVMH ou celui de L’Obs par les hommes d’affaire Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, sont autant d’exemples de mutations dans le monde des médias en 2015. Ce n’est pas tant la concentration qui pose problème à RSF, mais le fait que ces investisseurs ont « des champs d’intérêts extérieurs à celui des médias ». Pour être clair, des intérêts financiers. Une situation qui peut devenir particulièrement préoccupante quand l’actionnaire influence les choix éditoriaux des médias, par exemple lorsque Vincent Bolloré refuse de diffuser certains documentaires sur Canal +. Le champ d’action des médias et des journalistes se trouve fortement réduit.
  • Et après ? La crise d’Itélé en 2016 a été révélatrice de la fracture qu’il peut exister entre les journalistes et les actionnaires des médias. Vincent Bolloré a décidé de changer le nom de la chaîne et d’imposer Jean-Marc Morandini à l’antenne, qui était suspecté de « corruption de mineurs ». S’en est suivi des semaines de grève des salariés. RSF a soutenu les journalistes d’Itélé en grève : « L’information ne doit pas se plier à la logique industrielle : elle suppose le respect de l’indépendance et de la déontologie journalistiques. » En 2016, le poids des actionnaires devrait encore se faire sentir sur les médias, ce qui ne devrait pas arranger le classement de la France. Impossible de prévoir comment cette situation peut évoluer à l’avenir. Mais une avancée est à noter en 2016 : le projet de loi visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias, a été adopté le 6 octobre.
  • Le report du projet de loi sur le secret des sources. Ce projet de loi, proposé par François Hollande, a été examiné en 2015. L’objectif était de réglementer le secret des sources des journalistes, dans le but de le garantir. Mais l’examen du texte a pris du retard : il a été bloqué à l’Assemblée pendant un an, puis reporté. Et la loi sur le renseignement, loin de garantir le secret des sources, le menace. RSF a regretté que ce texte ne soit pas adopté.
  • Et après ? Au final, l’encadrement du secret des sources est passé par la loi du 6 octobre 2016. Mais un amendement du projet de loi a fortement déplu, il stipule que : « Il ne peut être porté atteinte au secret des sources, directement ou indirectement, qu’à titre exceptionnel et seulement si cette atteinte est justifiée soit par la prévention ou la répression d’un crime, soit par la prévention d’un délit constituant une atteinte à la personne humaine puni d’au moins sept ans d’emprisonnement. » Autrement dit, il existe désormais légalement des cas dans lequel le secret des sources peut être violé. Pas sûr que cela soit de bonne augure pour la suite.

2015, mais aussi 2016, auront été des années houleuses pour les médias. Il règne un climat général de tension, lié en partie au terrorisme, dans lequel la liberté de la presse n’arrive pas à trouver sa place. Au contraire elle se rétracte. Si certaines mesures ont pu être prises en 2016 pour tenter de rétablir une certaine indépendance des médias, cela ne suffira sans doute pas à faire baisser le score de la France au classement RSF. Car le climat est plus tendu que jamais. Mais c’est une réalité qui touche toute l’Europe. RSF affirme sinistrement que « le continent ne s’illustre pas par une trajectoire positive » pour la liberté de la presse. On peut imaginer que la France continuera à chuter dans le classement RSF, peut-être pas de façon spectaculaire, mais peu d’améliorations sont à présager. Cette chute constitue véritablement une tendance, qui ne s’est quasiment pas démentie depuis dix ans, mais les deux dernières années ont été particulièrement difficiles.

L’approche des présidentielles en France n’arrange rien à la tension. Les médias jouent un rôle important dans les élections, ils sont le relais entre les candidats et les électeurs. Plus que jamais ils participent à la démocratie. Mais les élections connaissent des rebondissements assez inédits qui enflamment l’opinion publique. Et les médias sont pris dans la tempête. Leur avenir immédiat dépend du résultat de ces élections, car il aura une véritable incidence sur la liberté des médias français. Et on ne cesse de le constater, personne ne peut réellement prédire qui prendra l’ascendant. La liberté des médias est en attente de jugement.

Cyrielle Jardin

Prix & Jury

Les Assises du journalisme sont l’occasion de récompenser des projets et publications journalistiques. Au programme : les traditionnels Prix des Assises du journalisme, mais aussi plusieurs autres récompenses liées à l’éducation aux médias.

Prix des Assises du journalisme

Chaque année, l’association Journalisme et citoyenneté couronne le meilleur des enquêtes et des reportages publiés dans la presse ou en librairie. Pour la 10e édition cette année, pas moins de quatre prix seront remis. Le jury peut également décider de remettre un prix spécial. Le jury de ces Assises 2017 est composé d’étudiants issus des 14 écoles de journalisme reconnues par la profession. Il est présidé par Anne-Claire Coudray.

Le Grande prix « journalisme de l’année »

Ce premier prix sera décerné au journaliste, ou à la rédaction, qui aura le mieux incarné le journalisme et ses valeurs.

  • La rédaction de Nice Matin pour sa couverture de l’attentat du 14 juillet à Nice.
  • Sammy Ketz et le bureau de l’AFP de Beyrouth, pour sa couverture de la guerre en Syrie, et notamment la bataille d’Alep.
  • La rédaction d’i-Télé pour son combat collectif en faveur de l’indépendance éditoriale des rédactions.
  • David Thomson, journaliste à RFI, pour son travail sur le Jihad, notamment son enquête « Les revenants ».
  • Édouard Perrin, Premières Lignes, Cash Investigation, pour ses enquêtes sur les pratiques fiscales (Luxleaks) et son travail sur les Panama Papers.
Le prix des Assises, catégorie « Journalisme »
  • Laurent Mauduit, Main basse sur l’information, aux éditions Don Quichotte, 2016.
  • Aude Lancelin, Le monde libre, aux éditions Les liens qui libèrent, 2016. Prix Renaudot de l’Essai 2016
  • Claude Angeli et Pierre-Edouard Deldique, Les Plaisirs du journalisme, aux éditions Fayard, 2016.
Le prix des Assises, catégorie « Recherche »
  • Camille Dupuy, Journalistes, des salariés comme les autres ?, aux éditions PUR, 2016.
  • François Robinet, Silences et récits. Les médias français à l’épreuve des conflits africains, INA Editions, 2016.
  • Marlène Coulomb-Gully, 8 femmes sur un plateau. Télévision, journalisme et politique, Nouveau monde éditions, 2016.
  • Marie-Soleil Frère, Journalismes d’Afrique, Bruxelles, De Boeck, 2016.
Enfin, le prix « Enquête et reportage »
  • Karam Al-Masri et Rana Moussaoui, Couvrir Alep, la peur au ventre et le ventre vide, AFP.
  • Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, i-Télé, une rédaction sous vide, Les Jours.
  • Richard Sénéjoux, Panama Papers, Luxleaks, Football Leaks… Quand les journalistes jouent collectif, Télérama.

Prix Éducation aux médias & Prix jeunesse de Tours

Valoriser l’éducation aux médias est l’un des objectifs des Assises du journalisme. Plusieurs prix sont donc remis lors d’une journée en partie dédiée à l’éducation aux médias.

Les Prix Éducation aux médias récompensent plusieurs projets menés en 2016. Le jury est composé de journalistes, d’enseignants d’écoles de journalisme et d’élèves.
Sont décernés :
– le Prix Éducation aux médias web et presse en ligne,
– le Prix Éducation aux médias presse écrite,
– le Prix de l’Initiative associative.