[LE RÉSUMÉ] « Des blogs aux réseaux sociaux : vers un journalisme d’indépendants »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Des blogs aux réseaux sociaux : vers un journalisme d’indépendants ».

Twitter est devenu un outil primordial pour les journalistes. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean-Marie Charon, avec Corine Audouin, journaliste Enquêtes-Justice France Inter et livetweeteuse de procès, Jean-Sébastien Barbeau, doctorant au Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaire sur les médias (CARISM) et Grégoire Lemarchand, journaliste à l’AFP.
 

LES ENJEUX

Des blogs aux réseaux sociaux, les journalistes adoptent toujours de nouveaux espaces d’expression. Sur Twitter, ils trouvent un fil d’information continu auquel ils contribuent plus ou moins ponctuellement. Ces outils permettent aux journalistes de devenir plus indépendants face à leurs rédactions et changent leur relation au public.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Corinne Audoin : « Le premier procès que j’ai live-tweeté, je l’ai fait pour moi, j’avais besoin d’extérioriser. Par la suite, j’ai trouvé ça addictif, en terme d’écriture c’est proche de l’écriture radiophonique. Je ne vais pas dire que j’écris sur Twitter comme en radio mais je m’oblige à faire des phrases courtes et simples, je m’oblige pour que ça rentre. Maintenant je ne m’imagine plus un procès sans live-tweeter. Quand je tweete c’est pour les gens qui sont à l’extérieur du procès. Je réponds volontiers à toutes les questions, il y a un vrai côté pédagogique. Si un journaliste se prive de Twitter, je trouve qu’il s’ampute de quelque chose. »

Grégoire Lemarchand : « Les réseaux sociaux ont bousculé les médias mais encore plus l’AFP, car du jour au lendemain on s’est retrouvé face au public, aux lecteurs. Il y avait une méconnaissance de l’AFP : non, on n’est pas qu’une agence nationale, non, on n’écrit pas de communiqués mais des dépêches. »

 

À RETENIR

Twitter et Facebook sont aujourd’hui un enjeu important du journalisme. Ils deviennent des portes d’entrée vers les médias et apportent de nouveaux lecteurs. Ils permettent aussi de se rapprocher de ces derniers. Pourtant, les réseaux sociaux restent un risque pour les journalistes : il faut faire attention à ne pas aller trop vite et à vérifier ses sources.

Laura Bannier

[ENQUÊTE] Facebook
va-t-il tuer les sites
des médias ?

En deux ans, les réseaux sociaux et Google ont bouleversé la manière de consommer l’info avec des outils qui optimisent la lecture des articles sur smartphone. Une innovation qui ravit tout le monde, mais qui n’est pas sans risques.

« Il se peut que dans 10 ans, Facebook et Google soient les seuls éditeurs d’infos », selon Lyès Jmili de France Médias Monde. Photo : Bastien Bougeard

 

Chaque matin, vous partez au travail smartphone en main. En chemin, vous consultez votre réseau social préféré. Entre deux photos de vacances et trois publicités, vous voyez qu’un journal publie une nouvelle importante. Vous cliquez mais vous n’arrivez pas sur le site du journal qui a produit le contenu. Une simple page avec le contenu logo du quotidien et le nom du journaliste apparaît et vous lisez votre article depuis Facebook ou Google. Ces petits outils s’appellent Google AMP (accelerated mobile pages) ou Facebook Instant article. Leur recette ? Ils optimisent la lecture sur smartphone en chargeant plus rapidement les pages, sans renvoyer chez les médias producteurs. Même si les médias restent très discrets, le nombre de pages consultées explosent, selon les spécialistes. Une certitude : ces deux innovations apparus il y a deux ans en France, touchent un large public, pas forcément habitués aux sites médias. 

France Média Monde, qui regroupe France 24 et la radio RFI, utilise Facebook Instant article et Google AMP. « Nous vivons avec depuis mai dernier, explique Lyès Jmili en charge du buisness developement du département numérique. Après plusieurs mois d’exploitation, nous tirons un bilan très satisfaisant. » L’avantage, c’est que les pages prennent très peu de temps à charger. « Les Facebook Instant pages comportent très peu de données. Nous couvrons certains territoires, notamment en Afrique où la connexion internet n’est pas optimale. C’est un réel plus pour le lecteur. » Mais Lyès Jmili reconnaît qu’Instant article peut faire baisser le trafic vers le site web. « France Médias Monde étudie la possibilité que le site devienne seulement une vitrine pour nos application mobiles. On ne publierait plus rien sur un site. »

Des éditeurs britanniques unis pour garder le contrôle

Du côté du Parisien, le son de cloche est un peu différent. Guillaume Bourzinien, manager du marketing digital se félicite du gain « pratique. Quand on publie un article sur le site du journal, il se retrouve sur Facebook. » Pour lui, la mort des sites web n’est pas pour dans dix ans. « Au Parisien, utiliser Instant article permet de créer des passerelles vers le site web du journal. » Il estime que les lecteurs continueront de se rendre sur les sites web. « Sur internet, beaucoup de fausses informations circulent et les lecteurs continueront d’aller sur les sites d’informations pour vérifier la véracité des faits. »

Mais une crainte est en train d’émerger dans les rédactions : que Facebook prenne de plus en plus de pouvoir sur les éditeurs. Comme le raconte un article du New York Times, des médias britanniques cherchent à faire front commun pour garder le contrôle de leurs publications sur le réseau social. Pour David Douyère, ce risque n’est pas nouveau. « Amazon a essayé d’imposer ses prix par rapport aux livres numériques et sur les livres papiers. Il a fallu que les bibliothèques montent au créneau pour qu’ils aient encore la main sur ces questions. Ici, Facebook et Google ont une forte emprise sur le public et c’est logique qu’ils puissent avoir ce désir. »

Du côté du Parisien, Guillaume Bourzinien estime que les réseaux sociaux « n’ont aucun intérêt à vouloir imposer leurs règles et remplacer les rédacteurs en chef. Et il faut que les titres de la presse française se parlent et s’entendent pour sauvegarder leur indépendance ». Pour sa part Lyès Jmili, concède que ces innovations ne sont « pas faites pour les beaux yeux des médias. » Mais il reste confiant sur le sujet car « en France, il y a un arsenal législatif important. L’autorité de la concurrence peut intervenir en cas de problème. De plus, Google et Facebook ne se font pas la guerre sur le contenu mais plutôt sur la pub qui génère beaucoup plus de revenus. »

60 centimes pour 1000 impressions

La publicité, c’est l’autre nerf de la guerre sur ces nouveaux outils. Quelles les recettes publicitaires les éditeurs peuvent-ils espérer grâce à ces nouveaux dispositifs. « La répartition des recettes entre le réseau social et l’éditeur n’est pas clair, admet Lyès Jmili. Mais je sais que Facebook nous rémunère juste au-dessus du minimum légal. A savoir 60 centimes les 1 000 impressions. »

Le problème, c’est que Facebook a la main mise sur tout le processus publicitaire. Dans un premier temps, le réseau social travaille avec l’annonceur et lui fait plusieurs offres. C’est Facebook qui fixe le prix de l’encart publicitaire. L’entreprise américaine s’entretient ensuite avec les éditeurs pour fixer la distribution des différents encarts publicitaire. Les éditeurs ne savent pas à quels prix l’encart pub a été acheté par l’annonceur. « La marge que dégage Facebook est importante, souligne Lyès Jmili. Mais comme ce n’est pas clairement dit, c’est difficile de contester. »

Minutebuzz a fermé son site

Pourtant, des médias n’hésitent pas à jouer la carte du tout social. C’est le cas de minutebuzz. En octobre dernier, le pure player prend le pari de miser sur les réseaux sociaux. Fermeture du site web, transfert du contenu sur les différents réseaux sociaux, changement de la ligne éditoriale. « Les plateformes ont envahi les mobiles et ne génèrent plus de trafic », explique le fondateur du siteMaxime Barbier dans une vidéo. «Les articles sont dépassés, les millennials (les personnes nées à partir de 1980) bloquent de plus en plus les pubs. Prerolls (pub avant une vidéo, ndlr), display-roll (pub pendant une vidéo, ndlr), ils n’en veulent plus ! », assure Laure Lefèvre, directrice de la publication. Pour survivre, la start-up s’est également lancé dans le brand-content, des contenus éditoriaux sponsorisés par une marque. EDF, AccorHotels ou encore Danone sont les principaux clients. «Nous renonçons à cette audience, celle du site web, mais c’est pour concentrer toute notre énergie sur une autre : 8 millions de 18-35 ans nous suivent sur les plateformes sociales et nous voulons doubler ce chiffre», explique encore Maxime Barbier sur le site du magazine stratégies. Nous avons contacté les fondateurs de minutebuzz sur ce sujet via les réseaux sociaux. Etrangement, aucun ne nous a répondu.

Bastien Bougeard

Nos Facebook Live :
« C’est quoi le journalisme dans dix ans ? »

La thématique des Assises 2017 « (S)’informer dans dix ans » alimente le débat dans le monde du journalisme. Que pensent les invités de l’événement ? Nous sommes allés leur poser la question.

Ce mercredi, nous avons parlé avenir du journalisme. Claire Hazan, rédactrice en chef vidéo et nouveaux formats sur Europe 1, nous a donné sa vision de la radio dans dix ans. Vincent Péchaud, cofondateur de La Smalah, nous a parlé de l’avenir de l’éducation à l’information. Pierre Haski, co-fondateur de Rue89, nous a exposé son point de vue sur le journalisme dans dix ans. Albéric de Gouville, rédacteur en chef de France 24, nous a donné sa vision du futur de la télévision. Benoît Raphaël, expert en innovation digitale, nous a parlé des innovations dans dix ans. Enfin, Patrick de Saint Exupéry, journaliste et cofondateur de la revue XXI a évoqué ses doutes sur les nouvelles technologies. Le tout est à retrouver avec nos Facebook Live ci-dessous.

 

 

 

 

 

Factoscope, l’usine de la vérification des faits

À l’approche de la présidentielle, l’École publique de journalisme de Tours a lancé Factoscope : un site qui fact-checke les déclarations des candidats. Depuis le 14 mars, il est complété par une application qui se veut éducative.

En plus du site internet déjà existant, Factoscope vient de dévoiler sa déclinaison sur mobile. Photo : Capture d’écran du site

« Vrai », « Faux », « Imprécis ». Depuis début décembre, les déclarations des candidats à la présidentielle sont passées à la loupe. Les étudiants de la licence professionnelle presse écrite de l’EPJT se chargent de vérifier – fact-checker – chacune de leurs déclarations. Des exemples ? Imprécis : Marine Le Pen  et ses « 50 % du bœuf consommé dans nos cantines est issus de l’importation ». Vrai : Nicolas Dupont-Aignan et son parti, « le seul aux législatives de 2012 à avoir eu une amende car nous avions trop de femmes ».

À un peu plus de cinquante jours de la présidentielle, Factoscope propose d’y voir plus clair dans le flux des déclarations de candidats. Au-delà du contenu ajouté par les étudiants, le site propose des articles de vérification écrits par des spécialistes du fact-checking comme Les Décodeurs ou Désintox.

Depuis quelques jours, le site est complété par une application, disponible sur les téléphones Androïd. Facile d’accès et ludique, elle se présente sous la forme d’un jeu de parcours. L’utilisateur doit attribuer une citation à un des candidats à l’élection présidentielle et ensuite chercher à savoir si cette déclaration est vraie ou fausse. Le design est épuré et les fonctionnalités proposées doivent encore évoluer, d’ici le 7 mai : date du deuxième tour de l’élection présidentielle.

Théo Caubel

[PORTRAIT] Rémy Buisine, à l’état brut

Le calepin et le stylo, Rémy Buisine n’en a pas besoin. Le journaliste révélé sur Périscope a choisi le smartphone pour des vidéos sans filtre, diffusées sur le média Brut.

Rémy Buisine : « Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie. » Photo : Hakim Douliba

« Je ne sais jamais quand et où mes journées vont se terminer », raconte Rémy Buisine, amusé. Toujours en mouvement, le téléphone à la main pour filmer l’actualité en direct. « Il y a quelques jours j’étais en route pour la visite de Fillon au salon de l’agriculture, et je me suis retrouvé dans son QG pour la réunion que personne n’attendait. » A 26 ans, Rémy Buisine est omniprésent sur la toile et est même devenu l’icône de Brut, un nouveau média d’information vidéo lancé en novembre 2016 et présent uniquement les réseaux sociaux.
Un portable dans chaque main : l’un pour filmer en live l’actualité, l’autre pour s’informer et recevoir des précisions sur l’événement. Si vous le cherchez, il est probablement dans une manifestation, un rassemblement politique ou en pleine interview en live sur Facebook Brut. Aucune post-production ne se rajoute à son travail. « Il est tout le temps en train de filmer donc difficilement joignable, même pour moi », s’amuse Laurent Lucas, directeur éditorial de Brut.

Nuit debout, le déclic

Son crédo : s’inspirer du rythme des chaînes d’info en continu tout en y ajoutant des commentaires personnels. « Je ne suis pas dans l’analyse. Le flux d’images que je donne c’est un peu mon regard à moi. Le téléphone est devant moi et ce que vous voyez c’est ce que je vois aussi. » Constamment en direct, il n’hésite pas à contextualiser ses images en parlant pour les internautes qui arrivent en court de live.
Autodidacte, il a appris sur le terrain ces nouveaux formats journalistiques. Avant d’être embauché par Brut, il était community manager pour une radio.
C’est à Nuit debout que son aventure de cinéaste a commencé. Il y a un an, sur son temps libre, il filmait le mouvement né de la contestation de la loi travail, via Périscope. « Cet événement m’a fait avancer professionnellement et personnellement, se souvient-il. Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie non-stop, avec des pics de 80 000 personnes qui me suivaient en direct. » Mais il n’avait pas prévu de rester aussi longtemps derrière son écran. Rémy a passé un « appel solennel » pour continuer de filmer. Les batteries de son téléphone étaient à plat. « Il y a plein de gens qui m’ont ramené des batteries rechargeables et pour certains même à manger, à boire. » L’humain et la dimension collaborative qui se cache derrière le live, c’est avant tout ce qui passionne le journaliste.
Une ascension rapide pour le jeune nordiste. « En 2012, je suivais les présidentielles depuis mon canapé dans mon village perdu dans le Nord de la France », se rappelle Rémy Buisine.

Jamais sans ses batteries

Comment décrit-il ses portables ? « Indispensables, indissociables ». Et puisque les lives peuvent durer des heures, Brut a dû investir : « J’ai deux batteries externes qui me permettent généralement de tenir toute la journée. »
Rémy Buisine ne lâcherait son téléphone pour rien au monde. Il a encore de beaux directs devant lui. Dans dix ans, il espère travailler toujours sur des formats journalistiques novateurs. « En 2007 on ne savait pas qu’il y aurait le livestream aujourd’hui. C’est dur de se projeter et d’imaginer ce qui existera dans une dizaine d’années. »

Laura Bannier et Lucie Martin

[ENQUÊTE] Radio Numérique Terrestre (RNT), je t’aime, moi non plus

Et si nous laissions de côté la bonne vieille bande FM ? À l’heure du tout numérique, seule la radio semble résister. Pourtant, la volonté est digitaliser également ce support. Le CSA parle du meilleur, d’autres évoquent le pire.

La Radio Numérique Terrestre est un vaste projet de modernisation du réseau radiophonique, qui depuis des années peine à voir le jour. Photo : Hugo Noirtault

Depuis le début des années 2010, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) songe très fortement à basculer sur la radio numérique terrestre (RNT), une sorte de TNT mais pour les transistors. L’objectif est de ne plus émettre par des ondes, mais par des fréquences binaires, comprises par des ordinateurs. Tel que présentée par le CSA, la RNT est pleine d’avantages : meilleure qualité, plus de choix de stations… Mais cela suppose de rééquiper tous les foyers et toutes les voitures avec des équipements adaptés. Des investissements contraignants mais nécessaires selon le CSA, soutenu par Radio France, mais inutile selon les groupes privés. Pour Europe 1, NRJ, RMC ou encore RTL, l’avenir se trouve plutôt dans la webradio. Et ce refus des grandes radios nationales risque bien de compromettre le passage à la RNT.

« Les équipements FM sont vieux »

Pour découvrir la radio numérique, direction Oslo. Connue pour sa neige, ses élans et son étrange alphabet, la Norvège s’est aussi faite remarquer en début d’année grâce à son DAB (Digital Audio Broadcasting), la version anglaise de la RNT. Depuis le 11 janvier, le pays scandinave est le premier à avoir débranché sa bande FM. Mais la décision de passer au DAB n’est pas nouvelle. Dès 1995, la NRK (la radio-télévision publique norvégienne) lançait sa première station totalement numérique. “La décision de passer au DAB a été prise en 2011, explique Øyvind Vasaasen, responsable du projet DAB à la NRK. Nous allons couper la bande FM région par région, pour qu’elle disparaisse d’ici la fin de l’année.”  Dans le grand nord, cette transition a des avantages pratiques et économiques. “Les équipements FM sont vieux. Et les réparer coûterait plus cher que de passer au numérique, poursuit Øyvind Vasaasen. Le but est bien sûr de ne pas perdre d’auditeurs, mais nous considérons que le DAB est nécessaire pour moderniser la radio. La question n’était pas de savoir si nous allions le faire ou non, mais de savoir quand.”

Plus près de chez nous, la Suisse devrait être le prochain pays à effectuer le digital switch over (basculement de la FM au DAB). Mais la France, elle, est à la traîne et est encore loin d’effectuer cette transition.

La mutinerie des radios privées contre le capitaine CSA

Ce retard à l’allumage, les grands groupes privés en sont en grande partie responsables. RMC, Europe 1, RTL ou encore NRJ ne croient pas en l’avenir de la RNT. “[Nous] sommes convaincus que l’avenir de la radio numérique se fera via les réseaux IP”, ont-ils expliqué lesdits groupes privés devant le CSA fin mai 2012. Selon eux, la principale raison est “l’absence de modèle économique viable pour la RNT”. Un investissement trop cher pour ces radios, par rapport aux webradios, gratuites. Les radios privées misent d’ailleurs tout sur le web. Le groupe NRJ héberge près de 200 webradios, pour toucher tous les publics. De NRJ R’N’B à NRJ Reggae, en passant par NRJ fitness, il y en a pour tous les goûts. Si les radios font tout pour être écoutées, les faire parler est plus compliqué. Sollicitées par nos soins, toutes ont fait la sourde oreille.

« La RNT n’est pas une alternative à la FM »

Mais malgré ces réticences, le CSA compte forcer la main. Après des essais à Paris, Marseille et Nice, le conseil supérieur de l’audiovisuel souhaite une couverture totale du territoire d’ici 2023. Un défi compliqué quand on sait que seul 20% du pays possède la RNT aujourd’hui. “Mais la FM ne s’est pas construite d’un coup non plus”, expliquait Patrice Gélinet à Télérama en décembre 2016. Pour l’ancien membre du CSA,“il faut accepter la lenteur de ce processus. La RNT n’est pas une alternative à la FM. Une des erreurs du CSA dans le passé a sans doute été de considérer qu’il fallait l’imposer comme telle.” Aujourd’hui, une des clés du renouveau de la RNT en France est la récente adhésion du groupe Radio France au projet. Ainsi, sous l’influence de la ministre de la Culture Audrey Azoulay, trois stations du groupe sont passées sur la RNT : Mouv’, Fip et RFI. “Un départ, un signe” pour Patrice Gélinet. Mais des débuts timides pour le service public, qui a encore cinq stations sur la bande FM. Les transitions de France Inter, France Culture ou encore France Musique ne sont pas prévues faute de moyens.

Pour l’heure, seul six acteurs français sont membres de la WorldDAB, l’institution qui gère la transition vers la radio digitale dans le monde. Parmi les tricolores, France Médias monde (Rfi, France24) et Radio France, mais aussi les diffuseurs d’audiovisuel TDF et Digidia, ainsi que les entreprises spécialistes de l’électronique automobile Parrot Automotive et Clarion. Car la voiture est l‘un des principaux enjeux de la RNT. Un enjeu qui fait d’ailleurs peur aux Norvégiens. “Notre principal défi ce sont les véhicules. Tout le monde écoute la radio au volant. Aujourd’hui, seules trois voitures sur dix sont équipées pour la radio numérique en Norvège.” Passer au numérique nécessite un ré-équipement important de son véhicule. Une démarche qui coûte environ une centaine d’euros chez un garagiste.


Infographie de popoutmag.com, basée sur une étude Edison Reasearch

La RNT pour se différencier

Outre Radio France, d’autres groupes, moins connus mais pas moins écoutés, font le pari de la RNT pour se démarquer. Parmi eux, le groupement Les indés radio. Fondées en 1992, ces 132 stations locales (Alouette, Totem, Tendance Ouest…) représentaient la meilleure part d’audience en France en janvier 2017 (15,7% selon Médiamétrie), loin devant RTL (12,7%) ou encore le groupe NRJ (10,7%). Des résultats obtenus sur la bande FM. Mais le groupe mise aussi sur le numérique pour devancer les groupes privés.

Malgré les efforts, la RNT semble aujourd’hui au point mort. Quant la quasi-totalité des Français connait et utilise la télévision numérique terrestre (TNT), 75 % d’entre eux n’ont même jamais entendu parler de son équivalent radiophonique. Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre de récepteurs RNT atteigne à peine les 400 000 en France.

Maxime Taldir et Hugo Noirtault

[DÉCRYPTAGE] Connaissez-vous les hackathons ?

Collaborer pour développer des projets numériques novateurs, c’est le concept des hackathons. Ils sont à l’origine de créations qui ont révolutionné Internet.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’est en aucun cas question de piratage. Un hackathon a pour objectif de faire émerger des nouvelles solutions sur Internet. Après un brief, plusieurs projets sont sélectionnés. Puis des groupes de deux à trois développeurs, aux origines et aux parcours divers, sont constitués. Ils ont ensuite 48 heures pour présenter une application fonctionnelle. Un jury entre ensuite en jeu et récompense le projet le plus novateur, le plus réaliste et le plus efficace.

Les hackathons, c’est avant tout l’idée de coopération, mais aussi d’open-source. Pouvoir tout partager, accéder aux projets des autres et les améliorer. Le hackathon est porteur d’idées et d’avancées. Twitter, ou encore le bouton « j’aime » sur Facebook sont nés d’un hackathon. Il aide même à résoudre des problèmes de société. Un hackathon était organisé debut mars pour trouver des solutions à la crise migratoire, à Paris. Mis en place par les entreprises Techufgees et Startup Weekend, il avait comme objectif d’améliorer la vie des réfugiés dans leur pays d’accueil.

Un hackathon francophone est lancé mercredi 15 mars aux Assises à 9 heures, en collaboration avec Samsa.fr, un site spécialisé dans la transition numérique.

Martin Esposito

[ENQUÊTE] Robots : amis ou ennemis ?

Depuis quelques années, les robots-journalistes s’immiscent dans les rédactions. Et commencent à inquiéter la profession. Peut-être à tort. 

Dans la presse française, Le Monde a ouvert le bal en 2015. En collaboration avec la société Syllabs, 36 000 articles ont été générés automatiquement. Claude de Loupy, de Syllabs, précise : « Notre objectif n’est pas de remplacer les humains. » Photo : Martin Esposito


 

N’imaginez-pas un humanoïde qui tape sur son clavier. En réalité, le robot-journaliste s’apparente plus à un algorithme qui transforme différentes données en articles. L’expression laisse imaginer une forme d’intelligence artificielle, et donc une capacité à la prise de décision. Le robot-journaliste est, certes moins sociable, mais tout aussi performant.

Ces robots, ou plutôt ces algorithmes, ne sont pas que pure fiction. Ils existent déjà. Aux Etats-Unis, Forbes, le Los Angeles Times, ou encore Associated Press ont déjà eu recours au système. Leur utilisation reste, pour le moment, limitée à des dépêches ou des résultats sportifs, voire à des biographies. À la lecture de ces articles, difficile de dire si l’auteur est un journaliste ou un robot. 

 

Une percée au Monde

La forme des papiers est plutôt basique, mais l’écriture, elle, tend à se complexifier. « Certains robots ont déjà des dispositifs qui leur permettent d’angler et de s’adapter dans les choix du vocabulaire en fonction du lectorat », explique la journaliste Laurence Dierickx, spécialiste des questions liées à la génération automatique de textes. 

La France n’est pas en reste. Lors des dernières élections départementales de 2015, la société Syllabs a conçu un robot pour le site internet du Monde. L’objectif ? Se démarquer de la concurence en donnant les résultats sous forme d’articles pour chaque canton. En tout, 36 000 papiers ont été publiés par ce biais. Créée en 2006, Syllabs a été l’une des première en France à s’attaquer au marché du robot-journalisme. Avec sa solution nommée « data2contents », elle propose de transformer des données en texte. « Nous ne faisons pas du journalisme, tient à rappeler Claude de Loupy, cofondateur de l’entreprise. Nous produisons juste de l’information sous la forme de texte. Notre objectif n’est pas de remplacer les humains. » Un leitmotiv que matraquent les entreprises spécialisées en programmation. Le robot-journaliste n’est pas présenté comme un concurrent mais plutôt comme un allié du rédacteur. Pour Laurence Dierickx, « il est nécessaire que les journalistes s’approprient ces nouveaux outils qui doivent les aider dans leur travail. Nous sommes dans une dynamique dans laquelle les journalistes ont de plus en plus de données à traiter. Et dans ces données, il y a de l’information qui est intéressante ».

Aider, un autre maître-mot qui a poussé Benoît Raphaël à créer Flint, une newsletter innovante. Derrière cette lettre d’informations, on retrouve un robot. Il sélectionne des articles qu’il définit lui-même de qualité, et qu’il juge susceptibles d’intéresser son lecteur. Pour cela, il s’appuie notamment sur « l’intelligence collective » de Twitter.

Les robots-journalistes arrivent à retranscrire des émotions dans leurs articles. Photo : Arthur Garanta


 

À partir du réseau social, il analyse comment sont partagés les articles. « Dans la masse de contenus qui est produite et publiée chaque jour, il y a énormément de choses. Seul un robot est capable de faire émerger le contenu qui saura nous intéresser », explique Benoît Raphaël. 

La technologie utilisée va au-delà de l’algorithme. C’est ce que l’on appelle du « machine learning ». Une expression un peu barbare pour qualifier l’apprentissage automatique d’un robot. En effet, il peut avoir la capacité de s’enrichir au fur et à mesure. Une forme d’intelligence artificielle qui, dans un futur proche, serait capable d’analyser et de rédiger de manière autonome des sujets sans que la différence puisse se voir à l’écrit. « Par exemple, ils vont lire toutes les critiques culinaires auxquelles ils ont accès. Ils vont ensuite s’inspirer du style des journalistes humains pour écrire leur propre critique », note Jean-Hugues Roy, professeur à l’école de médias à Montréal. De quoi remplacer certains journalistes ?

 

Les mains dans le code

Dans un secteur qui peine à trouver son modèle économique à l’ère du numérique, l’inquiétude autour de l’emploi est légitime face à ces nouveaux concurrents. « Il y aura sans doute un impact, mais pas à très grande échelle. Nous avons besoin de l’humain. Il y a des choses qu’un logiciel ne peut pas faire. Est-ce qu’il peut donner une opinion ? Est-ce qu’il peut être créatif ? Il y a aussi un rapport humain entre le journaliste et ses sources », nuance Laurence Dierickx.

Ainsi les machines, comme les journalistes, ont encore besoin d’adaptation. Ces derniers vont, en effet, devoir apprendre de nouvelles compétences. Pour Jean-Hugues Roy, c’est dans l’air du temps. « Il ne sera pas nécessaire que tous les journalistes sachent programmer mais il faudra au  moins qu’ils aient quelques notions. Les algorithmes tendent à devenir des sièges de pouvoirs. Il faut que les rédacteurs puissent leur demander des comptes de la même manière qu’un journaliste demande des comptes aux élus, aux entreprises. »

Développer des robots-journalistes et travailler avec, tend aujourd’hui à prendre de l’importance. Programmer, coder ou éditer seront des compétences bientôt indispensables dans les différentes rédactions. Plus qu’un ennemi, le robot pourrait bien permettre aux journalistes d’approfondir leur compétences. Ils programmeront peut-être bientôt les robots, pour écrire les articles de demain.

 

Sauriez-vous reconnaître la plume d’un robot ? 

Comment écrivent les robots-journalistes ? Nous avons sélectionné deux exemples d’articles :

Une biographie de Marvin Lee Minsky, sur le site wired. com (traduit de l’anglais) : « Marvin Lee Minsky, 88 ans, est décédé 24 janvier 2016 à Boston, dans le Massachusset, d’une hémorragie cérébrale. […] Marvin Minsky était connu pour sa contribution dans le domaine de l’intelligence artificielle. […] On retiendra de lui la création du MIT Computer Science et du laboratoire d’intelligence artificielle en 1959. Minsky était marié à Gloria Minsky et avait trois enfants. […] »

Un compte-rendu de la finale de Roland Garros Djokovic-Murray en 2015, par la société Yseop : « Malgré la perte du premier set, Djokovic a remporté le tournoi de Roland Garros en battant Murray (3-6, 6-1, 6-2 et 6-4). Le faible pourcentage de premières balles (42 %) de l’Écossais ne l’a pas empêché de gagner le premier set en seulement 32 minutes de jeu. Encore moins performant dans ses premières balles lors de la deuxième manche, l’Écossais s’est fait logiquement breaker à deux reprises et a concédé le deuxième set 6-1. Il est à noter que Djokovic a réussi 6 aces dans cette manche, et que ses vingt-cinq coups gagnants lui ont permis de renverser le cours du match. »

Théo Caubel et Mary Sohier

[INTERVIEW] Roger Motte : « On ne pourra plus se passer des drones »

Roger Motte est à la tête du pôle drone innovation de France TV. Un pôle encore en gestation qui servira les JT et les magazines de France 2 et France 3. Il nous éclaire sur la question des drones dans la profession. 

Roger Motte fait partie du pôle de réflexion sur les drones à France TV. Photo: D.R

Qu’est-ce que les drones apportent au journalisme ?

Le drone est un nouvel outil pour le journalisme, à l’instar des nouveaux outils apparus ces dernières années comme les grands capteurs sur les boîtiers reflex ou autres OSMO. Le drone ouvre un nouveau point de vue, offre une impression de première fois. Il permet des plans descriptifs ou de situations uniques. Il est également beaucoup plus économique que tout autre moyen aérien pour la prise de vue aérienne comme les hélicoptères, les avions ou encore les ballons.

Quelles sont les limites, les contraintes d’utilisation des drones ?

Les contraintes sont principalement liées à la réglementation, même si elle devient plus simple pour les professionnels. Deux scénarios concernent notre profession : les vols en zone non peuplée et les vols en zone peuplée par des humains ou animaux. Pour faire voler un drone en zone peuplée, il est obligatoire d’avoir une autorisation préfectorale. Il y a aussi des contraintes liées à la météo. Il est impossible de voler par très grand vent ou sous une pluie très forte. Des limites aériennes sont aussi à respecter. Il y a des zones interdites dans l’espace aérien français, tels que les aéroports, les zones de parachutages, d’ULM, de couloirs militaires de basses altitudes etc. En ce qui concerne la technologie, la durée de vol est limitée de 15 à 20 minutes. Pour la prise de vue, les seules limites sont celles du niveau et de la qualité de pilotage, donc du pilote.

Que pensez-vous de cet outil ? Comment va-t-il évoluer ?

C’est un outil fantastique qui ouvre de nouvelles perspectives. On ne pourra plus se passer des drones en mag et en documentaire. Il évolue très rapidement. On note de nouvelles assistances électroniques, de nouvelles fiabilités et des batteries supérieures qui permettent des temps de vols plus long. Il ne faut cependant jamais oublier que le drone est une machine volante qui peut donc être potentiellement dangereuse. Il faut donc de vrais professionnels avec les bonnes formations. Être conscients que ce n’est pas un outil comme un autre. Nous sommes ici, et avant tout, dans le domaine aérien public qui concerne tout le monde. Le ciel au-dessus de son propre jardin ne nous appartient pas. Il y a, de plus, toutes les questions liées à la vie privée et aux autorisations des particuliers en zone non peuplée.

Propos recueillis (par mail) par Philippine David et Yleanna Robert

Pour aller plus loin :

[DÉCRYPTAGE] Demain tous pilotes de drones ? Pas si sûr

[ENQUÊTE] Robot journalisme : jusqu’où peut-on aller ?

A l’ère du numérique, la question des outils informatiques comme substituts des journalistes est un enjeu majeur pour les années à venir.  De plus en plus de rédactions les utilisent. Sont-ils une menace pour la profession ?

Le Monde, Le Parisien, L'Express et Radio France ont déjà utilisé des robots pour rédiger certains de leurs articles (Data2content)

Le Monde, Le Parisien, L’Express et Radio France ont déjà utilisé des robots pour rédiger certains de leurs articles (Photo: Data2content)

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