[LE RÉSUMÉ] « La télévision dans dix ans »

Retrouvez l’essentiel de la conférence  « La télévision dans dix ans ».

La télévision est en train d’évoluer avec la technologie. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Albéric de Gouville, rédacteur en chef France 24. Avec Alexandre Michelin, directeur général de Spicee, Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte, Eric Scherer, directeur de la prospective de France Télévisions et Camille Mordiconi, TF1.

 

LES ENJEUX

La télévision saura-t-elle s’adapter à la multiplicité des écrans ? Parviendra-t-elle à se conjuguer aux réseaux sociaux ? Est-ce que la télévision se dirige vers un mariage inévitable avec la réalité virtuelle ou augmentée ? Alors qu’émergent de nouveaux acteurs comme Netflix, Facebook ou Snapchat, les meilleurs spécialistes du secteur ont tenté d’identifier les défis auxquels la télévision est déjà confrontée.
 

CE QU’ILS ONT DIT

Bruno Patino : « On peut imaginer quelques grandes tendances. En ce qui concerne l’image : l’image animée sera partout sur des écrans qui ne le sont plus vraiment. Toujours plus immersive. L’image sera à peu près partout. L’image animée va devenir pour le meilleur et pour le pire le langage dominant de l’information du savoir, du divertissement et de la culture. Il faudra faire en sorte qu’une image plate prenne de la profondeur. Au lieu d’être face à une image, on doit être dans l’image. On parle de réalité virtuelle. Le mot d’expérience est au centre du débat : notre expérience par rapport à image est en train de changer encore plus. Comment partager un point de vue quand on ne contrôle plus le regard de l‘utilisateur ? »

Eric Scherer : « Pour le support on aura autour de soi un écran virtuel qui affichera les dix titres qu’on souhaite avoir autour de nous. Nous aurons aussi des lunettes de réalité virtuelle qui permettront d’être immergé. On sera baigné dans univers numérique ambiant. Le mot télévision risque de se dissoudre dans un monde plus vaste qui est celui de la vidéo de l’image animée. Les programmes risquent d’être un peu perdues. On n’a pas vocation à travailler dans l’accompagnement de fin de vie, on veut être là pour l’ensemble de la population. »

Camille Mordiconi : « Il existe des supports de plus en plus variés. La télévision n’est pas du tout morte et on ne prévoit pas son décès dans les prochaines années. Les prime times rassemblent 25 millions de téléspectateurs. Il y a encore une appétence pour la télévision. Quand un programme fédérateur passe à l’antenne les gens veulent le voir à la télévision et pas sur un plus petit écran, comme lors de l’Euro. L’idée de demain c’est d’avoir un contenu de plus en plus fort et de le distribuer sur d’autres supports. »

Alexandre Michelin : « Derrière le mot plate-forme il y a celui de métadonnées à avoir en tête. Dans le monde de la télévision d’après-demain, la notion de programme reste assez vaste. Chaque fois que vous faites quelque chose aujourd’hui, il y a un programme d’information qui va vous aider à aller plus vite. »

 

À RETENIR

La télévision n’est pas morte, elle attire toujours des millions de téléspectateurs tous les soirs. Cependant, les jeunes délaissent de plus en plus les formes traditionnelles de la télé. Dans les prochaines années, c’est la révolution des objets qui va structurer l’avenir des médias. Les frontières de l’image doivent être redéfinies. Dans quelques années, le match de tennis ou de rugby se jouera devant nous sur notre table basse. « Soyez des hackers du journalisme ! », a finalement résumé Eric Scherer.

Lucie Martin

[LE RÉSUMÉ] « Rencontre étudiants-employeurs »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Rencontre étudiants-employeurs».

Des représentants de la presse, de la radio et de la télévision étaient présents. Photo : Martin Esposito

 
Animé par Marie-Christine Lipani-Vaissade, chercheure en journalisme, directrice adjointe de l’Institut de journalisme Bordeaux Aquitaine (IJBA). Avec Marc Bombarde, secrétaire général de la rédaction de L’Equipe ; Vincent David, président du syndicat de la Presse Hebdomadaire Régionale (SPHR) ; Jean-François Maison, directeur des ressources humaines de Radio France ; Christophe Berg, directeur adjoint LCI ; Valérie Lelasseux, directrice des ressources humaines de la Nouvelle République ; Nicolas Goddefroy délégué aux ressources humaines Radio France.
 

LES ENJEUX

Les étudiants en journalisme s’inquiètent souvent de savoir s’ils pourront trouver du travail à l’issue de leurs études. Quel type de profil les rédactions cherchent-elles ? Est-ce que sortir d’une école de journalisme reconnue compte vraiment ? Qu’est-ce qui est évalué au cours d’un recrutement ? Qu’est-ce qu’un bon CV, une bonne lettre de motivation ?
 

CE QU’ILS ONT DIT

Marc Bombarde : « On sait que le niveau général des étudiants en école de journalisme est plus élevé, mais on recrute des gens qui ne sortent pas d’écoles de journalisme. L’expérience compte beaucoup pour nous. On va d’abord observer notre vivier de stagiaires. Réussir à décrocher des stages, c’est fondamental pour des étudiants, c’est une bonne occasion de se faire repérer. La qualité d’écriture, une écriture propre, fluide, sans clichés, la capacité à travailler dans l’urgence en gardant son sang-froid, la capacité à s’intéresser à différents sujets, l’ouverture, la capacité à avoir des idées, à ne pas rester passif, à communiquer, à s’intégrer : tout ça fait que tel ou tel stagiaire est recruté. »

Christophe Berg : « Il y a toujours un petit bonus pour les écoles reconnues, mais on reçoit aussi des CV de gens venant d’écoles moins côtées, et ces candidats ne sont pas exclus de fait. Quelqu’un qui nous envoie un CV avec des expériences professionnelles nous intéresse. Le CV est la première porte d’entrée : la rigueur dans l’orthographe, dans la synthèse, c’est important. Les CV sur deux pages, ça ne sert à rien. L’entretien qui vient derrière est primordial. Il faut s’y préparer, montrer ce qu’on ne voit pas sur le CV : l’enthousiasme, la motivation. On peut embaucher quelqu’un de moins compétent mais avec qui l’entretien s’est bien passé. »

Vincent David : « En presse hebdomadaire régionale, on aime bien embaucher des jeunes qui démarrent. Car être journaliste localier est très formateur, c’est un marche-pied pour aller plus haut. Mais on a beaucoup de mal à attirer les étudiants qui sortent de masters, on a peu de demandes de candidats qui ont fait des écoles reconnues. Si vous démarrez, venez faire un tour dans la PHR, c’est une belle école de formation. »

Valérie Lelasseux : « Quand on ouvre un poste, on ouvre en interne et les CDD candidatent. On entre jamais chez nous directement en CDI. On fonctionne beaucoup avec des confrères en période pénurique, Ouest France par exemple, ça nous permet d’enrichir et compléter notre vivier de candidatures. On peut faire passer des tests de personnalité qui complètent l’entretien qu’on a eu avec les candidats, ça peut valider ou infirmer la première impression. »

 

À RETENIR

Sortir d’une école de journalisme reconnue est un plus, mais n’est pas indispensable pour être embauché par un média. L’expérience et la personnalité sont pris en compte, ainsi que la faculté à acquérir de nouvelles compétences, en graphisme notamment. Certains médias recrutent peu et ne remplacent pas toujours les départs en retraite. La PHR en revanche reçoit très peu de candidatures spontanées, alors qu’elle embauche.

Cyrielle Jardin

 

[LE RÉSUMÉ] :
« Francophonie : S’informer dans dix ans en Afrique »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Francophonie : S’informer dans dix ans en Afrique ».

La radio est le média roi en Afrique. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean Kouchner, secrétaire général de l’union internationale de la presse francophone (UPF). Avec Haman Mana, directeur de publication du quotidien Le Jour (Cameroun) et Président de la fédération des éditeurs de presse du Cameroun, Cécile Mégie, directrice de RFI, Sana Sbouai, journaliste et cofondratice d’Inkyfada (Maroc).

 

LES ENJEUX

S’informer dans dix ans en Afrique, un vaste sujet pour une diversité de situations. La question de la situation des médias en Afrique est indissociable de la question des libertés mais aussi de celle de la langue, des moyens de financements et des supports. Quelle sera la place du numérique dans ce continent où la répression est encore dans l’ADN de nombreux régimes ? L’ouverture dépend-t-elle forcement de la situation politique ? Que faut-il corriger dans le fonctionnement des médias ? Au Cameroun, 55 % de la population est analphabète, et la pauvreté reste un obstacle majeur à l’accès au média.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Haman Mana : « Théoriquement, la presse est libre au Cameroun. Mais cette presse n’a plus aucune force de pénétration. Sa faiblesse économique est organisée. L’aide d’état à la presse est insignifiante, et beaucoup de journaux la refuse par principe. Il faut que le verrou politique saute pour repartir dans un climat plus sain. La presse est le dernier espace de lucidité critique dans notre pays. »

Madiambal Diagne : « Il y a une forme de manichéisme, il est donc difficile de trouver des amis sans choisir son camp. Le prix des journaux est le plus bas au monde mais malgré tout, un seul exemplaire de journal peut se passer dans tout un village ou être photocopié. […]  Tout est une question de volonté politique. L’état a intérêt a maintenir les médias dans une situation de précarité. Nous cherchons à sortir de cette situation, il faut des actions communes : des revendications de politiques favorables aux médias, de réformes institutionnelles. Mais les africains subissent et ne prennent pas l’initiative. Nous sommes obligés de s’arrimer au train de l’histoire parce que nous ne sommes pas encore entrés dans l’histoire. »

Sana Sboua : « Il faut partir des forces que l’on a sur le continent : un accès au web démocratisé et une jeunesse nombreuse. Le web permet de développer un contenu journalistique différent, de dépasser les pressions politiques et financières. […] Ben Ali a voulu d’une Tunisie moderne mais Internet s’est retourné contre lui et a contribué à la chute de son régime. »

Cécile Mégie : « Service public n’est pas un gros mot, ce n’est pas synonyme de radio d’état. […] Les coupures sont récurrentes. Au-delà des grands acteurs internationaux dont RFI fait partie, la solution doit venir de l’Afrique elle-même. »

 

À RETENIR

Au Cameroun, Paul Biya, 84 ans, est à la tête du pays depuis 1983. Dans ce contexte de main mise sur le pouvoir, s’oppose la presse d’état, plutôt confortable pour les journalistes qui y travaillent et une presse indépendante plus aléatoire, vécue comme étant d’opposition politique. Ces médias privés subissent des pressions économiques et réalisent des tirages limités. Les radios et les télés dépendent de la tolérance administrative. L’auto-censure y est très forte mais il est rare que l’état sanctionne. Il existe un noyau de journalistes, en résistance. Il y a une école de formation de jeunes journalistes à Yaoundé qui essaye de répondre au besoin de professionnaliser le journalisme camerounais. 

Au Sénégal, la situation est disparate. Le situation institutionnelle permet en théorie aux médias de s’exprimer librement mais il y a des méthodes sournoises de représailles contre les médias. L’absence d’infrastructures et le manque d’investissements publics participent au blocage de la situation tout comme la rareté voire l’absence de rotatives. Seulement 15 % de la population détient une carte bleue, c’est un obstacle au développement de la presse numérique.

En Tunisie, il y a eu une explosion des médias grâce au web mais il y a un manque de formateurs qui maitrisent ces outils. La question du journalisme citoyen est primordiale et source d’optimisme. Aujourd’hui, n’importe qui peut faire du journalisme depuis sa chambre. Mais il y a une ombre au tableau : le durcissement de la répression dans le monde arabe. Internet offre des possibilités de coopération par delà les frontières. Dans dix ans, les bloggers pourraient recevoir l’aide d’avocats et de journalistes plus chevronnés.

La radio est encore aujourd’hui le média roi en Afrique. Il y a eu une forte popularité des radios locales et associatives. RFI fait aussi partie de cette histoire. Elle a besoin d’autorisations pour diffuser dans les pays d’Afrique. Cela fait six mois que les autorités congolaises ont coupé le signal de RFI à Kinshasa. Les audiences diminuent au Sénégal où la langue nationale, le wolof, est aujourd’hui préférée par la majorité de la population. Le téléphone portable est le transistor de demain. 

Colin Mourlevat

[LE RÉSUMÉ] « Des blogs aux réseaux sociaux : vers un journalisme d’indépendants »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Des blogs aux réseaux sociaux : vers un journalisme d’indépendants ».

Twitter est devenu un outil primordial pour les journalistes. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean-Marie Charon, avec Corine Audouin, journaliste Enquêtes-Justice France Inter et livetweeteuse de procès, Jean-Sébastien Barbeau, doctorant au Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaire sur les médias (CARISM) et Grégoire Lemarchand, journaliste à l’AFP.
 

LES ENJEUX

Des blogs aux réseaux sociaux, les journalistes adoptent toujours de nouveaux espaces d’expression. Sur Twitter, ils trouvent un fil d’information continu auquel ils contribuent plus ou moins ponctuellement. Ces outils permettent aux journalistes de devenir plus indépendants face à leurs rédactions et changent leur relation au public.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Corinne Audoin : « Le premier procès que j’ai live-tweeté, je l’ai fait pour moi, j’avais besoin d’extérioriser. Par la suite, j’ai trouvé ça addictif, en terme d’écriture c’est proche de l’écriture radiophonique. Je ne vais pas dire que j’écris sur Twitter comme en radio mais je m’oblige à faire des phrases courtes et simples, je m’oblige pour que ça rentre. Maintenant je ne m’imagine plus un procès sans live-tweeter. Quand je tweete c’est pour les gens qui sont à l’extérieur du procès. Je réponds volontiers à toutes les questions, il y a un vrai côté pédagogique. Si un journaliste se prive de Twitter, je trouve qu’il s’ampute de quelque chose. »

Grégoire Lemarchand : « Les réseaux sociaux ont bousculé les médias mais encore plus l’AFP, car du jour au lendemain on s’est retrouvé face au public, aux lecteurs. Il y avait une méconnaissance de l’AFP : non, on n’est pas qu’une agence nationale, non, on n’écrit pas de communiqués mais des dépêches. »

 

À RETENIR

Twitter et Facebook sont aujourd’hui un enjeu important du journalisme. Ils deviennent des portes d’entrée vers les médias et apportent de nouveaux lecteurs. Ils permettent aussi de se rapprocher de ces derniers. Pourtant, les réseaux sociaux restent un risque pour les journalistes : il faut faire attention à ne pas aller trop vite et à vérifier ses sources.

Laura Bannier

[LE RÉSUMÉ] « Quel statut pour les journalistes dans dix ans ? »

Découvrez l’essentiel de la conférence  « Quel statut pour les journalistes dans dix ans ? »

 

Les pigistes étaient au centre du débat. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Manuel Jardinaud, président d’honneur de l’Association des journalistes de l’information sociale (AJIS). Avec Delphine Bauer, journaliste indépendante, membre du collectif Youpress ; Isabelle Bordes, secrétaire générale de CFDT-Journalistes ; Marianne Chollet, Audiens ; Camille Dupuy, chercheuse, auteure de Journalistes, des salariés comme les autres ? ; Mehmet Koksla, représentant de la FEJ (Fédération européenne des journalistes) ; Vincent Lanier, secrétaire général du SNJ ; Anne-Gaëlle Moulun, journaliste scientifique et co-présidente de profession : pigiste ; Hervé Rony, directeur général de la SCAM ; Emmanuel Vire, secrétaire général SNJ-CGT ; Bénédicte Wautelet, président de la CCIJP.

 

LES ENJEUX

Les métiers du monde des médias ont muté avec la révolution du numérique et des pratiques. Alors que la profession se précarise, et que ses modes de rémunérations se diversifient, qu’en sera-t-il dans dix ans ? Le rôle de la carte de presse va-t-il évoluer ? Comment le statut de journaliste doit-il changer pour garantir la protection et donc la qualité de ce métier ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Vincent Lanier : « Une partie des employeurs ne veulent plus payer en salaire mais sous le régime de l’autoentrepreneuriat. C’est un danger. D’autant que la plupart des journalistes connaissent mal leurs droits. À se demander si on en parle assez dans les écoles…. Il faut surtout mettre en garde les jeunes journalistes sur les chimères des entrepreneurs qui coupent le journaliste de ses droits. La réalité, c’est qu’on a des employeurs qui voudraient qu’on travaille gratuitement. »

Isabelle Bordes : « Il y a un paradoxe. La France est un pays où les journalistes sont les plus protégés, les pigistes notamment. Mais ce droit devient une fiction. Tous les textes existent mais on ne les respecte pas. On ne peut pas faire ce métier en dehors du salariat. La CCIJP a une responsabilité dans l’évolution du statut. Mais on voit bien qu’il y a tous ces statuts parallèles qui se développent, et donc il y a des milliers de journalistes qui s’éloignent de la carte. Ce n’est pas la CCIJP qui peut obliger les employeurs à payer. C’est le boulot des pouvoirs publics de faire appliquer le droit et celui des syndicats mais pour ça il faut se syndiquer. »

Delphine Bauer : « Évidemment qu’il y a un droit qui nous encadre et nous protège. Mais le problème, c’est que nous ne sommes pas formés à nos propres droits. Il est très difficile de les faire respecter. Certains directeurs de rédaction sont bienveillants, mais dans toutes les étapes de notre travail, c’est un parcours semé d’embûche. On adore notre métier, on a choisi d’être pigiste, mais c’est très compliqué. On veut autant faire réfléchir à des nouvelles pratiques et à la qualité de l’information qui est mise à mal par la réduction de notre rémunération. »

Hervé Rony : « Aujourd’hui, à un moment où il y a de plus en plus de pigistes et donc moins de salariés, il faut que le métier de journaliste intègre la dimension du droit d’auteur. Il faut réfléchir ensemble au poids du droit d’auteur. »

 

À RETENIR

Le débat a beaucoup tourné autour de la pige, un débat cristallisant de la profession. Les intervenants ont plutôt fait état du statut actuel du journaliste plus que de l’avenir en lui-même.

Lénaïg Le Vaillant

[LE RÉSUMÉ] « Vers des rédactions ouvertes ? Blogs de journalistes et réseaux sociaux »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Vers des rédactions ouvertes ? Blogs de journalistes et réseaux sociaux ».

Les intervenants ont surtout souligné l’intérêt de Twitter pour la profession de journaliste. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean-Marie Charon, chercheur associé à l’EHESS et président de la CNMJ, Jean-Sébastien Barbeau, doctorant au Centre d’Analyse et de Recherche Interdisplinaires sur les Médias (CARISM), Mélissa Bounoua, journaliste et rédactrice en chef à Slate.fr, Clara Schmelck, rédactrice en chef adjointe à Intégrale et Jonathan Hauvel, rédacteur en chef adjoint du Bruxelles Bondy Blog.

 

LES ENJEUX

Les blogs de journalistes se sont multipliés dans les années 2000. Dans la décennie suivante, les journalistes ont investi les réseaux sociaux d’abord sur un mode personnel, puis en tant que journalistes. Quelle place prend cet exercice singulier du journaliste au côté ou au sein des rédactions ? Quelle place occupent aujourd’hui les réseaux sociaux dans le journalisme ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jean-Sébastien Barbeau : « Le blog en 2017 est un outil d’indépendance pour les journalistes, même si c’est à relativiser. Le blog supprime en totalité ou en partie la chaîne de production. Le journaliste est tout à la fois : rédacteur, secrétaire de rédaction, rédacteur en chef. Jamais les journalistes n’ont occupé autant de rôles et de fonctions. Ils ont le sentiment que plus personne ne regarde au-dessus de leur épaule. »

Mélissa Bounoua : « Le blog est la meilleure manière d’apprendre à développer une ligne éditoriale. C’est aussi le cas des réseaux : on peut éditorialiser des tweets et des posts sur Facebook. Bien sûr, cet exercice est additionnel aux médias mais c’est important que les médias soient présents sur ce créneau. Aujourd’hui, c’est une source d’information à part entière. Certains vont même jusqu’à dire que Twitter est un nouveau fil d’agence de presse. »

Clara Schmelck : « Quand j’étais à l’Ecole Normale Supérieure, on m’a toujours habituée à une écriture universitaire. Avec Twitter j’ai découvert l’écriture en 140 caractères. C’est un outil pour journalistes et apprentis journalistes également. C’est un complément essentiel dans les écoles de journalisme pour apprendre à écrire bref, à synthétiser sa pensée. C’est aussi une forme d’outil démocratique. L’avenir de Twitter est à mon sens d’être un outil beaucoup plus éditorial, d’avoir une identité plus forte. » 

Jonathan Hauvel : « Au Bondy Blog à Bruxelles, nous travaillons avec des étudiants. Ce qui est intéressant, c’est de remarquer qu’aujourd’hui, ils sont beaucoup à utiliser Twitter sans voir toutes les possibilités que ça offre. Prenons un exemple. Quand je parle aux étudiants de la veille journalistique et que je leur demande qui connaît l’outil Tweet Deck, il sont peu nombreux à lever la main. Par ailleurs, ce n’est plus seulement le média qui parle mais le citoyen, le journaliste. A mon sens, cette personnalisation est importante pour les jeunes. »

À RETENIR

Les blogs et les réseaux sociaux amènent les journalistes à réfléchir à de nouvelles formes d’écriture et les obligent à synthétiser leurs idées, à s’adapter. Twitter, en particulier, instaure une vraie proximité. Le journaliste tweete en son nom, et crée une relation privilégiée avec son lecteur, qui peut interagir avec lui. La proximité et la liberté d’expression offertes par le réseau social sécrètent aussi leurs effets pervers et peuvent mener à des critiques virulentes en direct.

Léna Soudre

[LE RÉSUMÉ]
« (S’)informer dans 10 ans »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « (S’)informer dans dix ans ».

Les quatre intervenants pensent que la technologie sera bénéfique pour le journalisme. Photo : Laura Bannier

 

Animé par Jérôme Bouvier, secrétaire général de Journalisme et citoyenneté. Avec Ludovic Blecher, directeur du fonds google-AIPG pour l’innovation numérique de la presse (FINP), Laurent Guimer, directeur de FranceInfo, Francis Morel, PDG des groupes Les Echos et Le Parisien-Aujourd’hui en France, président du SPQN, Emmanuel Hoog, directeur général et président de l’Agence France-Presse.

 

LES ENJEUX

(S’)informer dans dix ans est le fil rouge de ces Asssises 2017. Mais comment prédire l’avenir ? En 2017, de nouveaux outils vont s’imposer dans les rédactions. Le milieu journalistique devra probablement trouver, et construire, un nouveau modèle économique. Les rapports avec son public vont sûrement évoluer, reste à savoir de quelle manière. Et, comment peut-on se projeter dans un journalisme « du futur » où le public co-produit l’information ? Rendez-vous en 2027.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Ludovic Blecher :  « La technologie sera le nouveau capteur de la société. Une technologie qui renouera le public à l’information, et au journalisme. Plus que jamais nous avons besoin d’outils pour déchiffrer et pour chiffrer. Il faudra arriver, dans dix ans, à créer une collaboration entre les journalistes et les chiffres. Le rôle du journaliste lui, continuera d’être le curateur d’expérience qui apporte de la compréhension et du contexte. Mais il est vrai que le journalisme est de plus en plus compliqué. Il demande de plus en plus de souplesse mais aussi d’exigences, de nouvelles méthodes de travail, et avec de nouveaux outils ! »

Laurent Guimer : « Les choses vont extrêmement vite. Je ris parfois quand on lit ce qu’on écrivait il y a dix ans. Le rythme de la transformation des médias va-t-il continuer à cette vitesse ? Avec le retour de la voix comme vecteur de l’information (Siri…), le son à de l’avenir. Les rédactions ont l’absolue nécessité de se recentrer sur ce qui fonde la valeur ajoutée d’un média. D’autant plus avec l’arrivée des robots. Enfin je ne vois pas de rupture ou de risque particulier à tenter des expériences de réalité virtuelle. Nous n’y arriverons peut-être pas, ou peut-être aussi plus rapidement que prévu. »

Francis Morel : « Je pense que dans la mesure où l’information, on l’aura partout et tout le temps, les journalistes auront un rôle encore plus important que maintenant. Il faut à la fois qu’ils analysent rapidement, décryptent, contestent, et qu’ils animent des débats sur la vie qui nous entoure. Les journalistes doivent avoir tous ces rôles. S’ils ne le font pas, la vie démocratique va être compliquée. »

Emmanuel Hoog : « On pourra trouver à l’avenir, avec des robots, avec de l’interactivité et en multipliant les sources, des moyens de production de masse de plus en plus importants. L’enjeu, c’est la capacité à garder des marques de référence, qui fonctionnent sur de la qualité. La confiance naît de la qualité, c’est ça qui finance l’écosystème. Si les marques s’effondrent, l’écosystème s’effondre. Sans le couple marque-qualité, l’économie va tomber. »

 

À RETENIR

Les techniques journalistiques actuelles ne sont pas vouées à disparaître, mais à s’enrichir du développement des nouvelles technologies, qui se combineront avec le travail du journaliste. Les robots de fact-checking se développent notamment. Les agences de presse travailleront avec de plus en plus de collaborateurs et faciliteront l’accès à leurs données. La qualité et la fiabilité sont essentielles et doivent se maintenir pour le futur. La question du support n’est pas tellement un problème, l’essentiel reste le contenu. Le travail du journaliste sera indispensable, mais de plus en plus varié et compliqué. En réalité il est impossible de prédire comment les choses se passeront, tout comme il y a dix ans les professionnels se trompaient sur la future évolution du métier.

Cyrielle Jardin et Manon Vautier-Chollet

[LE RÉSUMÉ] « L’ODI présente son rapport annuel : « l’information au cœur de la démocratie »

Découvrez le résumé de la présentation du rapport annuel de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI).

Patrick Eveno. Photo : Simon Bolle

 

Animé par Patrick Eveno, président de l’ODI. Avec Michèle Léridon, directrice de l’information à l’Agence France Presse, Marcel Desvergne, président de l’association des lecteurs, internautes et mobinautes de Sud-Ouest.

 

LES ENJEUX

La tension s’est accrue entre les médias et les politiques. Entre post-vérité, fake news et propagande, l’ODI estime que les médias doivent prendre le dessus sur cette situation avec leurs armes professionnelles. La déontologie est l’une d’entre elle.

 

ILS L’ONT DIT

Michèle Léridon : « L’année 2016 a été marquée par l’élection de Donald Trump. Ça a entraîné un mea culpa de la part des médias. À l’Agence France Presse (AFP), nous avons lancé une réflexion dans toute la rédaction pour tirer les leçons de l’élection. Dans les enseignements, nous avons remarqué qu’il y avait un retour aux fondamentaux, à l’impartialité, à la prudence. Il faut privilégier le travail sur le terrain. »

Marcel Desvergne : « Il y a quelque chose de très important, c’est la notion de confiance. J’ai été président de la société des lecteurs du Monde et j’ai vu que les questions autour de la confiance ne se sont jamais posées. On a traité des questions liées au traitement de l’actualité mais nous n’avons jamais fait de réunion sur les problèmes déontologiques. »

À RETENIR

La tendance constatée lors de l’année écoulée est qu’il y a une pression croissante de certaines institutions. Certaines cherchent à brider l’information au nom d’un intérêt économique par exemple. Pour cela, l’ODI estime que les politiques et les pouvoirs publics doivent garantir aux journalistes le libre exercice de leur profession. Mais l’observatoire estime qu’il est urgent de retisser les liens qui unissent les médias à la société. Les journalistes doivent réaffirmer le respect des faits contre les mensonges, les manipulations et autres propagandes toxiques tout en rappelant que le journalisme est une composante essentielle de la société démocratique.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ] « Le baromètre social 2016 des assises du journalisme »

Retrouvez « Le baromètre social 2016 des assises du journalisme » de Jean-Marie Charon, chercheur associé à l’EHESS et président de la CNMJ.

Le chercheur et sociologue des médias Jean-Marie Charon. Photo : Martin Esposito

LES OBSERVATIONS

Le premier point à retenir est que l’année a été marquée par la disparitions de médias (Terra Eco, Pariscope) et le dépôt de bilan de nombreux autres comme La Marseillaise. Il y a eu également des crises, comme à Itélé, où 92 journalistes ont quitté la chaîne. Mais ces observations sont à nuancer, car il y a eu dans le même temps des créations de médias, à commencer par Explicite.

Dans un second temps, Jean-Marie Charon note que l’organisation des rédactions évolue de manière nette. Ces restructurations visent à redonner un nouveau souffle à la presse, notamment à la presse magazine. Ainsi, des rédactions se divisent désormais en pôles comme chez Prisma avec une newsroom télé. Les rédactions expriment aussi leur évolution au travers des profils recrutés. Les journalistes embauchés sont plutôt des jeunes, multisupports, et qui maîtrisent très bien le numérique.

Il y a aussi une inquiétude quant à l’attractivité des médias : les magazines de Lagardère sont particulièrement pointés du doigt, tout comme le groupe EBRA, attentiste vis-à-vis du numérique en PQR.

La dernière observation est plus positive. Elle montre que les réactions web continuent à se développer régulièrement. Le Huffington Post est passé de huit à trente journalistes depuis 2012 et Médiapart a embauché six journalistes en 2016.

Enfin, avec 35 238 cartes de presse en 2016, le nombre de journalistes encartés est une nouvelle fois en baisse, loin des 37 307 cartes de 2009. Parmi tous ces journalistes, près de 47% sont des femmes.

Maxime Taldir

[EN RÉSUMÉ] « Le point sur la loi Bloche : des chartes dans toutes les rédactions d’ici 3 mois »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Le point sur la loi Bloche : des chartes dans toutes les rédactions d’ici 3 mois ».

La loi Bloche bouleverse la profession. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Loïc Hervouët, (ancien médiateur de RFI, ancien directeur général de l’ESJ de Lille) avec Leïla de Comarmond (présidente de la SDJ des Echos), Sophie Lecointe, (conseillère au cabinet de la ministre de la Culture et de la Communication), Olivier Ravanello (cofondateur d’Explicite), Nathalie Sonnac (membre du CSA), Emmanuel Poupard (SNJ).

 

LES ENJEUX

D’ici au 1er juillet, les rédactions devront se munir d’une charte déontologique. L’objectif de cette loi est de mettre en place des gardes fous pour faire face aux risques d’ingérences des actionnaires dans les groupes de presse. Cette loi est souvent qualifiée de loi anti-Bolloré. En plus de la charte, elle propose la mise en place d’un comité d’éthique et elle élargit le droit d’opposition à l’ensemble des journalistes.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Sophie Lecointe : « La loi Bloche est emblématique de la fin du quinquennat de François Hollande, même si c’est une proposition de loi. L’actualité à l’origine de cette loi est née avec le documentaire censuré de Canal+. Il faut parfois un électrochoc. Même s’il est un peu réducteur de limiter sa naissance à ça. Il y a aujourd’hui une nécessité de mettre les journalistes à l’abri de pressions économiques qui pèsent sur les rédactions. La production de l’information se trouve de plus en plus intégrée dans des groupes dont ce n’est pas le cœur de métiers. Alors qu’elle coûte chère à produire et qu’elle est peu rentable. »

Nathalie Sonnac : « Le CSA lance aujourd’hui une consultation publique sur la loi Bloche. C’est une consultation prioritaire. Pour chacun des objectifs définis : on pose le cadre juridique et on déroule ce qui est dit dans la loi. »

Leïla de Commarmond : « La charte existe depuis neuf ans aux Échos. Cela avait été très dur à mettre en place. Elle avait été négociée dans un cadre particulier : le rachat des Échos par le groupe LVMH qui était rejeté par la plupart des journalistes. Nous avons su négocier des garanties sociales et des garanties d’indépendances majeures grâce à une rédaction nombreuse qui a pu peser dans les négociations. »

Olivier Ravanello : « Il y aura une charte déontologique à Explicite. Pas seulement car il en faut une, mais car c’est le cœur du business. La confiance avec le public doit être au cœur du processus. Et elle doit être rétablie. Si un investisseur ne croit pas en ça, il va dans le mur. L’actionnaire qu’on cherche, il signera cette charte avec Explicite. Et il le fera car il saura que cela va dans son sens. »

Emmanuel Poupard : « La loi Bloche va nous donner du fil à retordre car elle est mal rédigée. On la considère comme dangereuse. C’est un rendez-vous manqué pour l’indépendance. Le problème majeur, c’est une charte déontologique dans chaque entreprise, à géométrie variable. C’est comme si le code de la route changeait suivant les départements. »

 

À RETENIR

Même si la loi Bloche doit renforcer l’indépendance et le pluralisme de la presse, elle ne résout pas tous les problèmes. L’idée de cette loi est la mise en place de garde-fous pour limiter les ingérences des actionnaires dans les rédactions. Cette loi ne rentre pas assez dans les détails. Olivier Ranavello, ancien d’I-télé, doute qu’avec cette loi la situation aurait été différente à I-Télé.

Théo Caubel

[LE RÉSUMÉ] « Les hebdos dans 10 ans »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Les hebdos dans 10 ans »

Les hebdos résisteront à la crise s’ils s’adaptent au lecteur. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Marc Mentré, Journalisme & Citoyenneté. Avec Franck Annese, cofondateur et directeur de publication de So Press, Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique de la rédaction de L’Express, Cyril Petit, rédacteur en chef central et secrétaire général de la rédaction du Journal du Dimanche/lejdd.fr, Jean-Pierre Vittu de Kerroual, PDG de Sogemedia.

 

LES ENJEUX

A l’heure où la presse écrite souffre, les hebdomadaires n’échappent pas à la règle. Coincé entre l’immédiateté d’internet et la presse quotidienne qui s’oriente ver les longs formats, le modèle des hebdos se retrouve menacé. Pour survivre, ils doivent chercher à se démarquer, notamment en terme de contenu. À cela s’ajoute des problèmes de distribution et l’appartenance aux groupes de presse.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Franck Annese : « Les flux chauds se sont intensifiés, et ça a mis une pression sur le traitement de l’actualité. On peut raconter des histoires, mais dans ce cas on est déconnecté. Faire de l’hebdo, c’est dur alors dans dix ans ce sera pire. Mais l’avantage est que l’hebdo c’est plus rentable qu’un magazine qui ne sort que tous les quinze jours. »

Eric Mettout : « On ne sais plus trouver les gens. Avant, on distribuait les journaux sur le pas de la porte. Maintenant, c’est sur les réseaux sociaux. Ils regardent leur smartphone, et il faut s’adapter. Si on ne réfléchit pas à ces éléments, on va droit dans le mur. »

Cyril Petit : « Je crois au journal. Notre rôle est de faire des journaux qui ont un début, une fin et un milieu. Notre personnification commence là. Notre mission est de choisir une ligne éditoriale qui fait un tout. On ne peut pas faire la course à l’info. Les hebdos news sont entre deux chaises. Alors il faut travailler sur l’analyse, le décryptage pour se différencier. »

Jean-Pierre Vittu de Kerroual : « Il n’y a pas de problèmes de support mais des problèmes de contenu. Il y a plein d’exemples de papiers qui fonctionnent car ils ont un contenu innovant. On a aussi le mythe du journal de 2 000 pages où l’on met toute l’information. Mais le lecteur ne le lira pas et le contenu ne l’intéressera pas. Le vrai critère est d’être utile et de donner du plaisir. »

 

À RETENIR

Les flux d’information se sont intensifiés. Les hebdos se retrouvent enfermés entre immédiateté et décryptage. Se pose donc la question de la périodicité. Il apparaît que l’hebdomadaire est le modèle le plus rentable. Mais il faut aussi être présent sur internet en cas de « scoop », car une information ne peut pas attendre une semaine pour paraître dans l’hebdo. Un autre problème est le contenu. La presse a eu tendance à oublier ses lecteurs. Aujourd’hui il leur faut un contenu personnalisé pour qu’ils aient du plaisir à lire (information plus ou moins locale, magazine plus ou moins épais…) mais il faut surtout jouer avec internet, notamment pour avoir un modèle économique viable.

Maxime Taldir

[LE RÉSUMÉ] « Place et rôle du community manager »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Place et rôle du community manager »

Le community manager fait le pivot entre le journaliste et l’aspect marketing. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Aurélie Aubert, maître de conférence à l’Université Paris 8. Avec : Sandy Montanola, enseignante chercheure à l’Université de Rennes 1 et responsable du DUT Journalisme de l’IUT Lannion ; Christophe Gimbert, maître de conférence à Sciences-Po Rennes ; Coralie Le Caroff, enseignante à l’Université Paris 2 ; Nikos Smyrnaios, maître de conférences à l’IUT A de l’Université Toulouse 3.

 

LES ENJEUX

En quelques années, les modalités d’information ont diamétralement changé – surtout chez les 18-35 ans -, donnant aux réseaux sociaux une place centrale. Dans ce nouvel écosystème informationnel, les community managers (CM) voient les contours de leur profession évoluer, entre journalisme 2.0, marketing et interaction avec le public.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Sandy Montanola : « Le rôle du community manager évolue petit à petit au sein des entreprises. Le métier tend un peu plus vers le journalisme que vers le marketing. On passe du community manager au journaliste réseaux. »

Christophe Gimbert : « Pour faire le métier de community manager, il faut être courageux, endurant et porter des lunettes roses, pour résister à la vague de méchanceté qui se déverse sur les réseaux sociaux. »

Coralie Le Caroff : « Aujourd’hui, quand on est en désaccord avec un article, on partage notre indignation sur la page du média en question. Mais quand on est d’accord, on le partage sur les réseaux sociaux. »

Nikos Smyrnaios : « L’information en ligne prend une tournure difficile. D’une part, touchés par la crise économique, les médias n’ont plus les ressources nécessaires pour gérer le volume des commentaires. D’autre part, les médias doivent faire face à la crise politique avec une montée des populismes, des propagandes extrêmes, des théories conspirationnistes. »

 

CE QU’IL FAUT RETENIR

Le community manager est un membre de la rédaction à part entière. Il fait le pivot entre journalisme et marketing, en saisissant les réseaux sociaux pour amener le journal au coeur du débat citoyen. Le community manager a aussi le rôle de modérateur des commentaires : il filtre ce qui va être visible, ou pas, sur le web. Mais comment allier ligne éditoriale du média pour lequel il travaille, stratégie économique et liberté d’expression ? La question reste en suspens.

Sophie Lamberts

[LE RÉSUMÉ] « Diversité dans les rédactions : briser le tabou des
quotas ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Diversité dans les rédactions : briser le tabou des quotas ? ».

D’après les intervenantes, les quotas ne seraient pas un si mauvaise solution pour instaurer plus de diversité dans les rédactions. Photo : Lucie Martin

 

Animé par le présentateur de Vox Pop John-Paul Lepers accueille Samira Djouadi (délégué générale de la Fondation TF1), Nassira El Moaddem (rédactrice en chef du Bondyblog), Audrey Lebel (porte-parole du collectif Prenons la Une), Mai Lam Ngyen-Conan (présidente de Viavoice Diversity) et Géraldine Van Hille (chef de la mission cohésion sociale au Conseil supérieur de l’audiovisuel).

 

LES ENJEUX

Les médias sont accusés de ne pas suffisamment représenter la diversité de la population française. Que ce soit au sein des rédactions ou sur le petit écran, la part des minorités visibles progresse difficilement. Comment améliorer la diversité dans les médias ? Les quotas ne seraient-ils pas une solution appropriée à ce problème ?

 

CE QU’ELLES ONT DIT

Nassira El Moaddem : « Qu’est-ce qui a changé dans la ligne éditoriale d’une rédaction après l’arrivée de personnes issues de la diversité ? Il faut interroger les patrons de presse, qui se cachent derrière des étendards. Harry Roselmack est cité par tour le monde et c’est assez révélateur. C’était une bonne chose de le mettre à l’antenne, mais il ne faut pas s’arrêter à ça. »

Mai Lam Nguyen-Conan : « La diversité, ce n’est pas une question de largeur de porte, mais de largeur d’esprit. La première question à poser dans les rédactions est la suivante : êtes-vous ouvert, connaissez-vous le monde et la société qui vous entourent ? Est-ce que j’ai suffisamment de 06 issus de la diversité dans mon carnet d’adresses ? La réponse est souvent « non ». Notre société souffre de cloisonnements qui sont difficiles à abattre. »

Audrey Lebel : « Je suis pour les quotas de femmes dans les directions des médias. Les femmes sont confrontées au plafond de verre. De plus, bien souvent, les hommes qui interviennent dans les médias sont des hommes blancs de plus de 50 ans. Ce n’est pas être raciste de dire ça. Ça en dit long sur la santé de notre société. »

Géraldine Van Hille : « Concernant le handicap représenté à la télévision, il y a une vraie prise de conscience, avec le programme « Vestiaires » sur France 2 par exemple. Pourtant, les chaînes partent de tellement loin que la part des personnes en situation de handicap est trop faible : 0,8 % du temps d’antenne en 2016. »

 

À RETENIR

De l’avis de toutes, les quotas peuvent être bénéfiques, sous certaines conditions. « C’est une solution par défaut », estime Audrey Lebel. Pour Samira Djouadi, « les quotas ne sont utiles que s’ils sont suivis d’actions concrètes ». Le CSA souhaiterait influencer sur la politique de recrutement des médias audiovisuels, et contraindre à des résultats, mais il s’avère que les chaînes n’ont aucun compte à rendre à l’autorité.
Le débat s’est ensuite déplacé sur la représentation des banlieues à la télévision. L’occasion pour la rédactrice en chef du Bondyblog Nassira El Moaddem d’expliquer qu’« il existe cette propension des médias privés, mais aussi du service public à mettre l’accent sur les faits divers. On a une tendance depuis dix ans à sur-représenter les faits divers à la télévision. Les banlieues en sont les premières victimes : agressions, deal, voitures qui brûlent, etc. Il suffit de voir les émissions sur M6 et le Figaro magazine qui sont champions en la matière. » Solution finale défendue par les intervenantes : l’éducation aux médias, en particulier dans les zones d’éducation prioritaires (ZEP). Les jeunes pourraient ainsi disposer d’une meilleure connaissance de l’information, à l’instar des interventions du Bondyblog dans les lycées de La Courneuve ou aux universités de Paris 8 et Paris 13.

Medhi Casaurang-Vergez

[LE RÉSUMÉ] « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité »

Découvrez le résumé de l’atelier : « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité ».

En cette période de campagne électorale, le fact-checking est plus que tout au centre des rédactions. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jérémie Nicey, équipe de recherche Prim, Université de Tours. Sont intervenus Jason Reifler, lab, CEmaP, Université d’Exeter, Laurent Bigot, lab. CARISM, IFP/Université Panthéon-Assas, Pascal Froissart, lab. CEMTI, Université de Paris 8 et Pauline Moullot, journaliste, Désintox, Libération.

 

LES ENJEUX

Le fact-checking peut paraître neuf alors qu’il revient au fondement du journalisme. Régulièrement utilisé pour vérifier la véracité des déclarations, il est aujourd’hui détourné par les politiques qui innovent pour répondre à cette vérification des faits. Certains candidats à la présidentielle ont même leurs propres cellules de fact-checking.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jason Reifler : « Une question est apparue : est-ce que le fact-checking améliore les connaissances des votants ? Des sondages ont prouvé que oui. Mais les gens étaient différemment touchés. Ceux qui s’intéressent peu à la politique ont eu l’impression d’avoir de meilleures connaissances. D’autres étaient plus réticents. »

Laurent Bigot : « Le travail des services de fact-checking n’est pas forcément repris ni par les autres médias ni par leur propre rédaction. Les fact-checkers n’ont donc aucune chance de convaincre tout le monde. Par ailleurs, le ton qu’ils emploient parfois fait qu’ils ne peuvent convaincre que les convaincus, en tout cas jamais les militants du même bord politique que la personnalité fact-checkée. »

Pascal Froissart : « Nous nous sommes indignés des fake news de Donald Trump. Tout le monde s’est énervé pendant dix jours en se demandant pourquoi croire quelqu’un qui dit des choses fausses. Mais en vrai, pendant tout ce temps, il a atteint son objectif, il a muselé l’opinion publique à coup de fake news. »

Pauline Moullot : « Beaucoup de partis politiques réalisent eux-mêmes du fact-checking. Mais cela n’a rien à voir avec nos pratiques du fact-checking journalistique. On le voit dans les débats : quand les équipes de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon disent qu’ils vérifient « L’Emission politique » de France 2, elles ne font que s’en prendre à leurs opposants et produisent des contenus partisans. »

 

À RETENIR

Aujourd’hui, les politiques s’approprient le fact-checking et l’utilisent contre les journalistes pendant des débats. Certains mettent au point des stratégies pour ne pas s’exposer au fact-checking. Mais cette pratique a permis aux journalistes de reprendre la main sur le contrôle de l’information et également regagner en crédibilité. Mais ils doivent faire face aux méthodes de contournement des responsables politiques.

Bastien Bougeard

Pour aller plus loin :

[ENQUÊTE] En revenir aux faits ?

[LE RÉSUMÉ] « La liberté d’expression face aux censures de demain »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « La liberté d’expression face aux censures de demain ».

La liberté de la presse dans dix ans. Une problématique majeure qui inquiète déjà. Photo : Lucie Martin

 

En partenariat avec Reporters sans frontières (RSF). Animé par Dominique Gerbaud, journaliste, ancien président de Reporters sans frontières. Avec : Darline Cothière, directrice de la maison des Journalistes ; Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières ; Nicolas Vescovacci, journaliste indépendant membre du collectif « Informer n’est pas un délit » ; la Quadrature du net, association de défense des droits et des libertés des citoyens sur internet ; Gulsun Guvenli, enseignante en journalisme en Turquie.

 

LES ENJEUX

Entre Donald Trump, Poutine et bien d’autres, l’avenir de la liberté d’expression est incertain. Quels seront les pièges, les barrages, à la liberté d’expression dans dix ans ? Son évolution rapide selon les pays ne permet pas de se positionner de manière concrète sur ce que sera la liberté d’expression dans dix ans. Mais il reste important de débattre sur cette problématique importante pour lutter et résister ensemble contre les censeurs. Beaucoup de journalistes sont encore trop souvent menacés pour avoir user de leur droit à la liberté d’expression.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Darline Cothière : « La maison des journalistes accueille tous les persécutés de la presse, venus de plus de soixante pays différents. Ce sont des journalistes qui ont dérangé le régime en place. Quand les journalistes ne sont pas tués, ils sont forcés à l’exil. La maison des journalistes, c’est un peu une forme de baromètre de la presse dans le monde. Ce n’est pas uniquement une maison refuge, les journalistes étrangers, qui y séjournent, peuvent, et doivent, continuer d’exercer leur métier en France. Ils offrent leur regard à la presse française et c’est vraiment un plus pour la profession. »

Christophe Deloire : « Les censures peuvent être de tout ordre : religieux, politique, social, économique, etc. Aujourd’hui, l’une des problèmes est que nombreux sont ceux qui utilisent la liberté d’expression aussi pour lutter contre le journalisme. Alors même que le combat contre le contrôle de l’information doit se faire plus important, il y a de moins en moins d’alliés. Pourtant, on ne viendra pas à bout des censures politiques, quelles qu’elles soient, sans une aide des gouvernements politiques. »

Nicolas Vescovacci : « Je vois dans la censure deux tendances qui, malheureusement, se rejoignent : l’expression de la verticalité du pouvoir et de l’horizontalité du pouvoir. Une censure, cela se passe très simplement, comme quelques coups de téléphones. La question aujourd’hui c’est : comment lutte-t-on contre la censure ? Car le problème est que pour le moment, un censeur ne craint absolument rien. Il n’y a pas de règles strictes dans la loi. Avec mon collectif, on lutte pour qu’une censure ne reste pas impunie. Et ce n’est pas simple car la justice ne nous aide pas beaucoup. »

Membre de la Quadrature du net : « Au niveau des techniques de censure, ce sont toujours les mêmes : intimidation, chantages, etc. Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a un véritable problème d’accès à l’information. La protection la plus efficace contre la censure passe par les prises de conscience individuelles, collectives et sociales des problèmes de liberté d’expression. On a besoin que les citoyens se rassemblent pour mettre en place des systèmes de lutte collective qui nous permettront d’être plus forts. »

Gulsun Gevenli : « En Turquie, il y a plus de 150 journalistes en prison en ce moment. On a battu le record dans le monde, en 2016, avec l’emprisonnement de plus de 80 journalistes. Il y a 10 000 travailleurs au chômage dans le domaine de la presse. Et 102 sites internet sont interdits d’accès. Mais bien avant cette censure, qui est devenue très flagrante ces dernières années, le journalisme avait déjà perdu de son prestige en Turquie. Les jeunes savent maintenant que s’ils sont idéalistes, ils ne pourront pas faire ce métier. »

 

À RETENIR

Dans notre société actuelle, la liberté d’expression n’est toujours pas garantie. De nombreuses évolutions sont également encore attendues, notamment dans le domaine de la réglementation. Alors, même s’il est impossible de savoir ce qu’elle deviendra dans les dix prochaines années, il ne faut pas relâcher notre attention et continuer de lutter contre les censeurs de la liberté d’expression.

Yleanna Robert

[LE RÉSUMÉ] « Quel libre-arbitre face aux algorithmes ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Quel libre-arbitre face aux algorithmes ? ».

Pour Dominique Cardon, un algorithme c’est comme une recette de cuisine. Les données entrées sont les ingrédients et la suite des instructions c’est la recette. Pour avoir des résultats, il vaut mieux séparer les blancs des jaunes. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Thierry Keller, directeur de la rédaction d’Usbek et Rica. Avec Dominique Cardon, sociologue, Médialab de Sciences Po, Alexandre Léchenet, journaliste-entrepreneur, Sylvain Parasie, maître de conférences en sociologie, directeur du Master Communication des Entreprises et Médias Sociaux, Université de Marne-la-Vallée et Benoît Raphaël expert en innovation média, et éleveur de robot.

LES ENJEUX

Aujourd’hui la question se pose de l’influence des algorithmes sur notre consommation de l’information. Ces systèmes informatiques dictent nos parcours numériques. Quels sont les moyens pour qu’ils n’influent pas notre libre arbitre et nous enferment dans des mondes d’information prédéfinis ?

CE QU’ILS ONT DIT

Dominique Cardon : « Qu’est-ce qu’un algorithme ? Aujourd’hui ce mot connaît un succès qui le dépasse. Tout comme les journalistes, les algorithmes filtrent et organisent les informations dans l’espace public. Mais ils ne raisonnent pas pareil. Les algorithmes ne sont pas substantiels, c’est-à-dire qu’ils ne référencent pas les articles selon leur contenu mais selon des mots clés ou encore le nombre de like… Ce sont des indices externes à l’information en elle-même. Le réglage que les entreprises, comme Facebook, donnent aux algorithmes c’est la pertinence. L’algorithme mesure alors ce qu’on a le plus l’habitude de faire ou de lire et ensuite il nous le repropose. C’est à nous de choisir ou pas. Donc c’est nous qui avons la plus grande responsabilité. »

Benoît Raphaël : « Nous sommes en train de travailler sur des robots assez spéciaux. Ils envoient des liens personnalisés. Leur objectif est de nous cerner et de nous emmener vers des contenus plus intéressants mais aussi de nous surprendre pour nous faire sortir des chemins de lecture imposés par les algorithmes. C’est surtout ça le pari. »

Alexandre Léchenet : « En tant que journalistes, il faut que nous soyons bien au point lorsque l’on utilise les algorithmes. En effet, Facebook, Google ou encore Instagram censurent des travaux pour des raisons diverses et variées. Certains contenus sont supprimés et d’autres ne sont même pas remontés dans les fils d’actualité. Donc il faut acquérir une expertise pour plaire à ces algorithmes. Et nous journalistes nous y parvenons. Par exemple, nous adaptons les titres pour que l’article soit mieux reconnu par les algorithmes. C’est un moyen de les contourner. »

Sylvain Parasie : « Il faut construire du lien entre le monde journalistique et ceux qui élaborent les algorithmes. »

À RETENIR

Aujourd’hui, la place des algorithmes dans le monde de l’information est bien réelle. Ces machines ne référencent pas les articles selon leur contenu mais grâce à des indices purement visuels ou factuels. Cela occulte une partie des productions journalistiques et en surexpose d’autres. Mais leur influence reste à nuancer. De plus en plus les journalistes apprennent à se servir de ces systèmes. Ils détournent les codes et acquièrent des connaissances en référencement.

Naïla Derroisné

 

[LE RÉSUMÉ] « 2007-2017, le grand bouleversement »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « 2007-2017, le grand bouleversement ».

Pour Patrick de Saint-Exupery, les dix dernières années ont été une période de bouleversement. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jacques Rosselin, dirigeant de l’EFJ. Avec Agnès Chauveau, directrice de la direction déléguée à la diffusion et à l’innovation à l’INA, Pierre Haski, chroniqueur à l’Obs, Géraldine Muhlmann, professeur des universités (science politique et philosophie et journaliste) et Patrick de Saint-Exupéry, journaliste, cofondateur de la revue XXI.

 

LES ENJEUX

Retour une décennie en arrière pour cette conférence. 2007-2017 sonnait la naissance des pureplayers, puis des réseaux sociaux, complétés par la vidéo, sans oublier l’arrivée de la gratuité. Des changements qui ont façonné l’information d’aujourd’hui, et la manière de la traiter. Comment créer et innover par les temps qui courent ? Et à l’ère du web, le journalisme est-il une affaire de technologie ? La question se pose. L’enjeu est aujourd’hui de savoir comment s’inscrire dans une nouvelle dynamique d’information.

CE QU’ILS ONT DIT

Jacques Rosselin : « La première moitié des années 1990 a connu l’arrivée d’internet. Et le net a explosé dans la deuxième moitié des années 1990. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. »

Agnès Chauveau : « Nous n’avons pas vécu un grand bouleversement, mais des grands bouleversements. La manière de s’informer s’est modifiée, tout comme la manière d’informer. Les réseaux sociaux ont aujourd’hui un poids considérable, et les rédactions sont comme dépossédées de leur contenu. J’ai la sensation qu’il n’y a plus de hiérarchie de l’information. Mais notons que nous n’avons jamais été aussi informés. »

Pierre Haski : « Le maître mot de notre époque reste expérimentation. On continue à expérimenter. Le produit de ces dix ans passés est la vivacité des entreprises de presse indépendantes qui continuent de créer. Il faut continuer à se jeter à l’eau sans avoir la garantie que ce que nous faisons est au point. »

Géraldine Muhlmann : « Le journalisme, c’est d’abord raconter des morceaux de réalité. Il permet d’apporter des faits. Il y a dix ans, nous nous sommes dits : le net sera un moment important, on aura plus de place, on pourra raconter plus de choses. Quand les nouveaux médias sont apparus, comme les réseaux sociaux, on a eu l’impression de ne plus raconter des histoires mais de devenir une presse d’opinion. Et ça, ça a fait du mal au journalisme. »

Patrick de Saint-Exupéry« La promesse ces dix dernières années est la gratuité. Quand on rentre dans cette logique, quelle est la valeur de l’information ? Et puis l’audience est liée à la publicité… Je fais un constat : nous arrivons peut-être à la fin de ce cycle. L’information a une valeur, c’est du travail, ce sont des compétences. Ça n’est pas gratuit. Pendant ces dix années, j’ai parfois eu le sentiment de voir un film en accéléré. Je ne comprenais plus rien, je ne voyais pas le journalisme dedans. Enfin le ressort fondamental du journalisme est-il le moyen ou la finalité ? »

 

À RETENIR

Un fossé s’est creusé entre l’univers des médias et des citoyens. Un brouillage total pour lequel il n’y a pas de réponse pour l’instant. Mais en dix ans la profession a fait énormément de chemin, bien que de nombreux problèmes restent à régler. Un n’a pas été résolu et reste essentiel : la crédibilité des journalistes. Tous les médias n’ont pas encore émergé. Quant à la question de la gratuité, la fin de ce cycle est peut-être arrivée…

Manon Vautier-Chollet

[LE RÉSUMÉ] « EMI : jamais sans la famille ! »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « EMI : jamais sans la famille ! ».

Selon les responsables de médias français, les parents ont un rôle à jouer dans l’éducation à l’information de leurs enfants. Photo : Lucie Martin

Animé par Marie-Laure Augry, médiatrice des rédactions de France 3, avec Stéphane Fouéré, vice-président national en charge des droits et libertés et international à la FCPE, Olivier Gérard, coordonnateur du pôle média-usages numériques à l’UNAF, Hélène Grimbelle, secrétaire nationale de la Ligue de l’enseignement ; Alexandrine Blavet, PEEP, Laurent Garreau, CLEMI.

LES ENJEUX

Lutter contre la désinformation. Apprendre à décrypter les milliers d’informations que se partagent les jeunes, cela ne peut ne faire sans les familles. Pour la première fois, les responsables des grandes associations familiales et de parents d’élèves étaient réunis pour parler de l’EMI.

CE QU’ILS ONT DIT

Stéphane Fouéré : « Les parents sont les premiers éducateurs des enfants, il faut du dialogue avec les chefs d’établissement. Dans la relation à l’enfant, il faut que l’enfant soit entendu en tant que citoyen, de jeune qui s’implique dans l’établissement scolaire. Je pense qu’il y a des points d’appui dans le primaire. On essaye d’intervenir dans les temps d’activité périscolaire. On ne doit pas construire des murs aujourd’hui mais des passerelles, des ponts pour mieux se connaître. Mais un mur se construit entre parents et écoles. Il faut donc faire rentrer les parents dans l’école, dans des espaces, des temps dédiés. »

Alexandrine Blavet : « Les parents sont souvent démunis, ils n’ont pas grandi avec les médias numériques. Les jeunes peuvent trouver n’importe quoi sur internet, il y a une non maîtrise des parents sur l’information, sans filtre, avec une utilisation individualiste. On organise des temps de formations aux parents de collégiens. On soutient le développement de médias dans les établissements. L’éducation aux médias doit d’abord être faite en famille. Pour cela, il faut apprendre aux parents à faire attention »

Hélène Grimbelle : « Ce qu’on entend remonter des parents, c’est un besoin d’éducation aux médias et à l’information. On fait partie des associations de la société civile et on porte un message, une vision sur l’école. Dans la loi de refondation de l’école, il y a la base d’une évidence : on ne peut pas former un citoyen sans EMI dans l’école. Je ne suis pas d’accord avec le titre de la conférence « EMI : Jamais sans la famille ». Il faut garder des moments éducatifs hors de la famille. »

Olivier Gérard : « Avant 6 ans, beaucoup d’enfants ont accès à l’information. Il faut mettre un place une EMI pour les enfants mais aussi pour les parents. J’aimerai que l’année prochaine, on discute d’initiative d’EMI en direction des familles et qu’on agrandisse la semaine des médias au week-end pour que les familles puissent s’impliquer. »

Laurent Garreau : « 77% des enfants s’informent par internet. On publie un guide vendredi, qui sera disponible sur internet et dans les centres de documentation Canopé. Il aide les parents à informer ses enfants, conseille sur les réseaux sociaux, aide à maîtriser le temps d’écran en famille et parle de la protection des enfants aux images violentes et pornographiques. »

À RETENIR

Selon les associations de parents d’élèves, les parents ont besoin d’une formation au numérique. Ils proposent de se retrouver dans un an afin d’échanger sur l’EMI en direction des familles et d’ajouter une journée aux Assises pour le grand public et les familles.

Marcellin Robine

[LE RÉSUMÉ]
« Journaliste dans 10 ans : la parole aux formateurs »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Journaliste dans 10 ans : la parole aux formateurs ».

Les intervenants se sont accordés sur un point : la vérification des faits est essentielle. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Sylvie Lecherbonnier (L’Etudiant), avec Corinne Vanmerris, directrice des études de l’ESJ Lille, Hervé Demailly, responsable de l’école de l’école de jounalisme du Celsa et président de la conférence des écoles de journalisme, Alice Antheaume, directrice exécutive de l’Ecole de journalisme de Sciences Po, Thibaud Delavigne, responsable Street School/ Media Maker et Cédric Rouquette, directeur des études du CFJ et directeur des études du CFJ et directeur exécutif de l’école W.

 

LES ENJEUX

Avec l’évolution constante des médias et du métier de journaliste, comment les responsables des écoles parviennent-ils à adapter leur formation ? Les représentants d’école de journalisme se sont réunis pour en débattre et répondre aux questions des étudiants, des professionnels ou simples consommateurs d’information. L’occasion d’aborder le statut de journaliste, la diversité dans les écoles, la place des nouveaux outils mais surtout celle des fondamentaux.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Corinne Vanmerris : « Pour nous le journalisme dans dix ans, c’est déjà demain. On est sur ces deux temporalités dans la formation : leur permettre de travailler immédiatement mais aussi les rendre capables de s’adapter aux évolutions du métier. On ne cherche pas à former des journalistes geek. Les premières attentes des rédactions sont la posture professionnelle et la culture générale. Les journalistes doivent avoir une bonne culture générale et être en capacité de la renouveler. Ils doivent également avoir une capacité à proposer des sujets et à trouver une façon de l’aborder. Peu importe l’usage de la technologie. »

Hervé Demailly : « On est dans une évolution qui consiste à faire de chacun d’entre nous de potentiels médias. Et le métier de journaliste dans dix ans est difficile à définir. Il ne faut pas uniquement s’arrêter aux outils ou aux modes de consommation. Les comportements des journalistes vont aussi jouer. Leur rôle serait de pouvoir labéliser des informations, faire un vrai travail d’enquête, reprendre les rênes du métier tel qu’il était. On doit préparer les étudiants au changement de statut du journaliste pour qu’ils soient capables de s’adapter. »

Alice Antheaume : « On constate que bien souvent le CDI est le graal. Or dans le journalisme ce n’est pas le cas. Le CDI n’est pas forcément mieux payé que le CDD. On voit que se développent les « slasheurs » c’est-à-dire des journalistes qui ont plusieurs employeurs. J’étais inquiète de voir une hausse des pigistes. Alors nous avons fait une enquête pour savoir si le statut de pigiste était volontaire ou contraint. Le fait est que 21 % de nos élèves sont devenus pigistes réguliers ; et parmi eux, 68 % l’ont fait volontairement pour avoir une forme de liberté de choisir leurs employeurs. Cela permet d’avoir une flexibilité. »

Thibaud Delavugne : « La culture numérique fait partie de la culture générale. On l’a dit, la culture générale évolue et ça inclut le numérique. Je ne pense pas que le journaliste doit devenir un développeur mais qu’il doit être sensibiliser à ce monde-là. Il faut connaitre et maitriser le code sans en être un expert. Concernant la question du fact-checking, je pense que le véritable enjeu est de revenir à la question de confiance. Cela demande que les journalistes soient capables de transformer leur façon d’écrire et de diffuser l’information. C’est capital. Le fact-checking c’est super, mais c’est inutile si la confiance ne revient pas. Enfin, la question de journalisme passe, selon moi, par la diversité et la sélection des étudiants. »

Cédric Rouquette : « Les étudiants ne doivent pas devenir entrepreneurs au sens de monter une start-up. Ils doivent tous devenir entrepreneurs d’eux-mêmes : quel journaliste veulent-ils être ? Quelles compétences veulent-ils développer ? Ils doivent porter un projet, le réaliser et savoir comme l’équilibrer entre les fondamentaux du journalisme et les compétences techniques. »

 

À RETENIR

Former les journalistes de demain, c’est apprendre aux étudiants à rester rigoureux dans leur travail journalistique pour faire face à la concurrence et à la désinformation sur internet. Il faut également intégrer de nouveaux outils de diffusion, car le journaliste « ne doit plus seulement être lu, il doit être repris », souligne Hervé Demailly. Les étudiants sont également formés à défendre des projets. Enfin, outre la question de la technologie, le journalisme dans dix ans doit aussi être un journalisme diversifié.

 

Salomé Mesdesirs

[LE RÉSUMÉ]
« Francophonie online :
des médias à découvrir »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Francophonie online : des médias à découvrir ».

Lors de la conférence sur les médias francophones, les différents intervenants ont exploré des pistes pas encore exploitées par leurs homologues français. Photo Martin Esposito

 

La conférence était animée par le journaliste Alain Le Gouguec. Sont intervenus Gabrielle Brassard-Lecours, cofondatrice de Ricochet, Malek Khadraoui cofondateur et directeur de la publication d’Inkyfada, Mariève Paradis, rédactrice en chef de Planète F et Patrick Vallelian directeur général et rédacteur en chef de Sept.info.

 

LES ENJEUX

Tous les médias francophones font face à des mutations de leur lectorat. Mais tous rivalisent en créativité pour attirer leurs lecteurs, entre formats différents et nouvelle manière de proposer l’information. Quatre représentants de médias francophone en ligne sont venus présenter leurs créations et leurs visions.

 

CE QU’ILS ONT DIT

 

Malek Khadraoui : « Nous sommes des médias qui avons les même âge et la dimension graphique est au coeur de nos projets. Chez Inkyfada, nos graphistes participent aux conférences de rédactions et travaillent avec nos rédacteurs. C’est une culture spécifique à notre site. »

Patrick Vallelian : « Nous allons à contre-courant de ce qui se fait sur le web. Nous proposons des formats long alors qu’il vaut mieux que ce soit court. Nos lecteurs doivent payer alors que certains estiment qu’il faut proposer des contenus gratuits. Mais nous, nous avons décidé également avec notre site web de créer un mook, cela permet de faire un parallèlle entre notre site et nos rares productions sur papier. »

Mariève Paradis : « Je suis également la directrice de mon site. Mais je remarque une chose, c’est que les journalistes ont fui le champ du marketing. Nous avons l’impression que les journalistes ne veulent pas faire ce travail et qu’ils privilégient plus le contenu. Or c’est à eux de vendre ce qu’ils font. »

Gabrielle Brassard-Lecours : « Au Québec, nous avons remarqué qu’il y avait seulement quelquels médias qui maintenait une certaine homogénéité. Chez Ricochet, nous ne demandons pas à ce que les gens appliquent des ordres, mais plutôt qu’ils aient un esprit critique sur le sujet qu’ils veulent traiter. »

 

CE QU’IL FAUT RETENIR

 

Les représentants des nouveaux médias francophones estiment qu’il faut changer les formats sur le web. Il faudrait préférer la slow information. Mais il pense que les journalistes ne doivent pas s’enfermer et faire simplement du contenu, et également faire un peu de marketting car c’est à eux de vendre leurs articles. Enfin, sur la manière de présenter l’information, il faut innover dans les formats et privilégier plus d’initiatives comme la réalité augmentée, ou encore privilégier un peu plus l’utilisation du son.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ] « Fake News et post-vérité »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Fake news et post-vérité ».

Pierre Ganz a longuement insisté sur la diversité des types de fausses informations. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Laurence Benhamou, (AFP). Avec Gérald Bronner, professeur de sociologie à Paris 7 et membre de l’Académie des technologies, Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie des médias, Luc Hermann, producteur, journaliste et directeur de l’agence Premières Lignes et Alexandre Pouchard, journaliste, responsable adjoint des Décodeurs du Monde.

 

LES ENJEUX

La campagne de Donald Trump l’a prouvé : l’affirmation d’une vérité peut prendre le pas sur la vérité, et donc, la réalité. Le terme fake news est aujourd’hui entré dans le dictionnaire de la très prestigieuse université d’Oxford. Sa définition : « les faits objectifs ont moins d’influence sur l’opinion que les émotions et les croyances personnelles ». Mais alors, comment lutter contre ce phénomène ? Et avec quels outils journalistiques (fact-checking, enquête, décodage…) ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Gérald Bronner : « Nous sommes confrontés à une disponibilité colossale de l’information, car le marché a été dérégulé. Il faut réguler le marché de l’information sans prendre de mesures liberticides. Sur bien des sujets, les crédules ont instauré un monopole de l’information. Chacun doit avoir une responsabilité intellectuelle personnelle. »

Pierre Ganz : « Il faut raffermir la qualité de l’information car il existe plusieurs types de fake news. Nous ne pouvons pas nous dégager de notre responsabilité dans le désamour que ressentent pour nous nos concitoyens. Nous ne sommes parfois pas assez rigoureux. La chute du nombre de journalistes spécialisés fait baisser la qualité de l’information. Car un journaliste ne peut être compétent dans tous les domaines. Les journalistes doivent rester neutres et ne pas s’engager. »

Luc Hermann : « Nous devons absolument continuer à gagner la confiance de nos lecteurs, par le fact-checking, par la rectification de nos erreurs. Nous avons une responsabilité énorme envers nos concitoyens. Nous arrivons dans une course à l’information qui est très complexe, car produire de l’information d’investigation demande du temps et des moyens. »

Alexandre Pouchard : « La pression du temps réel fait que beaucoup de fausses informations circulent sur les réseaux sociaux. Très souvent, la vérification a moins d’impact que la fausse information, même si ce journalisme et son impact sont en expansion. Nous nous adressons aux indécis, pas aux personnes déjà convaincues par les fausses informations. »

 

À RETENIR

Les fake news se développent et c’est le rôle des journalistes de lutter contre ces dérapages. L’instantanéité de l’information ne doit pas faire oublier la rigueur à la profession. Les médias diffusent parfois eux-mêmes des fausses informations, malgré eux. Il y a une multitude de formes de fake news (la mésinformation, la désinformation, le complotisme…), qu’il faut différencier. Le meilleur moyen de combattre ces fausses informations est de réguler le marché.

Corentin Dionet

[LE RÉSUMÉ] « L’EMI, ce n’est pas qu’à l’école ! »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « L’EMI, ce n’est pas qu’à l’école ! »

L’éducation aux médias est encore un vaste chantier. La conférence a été l’occasion de revenir sur les différents projets en cours, hors du cadre scolaire. Photo : Martin Esposito


 

Animé par Valérie ROHART, journaliste – Globe reporters, avec Thibault COECKELBERGHS, coordinateur GSARA (Belgique), Vincent PECHAUD, cofondateur de La Smalah et Jonathan VAUDEY, chargé de coordination et de développement Les Lucioles du Doc.

 

LES ENJEUX

On a trop tendance à limiter l’éducation à l’information au seul milieu scolaire, elle concerne pourtant bien d’autres publics. Les initiatives se multiplient dans les bibliothèques, les hôpitaux, les foyers jeunes travailleurs ou en milieu carcéral… Sortir du milieu scolaire permet de toucher plus de publics, et pas seulement les jeunes ou les enfants.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Thibault Coeckelberghs : « Le fait de ne pas être à l’école, c’est un vrai avantage. Nous n’avons pas seulement une heure de cours pour mettre en œuvre un atelier. Nous pouvons aller plus loin. Les contraintes sont moins importantes quand on sort de l’école. Mais ça implique de se rendre visible, de montrer une caméra, un studio radio, de donner envie. Il faut se rendre dans toutes les maisons de quartiers, aller directement à la rencontre des publics. »

Vincent Pechaud : « On les met face aux émissions qu’ils regardent tous les jours, le JT avec leurs parents par exemple, ou face à YouTube, aux réseaux sociaux. Chez eux, ils peuvent tomber sur des fake news ou des théories du complot. Ensuite, les algorithmes font que ce type de vidéos, d’articles, viennent de plus en plus à eux. Ils peuvent avoir du mal à distinguer ce qui relève du vrai et du faux, et croire ces informations vraies au même titre que ce qu’ils voient sur les JT. Notre rôle, en les faisant participer, c’est de leur expliquer comment fonctionnent les algorithmes, l’information, YouTube, les réseaux sociaux… »

Jonathan Vaudey : « On essaie de co-construire des projets avec des personnes très critiques vis-à-vis des médias, que ce soit des jeunes, des moins jeunes. On les laisse choisir la thématique qu’ils ont envie de traiter. Notre dernier atelier a été la réalisation d’un documentaire avec des détenus à la maison d’arrêt de Fleury-Merogis. La plupart des membres du groupe avaient une télévision dans leur cellule. Ils rejetaient fortement les médias et en même temps, consommaient beaucoup la télévision comme il y a peu d’activités en prison. Ils étaient très au fait de l’actualité et avaient le sentiment, en tant que spectateurs, qu’on leur répétait toujours la même chose. Ils en sont ressortis encore plus critiques, mais en réalisant un produit journalistique, ils ont compris le fonctionnement de la machine médiatique, ce qui peut leur permettre ensuite de faire le tri. »

 

À RETENIR

Eduquer aux médias hors de l’école permet de passer plus de temps sur un projet, d’être moins contraint autant pour les responsables des ateliers que pour les publics et de toucher plus de personnes. La plupart des volontaires porte généralement un regard très critique sur les médias. L’idée est de leur donner des clés pour comprendre la machine médiatique et ainsi ce qu’ils reprochent aux médias, à travers la réalisation de produits journalistiques.

Léna Soudre

[LE RÉSUMÉ] « La radio dans 10 ans ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « La radio dans 10 ans ? »

Pour Pascale Clark, la radio filmée n’est pas le futur. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jean-Charles Verhaeghe, journaliste à la Lettre Pro de la Radio, formateur au CFPJ et consultant, avec Philippe Antoine, directeur de la rédaction de RMC, Erwan Gaucher, directeur numérique de France Bleu, Claire Hanzan, rédactrice en chef vidéo et nouveaux formats sur Europe 1, Joël Ronez, producteur, cofondateur de Binge Audio, et Pascal Clark, journaliste, co-créatrice de BoxSons.

 

LES ENJEUX

Avec l’arrivée du digital, les usages de la radio ont changé. Et cette tendance va en s’accélérant. Cela implique une adaptation des rédactions à ces changements, à la fois dans la manière de produire des contenus mais aussi dans la manière de les diffuser. Plus largement, comment imaginer la radio dans dix ans ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Philippe Antoine : « Le pari est d’additionner le son et l’image. On peut continuer la radio en ajoutant la fonction image, ce n’est pas incompatible. Il y a un équilibre à trouver mais on choisit la manière dont on regarde ou écoute la radio. Il faut juste que l’auditeur ne devienne pas téléspectateur. »

Erwan Gaucher : « L’auditeur ne se pose plus de questions : il écoute la radio dans la voiture, écoute sur internet au travail et utilise l’appli dans le métro. Il faut adapter ce changement de support et emmener les contenus où se trouvent les auditeurs. »

Claire Hanzan : « Les réseaux sociaux sont un carrefour d’audience et il faut y être. Chaque support a sa grammaire. Donc il y a plein de lignes éditoriales à trouver. Ce qui intéresse est de savoir si le contenu est pertinent. Cela replace le contenu au centre. »

Joël Ronez : « Le grand défi, ce sont les jeunes. Ils écoutent de la musique. Mais pas de radio ni de télé. Ce qui marche, ce sont les formats différents comme Brut. Donc il faut trouver les bons contenus. Pour les jeunes, s’il n’y a que du son, ça n’existe pas. »

Pascale Clark : « Il y a la radio mobile, vidéo, mais on oublie que la radio, c’est du son. Dans 10 ans, j’espère que le son reviendra au centre. »

 

À RETENIR

La radio est en pleine mutation. Il y a d’abord l’arrivée de l’image à la radio. Certaines radios vont vers la radio filmée, voire la radio diffusée à la télévision. Mais pour certains, cette pratique met le son de côté, ce qui fait perdre l’essence même de la radio. Il y a aussi un passage vers le mobile et la mobilité. Le podcast est en plein expansion et il est devenu important pour les radios, qui proposent des millions de podcasts chaque mois. BoxSons, par exemple, mise là-dessus en proposant des contenus à écouter calmement. L’auditeur peut-il écouter sa radio tranquillement ? C’est la dernière réflexion sur laquelle les invités ont débattu. Qui sera l’auditeur dans dix ans ? La réponse est peut-être qu’il faudra s’adapter aux méthodes de consommation des auditeurs qui écoutent de moins en moins la radio dans leur poste mais plutôt sur internet.

Maxime Taldir

 

[LE RÉSUMÉ] « Le journalisme en résidence »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Le journalisme en résidence ».

Selon les intervenants, il y a un besoin de réappropriation de l’information par les citoyens. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Nordine Nabili (Université de Cergy-Pontoise), avec Marie-Emmanuelle Boileau (journaliste montréalaise en résidence à Tours), Jean-Michel Dumay (journaliste en résidence dans le Val d’Oise), Julia Beurq (journaliste en résidence à Allones), Arnaud Jacquart (journaliste en résidence à Tulle) et Lucas Roxo (journaliste en résidence à Roubaix).

 

LES ENJEUX

Le journalisme en résidence est né d’une réflexion des acteurs des médias de quartier en 2009. L’idée est de s’inspirer des enseignements des artistes en résidence. Pourquoi ne pas proposer à des écoles ou à des associations de faire un travail plus concret en collaboration avec des journalistes ? Depuis un an et demi, l’idée a fait son chemin. Aujourd’hui, nous avons les premiers acteurs du journalisme en résidence. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils s’impliquer pour continuer de faire vivre cette expérience ? Cinq journalistes rendent compte de leur expérience.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jean-Michel Dumay : « Je suis allé en résidence car j’ai la conviction que les citoyens ont le besoin de se réapproprier l’information. L’univers médiatique est concentré dans un « ballon » excentré. C’est ce que je remarque avec les personnes avec lesquelles je travaille : elles ne se sentent pas concernées. »

Julia Beurq : « Le but est de partir des bases, ce que les élèves connaissent des médias et des journalistes, pour arriver à la construction d’un format journalistique. Il faut redonner de l’importance à l’information et à la manière dont on s’informe et pousser les jeunes à avoir un esprit critique. »

Arnaud Jacquart : « À part les écoles de journalisme, il n’y a pas de formation à l’information. C’est ce que le journaliste en résidence vient combler. Mon idée est d’accompagner dans l’information pour déconstruire les préjugés envers les médias. »

Lucas Roxo : « Il y a de nombreux médias et pigistes qui n’arrivent pas à vendre des reportages, qui sont pourtant de qualité. J’ai eu envie d’avoir une plus-value, j’ai donc travaillé sur la réappropriation des outils médiatiques par les jeunes de quartier populaire. Je suis arrivé à Roubaix avec cette idée de permettre à certains de ces jeunes d’accéder à des écoles de journalisme. » 

 

À RETENIR

À travers leurs expériences, les journalistes intervenants ont mis en évidence le besoin de la réappropriation de l’information par les citoyens. Beaucoup se méfient aujourd’hui des médias et ne se sentent pas concernés par certaines informations. Le rôle du journaliste en résidence est de permettre une éducation à l’information et à la manière de s’informer. Ce projet tend à se développer grâce au soutien du ministère de la Culture et de la Communication, et de l’Education nationale.

Laura Bannier

 

[LE RÉSUMÉ] « EMI : comment travailler ensemble ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « EMI : comment travailler ensemble ? ».

Animé par Anne Oger, journaliste à France Bleu Orléans, avec Louise Bartlett, journaliste à MediaEducation.fr, Amel Cogard, directrice du numérique Jeunesse et Education à France Télévisions, Isabelle Martin, coordonnatrice CLEMI Académie de Bordeaux et Patrick Verniers, président du Conseil Supérieur de l’éducation aux médias (Belgique).

Les journalistes s’organisent pour venir en classe. Photo : Lucie Martin

LES ENJEUX

Enseignants, journalistes, acteurs culturels, militants associatifs, la communauté des personnes engagées dans l’éducation aux médias et à l’information représente une ressource riche et dynamique. Mais comment fédérer les acteurs, initiatives et pratiques ? L’enjeu est aujourd’hui de faciliter les échanges entre tous.

CE QU’ILS ONT DIT

Louise Bartlett : « Sur mediaeducation.com, les journalistes qui veulent intervenir dans des écoles peuvent s’inscrire sur la plate-forme et on est très fier de cette carte qui s’agrandit. Il y a plein de gens qui font des choses intéressantes et qui peuvent discuter sur le site, se documenter avec des ressources. C’est un acte militant pour les journalistes mais il est compliqué d’être bien rémunéré aujourd’hui par ce métier. On a du mal à refuser des actions mais il faudrait avoir une réflexion sur un défraiement de ces interventions. »

Patrick Verniers : « Le Conseil supérieur de l’éducation aux médias a été créé en Belgique par une loi en 2008. Il structure l’éducation aux médias et regroupe des journalistes, des enseignants, des spécialistes pour coordonner et donner une pérennité aux actions. L’enjeu de l’EMI, il est démocratique. Il faut avoir la lecture comme bagage, pour bien utiliser l’information, s’exprimer, être soi-même un acteur, avec les nouveaux médias, naviguer dans un ensemble de médias et savoir faire son chemin, s’organiser. On fait 400, 500 opérations par an, avec des journalistes qui y ont pris goût. Mais ça ne doit pas devenir un métier. »

Amel Cogard : « La population des 3-18 ans est très connectée, très exigeante sur la vidéo à la demande. Il faut rendre disponible des ressources adaptées pour leurs usages et pour leur âge. Sur la plate-forme France TV Education, on propose des ressources web pour réviser le programme scolaire et décrypter l’information. Il y a une prise de conscience aujourd’hui de faire de l’EMI à tout âge. Ça n’est jamais simple de dégager du temps pour l’EMI, c’est du travail supplémentaire, mais j’ai toujours des réactions enthousiastes. Il faut s’organiser, on essaye de faciliter les actions. »

Isabelle Martin : « Nous mettons en place des projets ambitieux comme des classes médias, des formations pour les enseignants afin de mettre de l’EMI dans les classes. Il faut commencer très tôt, dès le 1er cycle. Les textes officiels insistent maintenant sur l’EMI et c’est noté noir sur blanc. Chaque académie a une politique de formation. A Bordeaux, tous les professeurs ont été sensibilisés pendant une journée. Mais on ne devient pas expert de l’EMI en peu de temps. Les enseignants, c’est nouveau pour eux de travailler à plusieurs. Il y a un grand besoin d’intervention de journalistes dans les écoles. Les médias n’ont plus les moyens pour détacher une personne pour l’EMI. Aujourd’hui au CLEMI, quand on monte un projet EMI, il faut prévoir un petit budget. Les mentalités évoluent sur les défraiements. »

À RETENIR

Pour pouvoir travailler ensemble, il faut se connaître. Après les attentats de janvier 2015, il y a eu une prise de conscience générale. Les projets d’EMI se mettent en place petit à petit, avec des réseaux de journalistes qui s’organisent pour venir en classe. Du point de vue belge, le défraiement des intervenants a permis la pérennité des opérations d’EMI. Une piste à creuser en France.

Marcellin Robine

[LE RÉSUMÉ]
« Journalisme dans dix ans : la parole aux étudiants »

Retrouvez le compte-rendu de la première conférence de cette dixième édition des Assises : « Journalisme dans 10 ans : la parole aux étudiants ».

Maïlys et Loïc, étudiants à l’IUT de Cannes, plaident pour redonner une indépendance pleine et totale aux journalistes, face à la puissance des patrons de presse. Photo : Martin Esposito

 

Un atelier/débat animé par Maria Santos-Sainz, maître de conférences au sein de l’Institut de journalisme Bordeaux-Aquitaine (IJBA), avec l’intervention en duo de 28 étudiants, issus des 14 écoles de journalisme reconnues par la profession.

 

LES ENJEUX

Un débat en deux temps qui donne la parole aux étudiants sur l’évolution de la profession. Comment s’imaginent-ils exercer leur métier dans dix ans ? Comment le rêvent-ils en 2027 ? L’atelier est articulé autour de questions sur la formation, des nouvelles compétences, du modèle économique ou encore de l’évolution de la technologie.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Maria Santos-Sainz (maître de conférence à l’IJBA) : « Le journaliste est un historien du présent. Il a du mal à se projeter dans le futur. D’ici dix ans, les mutations vont être importantes. C’est un exercice difficile de se projeter, mais il est nécessaire. Nous devons ouvrir des pistes pour une presse de qualité face à tous les défis qu’elle rencontre. »

Sébastie (étudiante à l’EJC Marseille) : « Dans dix ans, le journaliste sera de plus en plus polyvalent. La formation va devoir être plus complète. On nous dit aujourd’hui de devoir savoir tout faire. Or, dans les écoles, les spécialisations peuvent nuir à cela. Je pense que nous n’avons pas le temps de travailler en longueur sur le codage ou le maquettisme. Ce n’est pas parce qu’on se spécialise en télé qu’on doit arrêter d’apprendre à manipuler un site internet par exemple. »

Noé (étudiant à l’ESJ Lille) : « Face à l’image négative collée à la profession, il faut pointer les dérives du journalisme actuel et les résoudre. Les sondages par exemple, après les épisodes du Brexit et de Trump. Stop au journalisme de commentaire aussi. Le comblage sur les chaînes d’information n’est pas une bonne façon d’exercer notre métier. »

Sophie (étudiante à l’IPJ) : « Dans dix ans, j’espère que le journalisme sera plus féminisé. Il y a aujourd’hui 35 000 cartes de presse distribuées. 16 000 pour des femmes, 19 000 pour les hommes. Ces derniers ont les postes les plus importants dans la profession, même si la tendance s’inverse. Et j’espère que cela continuera. Les postes dans les rédactions en chef se sont féminisés à hauteur de 10 % en quelques années. C’est encourageant. Nous souhaitons que les femmes soient encore plus à des postes à responsabilité. Et que l’inégalité des salaires se réduise. Ce problème touche aussi les journalistes. En 2013, il y avait près de 550 euros d’écart entre un homme et une femme pour un même poste de rédacteur en chef. »

Mailys et Loïc (étudiants à l’IUT de Cannes) : « Aujourd’hui, une mainmise des patrons de presse pèse sur l’indépendance journalistique. Face à ça, les médias devront essayer de trouver des façons de s’en sortir. Il faut trouver un modèle économique sain, surtout sur internet. Nous pensons que le crowdfounding devra encore plus se développer. Il faut que le citoyen puisse s’investir dans le processus de création d’un média d’utilité publique. Il faut reconnecter le média au citoyen, qu’il y ait une connivence entre journalistes et citoyens et non entre journalistes et hommes politiques. On imagine redonner une liberté pleine et totale aux journalistes, face à la puissance des industriels. »

CE QU’IL FAUT RETENIR

Dans une dizaine d’années, les étudiants des 14 écoles reconnues espèrent un journalisme plus indépendant, plus féminisé, diversifié, polyvalent. Selon les deux étudiantes de l’EJD Grenoble, cela s’illustrera dans le profil type du journaliste. Un personnage « ultra-connecté, qui maîtrise parfaitement les réseaux sociaux, jongle avec des milliers de données avec son ami le robot et filme au smartphone », prévoient-elles.

Simon ABRAHAM

[LE RÉSUMÉ] Chaînes d’infos en continu : un délicat match à quatre

BFMTV et iTELE n’auront bientôt plus le monopole. Les deux chaînes seront bientôt rejointes par deux autres canaux concurrents sur la TNT gratuite, avant la fin de l’année 2016: LCI du groupe TF1, qui était auparavant payante, sans oublier la création d’une nouvelle chaîne d’info en continu pilotée par le groupe France Télévisions. Embouteillages en ligne de mire…

Sans titre

Fin 2016, la TNT comptera quatre chaînes d’info en continu. (Montage Thibaut Alrivie avec Piktochart)

(suite…)