[LE RÉSUMÉ] « Le Pen, portraits de famille »

Retrouvez le compte-rendu de la conférence de cette dixième édition des Assises : « Le Pen, portraits de famille ».

L’objet de la conférence : comment la famille Le Pen a occupé le paysage politico-médiatique français ? Photo : Martin Esposito

 

LES ENJEUX

Trois auteurs ayant enquêté sur le Front National (FN) sont venus débattre de la famille Le Pen. Leur volonté ? Comprendre comment cette petite dynastie a occupé et occupe toujours le paysage politico-médiatique français. Chacun s’est concentré sur un aspect de cette famille unique : du château de Montretout jusqu’à la réinfosphère en passant par la jeune figure du parti, Marion Maréchal Le Pen.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Olivier Baumont : « Montretout est un passage obligé pour les journalistes couvrant l’extrême droite. Cette maison est un personnage à part entière du parti. Marine Le pen est une enfant de 1968. Elle a un mode de vie libertaire, assez bobo. C’est très compliqué quand on s’appelle Le Pen de sortir de la politique et de l’extrême droite. »

David Doucet: « Marine Le Pen est aux antipodes de son père. Elle n’a pas la même idéologie d’extrême droite que lui. Elle a baigné dans un environnement xénophobe, mais elle n’a pas forcément été “convertie” par son père. Très longtemps, elle n’a pas souhaité faire de politique. Il faut recouper les faits et pas les a priori. »

Michel Henry : « Le FN fonctionne comme un râteau, Florian Phillipot ratisse à gauche, Marion Maréchal le fait à droite. Cela élargit le spectre électoral du parti. Il faut apporter des faits sur le FN. »

 

À RETENIR

De la promotion pour les auteurs et quelques punchlines ! Petit florilège : « Le sort des dauphins, c’est parfois de s’échouer.  » (Jean-Marie Le Pen, ici cité par Olivier Baumont, à propos de Florian Phillipot.) « Les amitiés d’hier sont les mis en examen d’aujourd’hui. » David Doucet, à propos des amis de Marine Le Pen. A part ça, une volonté de laisser le lectorat se faire son opinion. Tout comme l’intervention d’un sympathisant FN qui n’est pas parvenu à poser sa question, surtout parce qu’il n’en avait pas.

Corentin Dionet

 

 

[LE RÉSUMÉ] « Vers des rédactions ouvertes ? Blogs de journalistes et réseaux sociaux »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Vers des rédactions ouvertes ? Blogs de journalistes et réseaux sociaux ».

Les intervenants ont surtout souligné l’intérêt de Twitter pour la profession de journaliste. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Jean-Marie Charon, chercheur associé à l’EHESS et président de la CNMJ, Jean-Sébastien Barbeau, doctorant au Centre d’Analyse et de Recherche Interdisplinaires sur les Médias (CARISM), Mélissa Bounoua, journaliste et rédactrice en chef à Slate.fr, Clara Schmelck, rédactrice en chef adjointe à Intégrale et Jonathan Hauvel, rédacteur en chef adjoint du Bruxelles Bondy Blog.

 

LES ENJEUX

Les blogs de journalistes se sont multipliés dans les années 2000. Dans la décennie suivante, les journalistes ont investi les réseaux sociaux d’abord sur un mode personnel, puis en tant que journalistes. Quelle place prend cet exercice singulier du journaliste au côté ou au sein des rédactions ? Quelle place occupent aujourd’hui les réseaux sociaux dans le journalisme ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jean-Sébastien Barbeau : « Le blog en 2017 est un outil d’indépendance pour les journalistes, même si c’est à relativiser. Le blog supprime en totalité ou en partie la chaîne de production. Le journaliste est tout à la fois : rédacteur, secrétaire de rédaction, rédacteur en chef. Jamais les journalistes n’ont occupé autant de rôles et de fonctions. Ils ont le sentiment que plus personne ne regarde au-dessus de leur épaule. »

Mélissa Bounoua : « Le blog est la meilleure manière d’apprendre à développer une ligne éditoriale. C’est aussi le cas des réseaux : on peut éditorialiser des tweets et des posts sur Facebook. Bien sûr, cet exercice est additionnel aux médias mais c’est important que les médias soient présents sur ce créneau. Aujourd’hui, c’est une source d’information à part entière. Certains vont même jusqu’à dire que Twitter est un nouveau fil d’agence de presse. »

Clara Schmelck : « Quand j’étais à l’Ecole Normale Supérieure, on m’a toujours habituée à une écriture universitaire. Avec Twitter j’ai découvert l’écriture en 140 caractères. C’est un outil pour journalistes et apprentis journalistes également. C’est un complément essentiel dans les écoles de journalisme pour apprendre à écrire bref, à synthétiser sa pensée. C’est aussi une forme d’outil démocratique. L’avenir de Twitter est à mon sens d’être un outil beaucoup plus éditorial, d’avoir une identité plus forte. » 

Jonathan Hauvel : « Au Bondy Blog à Bruxelles, nous travaillons avec des étudiants. Ce qui est intéressant, c’est de remarquer qu’aujourd’hui, ils sont beaucoup à utiliser Twitter sans voir toutes les possibilités que ça offre. Prenons un exemple. Quand je parle aux étudiants de la veille journalistique et que je leur demande qui connaît l’outil Tweet Deck, il sont peu nombreux à lever la main. Par ailleurs, ce n’est plus seulement le média qui parle mais le citoyen, le journaliste. A mon sens, cette personnalisation est importante pour les jeunes. »

À RETENIR

Les blogs et les réseaux sociaux amènent les journalistes à réfléchir à de nouvelles formes d’écriture et les obligent à synthétiser leurs idées, à s’adapter. Twitter, en particulier, instaure une vraie proximité. Le journaliste tweete en son nom, et crée une relation privilégiée avec son lecteur, qui peut interagir avec lui. La proximité et la liberté d’expression offertes par le réseau social sécrètent aussi leurs effets pervers et peuvent mener à des critiques virulentes en direct.

Léna Soudre

[LE RÉSUMÉ] « L’information de proximité dans dix ans »

Découvrez l’essentiel de la conférence « L’information de proximité dans dix ans ».

D’après les intervenants, les médias doivent s’adapter aux publics. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Romain Hugon, Union des clubs de la presse de France et Francophones (UCP2F) et Marie-Christine Lipani-Vaissade, chercheuse en journalisme, directrice adjointe de l’Institut du journalisme Bordeaux Aquitaine – IJBA. Avec Thierry Borde, animateur et fondateur du réseau Médias citoyens et conseiller du syndicat national des radios libres (SNRL) ; Paul-Alexis Bernard, manager digital éditorial groupe Centre France ; Thierry Guillemot, directeur de TV7 Aquitaine ; Emmanuelle Pavillon, directrice départementale de La Nouvelle République ; Didier Vachon, directeur de l’information, France Bleu.

 

LES ENJEUX

Aujourd’hui, les besoins d’information des populations sont-ils toujours les mêmes ? Comment les lecteurs font usage des médias ? Quel(s) lien(s) entre les publics et les usagers ? Comment s’adapter à la demande du lecteur ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Marie-Christine Lipani-Vaissade: « Les publics ont les mêmes outils que les journalistes pour produire de l’information aujourd’hui et ne veulent plus être tenus à l’écart. La spécificité des médias locaux, c’est de recréer du lien social. »

Paul-Alexis Bernard : « Les médias professionnels locaux restent des références pour les gens. Nous essayons de nous rapprocher de nos publics pour entretenir ce lien. Nous sommes proches physiquement de nos lecteurs car nous vivons au même endroit que nos lecteurs. Je croise de plus en plus de lecteurs qui me disent que leur première source d’information est Facebook. C’est une vérité et il faut s’y adapter. Pendant la présidentielle, nous avons décidé de donner la parole aux électeurs. »

Thierry Guillemot : « La profession de journaliste s’est diluée. Le journalisme est devenu un métier de combat. La question essentielle est celle du modèle économique. Dans dix ans, comment pourrions-nous avoir de la ressource pour payer des journalistes ? Comment allons-nous pouvoir payer des émetteurs pour distribuer les journaux ? Aujourd’hui, on ne sait plus vendre les journaux. » 

Didier Vachon : « C’est le média local qui coupe court aux rumeurs. Notre plus-value, c’est la vérification de l’information quitte à ne pas donner l’information en premier. Nous essayons de diversifier notre audience grâce aux réseaux sociaux. Dans dix ans, on aura inventé des choses que je n’imagine même pas aujourd’hui mais ce qui restera c’est la fiabilité de l’information et le rapport de proximité. »

Emmanuelle Pavillon : « Malgré les évolutions numériques, la Nouvelle République a augmenté son lectorat. Aujourd’hui les internautes sont plus âgés aussi. C’est encore le papier qui fait vivre le web. Quand il y a une information locale importante, le site internet a beaucoup d’affluence. »

À RETENIR

Globalement, les grands acteurs de l’information de proximité sont en situation de monopole. Quand une actualité forte surgit, les populations ont encore le réflexe d’acheter la presse quotidienne régionale ou se rendent sur leur site internet. Mais, au quotidien, les médias peinent à renouveler une audience vieillissante. Le virage du numérique des rédactions ne correspond pas toujours aux attentes des publics. Des publics qui s’informent de plus en plus par les réseaux sociaux sans être prêts à payer l’information. De nombreux concurrents numériques essaiment un peu partout en France sans parvenir à être rentables, ce qui pose de nombreuses questions sur le modèle économique à établir dans la décennie à venir.

Maxime Buchot

[SÉRIE] Le futur de la liberté de la presse (5/5): 5 idées pour protéger les journalistes

Comment les Etats pourraient-ils améliorer la liberté de la presse, qui ne cesse de régresser au fil des années ? Certaines initiatives existent déjà pour la protéger, et d’autres, utopiques parfois, pourraient être envisagées.

1) Apaiser les tensions entre l’opinion et les médias

Aux Pays-Bas, il est inscrit dans la loi que les injures et les incitations à la haine envers les médias sont interdites. La liberté d’expression est garantie et la satire est un genre journalistique protégé. Résultat : les Pays-Bas sont 2ème au classement mondial de la liberté de la presse en 2016. Sa réglementation permet de ne pas entretenir un climat de défiance qui serait néfaste au travail des journalistes. Les pays comme les Pays-Bas, la Finlande ou la Norvège qui trustent les premières places du classement, sont des Etats qui ont une « culture de la liberté de la presse » très ancrée, très respectée, où le pouvoir des médias n’effraie pas. En plus d’être mentionnée dans un cadre légal, elle est strictement respectée dans les faits.

2) La dépénalisation des délits de presse

De plus en plus de pays dépénalisent les délits de presse, c’est-à-dire que les journalistes ne peuvent plus être condamnés à la prison à cause de ce qu’ils écrivent. Ils bénéficient donc d’une plus grande marge de manœuvre et d’une meilleure liberté d’expression. C’est un enjeu majeur pour les Etats qui ont un mauvais score au classement. Plusieurs pays d’Afrique ont dépénalisé les délits de presse ces dernières années : le Burkina Faso, le Tchad ou le Gabon, sont des exemples de pays ayant franchi le pas. Mais si cette mesure est une avancée pour les journalistes, elle ne se suffit pas à elle-même. Le Tchad et le Gabon restent des Etats où la liberté de la presse est dans une situation jugée « compliquée ».

3) Un secret des sources absolu

C’est une belle idée, qui n’est pas totalement mise en application pour le moment. Le secret des sources est évidemment capital pour la liberté de la presse afin que les journalistes puissent mieux mener leurs enquêtes et accéder à davantage d’interlocuteurs. Mais on constate que des pressions sont exercées pour contraindre les journalistes à révéler leurs sources. Loin de s’améliorer, la protection du secret des sources a plutôt tendance à être mis à mal. En France, depuis l’année dernière, il existe légalement des cas où le secret des sources peut être violé. Mais dans les pays les mieux placés au classement de la liberté de la presse, comme la Suède, là aussi le secret des sources est sacré. C’est un des principaux combats de RSF.

4) La sécurité physique des journalistes ?

La question s’est posée après Charlie Hebdo : faut-il renforcer la sécurité des journalistes ? Des agressions et des assassinats continuent d’être perpétrés, partout dans le monde. Dans les Etats où la liberté de la presse est la plus mauvaise, ils sont emprisonnés ou torturés, et il est difficile d’assurer leur protection. Dans les pays où la situation est moins grave, on pourrait envisager de renforcer la sécurité. Mais les journalistes doivent-ils partir en reportage avec des gardes du corps ? Cela reste inenvisageable. Pour lutter contre la violence, RSF lance parfois des appels et dénonce des faits jugés inacceptables, mais cela reste pour l’instant au stade de la déclaration.

5) Les associations et organisations qui défendent les journalistes

Quand les journalistes sont arrêtés arbitrairement ou agressés, il existe des organismes pour les protéger. Parfois ça fonctionne, parfois non. Amnesty International lance des pétitions et fait connaître au public les affaires. Mais il existe aussi des initiatives nationales. Adil Soz, au Kazakhstan, est une organisation qui apporte un soutien juridique aux journalistes quand ils sont arrêtés abusivement. Et ils en ont bien besoin : le Kazakhstan est 160ème au classement RSF sur 180. Le Comité pour la protection des journalistes aux Etats-Unis lutte lui aussi pour défendre les droits des journalistes. La Fondation pour la liberté de la presse en Colombie aide les journalistes victimes d’agressions. Le Fonds de liberté pour les journalistes philippins fait en sorte que les assassins de journalistes soient jugés. Ce sont des exemples parmi d’autres qui montrent que les choses peuvent bouger même à petite échelle. Ces initiatives sont d’autant plus importantes dans les pays où la liberté de la presse n’est pas garantie, et où rien n’indique a priori qu’elle le sera dans les prochaines années.

Cyrielle Jardin

[ENQUÊTE] Opérateurs mobile, sauveurs
de la presse ?

SFR et Orange proposent une initiative inédite : coupler abonnements téléphoniques et kiosques en ligne. Les opérateurs ont la volonté de donner un second souffle à la presse écrite. Mais ce modèle est-il une solution pour des journaux qui peinent à se vendre ?

En janvier 2017, l’application SFR Presse aurait été téléchargée 1,5 million de fois. Photo : Martin Esposito

 

Le Figaro, Libération, Le Parisien – Aujourd’hui en France, l’Express, Sud Ouest, le Journal du dimanche, Elle, Paris Match… Tous ces titres sur une même plateforme, tous réunis dans une application téléchargeable sur les téléphones portables, les tablettes et les ordinateurs. C’est ce que propose SFR Presse depuis le mois d’avril 2016. L’offre contenait à l’origine 18 titres. Depuis, elle n’a cessé de s’enrichir au fil des mois, pour atteindre le nombre de 65.

Un kiosque virtuel : rien de nouveau à première vue. L’un des plus connus, le néerlandais Blendle regroupe déjà plus de 100 titres, dont le New York Times et le Huffington Post. Mais les différences de fonctionnement sont majeures. Pour SFR, le kiosque est compris dans la plupart des abonnements mobile et englobe tous les titres alors que pour Blendle, l’achat se fait à l’unité. Les personnes qui n’ont pas de forfait chez l’opérateur ne sont pas en reste. Elles peuvent s’abonner pour la modique somme de… 19,99 euros par mois. C’est parfois le prix d’un unique abonnement pour certains titres de presse.

Le principe ? Les utilisateurs téléchargent les journaux de leur choix au format PDF, avant la sortie en kiosque. L’accès en avant-première et en illimité est garanti pour 65 titres. Et ça semble marcher : l’opérateur annonçait, dans un communiqué de presse en date du 8 mars 2017, avoir franchi les dix millions de téléchargements. Pour le seul mois de janvier 2017, SFR Presse a battu des records : l’application aurait été téléchargée 1,5 million de fois. Une explosion certainement due à l’arrivée de nouveaux titres sur la plateforme : Elle, Paris Match, Le Figaro, Le Figaro Magazine, Madame Figaro, Télé 7 jours et La DépêcheEt tout ça pour le même prix.

 

 

SFR n’est pas le seul opérateur à avoir mis en place une offre. Depuis juillet 2015, Orange est partenaire de ePresse. Ce kiosque en ligne compte plus de 500 titres. Mais le système diffère : l’engagement comporte là quinze crédits mensuels à dépenser dans le catalogue de quotidiens. Un titre correspond généralement à un crédit. L’option est uniquement accessible aux clients Orange. Les abonnés déboursent seulement 10 euros par mois, sans engagement, et peuvent résilier leur abonnement dès qu’ils le souhaitent.

Johan Hufnagel, numéro deux de la direction de Libération, paraît satisfait du service : « Faire partie du service SFR Presse est extrêmement intéressant. SFR a 18 millions de clients, ce qui représente pour nous un immense réservoir de lecteurs. » A l’heure où les kiosques meurent à petit feu, SFR Presse représente une option intéressante. Libération enregistrait par exemple pour l’année 2015 une importante baisse de 17,04 % de ses ventes en kiosque, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias.

Merci les opérateurs ?

Michel Combes, le PDG du groupe SFR voit grand pour le projet : « Tous nos compétiteurs vont faire la même chose : je pense que notre initiative sera copiée, y compris à l’étranger. »  Et si la presse toute entière devait dire merci aux opérateurs ? En façade, le modèle paraît être une véritable révolution. Dans les faits, c’est bien moins idyllique.

Dès lors qu’on aborde la question de la rémunération, les portes se ferment. Libération fait partie des titres les plus téléchargés chaque jour sur l’application SFR Presse mais Johan Hufnagel reste discret concernant les tarifs. Il confie tout de même que « tous les titres de presse ne touchent pas la même somme. Libération est en train de négocier, dans l’intérêt de tous. » Selon une enquête du magazine Challenges de février, « l’éditeur ne perçoit généralement que quelques centimes par exemplaire. »

C’est pour ça que certains refusent de se soumettre à ce système. Etienne Gernelle, directeur du Point, s’indignait mardi 14 mars dans l’émission L’instant M sur France Inter : « SFR est une machine à tuer la presse. » Il reproche à l’opérateur les tarifs qu’il propose. Une rémunération trop faible qui met, selon lui, en danger la qualité de la presse. D’autres, comme le magazine Society, ont quitté le service.

 

 

Cela n’empêche pas les opérateurs mobiles de se présenter comme les sauveurs de la presse. « Nous rémunérons les journaux, c’est une nouvelle source de revenus pour eux », se félicitait Michel Combes, le 10 février 2017 devant l’Association des journalistes médias. Certes, mais cette nouvelle offre peut aussi ralentir les autres options de ventes, en kiosques, avec des abonnements directs à un titre… Des offres qui sont, finalement, davantage rémunératrices que le téléchargement d’exemplaires en passant par SFR ou Orange.

Cet intérêt soudain pour sauver la presse pourrait cacher aussi un tout autre dessein : assurer une optimisation fiscale. La presse bénéficie d’un taux de TVA à 2,1 %, nettement plus bas que celui appliqué habituellement sur les abonnements téléphoniques, qui s’établit à hauteur de 20 %. Le groupe, en couplant le service SFR Presse et les abonnements, finit, grâce à ce tour de magie, par faire des économies sur ses reversements de TVA à l’Etat. Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne dénonçait une « instrumentalisation fiscale » dans un communiqué publié le 28 avril 2016 avant de rappeler que « ce taux réduit tire sa légitimité du rôle constitutionnellement reconnu de la presse pour permettre aux citoyens d’accéder à l’information nécessaire à la formation de leurs opinions. »

Patrick Eveno, spécialiste de l’histoire des médias et utilisateur assumé de l’application, admet que le modèle ne va peut-être pas durer avant de poursuivre : « Certes, la rémunération est faible mais SFR Presse donne quelques années de sursis à des titres, comme Libération, dont le modèle est déjà mort. »

Philippine David et Léna Soudre

 

[LE RÉSUMÉ] « Présidentielle : le règne des communicants »

Découvrez l’essentiel de la conférence « Présidentielle : le règne des communicants ».

Journalistes et communicants, le même univers mais des rôles bien distincts. Photo : Martin Esposito

Animé par Aurore Gorius, journaliste pour le site lesJours.fr, avec Franck Louvrier, ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, Arnauld Champremier-Trigano, ancien conseiller en communication de Jean-Luc Mélenchon, Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, Elisabeth Pineau, journaliste pour Reuters et présidente de l’Association de la presse présidentielle (APP).

LES ENJEUX

Ils cohabitent dans le même univers mais ont des rôles complément opposés : communicants politiques et journalistes sont les acteurs incontournables des élections présidentielles. Les premiers mettent en scène, les seconds décryptent au rythme des sondages censés refléter l’opinion publique. Comment s’articulent les relations entre communicants, journalistes et sondeurs, à l’heure où l’opinion publique est si mouvante ? Quelle place pour le journalisme politique alors qu’Internet permet de relier directement les candidats et les électeurs ?

CE QU’ILS ONT DIT

Franck Louvrier : « En 2012, il n’y avait pas Facebook. Aujourd’hui, Il y a une diversité de métiers, différents spécialistes de la communication de campagne […] La communication, c’est rendre visible l’invisible et organiser les choses pour répondre rapidement. […] La nouvelle génération ne prend plus l’information au premier degré. »

Arnaud Chapremier-Trigano : « Aujourd’hui, on constate que le vote stratégique prend le pas sur le vote de conviction. »

Frédéric Dabi : « Le sondage n’est pas là pour donner le résultat au point près. Les sondeurs alimentent ce contresens. Il faut regarder les sondages comme un film et non pas comme une photo figée. Le sondage est une indication d’un rapport de force et non pas une prédiction. » 

Elisabeth Pineau : « Il faut chercher plus loin que les sondages. Aller voir les gens, vérifier et sourcer ce que l’on dit. Les journalistes sont mis au rang du système alors qu’on essaye de faire notre travail sérieusement. Face aux communicants, il faut garder son sens critique. Nous sommes là pour séparer le bon grain de l’ivraie. »

À RETENIR

Lors des campagnes présidentielles, tout est communication : meetings, déplacements, prises de paroles en direct… Cette année, la communication de crise de François Fillon est pourtant inédite : rarement un sujet n’avait autant saturé le débat public si proche de l’échéance présidentielle. Résultat : les débats de fonds en pâtissent.

Est-ce vraiment un scoop ? Le rôle du communicant en politique n’est pas de dire toute la vérité. Il met en musique la campagne de son candidat. Il doit trouver des éléments de langage percutants pour répondre en deux minutes à des questions complexes. Pourtant, le quinquennat Hollande fut assez particulier, puisque pour la première fois, le chef d’état a souvent souhaité s’exprimer directement aux journalistes, sans intermédiaire. Il y a dix ans seulement, les apparitions de Chirac à la télévision étaient exceptionnelles. Lors des émeutes de 2005, il a mis dix jours pour prendre la parole, devant 20 millions de téléspectateurs. Aujourd’hui, les canaux d’information ont changé et les politiques se doivent de répondre rapidement aux accusations pour ne pas laisser grandir la méfiance et pour limiter les commentaires. Pourtant, certaines vieilles méthodes ont toujours la côte chez les politiques : le terrain reste important, les livres politiques s’arrachent en librairie (et en supermarché), le tractage sur les marchés et le porte-à-porte sont eux indémodables. 

Inévitablement, le journaliste politique côtoie les communicants. Il doit donc veiller à respecter la séparation des deux univers et éviter le copinage. Pour certains journalistes, la ligne rouge est le tutoiement. Leur rôle est de donner matière à réflexion et dans ce contexte d »’infobésité » ils se doivent d’être rapides, de tout vérifier systématiquement (à la source si possible). Paradoxalement, l’explosion des réseaux sociaux pourrait renforcer l’importance du métier de journaliste qui se doit d’être une vigie, une garantie de fiabilité à l’heure des hoaxes et des fake news.

Colin Mourlevat

[LE RÉSUMÉ] « L’ODI présente son rapport annuel : « l’information au cœur de la démocratie »

Découvrez le résumé de la présentation du rapport annuel de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI).

Patrick Eveno. Photo : Simon Bolle

 

Animé par Patrick Eveno, président de l’ODI. Avec Michèle Léridon, directrice de l’information à l’Agence France Presse, Marcel Desvergne, président de l’association des lecteurs, internautes et mobinautes de Sud-Ouest.

 

LES ENJEUX

La tension s’est accrue entre les médias et les politiques. Entre post-vérité, fake news et propagande, l’ODI estime que les médias doivent prendre le dessus sur cette situation avec leurs armes professionnelles. La déontologie est l’une d’entre elle.

 

ILS L’ONT DIT

Michèle Léridon : « L’année 2016 a été marquée par l’élection de Donald Trump. Ça a entraîné un mea culpa de la part des médias. À l’Agence France Presse (AFP), nous avons lancé une réflexion dans toute la rédaction pour tirer les leçons de l’élection. Dans les enseignements, nous avons remarqué qu’il y avait un retour aux fondamentaux, à l’impartialité, à la prudence. Il faut privilégier le travail sur le terrain. »

Marcel Desvergne : « Il y a quelque chose de très important, c’est la notion de confiance. J’ai été président de la société des lecteurs du Monde et j’ai vu que les questions autour de la confiance ne se sont jamais posées. On a traité des questions liées au traitement de l’actualité mais nous n’avons jamais fait de réunion sur les problèmes déontologiques. »

À RETENIR

La tendance constatée lors de l’année écoulée est qu’il y a une pression croissante de certaines institutions. Certaines cherchent à brider l’information au nom d’un intérêt économique par exemple. Pour cela, l’ODI estime que les politiques et les pouvoirs publics doivent garantir aux journalistes le libre exercice de leur profession. Mais l’observatoire estime qu’il est urgent de retisser les liens qui unissent les médias à la société. Les journalistes doivent réaffirmer le respect des faits contre les mensonges, les manipulations et autres propagandes toxiques tout en rappelant que le journalisme est une composante essentielle de la société démocratique.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ] « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité »

Découvrez le résumé de l’atelier : « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité ».

En cette période de campagne électorale, le fact-checking est plus que tout au centre des rédactions. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jérémie Nicey, équipe de recherche Prim, Université de Tours. Sont intervenus Jason Reifler, lab, CEmaP, Université d’Exeter, Laurent Bigot, lab. CARISM, IFP/Université Panthéon-Assas, Pascal Froissart, lab. CEMTI, Université de Paris 8 et Pauline Moullot, journaliste, Désintox, Libération.

 

LES ENJEUX

Le fact-checking peut paraître neuf alors qu’il revient au fondement du journalisme. Régulièrement utilisé pour vérifier la véracité des déclarations, il est aujourd’hui détourné par les politiques qui innovent pour répondre à cette vérification des faits. Certains candidats à la présidentielle ont même leurs propres cellules de fact-checking.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jason Reifler : « Une question est apparue : est-ce que le fact-checking améliore les connaissances des votants ? Des sondages ont prouvé que oui. Mais les gens étaient différemment touchés. Ceux qui s’intéressent peu à la politique ont eu l’impression d’avoir de meilleures connaissances. D’autres étaient plus réticents. »

Laurent Bigot : « Le travail des services de fact-checking n’est pas forcément repris ni par les autres médias ni par leur propre rédaction. Les fact-checkers n’ont donc aucune chance de convaincre tout le monde. Par ailleurs, le ton qu’ils emploient parfois fait qu’ils ne peuvent convaincre que les convaincus, en tout cas jamais les militants du même bord politique que la personnalité fact-checkée. »

Pascal Froissart : « Nous nous sommes indignés des fake news de Donald Trump. Tout le monde s’est énervé pendant dix jours en se demandant pourquoi croire quelqu’un qui dit des choses fausses. Mais en vrai, pendant tout ce temps, il a atteint son objectif, il a muselé l’opinion publique à coup de fake news. »

Pauline Moullot : « Beaucoup de partis politiques réalisent eux-mêmes du fact-checking. Mais cela n’a rien à voir avec nos pratiques du fact-checking journalistique. On le voit dans les débats : quand les équipes de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon disent qu’ils vérifient « L’Emission politique » de France 2, elles ne font que s’en prendre à leurs opposants et produisent des contenus partisans. »

 

À RETENIR

Aujourd’hui, les politiques s’approprient le fact-checking et l’utilisent contre les journalistes pendant des débats. Certains mettent au point des stratégies pour ne pas s’exposer au fact-checking. Mais cette pratique a permis aux journalistes de reprendre la main sur le contrôle de l’information et également regagner en crédibilité. Mais ils doivent faire face aux méthodes de contournement des responsables politiques.

Bastien Bougeard

Pour aller plus loin :

[ENQUÊTE] En revenir aux faits ?

[ENQUÊTE] En revenir aux faits ?

Antidote aux fake news, le fact-checking, « vérification des faits », obnubile les rédactions. Nouveau projet du Monde : le Décodex, un outil qui évalue la fiabilité des sites d’information.

Les détracteurs s’interrogent sur la légitimité du Décodex à départager les bons des mauvais élèves. Olivier Berruyer a découvert que son site les-crises.fr figurait sur liste rouge et envisage de poursuivre Le Monde en justice pour diffamation. Photo : Martin Esposito

 

Attention, il s’agit d’un site satirique ou parodique qui n’a pas vocation à diffuser de vraies informations. « À lire au second degré », s’affiche sur l’écran, après avoir tapé « Le Gorafi » dans la barre de recherche du Décodex. Lancé le 1er février, c’est un annuaire de centaines de sites qui propose d’aider les internautes à s’y retrouver entre ceux qui sont plus ou moins fiables. L’outil, créé par Le Monde, se présente comme un moteur de recherche. On y entre l’URL ou le nom d’un site d’information, et, en quelques secondes, le verdict tombe. En vert, ceux qui sont gratifiés d’un bon point : L’Express, LibérationL’Humanité, Le Point, la CNN, la BBC… Et, sans surprise, Le Monde. En orange, le journal prévient : « Soyez prudents, complétez vos recherches avec d’autres sources. » Carton rouge pour les autres : les sites complotistes ou mensongers. C’est le cas notamment d’ivg.net, un site anti-IVG qui cache sa propagande en s’affichant comme un site d’information.

 

Le fact contre le fake

L’outil ne sort pas aujourd’hui par hasard. Faits alternatifs, fake news, hoax, intox… Maquillées comme des informations journalistiques, les contrefaçons gangrènent la presse et les discours politiques. Émergeant de ce clair-obscur médiatique, le fact-checking est devenu depuis quelques années un genre presque autonome dans certains médias, avec une équipe dédiée et une chronique quotidienne : Désintox de Libération, Les Décodeurs du journal Le Monde, Le Scan politique du Figaro , le Vrai-faux de l’info d’Europe 1… Chaque rédaction possède son propre laboratoire de fact-checking. Mais la démarche du Monde, avec son Décodex, va plus loin. Trop loin pour certains, qui critiquent la dimension « idéologique » de l’outil. Les médias dits mainstream sont systématiquement marqués d’une pastille verte. Les sources alternatives sont, souvent, marquées au fer rouge. Avec plus de six cents sources décryptées, difficile de contenter tout le monde. « Dans ce travail, nous n’avons pas tenu compte de la nature des positionnements politiques ou idéologiques des sites, des pages ou des comptes sur les réseaux sociaux étudiés. Notre seul critère a été le respect des règles journalistiques », insiste Samuel Laurent, coordinateur du projet, dans un édito.

 

Les blacklistés voient rouge

Jacques Sapir, économiste eurosceptique spécialiste de la Russie, n’est pas de cet avis. « Les journalistes qui s’autoproclament fact-checkeurs ne sont que des idéologues », affirme-t-il. Une brève recherche sur la barre de recherche du Décodex permet de mieux comprendre son point de vue acéré. Son site est classé orange par l’armée de fact-checkeurs du Monde« Il relaie parfois de fausses informations, niant la présence de soldats russes en Ukraine en 2014, pourtant établie. » Autre détracteur au coeur du débat autour de la légitimité du Décodex, Olivier Berruyer, administrateur du site les-crises.fr. Son blog, parmi les 100 000 sites les plus lus au monde, a été classé rouge, puis orange. « Quand Le Monde vous décerne un brevet d’individu non fiable, votre vie change radicalement du jour au lendemain. » Olivier Berruyer a même lancé un appel au dons pour financer un procès contre Le Monde, pour diffamation. Son objectif a été atteint à 95 % en quelques jours. Les critiques viennent de tous bords : l’économiste de gauche Frédéric Lordon s’est fendu d’un long post de blog pour critique le Décodex qui « épouse cette pratique néolibérale entre toutes de l’évaluation généralisée ». Malgré des critiques, les articles estampillés fact-checking restent très lus : « Il y a un réel appétit pour les articles de Désintox », souligne Pauline Moullot, journaliste à Libération. La mort du fact-checking, elle n’y croit pas. Au contraire. Le genre est contraint de se sophistiquer, concurrencé par ce brouhaha d’informations qui caractérise l’ère 2.0. « Les factcheckeurs vont être encore plus scrutés. Nous n’avons jamais eu droit à l’erreur, mais c’est encore moins le cas qu’avant », souligne-t-elle.

 

Les lecteurs chassent aussi les fake news

L’équipe du Décodex, elle, a pris en compte les remarques autour de la première version de leur outil. « Les critiques se concentrent sur le code couleur utilisé, qui donne l’impression que Le Monde se positionne comme une agence de notation », explique Alexandre Pouchard, directeur adjoint des Décodeurs. Pour y remédier, la couleur verte, véritable label, a été remplacée par le terme « neutre », depuis ce jeudi matin. « Nous ne donnons plus d’avis sur le média en question et faisons davantage la distinction entre ce qui relève de l’opinion ou du factuel », poursuit-il. Prochaine étape pour le Décodex : le fact-checking au cas par cas, article par article, avec une correction expliquée. À quand le fact-cheking en temps réel ? Pas pour tout de suite. Les journalistes y travaillent, mais « le fact-checking ne sera jamais totalement automatisé. Le filtre du journaliste reste primordial », mesure Alexandre Pouchard. Plus réaliste : le crowdchecking, qui permet aux lecteurs de participer, eux aussi, à la chasse au fake. Dernièrement, les géants Google et Facebook ont lancé des outils collaboratifs, afin que les intox perdent instantanément du crédit face à la double, voire la triple, vérification par des médias reconnus. L’un avec CrossCheck, une alliance de trente-sept rédactions françaises qui croisent leurs connaissances ; l’autre avec un outil qui permet aux utilisateurs du réseau social de signaler les publications douteuses, en un clic. « À condition qu’ils aient appris, peut-être dès l’école, à conserver un certain esprit critique vis-à-vis des sources d’information, ajoute Laurent Bigot, journaliste-enseignant à l’École Publique de Journalisme de Tours (EPJT) et spécialiste du fact-checking. Cela grâce à des programme d’éducation aux médias par exemple. » Ainsi, le lecteur pourra prendre en main son information.

Sophie Lamberts

L’application Factoscope sort sur vos smartphones

La première application de fact-checking en France sous forme de jeu vient de sortir sur Android. Elle a été développée par des étudiants de l’École Publique de Journalisme de Tours en partenariat avec des élèves de Polytech Tours. Inédite, interactive et pédagogique, Factoscope permet de vérifier les déclarations des candidats à l’élection présidentielle et ainsi pointer du doigt les intox et approximations. Dans un temps imparti, les utilisateurs devinent l’auteur de la déclaration fact-checkée. Toujours chronométrés, ils choisissent si elle est vraie, fausse ou imprécise. À l’arrivée, une explication détaillée est proposée. À télécharger sur Google Play.

[LE RÉSUMÉ] « La liberté d’expression face aux censures de demain »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « La liberté d’expression face aux censures de demain ».

La liberté de la presse dans dix ans. Une problématique majeure qui inquiète déjà. Photo : Lucie Martin

 

En partenariat avec Reporters sans frontières (RSF). Animé par Dominique Gerbaud, journaliste, ancien président de Reporters sans frontières. Avec : Darline Cothière, directrice de la maison des Journalistes ; Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières ; Nicolas Vescovacci, journaliste indépendant membre du collectif « Informer n’est pas un délit » ; la Quadrature du net, association de défense des droits et des libertés des citoyens sur internet ; Gulsun Guvenli, enseignante en journalisme en Turquie.

 

LES ENJEUX

Entre Donald Trump, Poutine et bien d’autres, l’avenir de la liberté d’expression est incertain. Quels seront les pièges, les barrages, à la liberté d’expression dans dix ans ? Son évolution rapide selon les pays ne permet pas de se positionner de manière concrète sur ce que sera la liberté d’expression dans dix ans. Mais il reste important de débattre sur cette problématique importante pour lutter et résister ensemble contre les censeurs. Beaucoup de journalistes sont encore trop souvent menacés pour avoir user de leur droit à la liberté d’expression.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Darline Cothière : « La maison des journalistes accueille tous les persécutés de la presse, venus de plus de soixante pays différents. Ce sont des journalistes qui ont dérangé le régime en place. Quand les journalistes ne sont pas tués, ils sont forcés à l’exil. La maison des journalistes, c’est un peu une forme de baromètre de la presse dans le monde. Ce n’est pas uniquement une maison refuge, les journalistes étrangers, qui y séjournent, peuvent, et doivent, continuer d’exercer leur métier en France. Ils offrent leur regard à la presse française et c’est vraiment un plus pour la profession. »

Christophe Deloire : « Les censures peuvent être de tout ordre : religieux, politique, social, économique, etc. Aujourd’hui, l’une des problèmes est que nombreux sont ceux qui utilisent la liberté d’expression aussi pour lutter contre le journalisme. Alors même que le combat contre le contrôle de l’information doit se faire plus important, il y a de moins en moins d’alliés. Pourtant, on ne viendra pas à bout des censures politiques, quelles qu’elles soient, sans une aide des gouvernements politiques. »

Nicolas Vescovacci : « Je vois dans la censure deux tendances qui, malheureusement, se rejoignent : l’expression de la verticalité du pouvoir et de l’horizontalité du pouvoir. Une censure, cela se passe très simplement, comme quelques coups de téléphones. La question aujourd’hui c’est : comment lutte-t-on contre la censure ? Car le problème est que pour le moment, un censeur ne craint absolument rien. Il n’y a pas de règles strictes dans la loi. Avec mon collectif, on lutte pour qu’une censure ne reste pas impunie. Et ce n’est pas simple car la justice ne nous aide pas beaucoup. »

Membre de la Quadrature du net : « Au niveau des techniques de censure, ce sont toujours les mêmes : intimidation, chantages, etc. Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a un véritable problème d’accès à l’information. La protection la plus efficace contre la censure passe par les prises de conscience individuelles, collectives et sociales des problèmes de liberté d’expression. On a besoin que les citoyens se rassemblent pour mettre en place des systèmes de lutte collective qui nous permettront d’être plus forts. »

Gulsun Gevenli : « En Turquie, il y a plus de 150 journalistes en prison en ce moment. On a battu le record dans le monde, en 2016, avec l’emprisonnement de plus de 80 journalistes. Il y a 10 000 travailleurs au chômage dans le domaine de la presse. Et 102 sites internet sont interdits d’accès. Mais bien avant cette censure, qui est devenue très flagrante ces dernières années, le journalisme avait déjà perdu de son prestige en Turquie. Les jeunes savent maintenant que s’ils sont idéalistes, ils ne pourront pas faire ce métier. »

 

À RETENIR

Dans notre société actuelle, la liberté d’expression n’est toujours pas garantie. De nombreuses évolutions sont également encore attendues, notamment dans le domaine de la réglementation. Alors, même s’il est impossible de savoir ce qu’elle deviendra dans les dix prochaines années, il ne faut pas relâcher notre attention et continuer de lutter contre les censeurs de la liberté d’expression.

Yleanna Robert

[LE RÉSUMÉ] « Fake News et post-vérité »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Fake news et post-vérité ».

Pierre Ganz a longuement insisté sur la diversité des types de fausses informations. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Laurence Benhamou, (AFP). Avec Gérald Bronner, professeur de sociologie à Paris 7 et membre de l’Académie des technologies, Pierre Ganz, vice-président de l’Observatoire de la déontologie des médias, Luc Hermann, producteur, journaliste et directeur de l’agence Premières Lignes et Alexandre Pouchard, journaliste, responsable adjoint des Décodeurs du Monde.

 

LES ENJEUX

La campagne de Donald Trump l’a prouvé : l’affirmation d’une vérité peut prendre le pas sur la vérité, et donc, la réalité. Le terme fake news est aujourd’hui entré dans le dictionnaire de la très prestigieuse université d’Oxford. Sa définition : « les faits objectifs ont moins d’influence sur l’opinion que les émotions et les croyances personnelles ». Mais alors, comment lutter contre ce phénomène ? Et avec quels outils journalistiques (fact-checking, enquête, décodage…) ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Gérald Bronner : « Nous sommes confrontés à une disponibilité colossale de l’information, car le marché a été dérégulé. Il faut réguler le marché de l’information sans prendre de mesures liberticides. Sur bien des sujets, les crédules ont instauré un monopole de l’information. Chacun doit avoir une responsabilité intellectuelle personnelle. »

Pierre Ganz : « Il faut raffermir la qualité de l’information car il existe plusieurs types de fake news. Nous ne pouvons pas nous dégager de notre responsabilité dans le désamour que ressentent pour nous nos concitoyens. Nous ne sommes parfois pas assez rigoureux. La chute du nombre de journalistes spécialisés fait baisser la qualité de l’information. Car un journaliste ne peut être compétent dans tous les domaines. Les journalistes doivent rester neutres et ne pas s’engager. »

Luc Hermann : « Nous devons absolument continuer à gagner la confiance de nos lecteurs, par le fact-checking, par la rectification de nos erreurs. Nous avons une responsabilité énorme envers nos concitoyens. Nous arrivons dans une course à l’information qui est très complexe, car produire de l’information d’investigation demande du temps et des moyens. »

Alexandre Pouchard : « La pression du temps réel fait que beaucoup de fausses informations circulent sur les réseaux sociaux. Très souvent, la vérification a moins d’impact que la fausse information, même si ce journalisme et son impact sont en expansion. Nous nous adressons aux indécis, pas aux personnes déjà convaincues par les fausses informations. »

 

À RETENIR

Les fake news se développent et c’est le rôle des journalistes de lutter contre ces dérapages. L’instantanéité de l’information ne doit pas faire oublier la rigueur à la profession. Les médias diffusent parfois eux-mêmes des fausses informations, malgré eux. Il y a une multitude de formes de fake news (la mésinformation, la désinformation, le complotisme…), qu’il faut différencier. Le meilleur moyen de combattre ces fausses informations est de réguler le marché.

Corentin Dionet

Médias participatifs : dans 10 ans, tous journalistes ?

AgoraVox, Mediapart, Radio Londres… Tous ces médias vous disent sûrement quelque chose, mais qu’ont-ils en commun ? Une nouvelle vision du journalisme. Ces sites participatifs ont révolutionné l’information en invitant le lecteur à contribuer.

Certains sites comme Agoravox n’hésitent pas à recruter des contributeurs depuis leur page d’accueil. Photo : Laura Bannier/EPJT

Avec internet, plus besoin d’avoir des qualifications journalistiques pour pouvoir débattre, interagir ou s’exprimer sur un sujet. Tout ça, grâce aux médias participatifs, des sites web diffusant des contenus fournis par des personnes qui ne sont pas forcément journalistes de formation ou de métier. Médias participatifs, journalisme citoyen, audience active, médias alternatifs… Les appellations sont nombreuses mais elles soulèvent une même question : sommes-nous tous amenés à être journaliste ?

Apparu en 2000, le journalisme participatif s’est développé par l’intermédiaire des blogs et de l’autopublication, utilisés alors pour apporter des informations complémentaires voire opposées à celles publiées dans les médias traditionnels. Le mouvement s’est ensuite accentué avec l’apparition de médias participatifs encadrés avec Rue 89, lancé en 2007, ou Le Bondy Blog. On distingue deux types de médias participatifs : les sites autoproduits, qui ne sont constitués que de bénévoles, et les sites autorégulés, dont les rédactions sont peuplées de journalistes et qui s’appuient sur des participations ponctuelles de lecteurs. La première est donc un contenu directement publié par les citoyens, la seconde est un module où les échanges se font notamment en commentaires. Les récepteurs d’un média participatif ne sont pas une audience passive mais sont invités à réagir et à s’exprimer.

Aujourd’hui, le journalisme participatif est normalisé et bien intégré. Les sites se sont professionnalisés et leurs éditeurs également. Il est maintenant possible de lire du contenu de qualité et il devient parfois difficile de discerner média participatif et média traditionnel. Nous ne sommes pas tous journalistes, mais nous pouvons tous apprendre les codes pour le devenir.

Laura Bannier

[PORTRAIT] Rémy Buisine, à l’état brut

Le calepin et le stylo, Rémy Buisine n’en a pas besoin. Le journaliste révélé sur Périscope a choisi le smartphone pour des vidéos sans filtre, diffusées sur le média Brut.

Rémy Buisine : « Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie. » Photo : Hakim Douliba

« Je ne sais jamais quand et où mes journées vont se terminer », raconte Rémy Buisine, amusé. Toujours en mouvement, le téléphone à la main pour filmer l’actualité en direct. « Il y a quelques jours j’étais en route pour la visite de Fillon au salon de l’agriculture, et je me suis retrouvé dans son QG pour la réunion que personne n’attendait. » A 26 ans, Rémy Buisine est omniprésent sur la toile et est même devenu l’icône de Brut, un nouveau média d’information vidéo lancé en novembre 2016 et présent uniquement les réseaux sociaux.
Un portable dans chaque main : l’un pour filmer en live l’actualité, l’autre pour s’informer et recevoir des précisions sur l’événement. Si vous le cherchez, il est probablement dans une manifestation, un rassemblement politique ou en pleine interview en live sur Facebook Brut. Aucune post-production ne se rajoute à son travail. « Il est tout le temps en train de filmer donc difficilement joignable, même pour moi », s’amuse Laurent Lucas, directeur éditorial de Brut.

Nuit debout, le déclic

Son crédo : s’inspirer du rythme des chaînes d’info en continu tout en y ajoutant des commentaires personnels. « Je ne suis pas dans l’analyse. Le flux d’images que je donne c’est un peu mon regard à moi. Le téléphone est devant moi et ce que vous voyez c’est ce que je vois aussi. » Constamment en direct, il n’hésite pas à contextualiser ses images en parlant pour les internautes qui arrivent en court de live.
Autodidacte, il a appris sur le terrain ces nouveaux formats journalistiques. Avant d’être embauché par Brut, il était community manager pour une radio.
C’est à Nuit debout que son aventure de cinéaste a commencé. Il y a un an, sur son temps libre, il filmait le mouvement né de la contestation de la loi travail, via Périscope. « Cet événement m’a fait avancer professionnellement et personnellement, se souvient-il. Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie non-stop, avec des pics de 80 000 personnes qui me suivaient en direct. » Mais il n’avait pas prévu de rester aussi longtemps derrière son écran. Rémy a passé un « appel solennel » pour continuer de filmer. Les batteries de son téléphone étaient à plat. « Il y a plein de gens qui m’ont ramené des batteries rechargeables et pour certains même à manger, à boire. » L’humain et la dimension collaborative qui se cache derrière le live, c’est avant tout ce qui passionne le journaliste.
Une ascension rapide pour le jeune nordiste. « En 2012, je suivais les présidentielles depuis mon canapé dans mon village perdu dans le Nord de la France », se rappelle Rémy Buisine.

Jamais sans ses batteries

Comment décrit-il ses portables ? « Indispensables, indissociables ». Et puisque les lives peuvent durer des heures, Brut a dû investir : « J’ai deux batteries externes qui me permettent généralement de tenir toute la journée. »
Rémy Buisine ne lâcherait son téléphone pour rien au monde. Il a encore de beaux directs devant lui. Dans dix ans, il espère travailler toujours sur des formats journalistiques novateurs. « En 2007 on ne savait pas qu’il y aurait le livestream aujourd’hui. C’est dur de se projeter et d’imaginer ce qui existera dans une dizaine d’années. »

Laura Bannier et Lucie Martin

[DÉCRYPTAGE]
La fin du papier : c’est grave, docteur ?

Redoutée par certains, inévitable pour tous, la mort annoncée de la presse papier ne laisse personne indifférent. Pour pérenniser un modèle économique devenu défaillant, les titres de presse se tournent logiquement vers le numérique. Un choix qui permet aux leaders digital des médias français de maintenir, voire d’augmenter leur lectorat.

La roue serait-elle en train de tourner pour les rotatives ? Photo : Gabriella Paolini

Trois fois moins de quotidiens, deux fois moins de tirages. C’est le bilan de la presse papier depuis 1945 en France. A cette allure, la mort des journaux paraît inévitable. Pis, elle est prévue dans notre pays pour l’an 2029, comme l’imagine une carte réalisée par Futur Exploration Network en 2011. Cette prédiction est aujourd’hui corroborée par une étude publiée en décembre 2016. Menée par le groupe Nielsen spécialisé dans la mesure d’audience de télévision, de radio et de presse écrite, elle prévoit la mort progressive des rotatives, partiellement liée au vieillissement du lectorat. En effet, 51 % des lecteurs qui lisent exclusivement de la presse print ont 50 ans ou plus. Ils font parti de la génération des baby-boomers, nés entre 1940 et 1960. Lorsque cette génération disparaîtra, c’est donc la moitié des lecteurs actuels de la presse écrite qui s’en ira avec elle.

A l’inverse, selon cette même étude les deux tiers des consommateurs de presse numérique ont moins de 50 ans. Et aujourd’hui les médias prennent à degré variable le virage du digital. L’année dernière, certains journaux ont connu une hausse de 47 % de leurs ventes numériques selon l’ACPM (alliance pour les chiffres de la presse et des médias). Ces chiffres ont même permis à certains titres comme L’Équipe, Le Monde ou Les Échos de se maintenir, si ce n’est même de gagner des lecteurs par rapport à 2015. L’équilibre des médias s’inverse. Aujourd’hui, le but est d’attirer sur le contenu digital les lecteurs qui délaissent la presse print. En somme, peu importe le support tant que les titres gardent leur lectorat.

Le journal de référence Le Monde propose aujourd’hui des offres d’abonnements diversifiées. La formule “intégrale” contient à la fois le format papier et le format numérique. Mais il propose également une formule “tout numérique” pour un accès à l’information “partout, tout le temps”. Les magazines même s’ils sont traditionnellement affiliés au print proposent, de plus en plus, des abonnements 100 % digital. C’est notamment le cas de Society. Ce changement de cap est l’une des solutions apportées pour faire face à la crise. Surtout, elle est l’émanation d’une volonté de modifier un modèle économique pérenne, qui a déjà fait ses preuves.

D’autres ont tout de suite fait le choix du tout numérique comme Mediapart, créé en 2008, mais il apparaît comme un ovni dans le paysage médiatique tant sont rares les médias qui sont parvenus à s’imposer sur ce modèle. Mediapart se distingue grâce son contenu, sa ligne éditoriale et la qualité de ses informations. Le journal compte à son actif l’affaire Cahuzac, l’affaire Woert-Bettencourt ou encore le dossier Takieddine.

Cette transition numérique et la fin annoncé du papier a en outre bouleversé l’organisation des rédactions. Avant l’avènement d’Internet les journalistes rendaient leurs articles en fin de journée, voire en soirée. Les rotatives se chargeaient du reste. Mais aujourd’hui, les habitudes changent : des rédactions web ont été créés et la plupart des papiers, même ceux écrits par des journalistes traditionnellement affectés au print, sont publiés sur le web dès qu’ils sont écrits. Objectif : donner de l’information de qualité tout le temps, toute la journée, à ses lecteurs et abonnés. Qu’ils soient internautes, mobinautes ou lecteurs.

Corentin Dionet et Naïla Derroisné

Pour aller plus loin :

[INTERVIEW] À Nantes, on fait « du journalisme de solution »

[DÉCRYPTAGE] Connaissez-vous les hackathons ?

Collaborer pour développer des projets numériques novateurs, c’est le concept des hackathons. Ils sont à l’origine de créations qui ont révolutionné Internet.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’est en aucun cas question de piratage. Un hackathon a pour objectif de faire émerger des nouvelles solutions sur Internet. Après un brief, plusieurs projets sont sélectionnés. Puis des groupes de deux à trois développeurs, aux origines et aux parcours divers, sont constitués. Ils ont ensuite 48 heures pour présenter une application fonctionnelle. Un jury entre ensuite en jeu et récompense le projet le plus novateur, le plus réaliste et le plus efficace.

Les hackathons, c’est avant tout l’idée de coopération, mais aussi d’open-source. Pouvoir tout partager, accéder aux projets des autres et les améliorer. Le hackathon est porteur d’idées et d’avancées. Twitter, ou encore le bouton « j’aime » sur Facebook sont nés d’un hackathon. Il aide même à résoudre des problèmes de société. Un hackathon était organisé debut mars pour trouver des solutions à la crise migratoire, à Paris. Mis en place par les entreprises Techufgees et Startup Weekend, il avait comme objectif d’améliorer la vie des réfugiés dans leur pays d’accueil.

Un hackathon francophone est lancé mercredi 15 mars aux Assises à 9 heures, en collaboration avec Samsa.fr, un site spécialisé dans la transition numérique.

Martin Esposito

[ENQUÊTE] Robots : amis ou ennemis ?

Depuis quelques années, les robots-journalistes s’immiscent dans les rédactions. Et commencent à inquiéter la profession. Peut-être à tort. 

Dans la presse française, Le Monde a ouvert le bal en 2015. En collaboration avec la société Syllabs, 36 000 articles ont été générés automatiquement. Claude de Loupy, de Syllabs, précise : « Notre objectif n’est pas de remplacer les humains. » Photo : Martin Esposito


 

N’imaginez-pas un humanoïde qui tape sur son clavier. En réalité, le robot-journaliste s’apparente plus à un algorithme qui transforme différentes données en articles. L’expression laisse imaginer une forme d’intelligence artificielle, et donc une capacité à la prise de décision. Le robot-journaliste est, certes moins sociable, mais tout aussi performant.

Ces robots, ou plutôt ces algorithmes, ne sont pas que pure fiction. Ils existent déjà. Aux Etats-Unis, Forbes, le Los Angeles Times, ou encore Associated Press ont déjà eu recours au système. Leur utilisation reste, pour le moment, limitée à des dépêches ou des résultats sportifs, voire à des biographies. À la lecture de ces articles, difficile de dire si l’auteur est un journaliste ou un robot. 

 

Une percée au Monde

La forme des papiers est plutôt basique, mais l’écriture, elle, tend à se complexifier. « Certains robots ont déjà des dispositifs qui leur permettent d’angler et de s’adapter dans les choix du vocabulaire en fonction du lectorat », explique la journaliste Laurence Dierickx, spécialiste des questions liées à la génération automatique de textes. 

La France n’est pas en reste. Lors des dernières élections départementales de 2015, la société Syllabs a conçu un robot pour le site internet du Monde. L’objectif ? Se démarquer de la concurence en donnant les résultats sous forme d’articles pour chaque canton. En tout, 36 000 papiers ont été publiés par ce biais. Créée en 2006, Syllabs a été l’une des première en France à s’attaquer au marché du robot-journalisme. Avec sa solution nommée « data2contents », elle propose de transformer des données en texte. « Nous ne faisons pas du journalisme, tient à rappeler Claude de Loupy, cofondateur de l’entreprise. Nous produisons juste de l’information sous la forme de texte. Notre objectif n’est pas de remplacer les humains. » Un leitmotiv que matraquent les entreprises spécialisées en programmation. Le robot-journaliste n’est pas présenté comme un concurrent mais plutôt comme un allié du rédacteur. Pour Laurence Dierickx, « il est nécessaire que les journalistes s’approprient ces nouveaux outils qui doivent les aider dans leur travail. Nous sommes dans une dynamique dans laquelle les journalistes ont de plus en plus de données à traiter. Et dans ces données, il y a de l’information qui est intéressante ».

Aider, un autre maître-mot qui a poussé Benoît Raphaël à créer Flint, une newsletter innovante. Derrière cette lettre d’informations, on retrouve un robot. Il sélectionne des articles qu’il définit lui-même de qualité, et qu’il juge susceptibles d’intéresser son lecteur. Pour cela, il s’appuie notamment sur « l’intelligence collective » de Twitter.

Les robots-journalistes arrivent à retranscrire des émotions dans leurs articles. Photo : Arthur Garanta


 

À partir du réseau social, il analyse comment sont partagés les articles. « Dans la masse de contenus qui est produite et publiée chaque jour, il y a énormément de choses. Seul un robot est capable de faire émerger le contenu qui saura nous intéresser », explique Benoît Raphaël. 

La technologie utilisée va au-delà de l’algorithme. C’est ce que l’on appelle du « machine learning ». Une expression un peu barbare pour qualifier l’apprentissage automatique d’un robot. En effet, il peut avoir la capacité de s’enrichir au fur et à mesure. Une forme d’intelligence artificielle qui, dans un futur proche, serait capable d’analyser et de rédiger de manière autonome des sujets sans que la différence puisse se voir à l’écrit. « Par exemple, ils vont lire toutes les critiques culinaires auxquelles ils ont accès. Ils vont ensuite s’inspirer du style des journalistes humains pour écrire leur propre critique », note Jean-Hugues Roy, professeur à l’école de médias à Montréal. De quoi remplacer certains journalistes ?

 

Les mains dans le code

Dans un secteur qui peine à trouver son modèle économique à l’ère du numérique, l’inquiétude autour de l’emploi est légitime face à ces nouveaux concurrents. « Il y aura sans doute un impact, mais pas à très grande échelle. Nous avons besoin de l’humain. Il y a des choses qu’un logiciel ne peut pas faire. Est-ce qu’il peut donner une opinion ? Est-ce qu’il peut être créatif ? Il y a aussi un rapport humain entre le journaliste et ses sources », nuance Laurence Dierickx.

Ainsi les machines, comme les journalistes, ont encore besoin d’adaptation. Ces derniers vont, en effet, devoir apprendre de nouvelles compétences. Pour Jean-Hugues Roy, c’est dans l’air du temps. « Il ne sera pas nécessaire que tous les journalistes sachent programmer mais il faudra au  moins qu’ils aient quelques notions. Les algorithmes tendent à devenir des sièges de pouvoirs. Il faut que les rédacteurs puissent leur demander des comptes de la même manière qu’un journaliste demande des comptes aux élus, aux entreprises. »

Développer des robots-journalistes et travailler avec, tend aujourd’hui à prendre de l’importance. Programmer, coder ou éditer seront des compétences bientôt indispensables dans les différentes rédactions. Plus qu’un ennemi, le robot pourrait bien permettre aux journalistes d’approfondir leur compétences. Ils programmeront peut-être bientôt les robots, pour écrire les articles de demain.

 

Sauriez-vous reconnaître la plume d’un robot ? 

Comment écrivent les robots-journalistes ? Nous avons sélectionné deux exemples d’articles :

Une biographie de Marvin Lee Minsky, sur le site wired. com (traduit de l’anglais) : « Marvin Lee Minsky, 88 ans, est décédé 24 janvier 2016 à Boston, dans le Massachusset, d’une hémorragie cérébrale. […] Marvin Minsky était connu pour sa contribution dans le domaine de l’intelligence artificielle. […] On retiendra de lui la création du MIT Computer Science et du laboratoire d’intelligence artificielle en 1959. Minsky était marié à Gloria Minsky et avait trois enfants. […] »

Un compte-rendu de la finale de Roland Garros Djokovic-Murray en 2015, par la société Yseop : « Malgré la perte du premier set, Djokovic a remporté le tournoi de Roland Garros en battant Murray (3-6, 6-1, 6-2 et 6-4). Le faible pourcentage de premières balles (42 %) de l’Écossais ne l’a pas empêché de gagner le premier set en seulement 32 minutes de jeu. Encore moins performant dans ses premières balles lors de la deuxième manche, l’Écossais s’est fait logiquement breaker à deux reprises et a concédé le deuxième set 6-1. Il est à noter que Djokovic a réussi 6 aces dans cette manche, et que ses vingt-cinq coups gagnants lui ont permis de renverser le cours du match. »

Théo Caubel et Mary Sohier

[INTERVIEW] Roger Motte : « On ne pourra plus se passer des drones »

Roger Motte est à la tête du pôle drone innovation de France TV. Un pôle encore en gestation qui servira les JT et les magazines de France 2 et France 3. Il nous éclaire sur la question des drones dans la profession. 

Roger Motte fait partie du pôle de réflexion sur les drones à France TV. Photo: D.R

Qu’est-ce que les drones apportent au journalisme ?

Le drone est un nouvel outil pour le journalisme, à l’instar des nouveaux outils apparus ces dernières années comme les grands capteurs sur les boîtiers reflex ou autres OSMO. Le drone ouvre un nouveau point de vue, offre une impression de première fois. Il permet des plans descriptifs ou de situations uniques. Il est également beaucoup plus économique que tout autre moyen aérien pour la prise de vue aérienne comme les hélicoptères, les avions ou encore les ballons.

Quelles sont les limites, les contraintes d’utilisation des drones ?

Les contraintes sont principalement liées à la réglementation, même si elle devient plus simple pour les professionnels. Deux scénarios concernent notre profession : les vols en zone non peuplée et les vols en zone peuplée par des humains ou animaux. Pour faire voler un drone en zone peuplée, il est obligatoire d’avoir une autorisation préfectorale. Il y a aussi des contraintes liées à la météo. Il est impossible de voler par très grand vent ou sous une pluie très forte. Des limites aériennes sont aussi à respecter. Il y a des zones interdites dans l’espace aérien français, tels que les aéroports, les zones de parachutages, d’ULM, de couloirs militaires de basses altitudes etc. En ce qui concerne la technologie, la durée de vol est limitée de 15 à 20 minutes. Pour la prise de vue, les seules limites sont celles du niveau et de la qualité de pilotage, donc du pilote.

Que pensez-vous de cet outil ? Comment va-t-il évoluer ?

C’est un outil fantastique qui ouvre de nouvelles perspectives. On ne pourra plus se passer des drones en mag et en documentaire. Il évolue très rapidement. On note de nouvelles assistances électroniques, de nouvelles fiabilités et des batteries supérieures qui permettent des temps de vols plus long. Il ne faut cependant jamais oublier que le drone est une machine volante qui peut donc être potentiellement dangereuse. Il faut donc de vrais professionnels avec les bonnes formations. Être conscients que ce n’est pas un outil comme un autre. Nous sommes ici, et avant tout, dans le domaine aérien public qui concerne tout le monde. Le ciel au-dessus de son propre jardin ne nous appartient pas. Il y a, de plus, toutes les questions liées à la vie privée et aux autorisations des particuliers en zone non peuplée.

Propos recueillis (par mail) par Philippine David et Yleanna Robert

Pour aller plus loin :

[DÉCRYPTAGE] Demain tous pilotes de drones ? Pas si sûr

[SÉRIE] Le futur de la liberté de la presse (3/5) : Burkina Faso, un modèle africain

On parle souvent des pays où la liberté de la presse recule, mais certains s’améliorent. C’est le cas du Burkina Faso, dont le score au classement RSF est meilleur chaque année.

L’image que l’on se fait de la liberté de la presse en Afrique n’est pas glorieuse. Et ce n’est pas sans raison : lorsque l’on regarde la carte établie selon le classement RSF, il y a beaucoup de rouge et de noir. Ce qui signifie un score très haut, donc une liberté de la presse très mauvaise. Mais certains Etats font figure d’exception. Le Burkina Faso connaît une progression notable en terme de liberté de la presse, et en 2016, avec sa 42e place, il est plus haut au classement que la France (45e). C’est le cas aussi pour la Namibie (17e), le Ghana (26e), du Cap-Vert (32e), de l’Afrique du Sud (39e), et du Botswana (43e). Le Burkina Faso est le premier pays d’Afrique francophone au classement. Depuis deux ans, son score baisse, pourtant ni la situation politique ni les conditions de travail des journalistes ne semblaient a priori favorables à un bon développement de la liberté.

Le paysage politique burkinabé a été chamboulé à la fin de l’année 2014. Le président Blaise Campaoré, à la tête de l’Etat depuis 1987, a été évincé du pouvoir suite à des soulèvements populaires. Un organe de transition est mis en place en 2015, secoué par un Coup d’Etat en septembre, avant un retour à la normale et l’élection d’un nouveau président en décembre. Dans des situations aussi houleuses, il n’est pas rare que la liberté de la presse soit en berne. En l’occurrence c’est l’inverse : dans le classement RSF 2016 pour l’année 2015, le Burkina Faso a gagné 4 places et perdu 1,13 points par rapport à l’année précédente.

Pourtant les médias ont été particulièrement secoués pendant le coup d’Etat de septembre. Des radios ont été empêchées d’émettre, des journalistes menacés de mort ou brutalisés par les putschistes, des rédactions saccagées. En réaction, des radios ont décidé de faire grève. Difficile d’exercer son métier de journaliste dans de telles conditions. Et malgré tout, aucune atteinte notable n’a été portée à la liberté de la presse. La liberté d’expression, qui a toujours été relativement respectée, s’est maintenue. RSF note que le Burkina Faso est l’un des Etats « les plus dynamiques d’Afrique en matière de pluralisme, qu’il s’agisse de la presse écrite ou audiovisuelle ». L’usage des réseaux sociaux est aussi de plus en plus fréquent.

Le gouvernement de transition a entamé une relecture du code de l’information. Parmi les mesures mises en place, on trouve la dépénalisation des délits de presse. Depuis le 4 septembre 2015, un journaliste condamné pour diffamation ne risque plus la prison, mais seulement une amende. Jusqu’ici, tout va bien. Mais en cas de récidive, l’amende devient très lourde, si lourde que les médias se sont plaints de cette mesure. Payer une telle amende pourrait tout simplement entraîner la fin de certains titres, qui n’ont pas autant de moyens. Cette législation ne peut donc être considérée que comme une avancée partielle. Néanmoins elle donne un peu plus de liberté aux journalistes qu’auparavant.

L’Etat a aussi investi davantage de moyens en 2016 en faveur du développement des médias, via le Fond d’appui à la presse privée (FAPP). Il a déboursé 700 millions de Francs CFA (environ un million d’euros) pour soutenir la presse privée. L’accès aux médias se développe également : la TNT a été installée en 2016 pour couvrir 98% du territoire.

Toutes ces améliorations contribuent à améliorer les conditions de travail des journalistes, et le rapport des burkinabés aux médias. Mais tout n’est pas rose pour autant. Les médias ne disposent pas toujours de moyens suffisants, et le matériel peut être difficile à obtenir. Il laisse aussi parfois à désirer. Les journalistes continuent d’être victimes de violences. Et la liberté de la presse est loin d’être totalement assurée. Les médias publics ont été en grève à trois reprises en septembre et octobre 2016. Les employés considèrent le salaire insuffisant, et surtout réclament une plus grande indépendance des médias. Ils dénoncent les instrusions régulières du Ministre de la Communication dans les médias, qui leur passe des coups de fil pour demander le retrait de certaines émissions, ou au contraire tente de les utiliser pour relayer ses informations. Il y a donc encore, pour les journalistes burkinabés, des choses à faire bouger.

Le Burkina Faso reste un modèle qui montre que, même dans des situations complexes, même avec des moyens limités, la liberté de la presse peut être préservée ou améliorée. Une leçon qu’il pourrait être important de retenir pour l’avenir. Le cas du Burkina Faso tord le cou à une idée répandue qui veut que la liberté de la presse soit liée à la démocratie. L’Etat occupe la 102e place sur 167 en terme d’indice de démocratie. Soit beaucoup plus bas que la France. Pourtant la presse du Burkina est plus libre. Rien ne dit que son classement RSF augmentera encore cette année, mais l’Etat a continué à œuvrer en faveur des médias. La situation reste compliquée dans de nombreux pays d’Afrique. Sur le continent on trouve même le plus mauvais élève au monde pour la liberté de la presse, l’Erythrée. Mais il y a aussi des Etats qui progressent, signe que la restriction de la liberté de la presse n’est pas une fatalité.

Cyrielle Jardin

[SÉRIE] Le futur de la liberté de la presse (2/5) : États-Unis, turbulences en approche

Entre ses conférences de presse qui vient au tragicomique et ses invectives en 140 caractères, Donald Trump n’a cessé de décrédibiliser la presse. Si ce début de mandat ultra offensif est de mauvaise augure pour les journalistes à la Maison Blanche, d’autres préoccupations héritées des années Obama devraient surgir. En question : l’accès à l’information et la protection des sources.

Donald Trump s’est engagé dans une guerre aux médias. Photo : Shaun Mullen

 

  • Liste noire et diffamation. La guerre entre Donald Trump et les médias a atteint son summum le vendredi 24 février lorsque plusieurs journalistes de la CNN, du New York Times et de BuzzFeed se sont vu refuser l’accès à la Maison Blanche lors du briefing quotidien. Par solidarité, les journalistes du Time Magazine et de l’agence Associated Press ont boycotté la conférence. Reporters Sans Frontières s’est dit « très préoccupé » par l’attitude du président Trump. L’organisme rappelle également que l’expression « fausse information » est un motif d’emprisonnement récurrent dans certains pays qui figurent dans les bas-fonds du classement RSF. Lors de la campagne présidentielle, Donald Trump avait promis de réformer les lois sur la diffamation et de permettre ainsi d’attaquer en justice les journaux qui mènent des « campagnes de dénigrement ». Un scénario pas impossible, mais difficile à réaliser selon les juristes : il faudrait modifier le premier amendement qui protège la liberté d’expression et renverser une décision de la Cour Suprême de 1964 qui fait jurisprudence en matière de diffamation.

  • Silence médiatique et transparence. Autre inquiétude, le silence médiatique imposé à plusieurs agences gouvernementales dont l’EPA (Agence pour la Protection de l’Environnement). Aux États-Unis, la loi sur la liberté de l’information (FOAI) a été votée en pleine guerre du Vietnam, elle est un gage de transparence. Depuis le 1er mars, le Bureau Fédéral d’Investigation (FBI) n’accepte plus les requêtes par e-mail. Ce dispositif prévu dans la loi pour la liberté d’information permettait à tous les journalistes et à tous les citoyens d’accéder à des dossiers du gouvernement. Ces restrictions n’ont pas tardé à déclencher les foudres de RSF qui déplore cette entrave à la transparence et au droit à l’information.
  • Protection des sources et sécurité nationale. La chasse aux lanceurs d’alertes n’a pas attendu Trump pour être lancée. Selon RSF, aux États-Unis, « la liberté de la presse s’arrête à la porte de la sécurité nationale » et l’administration Obama a sensiblement intensifié la traque aux lanceurs d’alertes. Ces huit dernières années, neuf whistle blowers ont été poursuivis en justice et Trump pourrait bien continuer sur cette lancée. Dernière victime en date : Jeffrey Sterling, cet ancien de la CIA est accusé d’avoir enfreint l’Espionnage Act en révélant des informations gouvernementales au journaliste du New York Times James Risen. Il purge actuellement une peine de trois ans de prison. Aux États-Unis, il n’existe toujours pas de « loi bouclier » garantissant l’anonymat des sources aux journalistes américains.

En 2017, les États-Unis pourraient bien perdre leur 41e place et s’enfoncer dans le classement de RSF.

Colin Mourlevat

[INTERVIEW] Marc
Capelle : « Ne pas trop fantasmer sur la possibilité d’anticiper »

Marc Capelle est l’ancien directeur de l’Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille. Il dirige actuellement l’ESJ PRO médias qui propose des formations continues. Selon lui, les écoles peuvent anticiper les outils de demain. Mais elles doivent surtout se concentrer sur la réalité professionnelle d’aujourd’hui.

Depuis septembre 2015, Marc Capelle dirige l’ESJ PRO médias. Photo : Marc Capelle

Dans un contexte où le métier de journaliste est en constante évolution, comment former les jeunes journalistes tout en sachant que les outils actuels risquent de devenir obsolètes ?
L’ESJ pro est là pour accompagner les rédactions dans leur bascule vers le numérique. Nous ne sommes pas là pour inventer les outils de demain. Si nous organisons des formations pour apprendre à faire un live sur Facebook, c’est parce que c’est un besoin actuel. Les médias doivent développer leur présence sur les réseaux sociaux, et particulièrement la couverture de sujet en live sur Facebook. Il faut apprendre à le faire correctement du point de vue technique mais aussi éditorial. Si dans cinq ans Facebook n’existe plus, il sera remplacé par autre chose. En formation initiale, on peut se dire que notre rôle est de suggérer de nouvelles pratiques, de faire évoluer les médias. C’est moins notre problématique en formation continue. Nous devons d’abord coller à la réalité des besoins de la profession aujourd’hui plutôt que de rêver ce qui va exister dans dix ans.

Avec la multiplication des nouveautés technologiques, comment faire le tri entre l’indispensable et le gadget ?
En formation continue, nous sommes là pour répondre aux demandes et aux besoins de nos clients. En général, ils savent ce qu’ils veulent, donc nous n’avons pas besoin de faire le tri. Cependant, il nous arrive d’envoyer des équipes dans des congrès nationaux ou internationaux pour anticiper sur ce que nous pourrions avoir à faire. Mais nous ne sommes pas non plus un centre de recherches.

Donc vous anticipez ?
Oui, nous avons une petite marge de manoeuvre. Mais il faut être réaliste, dans les écoles de journalisme, et dans les organismes de formation en continue, nous sommes là pour tenir compte de la réalité professionnelle d’aujourd’hui. On ne peut pas se dire dans dix ans ça sera comme ça, donc aujourd’hui on fait comme ça. C’est bien gentil, mais derrière il y a des jeunes diplômés qui doivent trouver un travail, non pas dans dix ans, mais maintenant. Il ne faut pas trop fantasmer sur la possibilité d’anticiper. Je ne dis pas qu’il ne faut pas anticiper mais ça ne doit pas être l’essentiel de l’activité d’une école.

Faut-il former un étudiant à s’adapter aux prochaines évolutions plutôt que de le former à un média en particulier ?
Certes, il y a des spécialisations de fin de cursus, mais les apprentis sont avant tout formés pour s’adapter aux demandes variées. C’est l’esprit global de la formation et aussi l’attente des employeurs. Il ne faut pas faire des outils une obsession. Ce qui est important, à fortiori dans un environnement de plus en plus bouffé par la technique, c’est de se former à être et à rester positionné comme journaliste et non pas comme technicien de l’information. Les outils, on finit toujours par les maitriser et s’y adapter. Aller chercher des informations, lever le nez de son écran, comprendre que c’est sur le terrain que ça se passe… Ça c’est essentiel.

Propos recueillis par Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs

 

 

[DÉCRYPTAGE] Jamais sans mon smartphone

2017 célèbre un anniversaire bien particulier : celui du premier iPhone, qui fête ses dix ans. En une décennie, les smartphones se sont imposés comme le nouvel ami de l’homme. Au point que le journalisme ne peut plus passer à côté.

Aujourd’hui, les journalistes de certaines chaînes de télévision produisent leurs sujets avec leur mobile. Photo : Lucie Martin

S’il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher aux grands médias, c’est d’avoir raté le virage du smartphone. En 2010, alors que 17% de la population française dispose d’un « téléphone intelligent », la plupart des journaux nationaux possèdent déjà leur application. Le Figaro, Le Monde, Libération et L’Équipe sont téléchargeables sur son compagnon de poche. Au début simple accès au journal numérisé, les applications ont depuis évolué pour proposer des contenus “smartphone ready”.

 

Quand les journaux s’inspirent des applications

 

Pour le grand public, le smartphone permet d’accéder à l’information partout, sans avoir à allumer son ordinateur. Pour les journalistes, il est un véritable outil de poche : vérifier une dépêche, répondre à un mail, servir d’enregistreur. Aujourd’hui encore, les possibilités multimédias de nos portables sont en constante évolution. Au point qu’en juin 2015, la chaîne genevoise Léman Bleu a produit le premier journal télévisé filmé totalement au smartphone. Aujourd’hui, la chaîne n’utilise plus que des smartphones à l’heure actuelle, preuve du succès de l’initiative. La formule a également été reprise par BFM Paris, lancée le 7 novembre dernier.

Mais le succès des smartphones tient beaucoup aux applications. Ces micrologiciels, très simples à installer, adaptent pour la plupart le contenu des sites web. Mais de plus en plus de contenus exclusifs, pensés pour les mobiles, apparaissent. Après les jeux, les développeurs ont délaissé l’internet classique pour les applications. Par exemple, Periscope, Snapchat, et Tinder sont inaccessibles sur un ordinateur.

Tinder, justement, a inspiré les développeurs du quotidien Le Monde, qui ont repris l’idée de la sélection avec un glissement de doigt pour lancer La Matinale. L’utilisateur choisi du bout de ses doigts les articles qui l’attirent le plus, puis accède à son tri. Et cela fonctionne : selon des chiffres de juin 2016, l’appli comptait plus de 450 000 téléchargements à son actif.

La Matinale a ainsi ouvert une piste : celle de pouvoir copier le concept d’une application à des fins informatives. Techniquement possible et efficace, elle peut permettre de toucher un public jeune qui délaisse la presse, la radio, la télé et même les ordinateurs au profit de leur écran de 5 pouces.

L’été dernier fut marqué par un phénomène de société sur smartphone : Pokémon Go. Le célèbre jeu de carte offrait à chaque utilisateur la possibilité de pouvoir attraper Pikachu, Dracaufeu et autres Roucool via son portable dans un environnement bien familier : la rue. De quoi démontrer que les possibilités sont grandes.

Martin Esposito

Pour aller plus loin :

[DÉCRYPTAGE] Le news snacking, vite et bien

 

[DÉCRYPTAGE] Demain tous pilotes de drones ?
Pas si sûr

L’utilisation des drones, implantés dans les médias depuis plusieurs années, n’est plus si nouvelle. Leur avantage ? Ils apportent des images inédites, différentes de ce qui se fait traditionnellement. Mais leur utilisation se heurte à des contraintes journalistiques : entre réglementation et formation des journalistes, le développement des drones est coupé dans sa lancée. 

L’utilisation du drone dans le monde du journalisme prend son envol depuis quelques années. Photo : Instadrone

Images de catastrophes naturelles, d’événements sportifs tels que le Tour de France ou encore de paysages montagneux : le drone offre une toute nouvelle vision, un nouveau regard, différent de celui d’une caméra ou d’un appareil photo. En France, plusieurs médias ont expérimenté l’utilisation des drones. L’Express est l’un des pionniers. En 2013, le projet « Drone it » a été mis en place et plusieurs groupes de journalistes ont expérimenté l’outil pour le web. L’AFP a elle aussi ouvert une cellule spécialisée dans les drones. Depuis trois ans, elle teste ces engins volants dans plusieurs pays du monde dont la France, le Mexique mais aussi sur le continent asiatique. Comme tout le monde, l’AFP se heurte à des législations trop contraignantes. Les normes ne sont pas les mêmes selon les villes et les pays. Si dans plusieurs régions du monde, les journalistes peuvent faire ce qu’ils souhaitent, ils sont le plus souvent bloqués par des contraintes réglementaires.

Une question de temps

En France, la Direction générale de l’avion civil (DGAC) a signé de nouveaux arrêtés en 2015 concernant les drones. Sauf demande exceptionnelle, la hauteur de vol des drones est limitée au maximum à 150 mètres. Il est strictement interdit de voler et de filmer au-dessus des propriétés privées sans autorisation des personnes concernées. Il faut aussi une autorisation de la préfecture pour effectuer des aménagements de sécurité sur les voies publiques. Des règles qui contraignent les journalistes. « Il y a un problème d’utilisation des drones pour l’actu. À partir du moment où l’événement est imprévisible, on ne peut pas utiliser le drone », regrette le responsable du pôle vidéo/drone de l’AFP, Laurent Kalfala. Notamment car le délai d’autorisation des préfectures est parfois long. Mais il y a eu une avancée quant à l’obligation d’avoir une licence pour piloter les drones. Laurent Kalfala continue : « En France, on travaille avec un drone captif, un drone relié à un câble. Conçu pour le journalisme, il a été développé par l’AFP et une entreprise suisse. Avec cet outil, nous ne sommes pas obligés d’avoir une licence de pilotage. » Édouard Guilhot : « L’usage d’un drone est… par rtl-fr Les règlementations sont accompagnées d’autres problèmes particuliers. « On demande trop de compétences aux journalistes, il leur faut davantage de temps, et les règlementations n’aident pas », explique Benjamin Turquier, ex-responsable du pôle vidéo web à l’Express. Et en effet, les médias sont de plus en plus gourmands. « Il y a une multiplication des outils visuels. Les médias nous demandent de plus en plus si nous sommes capables d’utiliser des gopros (caméras fixée sur le journaliste, ndlr), des DJI osmo (caméras sur tête pivotante, ndlr) mais aussi des drones », souligne Simon Fichet, JRI freelance. Selon lui, l’utilisation ne doit pas être systématique et obligatoire. Il regrette aussi que le fond soit parfois laissé de côté au détriment de la forme. « Aujourd’hui, c’est surtout une compétition à l’image entre les sociétés de production. » Le drone fait-il gagner ou perdre du temps ? Certains soulignent un manque de temps sur le terrain d’autres, au contraire, pensent que les drones en font gagner. Ils sont pratiques pour se rendre sur des lieux inaccessibles, où il est difficile de filmer avec une caméra au sol. L’AFP a, elle, décidé d’accompagner ses journalistes. « On a pris le parti de former un maximum de photographes et de vidéastes pour avoir des personnes à disposition lorsque l’on a besoin de filmer au drone », explique Laurent Kalfala. À l’étranger, au Mexique et en Asie, tous les journalistes sont formés au pilotage de drone conventionnel. Alors, bientôt tous pilote de drones en France ? C’est encore loin d’être gagné.

Philippine David et Yleanna Robert

Pour aller plus loin :

[INTERVIEW] Roger Motte : « On ne pourra plus se passer des drones »

[SÉRIE] Le futur de la liberté de la presse (1/5) : France, la lente noyade

Le constat est sans appel : depuis plusieurs années le score de la France concernant la liberté de la presse ne cesse de se dégrader. Un processus sans fin ?

Sept places : c’est la chute opérée par la France au classement 2016 (pour l’année 2015) de Reporters sans frontières. L’ONG a sanctionné une année particulièrement difficile pour les médias français. Si l’on ne regarde que l’évolution au classement, la France reste tout de même stable depuis plusieurs années, autour de la 40ème place. Mais le score global, lui, n’a presque jamais cessé d’augmenter depuis 2002. La France a gagné 2,5 points en 2016 par rapport à 2015. Et dans le classement RSF, plus la note est élevée, moins grande est la liberté de la presse. L’Hexagone serait-il condamné à régresser, même dans les prochaines années ? Concrètement, dans le classement 2016 pour l’année 2015, RSF a sanctionné la France pour plusieurs raisons. Pour certaines, elles se sont d’ores et déjà aggravées en 2016 et des faits similaires pourront impacter la liberté de la presse dans le futur.

  • L’attentat de Charlie Hebdo. Les exactions commises sur des journalistes sont un critère important dans le barème RSF. Huit ont été tués sur le sol français le 7 janvier 2015 lors de l’attentat de Charlie Hebdo. Ce qui fait de la France en 2015 le troisième pays où le plus de journalistes ont été tués, après l’Irak et la Syrie. L’attentat a donc été déterminant dans la hausse de son score au classement. RSF l’a qualifié de « pire exaction commise envers des journalistes sur le sol européen ». Après l’attentat, la loi sur le renseignement a par ailleurs été adoptée le 24 juillet. Selon RSF, elle menace le secret des sources des journalistes. La lutte contre le terrorisme amène à des situations exceptionnelles où souvent la liberté de la presse est sacrifiée.
  • Et après ? Charlie Hebdo est un cas encore exceptionnel pour le moment, où un attentat a ciblé spécifiquement un média sur le sol français. Les exactions étant imprévisibles, rien ne dit qu’elles ne se produiront pas à nouveau à l’avenir, et cela se ressentira sur le barème de la liberté de la presse de la France. Mais 2016, aucun n’a été tué sur le sol français. Si jamais la France régresse au prochain classement, attendu au premier semestre de 2017, ce sera pour d’autres raisons. Une autre affaire plus ancienne, qui s’est déroulée hors du sol français, pourrait avoir des répercussions sur le classement 2017. Le reportage d’Envoyé Spécial, diffusé sur France 2 en janvier, a soulevé de nombreuses interrogations sur la mort des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon au Mali en 2013. RSF a d’ores et déjà dénoncé le manque de transparence du Mali et de la France dans cette affaire, et pourrait les sanctionner au classement.

  • Une opinion publique et des politiques hostiles. Les médias sont de moins en moins bien perçus par la population française, qui devient méfiante. Selon le sondage du journal La Croix, jauge de la confiance du public envers les médias,  on a assisté début 2015 à un regain d’intérêt de la part des français, mais dû aux attentats de Charlie Hebdo. Pour le reste de l’année, cette confiance a chuté pour revenir à la normale, avec des Français très critiques. Journalistes agressés physiquement, politiques très hostiles, ce climat ne permet pas aux journalistes d’exercer leur profession dans de bonnes conditions, des portes leur sont fermées. Ce qui a joué dans le classement RSF.
  • Et après ? La situation ne semble pas s’améliorer. Le dernier sondage paru dans le journal La Croix, le 2 février 2017, montre que l’intérêt des français pour l’actualité est à son taux le plus bas depuis trente ans. En clair, ils se détournent des médias. Récemment, le traitement médiatique de l’affaire Troadec a été vivement critiqué, le public dénonçant un « emballement ». La confiance dans les sondages semble aussi s’être effondrée après l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis. Et les politiques ne sont pas en reste : plusieurs d’entre eux ont attaqué les médias, notamment François Fillon pendant le scandale des emplois fictifs. RSF a dénoncé ces attaques. Pauline Adès-Mével, responsable du bureau de l’Union européenne de RSF, a déclaré en février dernier : « Ce climat nauséabond et délétère est dangereux pour la liberté de la presse d’autant plus quand il est entretenu par de hauts responsables politiques, qui envoient ainsi le message à peine voilé que n’importe quel citoyen peut s’attaquer impunément à la presse. » La tension semble se renforcer, surtout dans le climat politique houleux, ce qui ne laisse a priori rien présager de bon pour l’avenir. La confiance est à regagner.

  • L’appropriation des médias par des grands groupes. Selon RSF, c’est la principale raison du recul de la France dans son classement. Le rachat de L’Express par Patrick Drahi, du Parisien par le groupe LVMH ou celui de L’Obs par les hommes d’affaire Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse, sont autant d’exemples de mutations dans le monde des médias en 2015. Ce n’est pas tant la concentration qui pose problème à RSF, mais le fait que ces investisseurs ont « des champs d’intérêts extérieurs à celui des médias ». Pour être clair, des intérêts financiers. Une situation qui peut devenir particulièrement préoccupante quand l’actionnaire influence les choix éditoriaux des médias, par exemple lorsque Vincent Bolloré refuse de diffuser certains documentaires sur Canal +. Le champ d’action des médias et des journalistes se trouve fortement réduit.
  • Et après ? La crise d’Itélé en 2016 a été révélatrice de la fracture qu’il peut exister entre les journalistes et les actionnaires des médias. Vincent Bolloré a décidé de changer le nom de la chaîne et d’imposer Jean-Marc Morandini à l’antenne, qui était suspecté de « corruption de mineurs ». S’en est suivi des semaines de grève des salariés. RSF a soutenu les journalistes d’Itélé en grève : « L’information ne doit pas se plier à la logique industrielle : elle suppose le respect de l’indépendance et de la déontologie journalistiques. » En 2016, le poids des actionnaires devrait encore se faire sentir sur les médias, ce qui ne devrait pas arranger le classement de la France. Impossible de prévoir comment cette situation peut évoluer à l’avenir. Mais une avancée est à noter en 2016 : le projet de loi visant à renforcer la liberté, l’indépendance et le pluralisme des médias, a été adopté le 6 octobre.
  • Le report du projet de loi sur le secret des sources. Ce projet de loi, proposé par François Hollande, a été examiné en 2015. L’objectif était de réglementer le secret des sources des journalistes, dans le but de le garantir. Mais l’examen du texte a pris du retard : il a été bloqué à l’Assemblée pendant un an, puis reporté. Et la loi sur le renseignement, loin de garantir le secret des sources, le menace. RSF a regretté que ce texte ne soit pas adopté.
  • Et après ? Au final, l’encadrement du secret des sources est passé par la loi du 6 octobre 2016. Mais un amendement du projet de loi a fortement déplu, il stipule que : « Il ne peut être porté atteinte au secret des sources, directement ou indirectement, qu’à titre exceptionnel et seulement si cette atteinte est justifiée soit par la prévention ou la répression d’un crime, soit par la prévention d’un délit constituant une atteinte à la personne humaine puni d’au moins sept ans d’emprisonnement. » Autrement dit, il existe désormais légalement des cas dans lequel le secret des sources peut être violé. Pas sûr que cela soit de bonne augure pour la suite.

2015, mais aussi 2016, auront été des années houleuses pour les médias. Il règne un climat général de tension, lié en partie au terrorisme, dans lequel la liberté de la presse n’arrive pas à trouver sa place. Au contraire elle se rétracte. Si certaines mesures ont pu être prises en 2016 pour tenter de rétablir une certaine indépendance des médias, cela ne suffira sans doute pas à faire baisser le score de la France au classement RSF. Car le climat est plus tendu que jamais. Mais c’est une réalité qui touche toute l’Europe. RSF affirme sinistrement que « le continent ne s’illustre pas par une trajectoire positive » pour la liberté de la presse. On peut imaginer que la France continuera à chuter dans le classement RSF, peut-être pas de façon spectaculaire, mais peu d’améliorations sont à présager. Cette chute constitue véritablement une tendance, qui ne s’est quasiment pas démentie depuis dix ans, mais les deux dernières années ont été particulièrement difficiles.

L’approche des présidentielles en France n’arrange rien à la tension. Les médias jouent un rôle important dans les élections, ils sont le relais entre les candidats et les électeurs. Plus que jamais ils participent à la démocratie. Mais les élections connaissent des rebondissements assez inédits qui enflamment l’opinion publique. Et les médias sont pris dans la tempête. Leur avenir immédiat dépend du résultat de ces élections, car il aura une véritable incidence sur la liberté des médias français. Et on ne cesse de le constater, personne ne peut réellement prédire qui prendra l’ascendant. La liberté des médias est en attente de jugement.

Cyrielle Jardin

[INFOGRAPHIE] Panorama de la presse locale

Contre-poids de l’information nationale, la presse régionale et locale incarne la proximité avec le lecteur et le terrain. Vecteur de tissu social, elle aide à nouer une relation entre le territoire et l’individu. 52 % des lecteurs de presse locale possèdent un sentiment d’appartenance vis-à-vis de leur région. Ce chiffre descend à 38 % pour les non-lecteurs des journaux locaux.

Cartographie réalisée avec les données de l’OJD sur les titres de presse locale quotidiens et hebdomadaires pour l’année 2015 (A. Laratte et W. Redonnet).

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Médias : les secrets de fabrication d’une marque

De l’écriture penchée de L’Équipe à la typographie comics de Society ; de la couleur jaune des chaînes d’information en continu au rouge et bleu classique de Libération et du Figaro ; des plumes aiguisées de Vincent Duluc à Laurent Joffrin, chaque média tente d’être identifiable. Par le logo, la couleur, la typographie et les signatures, le média se développe en tant que marque. Une marque inscrite dans l’inconscient des citoyens au même titre que Coca-Cola ou Apple. Pourtant, un monde sépare l’entreprise de presse de ces monstres capitalistes.

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[ENQUÊTE] Le data journalisme, l’information par la donnée

Elle est au cœur d’une conférence des Assises, ce vendredi à 9h30. Et pourtant, la pratique du data journalisme reste encore méconnue du grand public, tandis que de nombreux journalistes y sont encore très rétifs. Pour ses défenseurs, il s’agit avant tout d’une nouvelle manière de faire du journalisme.

La dénomination vient de l’anglais « data journalism », littéralement le journalisme de données. Cette pratique journalistique consiste à exploiter des données grâce à des formats plus ou moins structurés, comme les tableurs. Si l’utilisation de statistiques publiques à des fins journalistiques remonte au XIXe siècle, l’essor du web au début des années 2000 a complètement chamboulé la pratique du data journalisme.

Commons Wikimedia/Duncan Webb

Photo : Commons Wikimedia/Duncan Webb

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