[ENQUÊTE] Le Desk, l’ovni marocain

Grâce à l’avènement de la téléphonie mobile en Afrique, les citoyens s’informent de plus en plus sur internet. Notamment au Maroc où les médias sur le web font désormais partie du paysage médiatique, à l’instar du site d’information le Desk. Son originalité ? L’investigation et l’indépendance.

Certains l’appellent le Mediapart marocain. Le Desk est un pure player né en 2015. Sur le fond, il se rapproche fortement du pure player français. Il a d’ailleurs convenu « d’un partenariat éditorial avec Mediapart », est-il écrit sur son site. Le Desk propose des contenus solides et des enquêtes approfondies sur des thématiques sensibles. C’est sur son modèle économique que le Desk se différencie : 50 % de ses revenus proviennent des abonnements, les 50 % restants de la publicité. Les annonceurs sont indispensables pour assurer sa pérennité. Mais ce n’est pas l’objectif que s’était fixé à l’origine Ali Amar, directeur de la publication et co-fondateur du Desk. Il souhaitait financer le site uniquement grâce aux abonnements. Mais l’année dernière, le Desk a failli mettre la clé sous la porte à cause de sa situation financière trop instable. « Pour remédier au problème il a fallu que nous taillions dans les effectifs. Nous sommes passés de 25 à 8 journalistes », regrette le directeur de la publication. Aujourd’hui, le média propose moins de contenus mais ils sont plus ciblés et plus approfondis.

Crédit : compte twitter @ledesk

 

Les fondateurs du Desk ont profité de l’émergence de divers facteurs pour se lancer dans cette aventure. Le premier et pas des moindres, l’accès à internet au Maroc. La 4G est présente quasiment partout et la fibre optique a su trouver sa place. L’utilisation du smartphone, elle, s’est considérablement généralisée ces dernières années. « Le Maroc est aussi le pays d’Afrique du Nord où le paiement en ligne est le plus sûr et le plus développé », note Ali Amar. Cet élément a été déterminant pour lancer le jeune site d’information.   

La question du financement des médias est étroitement liée au pouvoir.

Malheureusement au Maroc, lorsqu’on est un média indépendant à l’instar du Desk, il n’est pas toujours facile de trouver des annonceurs pour stabiliser son modèle économique. « La frilosité des annonceurs dans notre pays est un problème. Certes, notre ligne éditoriale plaît aux lecteurs mais elle ne plaît pas au régime », explique Ali Amar. Certains annonceurs ne souhaitent pas s’associer à un journal qui pourrait mettre en cause le pouvoir, de peur de gêner leurs affaires dans le pays. En parallèle, il existe tout de même des annonceurs de  multinationales qui font fi du positionnement politique des journaux. Ce sont généralement des entreprises comme des banques, des assurances ou encore dans le secteur de l’automobile. « C’est grâce à elles notamment que nous avons de la publicité. Nous comptons peu, voire pas du tout, de marques locales parmi nos annonceurs », détaille Ali Amar.  

Mais aujourd’hui au Maroc un paradoxe subsiste. Le pays est stable politiquement et se développe à grande vitesse, ce qui plaît aux investisseurs étrangers. Mais la liberté de la presse reste un sujet sensible. « Le Maroc était en avance sur ce point il y a à peine une vingtaine d’années. Au sortir de la dictature, il y avait une presse combattante. Mais les pouvoirs en place ont rapidement remis la main sur le champ médiatique, notamment via les annonceurs, observe Ali Amar. Aujourd’hui, il y a sur le web beaucoup de médias à consulter. Mais le nombre ne fait pas la diversité.» En plus de cette presse indépendante en plein essor, on retrouve aussi une presse qui soutient le régime. Ali Amar parle du cas du site 360, qui cherche à contrer des informations qui pourraient nuire à l’image du pouvoir. 

Pour assurer l’indépendance du Desk, il est impensable pour son fondateur que son site soit financé par de l’argent provenant du pouvoir. Alors pour atteindre son objectif initial, c’est-à-dire un financement qui ne repose que sur les abonnements, Ali Amar ne voit qu’une solution : la fidélisation d’un lectorat qu’il espère toujours plus nombreux.

Naïla Derroisné et Mathilde Errard.

[LE RÉSUMÉ] « L’information de proximité dans dix ans »

Découvrez l’essentiel de la conférence « L’information de proximité dans dix ans ».

D’après les intervenants, les médias doivent s’adapter aux publics. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Romain Hugon, Union des clubs de la presse de France et Francophones (UCP2F) et Marie-Christine Lipani-Vaissade, chercheuse en journalisme, directrice adjointe de l’Institut du journalisme Bordeaux Aquitaine – IJBA. Avec Thierry Borde, animateur et fondateur du réseau Médias citoyens et conseiller du syndicat national des radios libres (SNRL) ; Paul-Alexis Bernard, manager digital éditorial groupe Centre France ; Thierry Guillemot, directeur de TV7 Aquitaine ; Emmanuelle Pavillon, directrice départementale de La Nouvelle République ; Didier Vachon, directeur de l’information, France Bleu.

 

LES ENJEUX

Aujourd’hui, les besoins d’information des populations sont-ils toujours les mêmes ? Comment les lecteurs font usage des médias ? Quel(s) lien(s) entre les publics et les usagers ? Comment s’adapter à la demande du lecteur ?

 

CE QU’ILS ONT DIT

Marie-Christine Lipani-Vaissade: « Les publics ont les mêmes outils que les journalistes pour produire de l’information aujourd’hui et ne veulent plus être tenus à l’écart. La spécificité des médias locaux, c’est de recréer du lien social. »

Paul-Alexis Bernard : « Les médias professionnels locaux restent des références pour les gens. Nous essayons de nous rapprocher de nos publics pour entretenir ce lien. Nous sommes proches physiquement de nos lecteurs car nous vivons au même endroit que nos lecteurs. Je croise de plus en plus de lecteurs qui me disent que leur première source d’information est Facebook. C’est une vérité et il faut s’y adapter. Pendant la présidentielle, nous avons décidé de donner la parole aux électeurs. »

Thierry Guillemot : « La profession de journaliste s’est diluée. Le journalisme est devenu un métier de combat. La question essentielle est celle du modèle économique. Dans dix ans, comment pourrions-nous avoir de la ressource pour payer des journalistes ? Comment allons-nous pouvoir payer des émetteurs pour distribuer les journaux ? Aujourd’hui, on ne sait plus vendre les journaux. » 

Didier Vachon : « C’est le média local qui coupe court aux rumeurs. Notre plus-value, c’est la vérification de l’information quitte à ne pas donner l’information en premier. Nous essayons de diversifier notre audience grâce aux réseaux sociaux. Dans dix ans, on aura inventé des choses que je n’imagine même pas aujourd’hui mais ce qui restera c’est la fiabilité de l’information et le rapport de proximité. »

Emmanuelle Pavillon : « Malgré les évolutions numériques, la Nouvelle République a augmenté son lectorat. Aujourd’hui les internautes sont plus âgés aussi. C’est encore le papier qui fait vivre le web. Quand il y a une information locale importante, le site internet a beaucoup d’affluence. »

À RETENIR

Globalement, les grands acteurs de l’information de proximité sont en situation de monopole. Quand une actualité forte surgit, les populations ont encore le réflexe d’acheter la presse quotidienne régionale ou se rendent sur leur site internet. Mais, au quotidien, les médias peinent à renouveler une audience vieillissante. Le virage du numérique des rédactions ne correspond pas toujours aux attentes des publics. Des publics qui s’informent de plus en plus par les réseaux sociaux sans être prêts à payer l’information. De nombreux concurrents numériques essaiment un peu partout en France sans parvenir à être rentables, ce qui pose de nombreuses questions sur le modèle économique à établir dans la décennie à venir.

Maxime Buchot

[ENQUÊTE]. Information locale : les nouveaux explorateurs

Tours, Dijon, Chalon, Grenoble… De nombreuses villes assistent à la naissance de pure players. Ces sites d’info, qui entendent concurrencer la PQR, peinent à trouver leur équilibre financier.

Photo : Martin Esposito

A Tours, ils sont deux à avoir vu le jour, à quelques heures d’intervalle en septembre 2014, alors que la ville ne disposait d’aucun site d’actualité locale : InfoTours et 37 degrés. Par un simple hasard de calendrier. « On s’est quand même dit merde, on ne l’a pas vu venir celui-là, se remémore Mathieu Giua, créateur de 37 degrés, qui refuse de parler de concurrence. Nos lignes éditoriales sont différentes. Notre arrivée simultanée témoigne d’un besoin de pluralité dans l’info locale. »

La capitale de la Touraine, mais aussi Lille, Paris, ou encore Lyon… Toutes les grandes villes françaises sont concernées par l’émergence des pure players locaux, ces sites d’actualité « tout en ligne ».

Des financements fragiles

Aujourd’hui, le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) reconnaît une soixantaine de titres d’actualité locale. Mais le modèle économique de ces nouveaux médias pose question. Du bénévolat à la structure professionnelle, les pure players locaux sont divers et souvent fragiles. « Ils n’ont pas assez de financement au départ pour tenir une équipe pendant plusieurs années », estime Edwy Plenel, fondateur de Mediapart et membre du bureau du Spiil.


Pour InfoTours, presque trois ans après le lancement, le modèle reste précaire. Malgré 70 000 visiteurs uniques par mois, le site ne rémunère aucun journaliste, au contraire de sa maison-mère InfoChalon, en Bourgogne, qui compte un salarié et des pigistes. À Chalon-sur-Saône, le site s’est ancré dans le territoire depuis huit ans, pour attirer environ 43 000 visiteurs uniques par jour. Il a fallu 6 000 euros d’investissement et des heures de travail pour mettre sur pied le projet. Le leitmotiv ?
« Les lecteurs attendent des surfaces d’expression gratuites », anticipe Laurent Guillaumé, le créateur. Mais à quel prix ? Olivier Collet, rédacteur de la majorité du contenu d’InfoTours, est bénévole. Salarié à Chérie FM, il passe son temps libre à alimenter le site : « J’essaie de suivre un rythme de trois articles de 3 000 signes au quotidien », témoigne-t-il. La priorité est donnée aux associations et aux petits commerces. Le journaliste s’est lancé, avec une dizaine de photographes, dans une aventure chronophage. L’unique source de revenus provient de la publicité. De quoi se payer un appareil photo et l’hébergement du site. Face à la presse quotidienne régionale (PQR), ce pure player entend être plus libre quant au format des articles, avec « un phrasé plus familier ». Mais il n’a pas de véritable retour sur investissement, pour le moment.

Le risque du surmenage

Le surmenage ne pouvant constituer un modèle viable, d’autres pure players ont tenté l’aventure du payant. DijOnscOpe  franchi le pas en 2012. Mais les lecteurs habitués au modèle gratuit ne suivent pas. « Nous avons perdu 75 % de l’audience », raconte Sabine Torres créatrice du pure player. Cette dernière s’endette à hauteur de 300 000 euros. C’est trop pour continuer. Seulement huit mois après la conversion au payant, DijOnscOpe rend les armes.
D’autres sites web, comme Carré d’info à Toulouse et Le Télescope d’Amiens se sont tour à tour cassés les dents sur le modèle basé sur les abonnements. Médiacités, un nouveau pure player lancé en début d’année, espère, au contraire, prouver qu’il est possible de faire payer l’actu locale sur Internet (lire l’encadré).


Gratuit ? Payant ? La solution pourrait se trouver dans un entre-deux. Place Gre’net, qui traite de l’actualité grenobloise depuis septembre 2013, fait figure de précurseur. Dès le départ, l’idée du semi-payant a séduit les fondateurs. Les débuts ont été difficiles mais après quelques mois, le trafic a augmenté. De 6 000 visiteurs uniques par mois, le site annonce ne pas être loin des 60 000 aujourd’hui. Avec « un mur payant », le lecteur peut choisir son contenu :
« S’il souhaite lire des enquêtes plus longues et plus développées, il est libre de s’abonner ou non », explique Muriel Beaudoing. Place Gre’net embauche deux journalistes à plein temps. Entourés de pigistes et correspondants locaux de presse. Une équipe mobilisée, car, « la gestion d’un pure player, pour qu’il dure, c’est du travail sept jours sur sept », témoigne-t-elle.

Des activités annexes pour survivre


Pour ne pas être déficitaires, les gratuits doivent diversifier leurs activités. À Tours, 37 degrés fêtera bientôt ses trois ans. L’une des rares occasions de souffler pour Mathieu Giua, le créateur, qui a investi 12 000 euros. Quelques mois avant le lancement du site, il participait à la création du magazine
Et Vous. Mais faute de financements, seuls deux numéros sont parus en kiosque. « Je me suis dit qu’il fallait oublier l’idée du format papier et qu’il était mieux de se lancer sur le web, se souvient-il. C’est comme ça qu’est né 37 degrés. Le public attend autre chose que le format PQR », analyse cet ancien professeur d’histoire. 37 degrés affiche aujourd’hui 55 000 visiteurs uniques par mois au compteur. « Ce n’est pas un chiffre démentiel, mais nous sommes devenus crédibles », poursuit-il.


La notoriété est un bien long à acquérir. 37 degrés n’a trouvé son équilibre financier que depuis quelques mois. Tout juste pour que son créateur se verse un Smic. Les revenus publicitaires n’étant pas suffisants, le pure player a choisi de développer, à côté de ses activités journalistiques, un pôle communication. Animation de conférences, rédaction de newsletters pour les entreprises,
« ces activités ne nuisent pas à notre indépendance, mais nous permettent d’exister », assure Mathieu Giua.


37 degrés a bousculé le paysage.
« La Nouvelle République (NR) n’est plus en situation de monopole. Nous avons prouvé notre utilité sur la place publique », analyse Mathieu Giua. La PQR se retrouve face à une concurrence 2.0, et « doit régler le problème de son lectorat vieillissant », prône Chantal Pétillat, chargée du développement numérique au sein du groupe Nouvelle République du Centre-Ouest. « Avec la fonte des effectifs, La NR doit imaginer le journal de demain avec les lecteurs d’aujourd’hui ». Et la tâche n’est pas simple. « La presse écrite de proximité devra se diversifier pour être utile. »

Simon ABRAHAM et Maxime BUCHOT

Nos Facebook live : « C’est quoi le journalisme dans dix ans ? »

À travers neuf vidéos de journalistes issus de différents médias, une même question : dans dix ans, à quoi ressemblera l’information de votre média/pays ?

David Carzon est le directeur adjoint de la rédaction de Libération. La question : « comment va évoluer votre quotidien d’ici à dix ans ? »


Nassira El Moaddem est la rédactrice en chef du Bondy Blog. Ce pure player « raconte les quartiers populaires et fait entendre leur voix dans le grand débat national ». La question : « quelle diversité dans les médias dans dix ans ? »

Éric Mettout est le directeur adjoint de la rédaction de l’hebdomadaire L’Express. La question : « où en sera L’Express dans dix ans ? »

Hicham Mansouri est un journaliste originaire du Maroc. Depuis avril 2016, il s’est exilé en France, à la Maison des Journalistes, à Paris. La question : « quel journalisme dans dix ans au Maroc ? »

Raphaël Garrigos est l’un des fondateurs du pure player LesJours.fr. La question : « comment imaginez-vous LesJours.fr dans dix ans ? »

Aurore Gorius est une journaliste d’investigation en free-lance. Elle a notamment collaboré avec le site LesJours.fr. La question : « à quoi ressemblera le journalisme d’investigation dans dix ans ? »

Francis Morel est le directeur général du groupe Les Échos et Le Parisien-Aujourd’hui en France : La question : « ce sera quoi, informer dans dix ans ? »

Laurent Guimier est le directeur de la rédaction de France Info. La question : « à quoi ressemblera la radio chez vous dans 10 ans ? »

Jérôme Fenoglio est le directeur du Monde. La question : « quel avenir pour votre quotidien dans dix ans ? »

Vidéos et article réalisés par Naïla Derroisné et Mathilde Errard.

 

 

[ENQUÊTE] Facebook
va-t-il tuer les sites
des médias ?

En deux ans, les réseaux sociaux et Google ont bouleversé la manière de consommer l’info avec des outils qui optimisent la lecture des articles sur smartphone. Une innovation qui ravit tout le monde, mais qui n’est pas sans risques.

« Il se peut que dans 10 ans, Facebook et Google soient les seuls éditeurs d’infos », selon Lyès Jmili de France Médias Monde. Photo : Bastien Bougeard

 

Chaque matin, vous partez au travail smartphone en main. En chemin, vous consultez votre réseau social préféré. Entre deux photos de vacances et trois publicités, vous voyez qu’un journal publie une nouvelle importante. Vous cliquez mais vous n’arrivez pas sur le site du journal qui a produit le contenu. Une simple page avec le contenu logo du quotidien et le nom du journaliste apparaît et vous lisez votre article depuis Facebook ou Google. Ces petits outils s’appellent Google AMP (accelerated mobile pages) ou Facebook Instant article. Leur recette ? Ils optimisent la lecture sur smartphone en chargeant plus rapidement les pages, sans renvoyer chez les médias producteurs. Même si les médias restent très discrets, le nombre de pages consultées explosent, selon les spécialistes. Une certitude : ces deux innovations apparus il y a deux ans en France, touchent un large public, pas forcément habitués aux sites médias. 

France Média Monde, qui regroupe France 24 et la radio RFI, utilise Facebook Instant article et Google AMP. « Nous vivons avec depuis mai dernier, explique Lyès Jmili en charge du buisness developement du département numérique. Après plusieurs mois d’exploitation, nous tirons un bilan très satisfaisant. » L’avantage, c’est que les pages prennent très peu de temps à charger. « Les Facebook Instant pages comportent très peu de données. Nous couvrons certains territoires, notamment en Afrique où la connexion internet n’est pas optimale. C’est un réel plus pour le lecteur. » Mais Lyès Jmili reconnaît qu’Instant article peut faire baisser le trafic vers le site web. « France Médias Monde étudie la possibilité que le site devienne seulement une vitrine pour nos application mobiles. On ne publierait plus rien sur un site. »

Des éditeurs britanniques unis pour garder le contrôle

Du côté du Parisien, le son de cloche est un peu différent. Guillaume Bourzinien, manager du marketing digital se félicite du gain « pratique. Quand on publie un article sur le site du journal, il se retrouve sur Facebook. » Pour lui, la mort des sites web n’est pas pour dans dix ans. « Au Parisien, utiliser Instant article permet de créer des passerelles vers le site web du journal. » Il estime que les lecteurs continueront de se rendre sur les sites web. « Sur internet, beaucoup de fausses informations circulent et les lecteurs continueront d’aller sur les sites d’informations pour vérifier la véracité des faits. »

Mais une crainte est en train d’émerger dans les rédactions : que Facebook prenne de plus en plus de pouvoir sur les éditeurs. Comme le raconte un article du New York Times, des médias britanniques cherchent à faire front commun pour garder le contrôle de leurs publications sur le réseau social. Pour David Douyère, ce risque n’est pas nouveau. « Amazon a essayé d’imposer ses prix par rapport aux livres numériques et sur les livres papiers. Il a fallu que les bibliothèques montent au créneau pour qu’ils aient encore la main sur ces questions. Ici, Facebook et Google ont une forte emprise sur le public et c’est logique qu’ils puissent avoir ce désir. »

Du côté du Parisien, Guillaume Bourzinien estime que les réseaux sociaux « n’ont aucun intérêt à vouloir imposer leurs règles et remplacer les rédacteurs en chef. Et il faut que les titres de la presse française se parlent et s’entendent pour sauvegarder leur indépendance ». Pour sa part Lyès Jmili, concède que ces innovations ne sont « pas faites pour les beaux yeux des médias. » Mais il reste confiant sur le sujet car « en France, il y a un arsenal législatif important. L’autorité de la concurrence peut intervenir en cas de problème. De plus, Google et Facebook ne se font pas la guerre sur le contenu mais plutôt sur la pub qui génère beaucoup plus de revenus. »

60 centimes pour 1000 impressions

La publicité, c’est l’autre nerf de la guerre sur ces nouveaux outils. Quelles les recettes publicitaires les éditeurs peuvent-ils espérer grâce à ces nouveaux dispositifs. « La répartition des recettes entre le réseau social et l’éditeur n’est pas clair, admet Lyès Jmili. Mais je sais que Facebook nous rémunère juste au-dessus du minimum légal. A savoir 60 centimes les 1 000 impressions. »

Le problème, c’est que Facebook a la main mise sur tout le processus publicitaire. Dans un premier temps, le réseau social travaille avec l’annonceur et lui fait plusieurs offres. C’est Facebook qui fixe le prix de l’encart publicitaire. L’entreprise américaine s’entretient ensuite avec les éditeurs pour fixer la distribution des différents encarts publicitaire. Les éditeurs ne savent pas à quels prix l’encart pub a été acheté par l’annonceur. « La marge que dégage Facebook est importante, souligne Lyès Jmili. Mais comme ce n’est pas clairement dit, c’est difficile de contester. »

Minutebuzz a fermé son site

Pourtant, des médias n’hésitent pas à jouer la carte du tout social. C’est le cas de minutebuzz. En octobre dernier, le pure player prend le pari de miser sur les réseaux sociaux. Fermeture du site web, transfert du contenu sur les différents réseaux sociaux, changement de la ligne éditoriale. « Les plateformes ont envahi les mobiles et ne génèrent plus de trafic », explique le fondateur du siteMaxime Barbier dans une vidéo. «Les articles sont dépassés, les millennials (les personnes nées à partir de 1980) bloquent de plus en plus les pubs. Prerolls (pub avant une vidéo, ndlr), display-roll (pub pendant une vidéo, ndlr), ils n’en veulent plus ! », assure Laure Lefèvre, directrice de la publication. Pour survivre, la start-up s’est également lancé dans le brand-content, des contenus éditoriaux sponsorisés par une marque. EDF, AccorHotels ou encore Danone sont les principaux clients. «Nous renonçons à cette audience, celle du site web, mais c’est pour concentrer toute notre énergie sur une autre : 8 millions de 18-35 ans nous suivent sur les plateformes sociales et nous voulons doubler ce chiffre», explique encore Maxime Barbier sur le site du magazine stratégies. Nous avons contacté les fondateurs de minutebuzz sur ce sujet via les réseaux sociaux. Etrangement, aucun ne nous a répondu.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ] « L’ODI présente son rapport annuel : « l’information au cœur de la démocratie »

Découvrez le résumé de la présentation du rapport annuel de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI).

Patrick Eveno. Photo : Simon Bolle

 

Animé par Patrick Eveno, président de l’ODI. Avec Michèle Léridon, directrice de l’information à l’Agence France Presse, Marcel Desvergne, président de l’association des lecteurs, internautes et mobinautes de Sud-Ouest.

 

LES ENJEUX

La tension s’est accrue entre les médias et les politiques. Entre post-vérité, fake news et propagande, l’ODI estime que les médias doivent prendre le dessus sur cette situation avec leurs armes professionnelles. La déontologie est l’une d’entre elle.

 

ILS L’ONT DIT

Michèle Léridon : « L’année 2016 a été marquée par l’élection de Donald Trump. Ça a entraîné un mea culpa de la part des médias. À l’Agence France Presse (AFP), nous avons lancé une réflexion dans toute la rédaction pour tirer les leçons de l’élection. Dans les enseignements, nous avons remarqué qu’il y avait un retour aux fondamentaux, à l’impartialité, à la prudence. Il faut privilégier le travail sur le terrain. »

Marcel Desvergne : « Il y a quelque chose de très important, c’est la notion de confiance. J’ai été président de la société des lecteurs du Monde et j’ai vu que les questions autour de la confiance ne se sont jamais posées. On a traité des questions liées au traitement de l’actualité mais nous n’avons jamais fait de réunion sur les problèmes déontologiques. »

À RETENIR

La tendance constatée lors de l’année écoulée est qu’il y a une pression croissante de certaines institutions. Certaines cherchent à brider l’information au nom d’un intérêt économique par exemple. Pour cela, l’ODI estime que les politiques et les pouvoirs publics doivent garantir aux journalistes le libre exercice de leur profession. Mais l’observatoire estime qu’il est urgent de retisser les liens qui unissent les médias à la société. Les journalistes doivent réaffirmer le respect des faits contre les mensonges, les manipulations et autres propagandes toxiques tout en rappelant que le journalisme est une composante essentielle de la société démocratique.

Bastien Bougeard

[LE RÉSUMÉ] « Le baromètre social 2016 des assises du journalisme »

Retrouvez « Le baromètre social 2016 des assises du journalisme » de Jean-Marie Charon, chercheur associé à l’EHESS et président de la CNMJ.

Le chercheur et sociologue des médias Jean-Marie Charon. Photo : Martin Esposito

LES OBSERVATIONS

Le premier point à retenir est que l’année a été marquée par la disparitions de médias (Terra Eco, Pariscope) et le dépôt de bilan de nombreux autres comme La Marseillaise. Il y a eu également des crises, comme à Itélé, où 92 journalistes ont quitté la chaîne. Mais ces observations sont à nuancer, car il y a eu dans le même temps des créations de médias, à commencer par Explicite.

Dans un second temps, Jean-Marie Charon note que l’organisation des rédactions évolue de manière nette. Ces restructurations visent à redonner un nouveau souffle à la presse, notamment à la presse magazine. Ainsi, des rédactions se divisent désormais en pôles comme chez Prisma avec une newsroom télé. Les rédactions expriment aussi leur évolution au travers des profils recrutés. Les journalistes embauchés sont plutôt des jeunes, multisupports, et qui maîtrisent très bien le numérique.

Il y a aussi une inquiétude quant à l’attractivité des médias : les magazines de Lagardère sont particulièrement pointés du doigt, tout comme le groupe EBRA, attentiste vis-à-vis du numérique en PQR.

La dernière observation est plus positive. Elle montre que les réactions web continuent à se développer régulièrement. Le Huffington Post est passé de huit à trente journalistes depuis 2012 et Médiapart a embauché six journalistes en 2016.

Enfin, avec 35 238 cartes de presse en 2016, le nombre de journalistes encartés est une nouvelle fois en baisse, loin des 37 307 cartes de 2009. Parmi tous ces journalistes, près de 47% sont des femmes.

Maxime Taldir

[LE RÉSUMÉ] « Les hebdos dans 10 ans »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Les hebdos dans 10 ans »

Les hebdos résisteront à la crise s’ils s’adaptent au lecteur. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Marc Mentré, Journalisme & Citoyenneté. Avec Franck Annese, cofondateur et directeur de publication de So Press, Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction chargé du numérique de la rédaction de L’Express, Cyril Petit, rédacteur en chef central et secrétaire général de la rédaction du Journal du Dimanche/lejdd.fr, Jean-Pierre Vittu de Kerroual, PDG de Sogemedia.

 

LES ENJEUX

A l’heure où la presse écrite souffre, les hebdomadaires n’échappent pas à la règle. Coincé entre l’immédiateté d’internet et la presse quotidienne qui s’oriente ver les longs formats, le modèle des hebdos se retrouve menacé. Pour survivre, ils doivent chercher à se démarquer, notamment en terme de contenu. À cela s’ajoute des problèmes de distribution et l’appartenance aux groupes de presse.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Franck Annese : « Les flux chauds se sont intensifiés, et ça a mis une pression sur le traitement de l’actualité. On peut raconter des histoires, mais dans ce cas on est déconnecté. Faire de l’hebdo, c’est dur alors dans dix ans ce sera pire. Mais l’avantage est que l’hebdo c’est plus rentable qu’un magazine qui ne sort que tous les quinze jours. »

Eric Mettout : « On ne sais plus trouver les gens. Avant, on distribuait les journaux sur le pas de la porte. Maintenant, c’est sur les réseaux sociaux. Ils regardent leur smartphone, et il faut s’adapter. Si on ne réfléchit pas à ces éléments, on va droit dans le mur. »

Cyril Petit : « Je crois au journal. Notre rôle est de faire des journaux qui ont un début, une fin et un milieu. Notre personnification commence là. Notre mission est de choisir une ligne éditoriale qui fait un tout. On ne peut pas faire la course à l’info. Les hebdos news sont entre deux chaises. Alors il faut travailler sur l’analyse, le décryptage pour se différencier. »

Jean-Pierre Vittu de Kerroual : « Il n’y a pas de problèmes de support mais des problèmes de contenu. Il y a plein d’exemples de papiers qui fonctionnent car ils ont un contenu innovant. On a aussi le mythe du journal de 2 000 pages où l’on met toute l’information. Mais le lecteur ne le lira pas et le contenu ne l’intéressera pas. Le vrai critère est d’être utile et de donner du plaisir. »

 

À RETENIR

Les flux d’information se sont intensifiés. Les hebdos se retrouvent enfermés entre immédiateté et décryptage. Se pose donc la question de la périodicité. Il apparaît que l’hebdomadaire est le modèle le plus rentable. Mais il faut aussi être présent sur internet en cas de « scoop », car une information ne peut pas attendre une semaine pour paraître dans l’hebdo. Un autre problème est le contenu. La presse a eu tendance à oublier ses lecteurs. Aujourd’hui il leur faut un contenu personnalisé pour qu’ils aient du plaisir à lire (information plus ou moins locale, magazine plus ou moins épais…) mais il faut surtout jouer avec internet, notamment pour avoir un modèle économique viable.

Maxime Taldir

[LE RÉSUMÉ] « Ils se sont lancés cette année »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « Ils se sont lancés cette année ».

Le modèle économique était au centre des débats. Photo : Martin Esposito

 

Animé par Gilles Bruno, rédacteur en chef du site Observatoiredesmedas.com. Avec Raphaël Garrigos, co-fondateur du site Lesjours.fr, Maxime Juramy, directeur de la publication et co-fondateur de C Factuel, Didier Pourquery, directeur de la rédaction de Theconversation.fr, Olivier Ravanello, co-fondateur d’Explicite, Philippe Simon, rédacteur en chef de Dimoitounews et Jacques Trentesaux, co-fondateur de Mediacités.

LES ENJEUX

Ils croient en l’avenir de la presse d’information. Comme chaque année, les Assises donnent la parole à ceux qui ont pris le risque de créer leur média pour faire vivre le projet éditorial auquel ils croient. Ils le présentent aux Assises.

CE QU’ILS ONT DIT

Olivier Ravanello : « La démarche d’Explicite est d’utiliser les réseaux sociaux pour montrer à des investisseurs potentiels ce que peut être Explicite à terme. C’est pour l’instant un échantillon. Nous recherchons un équilibre et une viabilité. Nous ne recherchons pas de sponsors ou de mécènes : nous sommes une rédaction qui essaye d’être un média. L’investisseur idéal c’est celui qui a compris qu’il peut investir chez nous comme il investit ailleurs. Nous exigeons des investisseurs qu’ils signent publiquement une charte d’indépendance. »

Didier Pourquery : « The conversation est un média de complément. Tous les jours, des experts partagent des informations qui éclairent l’actualité avec des journalistes. Nous produisons des textes, nous collaborons, nous coproduisons avec des enseignants chercheurs. »

Philippe Simon : « Nous pouvons tout dire aux enfants. Mais à une condition : ne pas être le donneur de leçon. Il faut plutôt être le grand frère qui explique ou un enfant, comme le lecteur, avec les mêmes émerveillements, inquiétudes et questions auxquelles nous apportons des réponses. »

Raphaël Garrigos : « Nous sommes partis avec huit journalistes de Libération en 2015. Aujourd’hui, nous avons 7 400 abonnés mais cela ne fait pas vivre Les Jours. Nous avons besoin d’argent pour être en équilibre, nous voulons vivre uniquement de nos lecteurs. Le but est d’avoir plusieurs petits actionnaires pour rester libre et non pas s’enfermer avec un actionnaire qui pourrait prendre le contrôle du site. »

Maxime Juramy : « Nous ne sommes ni des journalistes, ni des communicants. Nous avons fait des études d’ingénieurs. Notre envie est de dire : ne suivez plus l’actu, comprenez là. Il faut rendre accessible l’information à tous, lutter contre l’infobésité… »

Jacques Trentesaux : « Notre média est un journal d’investigation local multi-villes. Nous sommes comme une start-up de presse. Pour l’instant, on expérimente à Lille depuis le 1er janvier. On va dupliquer vers Lyon, Toulouse, Nantes. Le but de notre média est de recréer un lien fort avec le public, renouer un lien de confiance. »

 

À RETENIR

Comment trouver un équilibre économique ? Tous ces nouveaux médias sont confrontés au même problème. Le choix du modèle économique a été un des points phares de la conférence. Entre crowdfunding et recherches d’actionnaires, les médias sont à la recherche de financement pour trouver un équilibre et tendre vers une viabilité. Mais leur but principal est de rester indépendant et libre de leur choix tout en renforçant les liens entre public et journalistes, installer un climat de confiance.

Philippine David

Canard enchaîné : et si le “Old school” était l’avenir ?

À l’heure où la quasi-totalité des journaux et des magazines a tissé sa toile sur Internet, Le Canard Enchaîné ne s’est toujours pas converti au format numérique. Un pari qui s’est avéré gagnant jusqu’à maintenant, mais dans dix ans ?

Photo : Martin Esposito

« Les 600 000 euros gagnés par Penelope qui empoisonnent Fillon ». Le 25 janvier 2017, Le Canard Enchaîné a encore imposé son style. Il a réalisé ce qu’il fait le mieux depuis plus de cent ans maintenant : bouleverser le paysage politique français. Chaque mercredi suivant, l’hebdomadaire satirique a révélé de nouveaux éléments dans l’affaire d’emploi présumé fictif par le candidat Les Républicains. Après être passé à côté du scandale Cahuzac, ou des “Football Leaks”, Le Canard a repris du poil de la bête.

 

Capable de faire tomber le favori de la prochaine élection présidentielle, il incarne à lui seul le rôle de quatrième pouvoir de la presse. Depuis sa création en 1916, le palmipède semble avoir traversé un siècle de sa vie dans sa bulle dorée, hermétique à tout changement, dans une société qui n’a cessé d’évoluer. Les médias, Internet, les réseaux sociaux… Notre quotidien se transforme à grande vitesse quand Le Canard avance à contre courant. Sans rien perdre de sa superbe.

Un aspect traditionnel…

Mais il faut bien se mettre en accord avec son temps. Voilà pourquoi la une est publiée en avant-première, tous les mardis soirs, sur le compte Twitter, et le site du journal, créé pour éviter les détournements. C’est tout. La rédaction se justifie : « Non, en dépit des apparences, Le Canard ne vient pas barboter sur le Net. Ce n’est pas faute d’y avoir été invité par des opérateurs plus ou moins bien intentionnés, et parfois par des lecteurs qui aimeraient bien lire en ligne leur hebdomadaire préféré. Mais notre métier, c’est d’informer et de distraire nos lecteurs, avec du papier journal et de l’encre. »

 

Ainsi, le temps passe et la marque de fabrique de l’hebdomadaire satirique perdure. Tant sur le fond, que sur la forme : un grand cahier de huit pages en noir et blanc, sans image ni publicité. « Ce qui compte chez eux, c’est la qualité des sujets », explique Pierre-Édouard Deldique, journaliste à Radio France internationale et co-auteur du récit Les Plaisirs du journalisme. « Le numérique ne correspond pas à leur façon de faire. Les enquêtes peuvent durer des mois. Ce qui demeure incompatible avec le rythme des réseaux sociaux. »

 

C’est aussi un des derniers titres de presse papier à être possédé entièrement par les journalistes de sa rédaction. Il est indépendant depuis toujours. « Quand un rédacteur part, ses actions sont redistribuées à l’intérieur du journal. Il n’y a jamais eu de dividendes », témoigne Claude Angeli, chroniqueur et ancien rédacteur en chef, entre 1991 et 2012. « Cela permet d’avoir une réserve. En cas de baisse des tirages, le prix n’augmenterait pas. »

des enjeux contemporains

À 1 € 20 l’unité, Le Canard Enchaîné est, aujourd’hui, un des rares journaux capables de tirer un bénéfice, dans un contexte de crises économique et déontologique. Il emploie aujourd’hui trente journalistes, dont neuf dessinateurs, ainsi que de nombreux pigistes. Près de 400 000 exemplaires sont vendus, chaque semaine, en moyenne. Le chiffre d’affaires annuel est d’environ 24 millions d’euros, soit 2 millions de marge après déduction des impôts. Une recette miracle ? « Il faut constamment surprendre les gens, leur apprendre quelque chose », met en évidence Claude Angeli. « Je pense que la presse a une grande responsabilité par rapport à l’absentéisme. » « En tout cas, Le Canard Enchaîné a vraiment intérêt à cultiver cette singularité », renchérit Pierre-Édouard Deldique.

 

D’autres ont misé sur web, comme le pure player d’Edwy Plenel Mediapart. « Une vieille institution endormie sur ses lauriers fanés » face à « un jeune média mordant et moderne », comparait M, le magazine du Monde. Une nouvelle concurrence qui pour l’instant n’a pas bousculer le format “tout papier” du Canard qui continue à vendre XXX. Si l’hebdomadaire parvient à fidéliser ses lecteurs actuels, qu’en sera-t-il pour les générations futures, bercées par les nouvelles technologies ? Pour l’instant, le Canard continue tranquillement de barboter sur son cahier de huit pages chaque mercredi. Claude Angeli l’assure, « On devrait traverser cette période sans sacrifice, ni plan social. »

Simon Bolle et Manon Vautier-Chollet

 

 

[LE RÉSUMÉ] « Les quotidiens dans 10 ans »

Retrouvez l’essentiel de l’atelier « Les quotidiens dans 10 ans ».

Stéphane Frachet, David Carzon et Vincent Peyrègne.

Stéphane Frachet, David Carzon et Vincent Peyrègne. Photo : Lucas Hueber

 

Animé par Stéphane Frachet, (Les Echos, administrateur de club de la presse du Centre-Val-de-Loire), avec Vincent Peyrègne (Directeur général de WAN-IFRA (World Association of Newspapers and News Publishers) et David Carzon (Directeur adjoint de Libération).

LES ENJEUX

Depuis quinze ans, la presse quotidienne décline… Quels que soient les titres, nationaux ou régionaux, les chiffres sont en baisse constante. En 2016, Ouest-France a perdu 2,5 % d’abonnés, Sud-Ouest 3,3 % et La Voix du Nord a perdu 5% de son lectorat. Quant aux quotidiens nationaux, la situation la plus préoccupante est celle de Libération qui a perdu 17 % de ses lecteurs. Tous ces chiffres (tirés de l’Observatoire du Journalisme et de la déontologie) définissent clairement un changement de pratiques de la part des lecteurs. En effet, ces derniers lisent maintenant le journal sous sa forme numérique. Désormais les audiences explosent en ligne. Les médias doivent donc s’adapter au numérique et à ses contingences. Mais dans tous les cas, « il est indispensable d’aller chercher le lecteur là où il est », explique David Carzon de Libération.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Vincent Peyrègne : « Aujourd’hui, il est indispensable de personnaliser les contenus, permettre aux lecteurs différents niveaux de lectures. Ainsi, nous avons du contenu qui correspond à notre environnement. Alors qu’un kiosque, c’est l’inverse… Ce dernier génère des intérêts divers. Aujourd’hui il faut s’ouvrir, voir ce qu’il se passe dans les autres journaux. C’est la fin des médias de masse… La survivance des médias tient à l’émergence de communautés et aux particularités de chacune de ces communautés. »

Vincent Peygrègne, directeur général de WAN-IFRA (World Association of Newspapers and News Publishers). Photo : Lucas Hueber

 

David Carzon : « La plupart du temps, on oublie que nous, journalistes, travaillons pour être lu. Il faut diversifier les contenus au maximum et essayer de diversifier les revenus aussi… Il faut prendre en compte le modèle publicitaire, la question du numérique, la consommation de l’information. Aujourd’hui, il faut savoir apporter une plus-value à l’information et se démarquer car beaucoup de lecteurs ne savent pas d’où vient l’information qu’ils sont en train de lire…»

David Carzon, directeur adjoint de Libération.

David Carzon, directeur adjoint de Libération. Photo : Lucas Hueber

 

CE QU’IL FAUT RETENIR

Le numérique permet aux journaux d’accroître leur nombre d’abonnés mais ces derniers connaissent surtout la marque média. Il est désormais indispensable d’avoir une valeur ajoutée pour se démarquer et se différencier des autres médias. Cela passe par la formation des journalistes, ce sont eux qui devront s’adapter aux nouveaux formats et outils.

Estelle Lévêque, étudiante en Master Journalisme et Médias Numériques à Metz.

[LE RÉSUMÉ] « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité »

Découvrez le résumé de l’atelier : « Fact-checking, contournements politiques et enjeux de vérité ».

En cette période de campagne électorale, le fact-checking est plus que tout au centre des rédactions. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Jérémie Nicey, équipe de recherche Prim, Université de Tours. Sont intervenus Jason Reifler, lab, CEmaP, Université d’Exeter, Laurent Bigot, lab. CARISM, IFP/Université Panthéon-Assas, Pascal Froissart, lab. CEMTI, Université de Paris 8 et Pauline Moullot, journaliste, Désintox, Libération.

 

LES ENJEUX

Le fact-checking peut paraître neuf alors qu’il revient au fondement du journalisme. Régulièrement utilisé pour vérifier la véracité des déclarations, il est aujourd’hui détourné par les politiques qui innovent pour répondre à cette vérification des faits. Certains candidats à la présidentielle ont même leurs propres cellules de fact-checking.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Jason Reifler : « Une question est apparue : est-ce que le fact-checking améliore les connaissances des votants ? Des sondages ont prouvé que oui. Mais les gens étaient différemment touchés. Ceux qui s’intéressent peu à la politique ont eu l’impression d’avoir de meilleures connaissances. D’autres étaient plus réticents. »

Laurent Bigot : « Le travail des services de fact-checking n’est pas forcément repris ni par les autres médias ni par leur propre rédaction. Les fact-checkers n’ont donc aucune chance de convaincre tout le monde. Par ailleurs, le ton qu’ils emploient parfois fait qu’ils ne peuvent convaincre que les convaincus, en tout cas jamais les militants du même bord politique que la personnalité fact-checkée. »

Pascal Froissart : « Nous nous sommes indignés des fake news de Donald Trump. Tout le monde s’est énervé pendant dix jours en se demandant pourquoi croire quelqu’un qui dit des choses fausses. Mais en vrai, pendant tout ce temps, il a atteint son objectif, il a muselé l’opinion publique à coup de fake news. »

Pauline Moullot : « Beaucoup de partis politiques réalisent eux-mêmes du fact-checking. Mais cela n’a rien à voir avec nos pratiques du fact-checking journalistique. On le voit dans les débats : quand les équipes de Marine Le Pen ou de Jean-Luc Mélenchon disent qu’ils vérifient « L’Emission politique » de France 2, elles ne font que s’en prendre à leurs opposants et produisent des contenus partisans. »

 

À RETENIR

Aujourd’hui, les politiques s’approprient le fact-checking et l’utilisent contre les journalistes pendant des débats. Certains mettent au point des stratégies pour ne pas s’exposer au fact-checking. Mais cette pratique a permis aux journalistes de reprendre la main sur le contrôle de l’information et également regagner en crédibilité. Mais ils doivent faire face aux méthodes de contournement des responsables politiques.

Bastien Bougeard

Pour aller plus loin :

[ENQUÊTE] En revenir aux faits ?

[LE RESUMÉ] « Comment faire émerger les médias de demain ? »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Comment faire émerger les médias de demain ? ».

Des aides sont disponibles pour créer des médias. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Stéphane Rabut, vice président du Club de la presse de Lyon. Avec Martin Ajdari, directeur de la direction générale des médias et des industries culturelles (DGMIC), Jean-Christophue Boulanger, président du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (SPIIL). Cécilia Gabizon, cofondatrice de StreetPress et cofondatrice de Media Maker, Julien Kostreche, cofondateur et codirecteur de Ouest Medialab et Christophe Leclerq, fondateur d’Euractiv.

 

LES ENJEUX

Depuis l’été 2016, une aide est accessible aux médias émergents. Cette aide a pour but de favoriser le pluralisme de l’information, et ainsi aider les citoyens à accéder à l’information. La question du web est un tournant également. L’État a ainsi lancé un fond de soutien et d’émergence pour les projets de médias, allant jusqu’à 50 000 euros. Le site Les Jours a pu en profiter notamment. Un des volets de ce programme, qui représente 5 millions euros au total, s’appuie sur la recherche, et sur la question de la monétisation.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Martin Ajdardi : « Les médias de demain ne sont pas forcément numériques. Nous avons primé un média qui s’appelle Topo, qui est un bimestriel de 44 pages dédié à la bande dessiné. Pour l’État, la forme n’est pas importante, c’est le fond. L’indépendance des médias et l’éducation aux médias sont nos priorités aujourd’hui. »

Jean-Christophe Boulanger : « Avoir 50 000 euros de subventions pour lancer un journal c’est pas mal. Le pluralisme souffre beaucoup en région, et avec ces différentes aides, qui sont également juridiques, cela offre un cadre pour lancer des nouveaux médias. Je pense qu’il ne faut pas en demander davantage à l’État, c’est à nous médias, de nous battre pour émerger et rester indépendants. »

Cécilia Gabizon : « Quand on a crée la Street School nous voulions créer de nouveaux profils. Nous sommes partis de cette idée que le média de demain est le média d’aujourd’hui, car il est construit durant une époque qui, elle, est compliquée à saisir. La Street School s’est conçue sans business model, et elle marche. Media Maker est né dans la foulée. Il est vu comme un accélérateur dans la création de médias. »

Julien Kostreche : « Nous avons organisé des hackathons avec des journalistes, des informaticiens et des designers. Nous les avons proposés avec des écoles, en partenariat avec des médias. Très vite, les gens sont venus à nous. »

Christophe Leclerq : « Il faut analyser très tôt ce qu’il se fait ailleurs, dans les autres pays. Il faut également être en constante évolution c’est-à-dire se renseigner sur les tendances qui ne sont pas en France. Les petits pays ont des concepts internationaux et cela marche. Il faut s’inspirer de la presse allemande également, qui est riche et forte. La presse espagnole également, car suite à la crise, elle a du se transformer, évoluer. »

 

À RETENIR

Pour faire simple, si vous souhaitez créer votre média, des aides sont possibles (et recommandées). Il faut également être réaliste, et voir ce qu’il se passe actuellement. Un média émergent doit être ancré dans le présent. Mais pas que. Pour créer un média, comme l’a dit très justement Cécilia Gabizon, il ne faut pas confondre hobbies et travail. Quelques mots d’ordre : être accompagné, choisir son équipe, et surtout, bien envisager son business plan.

Martin Esposito

50 ans de journalisme : quels changements ?

Sur le papier, sur les ondes ou sur le petit écran… En quatre décennies, de nouvelles technologies sont arrivées dans nos habitations et ont changé les méthodes de travail des journalistes. D’anciennes techniques ont été abandonnées pour laisser place à des outils toujours plus performants. Et des bouleversements économiques et institutionnels ont, parfois, perturbé les rédactions. Ces évolutions ont été choisies et classées de manière non-exhaustive.

[DÉCRYPTAGE] Journalistes réseaux sociaux chez France Info : mi-actu, mi-Twitter

Les journalistes community manager sont de plus en plus présent dans les rédactions. Photo : Martin Esposito

Ils sont de plus en plus présents au sein des rédactions. Les journalistes community manage  alimentent les réseaux sociaux des différentes journaux. Au sein de la chaîne France Info, ce métier a pris une place importante.

Un éclair blanc dans un cercle rouge estampillé du logo France info apparaît dans votre timeline twitter. Intrigué vous cliquez. #Troadec Les recherches pour trouver les corps de la famille ont repris en présence du suspect dans sa ferme du Finistère (procureur). Tous ces tweets et posts, qu’ils soient humoristiques, informatifs ou encore une réponse à une question d’un internaute, ils sont le fruit d’un nouveau type de journaliste. Le journaliste réseaux sociaux.

Mais qu’est-ce qu’un journaliste réseaux sociaux ? Ce nouveau métier est un dérivé du community manager. Et qu’est-ce qu’un community manager ? Si on s’en tient à la définition du dictionnaire, son rôle est de fédérer et animer des communautés d’internaute pour le compte d’une entreprise, d’une marque etc. Dans le but d’attirer de nouveaux clients. En somme de la communication.

« Nous préférons l’appellation journaliste réseaux sociaux, précise Jullian Colling qui travaille chez France info. Nous sommes avant tout journaliste. » Yann Schreiber est également journaliste réseaux sociaux pour la chaîne d’information du service public. « C’est une conception différente du métier de journaliste. Nous nous appuyons sur les productions de France info. Nous essayons de trouver un angle ou une accroche qui s’adapte sur les réseaux sociaux avec des sons, ou des vidéos utilisé pour un reportage qui a été diffusé. » Désormais incontournable dans le milieu de l’information, les réseaux sociaux sont une source de trafic capitale pour les médias. Chez France info, on a tenu à mobiliser le plus de moyens possibles sur les réseaux. « Nous sommes une équipe de quatre journaliste, explique Yann Schreiber. Moi par exemple je fais beaucoup de desk, mais nous avons des équipes qui font régulièrement des Facebook live par exemple. » Ce métier très récent au sein des rédactions est appelé à se développer. « De plus en plus de rédactions découvrent les différents aspects des réseaux sociaux. »

« Il y a beaucoup de try and fail (rires). Mais le poste de journaliste réseaux sociaux est amené à se développer rapidement. » Avec l’évolution des réseaux sociaux, ce profil de journaliste deviendrait très recherché par les rédactions. De là à être incontournable dans les rédactions ? Yann Schreiber préfère botter en touche. « Si on suit le cours actuel en matière de digitalisation de l’information, alors ces postes sont amenés à se multiplier et à devenir incontournable. Mais peut être que dans dix ans twitter n’existera plus et on pourra parler avec notre frigo, rigole-t-il. Les audiences continueront de se déplacer dans les dix prochaines années en fonction des différentes inventions. Faire des projections sur dix ans me semble très compliqué. » Julian Colling admet que de plus en plus de postes de journalistes réseaux sociaux vont faire leur apparition. Mais comme ces outils « sont le premier vecteur d’information, donc tout le monde mise sur Facebook et Twitter pour faire passer l’information au plus vite. Nous pouvons perdre en fiabilité. Il ne faut pas tout miser dessus et mettre les réseaux sociaux sur un piédestal. Le reportage reste important, au même titre que la presse écrite. »

Bastien Bougeard

[INTERVIEW] À Nantes,
on fait « du journalisme
de solution »

Les autres possibles, le magazine carto-graphique (1) est un mensuel local nantais. Sa spécificité ? Un modèle économique détonnant et une ligne éditoriale axée sur les initiatives solidaires. C’est autant un projet associatif qu’éditorial puisqu’il a été créé en même temps que l’association Les amis du MAP. Rencontre avec Jeanne La Prairie, cofondatrice du mensuel.

 

Les co-fondatrices du MAP, de gauche à droite : Camille Van Haecke, Jeanne La Prairie et Marie Bertin, ont sorti leur premier mensuel le 1er décembre 2016. Photo : Paul Pascal

En quoi votre modèle est-il innovant ?

Cela peut paraître présomptueux, mais nous essayons de tirer nos revenus seulement de la vente (sans publicité, chaque numéro est vendu 2 euros, ndlr). Nous sommes un magazine de société qui part d’un principe : face à un enjeu, il y a plusieurs réponses. Le but est de faire du « journalisme de solution », et de questionner celles-ci. Concernant la forme, notre magazine se déplie comme une carte, avec au recto nos reportages et au verso, une carte de la ville. Pour chaque numéro, la carte est en rapport avec notre contenu et est confiée à un(e) illustrateur(trice) différente. Cela plaît à nos lecteurs qui peuvent les collectionner.

Qu’est-ce que vous mettez en place pour ne tirer vos revenus que de la vente ?

Nous ne sommes sûres de rien, c’est un test que nous réalisons ! Nous vendons une information impérissable au lecteur, qu’il soit professionnel ou particulier, sur un bel objet. Nous essayons d’entrer dans les réseaux de professionnels pour vendre notre modèle : une information locale, de proximité pour les citoyens. Aujourd’hui, si l’on vend un numéro à 3 500 exemplaires, nous sommes rentables. Nous avons déjà vendu notre premier numéro à 1 200 exemplaires et on continue d’en vendre. Mais cela reste compliqué de stabiliser notre modèle.

Quels objectifs de développement souhaitez-vous atteindre ?

Nous avons des objectifs chiffrés. Nous avons aujourd’hui 70 points de diffusion et nous souhaitons atteindre la barre des 150 avant la fin de l’année. C’est obligatoire si l’on souhaite fidéliser notre lectorat et pérenniser notre activité. Nous souhaitons également avoir 500 abonnés à la fin 2017. Nous voulons embaucher un commercial afin d’effectuer ce travail de démarchage. Par ailleurs, pour muscler notre modèle économique, nous envisageons de développer une économie parallèle par le biais de prestations et de débat. Mais la diffusion est notre priorité.

Le thème des Assises du journalisme cette année c’est : Informer dans 10 ans. Comment imaginez-vous le MAP dans 10 ans ?

(Rires) C’est une bonne question ! Peut être avec un site mais nous souhaitons conserver notre bel objet papier. Dans dix ans, le public aura compris que pour accéder à l’information, même sur Internet, il faut payer. Peut-être aussi que Les autres possibles existera dans d’autres villes, nous avons déjà reçu des propositions. Nous aurons sûrement laissé d’autres personnes prendre le magazine en main. Notre but est vraiment de montrer que cette économie là peut exister.

(1) : connu comme le MAP (Magazine des Autres Possibles) aujourd’hui, le mensuel va changer de nom dans les prochains jours.

Propos recueillis par Corentin Dionet

Pour aller plus loin :

[DÉCRYPTAGE] La fin du papier : c’est grave, docteur ?

[DÉCRYPTAGE] Le news snacking, vite et bien

Pour séduire les (jeunes) internautes présents sur les réseaux sociaux, les médias misent sur des vidéos très courtes et conçues pour le mobile. C’est le news snacking.

Le nouveau média Brut s’est imposé comme une référence dans le domaine de l’information courte. Photo : Martin Esposito.

Durée d’attention réduite, lecture verticale de son smartphone… Informer et divertir le plus rapidement possible, c’est le défi que les nouveaux médias souhaitent relever à l’ère des Facebook, Snapchat et Twitter. On appelle cela le news snacking, la consommation de nombreuses vidéos d’informations courtes.

Problème : cette audience est plutôt difficile à capter. Collée à son smartphone en continu, grâce auquel elle s’informe du bout des doigts, la génération des 18-24 ans s’informe majoritairement sur les réseaux sociaux, au détriment des médias traditionnels comme la télévision.

La start-up NowThisNews, née en 2012, est le précurseur américain du news snacking. A son lancement, sa promesse éditoriale était radicale : informer en moins d’une minute. « Nous nous sommes libérés des contraintes de la diffusion traditionnelle », explique son rédacteur en chef, Ed O’Keefe. Un modèle qui s’est développé en France sous les noms de Brut ou Explicite. L’âge moyen des journalistes de ces nouveaux médias se rapproche souvent de celui de son public, l’objectif étant d’être au plus proche pour mieux percuter le lecteur.

Positionné sur des sujets de politique et de société, Brut publie entre cinq et huit contenus par jour, confectionnés par une équipe d’une douzaine de personnes, journalistes comme graphiste. « Selon nous, les formats télévisuels n’intéressent plus les jeunes et il n’y avait pas d’offre alternative indépendante », explique Laurent Lucas, le directeur éditorial de Brut.

Mais dans des formats aussi brefs, qu’en est-il du sens de l’information ? Laurent Lucas le reconnaît lui-même, il est parfois impossible d’informer en une minute. « Nous préférons ne pas faire un sujet plutôt que d’essayer de le réduire et de le bâcler », explique t-il. A l’heure des fake news et des « faits alternatifs », informer sur les réseaux sociaux reste un pari risqué.

Laura Bannier et Lucie Martin

Pour aller plus loin : 

[DÉCRYPTAGE] Jamais son mon smartphone

[RÉTRO] L’Equipe, 70 ans et toujours seul

Il y a moins de quinze jours, le journal L’Equipe fêtait ses 70 ans d’existence. Mais depuis 1946, il n’a jamais véritablement été concurrencé. Les quotidiens sportifs qui ont tenté de se lancer ont vite abandonné, pas aidés par l’accueil du géant.

L'Equipe est encore aujourd'hui le seul quotidien sportif français. Crédit photo : Théo Sorroche.

L’Equipe est encore aujourd’hui le seul quotidien sportif français. Photo : Théo Sorroche.

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Médias : les secrets de fabrication d’une marque

De l’écriture penchée de L’Équipe à la typographie comics de Society ; de la couleur jaune des chaînes d’information en continu au rouge et bleu classique de Libération et du Figaro ; des plumes aiguisées de Vincent Duluc à Laurent Joffrin, chaque média tente d’être identifiable. Par le logo, la couleur, la typographie et les signatures, le média se développe en tant que marque. Une marque inscrite dans l’inconscient des citoyens au même titre que Coca-Cola ou Apple. Pourtant, un monde sépare l’entreprise de presse de ces monstres capitalistes.

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