[LE RÉSUMÉ] « Le Pen, portraits de famille »

Retrouvez le compte-rendu de la conférence de cette dixième édition des Assises : « Le Pen, portraits de famille ».

L’objet de la conférence : comment la famille Le Pen a occupé le paysage politico-médiatique français ? Photo : Martin Esposito

 

LES ENJEUX

Trois auteurs ayant enquêté sur le Front National (FN) sont venus débattre de la famille Le Pen. Leur volonté ? Comprendre comment cette petite dynastie a occupé et occupe toujours le paysage politico-médiatique français. Chacun s’est concentré sur un aspect de cette famille unique : du château de Montretout jusqu’à la réinfosphère en passant par la jeune figure du parti, Marion Maréchal Le Pen.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Olivier Baumont : « Montretout est un passage obligé pour les journalistes couvrant l’extrême droite. Cette maison est un personnage à part entière du parti. Marine Le pen est une enfant de 1968. Elle a un mode de vie libertaire, assez bobo. C’est très compliqué quand on s’appelle Le Pen de sortir de la politique et de l’extrême droite. »

David Doucet: « Marine Le Pen est aux antipodes de son père. Elle n’a pas la même idéologie d’extrême droite que lui. Elle a baigné dans un environnement xénophobe, mais elle n’a pas forcément été “convertie” par son père. Très longtemps, elle n’a pas souhaité faire de politique. Il faut recouper les faits et pas les a priori. »

Michel Henry : « Le FN fonctionne comme un râteau, Florian Phillipot ratisse à gauche, Marion Maréchal le fait à droite. Cela élargit le spectre électoral du parti. Il faut apporter des faits sur le FN. »

 

À RETENIR

De la promotion pour les auteurs et quelques punchlines ! Petit florilège : « Le sort des dauphins, c’est parfois de s’échouer.  » (Jean-Marie Le Pen, ici cité par Olivier Baumont, à propos de Florian Phillipot.) « Les amitiés d’hier sont les mis en examen d’aujourd’hui. » David Doucet, à propos des amis de Marine Le Pen. A part ça, une volonté de laisser le lectorat se faire son opinion. Tout comme l’intervention d’un sympathisant FN qui n’est pas parvenu à poser sa question, surtout parce qu’il n’en avait pas.

Corentin Dionet

 

 

[LE RÉSUMÉ] L’information, propriété privée ?

Découvrez l’essentiel de la conférence : « L’information, propriété privée ? » Animée par Dominique Gerbaud, ancien Président de RSF. Invités : Aude Lancelin auteur de « Le Monde libre », édition des liens qui libèrent et Laurent Mauduit, auteur de « Main basse sur l’information, éditions Don Quichotte.

LES ENJEUX

Depuis plusieurs années, plusieurs milliardaires ont racheté des groupes et des titres de presse. Cette pratique peut présenter des dérives : dilution ou changement de la ligne éditoriale, journalistes censurés et contestation réduite. Aujourd’hui, certains journalistes n’hésitent pas à claquer la porte des rédactions.

ILS ONT DIT

Aude Lancelin : « J’ai vécu, une expérience de lutte, extrêmement rassurante humainement. Elle n’était pas politisée. Elle se dressait contre les actionnaires. Mais elle était également désespérante collectivement. Nous avons compris que les chartes éthiques ne nous protégeaient pas. Le capital continue d’avancer. Ces textes ne sont que des paroles. »
Laurent Mauduit : « Quand Matthieu Pigasse a racheté Le Monde en 2009, il rêve d’asservir le journal pour porter la candidature de Dominique Strauss-Khan à la présidentielle. C’était contraire à l’idée des fondateurs du journal. »

À RETENIR

Le rachat de titres de presse ont pu être fait en raison d’un contexte économique délicat mais aussi grâce aux relations que certains d’entre eux entretiennent avec certains hommes politiques. La grève à Itélé a montré que des journalistes pouvaient se soulever. Mais les rédactions doivent obtenir un statut juridique, des droits moraux et ainsi protéger son intégrité. Internet peut également apparaître comme un appel d’air pour la liberté.

Bastien Bougeard

[PORTRAIT] Edwy Plenel, modèle payant

Ignorant les sceptiques, Edwy Plenel a créé Mediapart voilà neuf ans. Ce précurseur du pure player reste pourtant attaché à l’esprit de la presse traditionnelle.

Wikimedia / Xavier Malafosse

Dès que l’occasion se présente il se mue en porte-voix de Mediapart, qu’il a cofondé en 2008 : un crieur de journaux en pleine action, qui rappelle sa jeunesse. Jeune adulte, il vendait les journaux à la criée dans les rues du quartier latin de Paris. Militant de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) , il écrivait alors pour l’hebdomadaire Rouge. Avant de se tourner vers le journalisme, ce grand curieux se rêvait archéologue. « Fouiller le sol à la recherche d’objets rares m’a toujours fasciné », se remémore-t-il. Avant de filer la métaphore : « L’enquête est une sorte d’archéologie. Rien n’est plus intéressant que de trouver quelque chose d’inattendu.»

« Droit de savoir »

L’investigation est « au cœur de son itinéraire depuis quarante ans. » Et notamment de Média-part, fondé en 2008. Contre tous les pronostics, le site qui a fêté jeudi 16 mars ses 9 ans a atteint les 137 000 abonnés. « Si on m’avait prédit une telle audience, je n’aurais pas osé en rêver » confesse-t-il de sa voix de conteur.

En 2008, trois ans après son départ du Monde où il passa vingt-cinq ans, il fonde Mediapart, avec trois journalistes expérimentés et une équipe de jeunes. Tous ont un rapport différent au web, mais « le disque-dur commun, autour d’Edwy, est notre vision du journalisme. Il n’y a pas eu de recrutement sur les capacités numériques », assure Fabrice Arfi, enquêteur à Mediapart. Dans un climat de défiance envers le monde politique, le nouveau-né se lance dans une aventure qui lui permet d’être « au rendez-vous de sa liberté ». Un média « qui rencontre son époque ». Sa raison d’être ? « S’engager pour le droit de savoir du citoyen », martèle Edwy Plenel. Sur un modèle 100 % payant. « C’était la clé. Personne n’y croyait au début. Dans les mentalités, c’était le gratuit qui était promis à un bel avenir. » Comme le pure player Rue 89 par exemple, lancé un an avant. Mais l’outsider payant a résisté par rapport à ce nouveau site gratuit. « La gratuité est destructrice de valeur et ne crée pas de rentabilité. Le modèle de Rue89 l’a amené à produire de la superficialité pour courir à l’audience», estime Edwy Plenel. Contre vents et marées, il s’obstine à penser à penser que l’information à une valeur.

Edwy Plenel s’acclimate illicopresto au format numérique. Lui, l’humaniste de toujours, propose « Le Club » une rubrique conçue pour le débat d’idées. Sans oublier Mediapart Live, une émission diffusée en direct sur les réseaux sociaux. La contrainte du format papier, elle, n’est plus d’actualité. La force principale du web, « c’est surtout d’être très vite partagé, dans le monde entier.»

Le pari de l’approfondi

Edwy Plenel a beau s’être adapté aux nouvelles technologies – il compte 750 000 followers sur Twitter – il espère perpétuer une certaine tradition de la presse imprimée. Il souhaite que Mediapart conserve « la même patte » qu’un média traditionnel. Avec le numérique, le cœur du métier est toujours le même. Mais le journalisme d’aujourd’hui dispose de tous les outils pour être d’autant plus « riche et approfondi. » Où en sera Mediapart dans dix ans ? Edwy Plenel ne s’aventure pas à prédire le futur : « le journalisme, c’est laisser une grande place à l’inattendu. » Seule certitude, dans une décennie, l’aventure se poursuivra sans lui. Mais, à 64 ans, il ne se fait pas de cheveux blancs. Son pari de lancer un média en ligne indépendant, qui vit de ses lecteurs, est gagné depuis longtemps. Et pourrait en inspirer d’autres.

Simon ABRAHAM et Maxime BUCHOT

 

Nos Facebook live : « C’est quoi le journalisme dans dix ans ? »

À travers neuf vidéos de journalistes issus de différents médias, une même question : dans dix ans, à quoi ressemblera l’information de votre média/pays ?

David Carzon est le directeur adjoint de la rédaction de Libération. La question : « comment va évoluer votre quotidien d’ici à dix ans ? »


Nassira El Moaddem est la rédactrice en chef du Bondy Blog. Ce pure player « raconte les quartiers populaires et fait entendre leur voix dans le grand débat national ». La question : « quelle diversité dans les médias dans dix ans ? »

Éric Mettout est le directeur adjoint de la rédaction de l’hebdomadaire L’Express. La question : « où en sera L’Express dans dix ans ? »

Hicham Mansouri est un journaliste originaire du Maroc. Depuis avril 2016, il s’est exilé en France, à la Maison des Journalistes, à Paris. La question : « quel journalisme dans dix ans au Maroc ? »

Raphaël Garrigos est l’un des fondateurs du pure player LesJours.fr. La question : « comment imaginez-vous LesJours.fr dans dix ans ? »

Aurore Gorius est une journaliste d’investigation en free-lance. Elle a notamment collaboré avec le site LesJours.fr. La question : « à quoi ressemblera le journalisme d’investigation dans dix ans ? »

Francis Morel est le directeur général du groupe Les Échos et Le Parisien-Aujourd’hui en France : La question : « ce sera quoi, informer dans dix ans ? »

Laurent Guimier est le directeur de la rédaction de France Info. La question : « à quoi ressemblera la radio chez vous dans 10 ans ? »

Jérôme Fenoglio est le directeur du Monde. La question : « quel avenir pour votre quotidien dans dix ans ? »

Vidéos et article réalisés par Naïla Derroisné et Mathilde Errard.

 

 

[LE RÉSUMÉ] « L’ODI présente son rapport annuel : « l’information au cœur de la démocratie »

Découvrez le résumé de la présentation du rapport annuel de l’Observatoire de la déontologie de l’information (ODI).

Patrick Eveno. Photo : Simon Bolle

 

Animé par Patrick Eveno, président de l’ODI. Avec Michèle Léridon, directrice de l’information à l’Agence France Presse, Marcel Desvergne, président de l’association des lecteurs, internautes et mobinautes de Sud-Ouest.

 

LES ENJEUX

La tension s’est accrue entre les médias et les politiques. Entre post-vérité, fake news et propagande, l’ODI estime que les médias doivent prendre le dessus sur cette situation avec leurs armes professionnelles. La déontologie est l’une d’entre elle.

 

ILS L’ONT DIT

Michèle Léridon : « L’année 2016 a été marquée par l’élection de Donald Trump. Ça a entraîné un mea culpa de la part des médias. À l’Agence France Presse (AFP), nous avons lancé une réflexion dans toute la rédaction pour tirer les leçons de l’élection. Dans les enseignements, nous avons remarqué qu’il y avait un retour aux fondamentaux, à l’impartialité, à la prudence. Il faut privilégier le travail sur le terrain. »

Marcel Desvergne : « Il y a quelque chose de très important, c’est la notion de confiance. J’ai été président de la société des lecteurs du Monde et j’ai vu que les questions autour de la confiance ne se sont jamais posées. On a traité des questions liées au traitement de l’actualité mais nous n’avons jamais fait de réunion sur les problèmes déontologiques. »

À RETENIR

La tendance constatée lors de l’année écoulée est qu’il y a une pression croissante de certaines institutions. Certaines cherchent à brider l’information au nom d’un intérêt économique par exemple. Pour cela, l’ODI estime que les politiques et les pouvoirs publics doivent garantir aux journalistes le libre exercice de leur profession. Mais l’observatoire estime qu’il est urgent de retisser les liens qui unissent les médias à la société. Les journalistes doivent réaffirmer le respect des faits contre les mensonges, les manipulations et autres propagandes toxiques tout en rappelant que le journalisme est une composante essentielle de la société démocratique.

Bastien Bougeard

[INTERVIEW] Pascale Clark : « Un autre son est possible »

Avec BoxSons, Pascale Clark, ancienne grande voix de France Inter, se reconvertit dans le podcast. Et elle souhaite changer nos habitudes. 

Pascale Clark n’oublie pas que la radio, c’est le son avant tout. Photo : Lucie Martin

 

Quelle est l’originalité de votre projet ?

Boxsons est un média sonore indépendant. Média, parce que c’est l’actualité qui est notre matière première, même si on se paye le luxe de choisir ce qui nous intéresse et d’y passer du temps. Sonore, parce c’est le son qui nous guide, nous croyons à la force du son et au pouvoir des vocations qu’il entraîne. Indépendant, ce n’est pas juste une coquetterie ou un mot : nous avons choisi de sortir sans publicité et sans l’argent de ces cinq ou six grands financiers qui détiennent tous les médias français. Tout le monde regarde ailleurs, mais c’est extrêmement préoccupant. La sanction peut être sournoise et peut parfois prendre la forme de l’autocensure. Tant qu’à créer un média aujourd’hui, autant échapper à cette mainmise. C’est plus compliqué car nous dépendons uniquement des abonnés, nous avons fait le pari d’un modèle payant. Nous essayons de créer une communauté qui pense comme nous qu’un autre son est possible, un son qui n’a plus de contrainte, un son qui est travaillé par des professionnels du son.

 

Le son peut-il rivaliser avec l’image ?

L’image est partout et dès le début nous ne voulions pas de vidéo sur BoxSons. Parce qu’elle n’apporterait rien, parce que c’est un autre métier et parce que nous sommes déjà sous une avalanche d’images. Il n’y a plus beaucoup de son à la radio. Le son est pourtant tellement incroyable, c’est le pouvoir de l’imagination.

 

Quelles sont les différences entre le podcast et la radio traditionnelle ? 

Nous passons du temps pour réaliser nos sujets, on passe du temps avec les gens qu’on interviewe. Ensuite, les gens écoutent quand ils veulent, dans la jungle urbaine, dans le métro puisqu’on peut télécharger avant, en voiture, dans son tracteur pour les agriculteurs qui labourent, sur son ordinateur en cuisinant, sur son tapis dans la salle de gym. Nous avons même crée des podcasts pour aider les insomniaques à dormir. C’est pour toutes les situations de la vie… On peut écouter du son de manière légère sans que cela soit nécessairement de la musique. On cherche à accompagner la mobilité et le quotidien. Notre vocation, c’est de multiplier les formes et les formats. Il y aura du très long parce qu’on n’en trouve plus ailleurs, mais il y aura aussi du très court. Certaines personnes choisiront justement selon la durée du podcast.

Propos recueillis par Colin Mourlevat

 

 

 

 

[EN RÉSUMÉ] « Le point sur la loi Bloche : des chartes dans toutes les rédactions d’ici 3 mois »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Le point sur la loi Bloche : des chartes dans toutes les rédactions d’ici 3 mois ».

La loi Bloche bouleverse la profession. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Loïc Hervouët, (ancien médiateur de RFI, ancien directeur général de l’ESJ de Lille) avec Leïla de Comarmond (présidente de la SDJ des Echos), Sophie Lecointe, (conseillère au cabinet de la ministre de la Culture et de la Communication), Olivier Ravanello (cofondateur d’Explicite), Nathalie Sonnac (membre du CSA), Emmanuel Poupard (SNJ).

 

LES ENJEUX

D’ici au 1er juillet, les rédactions devront se munir d’une charte déontologique. L’objectif de cette loi est de mettre en place des gardes fous pour faire face aux risques d’ingérences des actionnaires dans les groupes de presse. Cette loi est souvent qualifiée de loi anti-Bolloré. En plus de la charte, elle propose la mise en place d’un comité d’éthique et elle élargit le droit d’opposition à l’ensemble des journalistes.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Sophie Lecointe : « La loi Bloche est emblématique de la fin du quinquennat de François Hollande, même si c’est une proposition de loi. L’actualité à l’origine de cette loi est née avec le documentaire censuré de Canal+. Il faut parfois un électrochoc. Même s’il est un peu réducteur de limiter sa naissance à ça. Il y a aujourd’hui une nécessité de mettre les journalistes à l’abri de pressions économiques qui pèsent sur les rédactions. La production de l’information se trouve de plus en plus intégrée dans des groupes dont ce n’est pas le cœur de métiers. Alors qu’elle coûte chère à produire et qu’elle est peu rentable. »

Nathalie Sonnac : « Le CSA lance aujourd’hui une consultation publique sur la loi Bloche. C’est une consultation prioritaire. Pour chacun des objectifs définis : on pose le cadre juridique et on déroule ce qui est dit dans la loi. »

Leïla de Commarmond : « La charte existe depuis neuf ans aux Échos. Cela avait été très dur à mettre en place. Elle avait été négociée dans un cadre particulier : le rachat des Échos par le groupe LVMH qui était rejeté par la plupart des journalistes. Nous avons su négocier des garanties sociales et des garanties d’indépendances majeures grâce à une rédaction nombreuse qui a pu peser dans les négociations. »

Olivier Ravanello : « Il y aura une charte déontologique à Explicite. Pas seulement car il en faut une, mais car c’est le cœur du business. La confiance avec le public doit être au cœur du processus. Et elle doit être rétablie. Si un investisseur ne croit pas en ça, il va dans le mur. L’actionnaire qu’on cherche, il signera cette charte avec Explicite. Et il le fera car il saura que cela va dans son sens. »

Emmanuel Poupard : « La loi Bloche va nous donner du fil à retordre car elle est mal rédigée. On la considère comme dangereuse. C’est un rendez-vous manqué pour l’indépendance. Le problème majeur, c’est une charte déontologique dans chaque entreprise, à géométrie variable. C’est comme si le code de la route changeait suivant les départements. »

 

À RETENIR

Même si la loi Bloche doit renforcer l’indépendance et le pluralisme de la presse, elle ne résout pas tous les problèmes. L’idée de cette loi est la mise en place de garde-fous pour limiter les ingérences des actionnaires dans les rédactions. Cette loi ne rentre pas assez dans les détails. Olivier Ranavello, ancien d’I-télé, doute qu’avec cette loi la situation aurait été différente à I-Télé.

Théo Caubel

[INTERVIEW] La parole aux journalistes : Makaïla Nguebla

Trois journalistes africains nous font partager leur vision de l’information et du journalisme dans les années à venir sur leur continent. Rencontre avec Makaïla Nguebla, journaliste originaire du Tchad et aujourd’hui accueilli à la Maison des Journalistes à Paris.

Makaïla Nguebla, journaliste originaire du Tchad. Crédit : Mathilde Errard

 

« Informer dans dix ans… le défi reste entier. Tant qu’il y aura des blocages de la part de certains régimes stricts en Afrique, la situation des médias n’évoluera pas. Aujourd‘hui encore la fibre optique, nécessaire pour recevoir Internet, est coupée par certains politiques. Ils redoutent que la population ait accès à des informations venues de l’étranger, susceptibles de critiquer et révéler des affaires concernant le gouvernement. Est-ce que la situation s’améliorera à l’avenir pour l’indépendance des médias et un accès libre à l’information ? Je suis un peu sceptique. Surtout que les pressions internationales des ONG ou des pays occidentaux sont assez faibles. Ils ont de nombreux intérêts dans les pays africains. Donc s’ils apportent leur soutien à des journaux qui critiquent ou remettent en cause le pouvoir, ils risquent de mettre en péril leurs intérêts commerciaux ou diplomatiques. »

Propos recueillis par Mathilde Errard et Naïla Derroisné

[INTERVIEW] La parole aux journalistes : Hicham Mansouri

Trois journalistes africains nous font partager leur vision de l’information et du journalisme dans les années à venir sur leur continent. Rencontre avec Hicham Mansouri, Marocain exilé en France depuis 2016. Il est membre de l’association marocaine des journalistes (Amij) et accueilli à la Maison des journalistes à Paris.

Le journaliste marocain Hicham Mansouri. Photo : Mathilde Errard


« Je ne peux pas prédire ce qu’il va se passer dans les prochaines années. Mais ce qui est sûr c’est qu’aujourd’hui nous avons atteint un niveau assez critique en termes de liberté de la presse dans certains pays d’Afrique. En l’état actuel des choses, je ne pense pas que nous puissions faire pire. Donc je suis très optimiste quant à l’avenir. Nous avons d’ores déjà eu un aperçu avec les printemps arabes. C’est aux citoyens de mettre fin à cette situation de blocage de la liberté d’expression. Nous avons besoin de journalistes citoyens pour contrer les censures du régime. Ils ne sont pas une alternative aux journalistes, mais ils sont nécessaires pour plus de démocratie dans les médias. Et puis, nous devons aussi nous appuyer sur les nouvelles technologies dans cette ère du tout numérique. Car la censure est plus difficile à instaurer sur internet. »

 

Propos recueillis par Mathilde Errard et Naïla Derroisné

[PORTRAIT] À l’aise, Franck Annese

Intuitif, décontracté, curieux… Depuis 2003, Franck Annese, le patron du groupe So Press, secoue la presse magazine. Ses titres affichent une santé insolente.

« Je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires possèdent un important pouvoir de contre-culture. » Photo : Patrice Normand

 

« Un cerveau bouillonnant » (Télérama),  « Drôle, charismatique, gentiment provoc » (Les Inrockuptibles),  « L’oeil rieur et la barbe folle » (L’Obs), « Décalé, passionné, gonflé, rusé » (Libération)… Lui, c’est Franck Annese, « Francky » pour les intimes. L’homme qui, en vendant sa voiture, a fait naître un groupe de presse. Tout commence en 2003, quand ce diplômé d’école de commerce lance un mensuel de football,  So Foot, avec Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé. « Je voulais fonder ma maison de disques, se souvient-il. Comme je n’avais pas les moyens, j’ai créé des magazines. Ça me faisait marrer. » Ce qui relevait, à l’origine, d’un pari insensé entre amis allait prendre une toute autre dimension.

 

Cool mais exigeant

Doolittle (enfance) en 2010, Pédale ! (cyclisme) en 2011,  So Film (cinéma) en 2012, suivis de Society et de Tampon (rugby) il y a deux ans, puis de The Running Heroes Society (course à pied) en 2016. En quatorze ans, la famille So Press s’est considérablement agrandie. Et la formule séduit. « On ne se pose pas de questions éditoriales. Tout est intuitif. Il faut se faire plaisir », insiste Franck Annese. À l’heure où la presse écrite traverse une crise sans précédent, ses titres naviguent à contrecourant. Au total, plus de 220 000 exemplaires du groupe s’écoulent chaque mois. Un vent de fraîcheur indéniable. « Il n’y a pourtant pas eu de révolution. On est étonné de choses qui ne semblent pas surprendre les journalistes classiques, alors que ces sujets intéressent les gens. » Si So Press se démarque de ses concurrents dans les kiosques, c’est par son style. Décalé et drôle, à l’image de son gérant. « Franck est à la fois cool et exigeant. C’est quelqu’un qui inspire le respect, témoigne Pierre Maturana, rédacteur en chef de SoFootJ’ai tout de suite adhéré à sa vision du travail. De patron, c’est devenu un pote. » Malgré un passage amer à la quarantaine en 2017, Franck Annese conserve une passion intacte pour les magazines. Il est un des rares patrons de presse à croire en l’avenir du papier, même s’il dresse un état des lieux « catastrophique » : « On souffre de plus en plus, concède-t-il. Par contre, je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires, surtout, possèdent un important pouvoir de contre-culture. Comme les ventes de vinyles, qui ont dépassé celles des téléchargements. » Sa notoriété lui a valu de remporter le titre d’entrepreneur de presse de la décennie, en novembre 2016. « C’est gentil, mais ça n’a pas changé ma vie », lance celui qui écrit aussi des textes pour des cérémonies, des émissions et des humoristes. So Press comporte également une société de production, un label musical et une structure événementielle.

 

Le sens du collectif

Journaliste ? Entrepreneur ? Avec son look de hipster, Franck Annese est habitué à changer de casquette. « Je me considère comme un meneur de jeu, qui doit donner des passes décisives et marquer des buts au bon moment. L’objectif est de faire jouer tout le monde de la manière la plus cohérente et esthétique possible. » Ce qui ne l’empêche pas de se préparer au pire. « Je n’aurais aucun mal à faire mourir un de mes titres. »

Simon Bolle

[INTERVIEW] La parole aux journalistes : Cyriac Gbogou

Trois journalistes africains nous font partager leur vision de l’information et du journalisme dans les années à venir sur leur continent. Rencontre avec Cyriac Gbogou, journaliste citoyen basé à Abidjan. Il tient un blog, Kpakpato.

Cyriac Gbogou. Photo : Martin Esposito.


« L’information dans dix ans en Côte d’Ivoire, elle passera davantage par le mobile. Déjà aujourd’hui, on dit qu’il y a plus de mobiles que de brosses à dents par personne dans le pays
(rires). Pour le moment, les informations sont beaucoup diffusées par SMS. Mais dans dix ans, nous pouvons espérer qu’elles arriveront en « push » avec Internet, sans que le réseau ne coupe souvent comme c’est le cas aujourd’hui. Pour cela, Internet devra couvrir tout le pays : aujourd’hui, ce ne sont que les grandes villes et les périphéries qui le reçoivent correctement. Le mobile permettra aussi de démocratiser l’information et de donner davantage de place aux citoyens. Les médias officiels diffusent actuellement des informations qui l’arrangent. Mais les gens ont besoin d’une autre information.»

 

Propos recueillis par Mathilde Errard et Naïla Derroisné

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes (3/3) : Johanna de Tessieres

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Pierre Morel travaille pour Le Monde, Les Jours ou encore Libération. Johanna de Tessieres est photojournaliste belge freelance depuis une dizaine d’année. Troisième rencontre de notre série.

« Je suis hyper curieuse de voir comment cela va se passer dans dix ans. Pour le moment, nous sommes dans une période charnière et nous cherchons un nouveau modèle pour continuer d’exister. Ce n’est pas une période facile mais elle est très enrichissante. Tout est à créer donc c’est assez excitant. L’une des choses qui m’inquiète pour l’avenir – et qui est un problème déjà existant – c’est le fait que des groupes de presse nous mettent la pression pour que nous filmions. C’est un peu comme s’ils ne croyaient plus en la photo. Personnellement, je refuse de faire de la vidéo, ce n’est pas mon métier. Mais l’avenir de la photo sur le web est une vraie interrogation avec la concurrence de la vidéo. »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes
(2/3) : Pierre Morel

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Pierre Morel travaille pour Le Monde, Les Jours ou encore Libération

« Que dire… Je pense que plus je fais ce métier, plus je me dis que le problème dans la profession est la sous-utilisation des droits. Sans oublier le manque d’organisation et de professionnalisme des photographes… Il faut que la photo soit le domaine le plus important de l’enseignement dans les écoles pour former des journalistes ultra-rigoureux. Le déficit est aujourd’hui énorme. Beaucoup ne savent que très peu de choses sur la pige. Une autre clé pour un marché sain : que les photojournalistes soient plus solidaires et organisés entre eux. Dans dix ans, j’espère aussi que la profession aura réglé les problèmes liés à la diffusion de la photo, avec, notamment, la question de la rémunération sur Instagram.  »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[INTERVIEW] La parole aux photojournalistes (1/3) : Virginie Nguyen Hoang

Le métier de photojournaliste est depuis quelques années en crise. Elément central de l’univers de la presse, il ne fait pourtant l’objet d’aucune conférence lors de cette dixième édition des Assises du journalisme. Malgré leur absence, trois photojournalistes prennent la parole pour parler de leur profession et de son avenir. Virginie Nguyen Hoang est photojournaliste freelance depuis janvier 2012. Première rencontre de notre série.

« Je pense que le métier de photojournaliste sera toujours le même dans dix ans mais avec plus d’outils. On évolue avec la technologie. Il faudra encore davantage combiner vidéo et photos et s’orienter vers le marché du web plutôt que celui des magazines et journaux. Ma crainte est de ne plus être capable de vivre de mon métier ou de plus pouvoir le pratiquer. J’espère vraiment que dans dix ans il y aura davantage de possibilités de financer et de publier des histoires au long court. Il faudra aussi que le public accorde plus d’importance au photojournalisme car sans lecteurs, on ne peut pas espérer que la crise de la presse se termine. J’espère aussi que les écoles de journalisme prendront plus de temps pour enseigner à leurs étudiants l’éthique du journalisme et l’aspect financier. Car ce n’est pas parce qu’on débute qu’il faut donner ses images gratuitement pour se faire un nom. »

Propos recueillis par Yleanna Robert et Manon Vautier-Chollet

[PORTRAIT] Rémy Buisine, à l’état brut

Le calepin et le stylo, Rémy Buisine n’en a pas besoin. Le journaliste révélé sur Périscope a choisi le smartphone pour des vidéos sans filtre, diffusées sur le média Brut.

Rémy Buisine : « Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie. » Photo : Hakim Douliba

« Je ne sais jamais quand et où mes journées vont se terminer », raconte Rémy Buisine, amusé. Toujours en mouvement, le téléphone à la main pour filmer l’actualité en direct. « Il y a quelques jours j’étais en route pour la visite de Fillon au salon de l’agriculture, et je me suis retrouvé dans son QG pour la réunion que personne n’attendait. » A 26 ans, Rémy Buisine est omniprésent sur la toile et est même devenu l’icône de Brut, un nouveau média d’information vidéo lancé en novembre 2016 et présent uniquement les réseaux sociaux.
Un portable dans chaque main : l’un pour filmer en live l’actualité, l’autre pour s’informer et recevoir des précisions sur l’événement. Si vous le cherchez, il est probablement dans une manifestation, un rassemblement politique ou en pleine interview en live sur Facebook Brut. Aucune post-production ne se rajoute à son travail. « Il est tout le temps en train de filmer donc difficilement joignable, même pour moi », s’amuse Laurent Lucas, directeur éditorial de Brut.

Nuit debout, le déclic

Son crédo : s’inspirer du rythme des chaînes d’info en continu tout en y ajoutant des commentaires personnels. « Je ne suis pas dans l’analyse. Le flux d’images que je donne c’est un peu mon regard à moi. Le téléphone est devant moi et ce que vous voyez c’est ce que je vois aussi. » Constamment en direct, il n’hésite pas à contextualiser ses images en parlant pour les internautes qui arrivent en court de live.
Autodidacte, il a appris sur le terrain ces nouveaux formats journalistiques. Avant d’être embauché par Brut, il était community manager pour une radio.
C’est à Nuit debout que son aventure de cinéaste a commencé. Il y a un an, sur son temps libre, il filmait le mouvement né de la contestation de la loi travail, via Périscope. « Cet événement m’a fait avancer professionnellement et personnellement, se souvient-il. Un soir, j’ai filmé pendant cinq heures et demie non-stop, avec des pics de 80 000 personnes qui me suivaient en direct. » Mais il n’avait pas prévu de rester aussi longtemps derrière son écran. Rémy a passé un « appel solennel » pour continuer de filmer. Les batteries de son téléphone étaient à plat. « Il y a plein de gens qui m’ont ramené des batteries rechargeables et pour certains même à manger, à boire. » L’humain et la dimension collaborative qui se cache derrière le live, c’est avant tout ce qui passionne le journaliste.
Une ascension rapide pour le jeune nordiste. « En 2012, je suivais les présidentielles depuis mon canapé dans mon village perdu dans le Nord de la France », se rappelle Rémy Buisine.

Jamais sans ses batteries

Comment décrit-il ses portables ? « Indispensables, indissociables ». Et puisque les lives peuvent durer des heures, Brut a dû investir : « J’ai deux batteries externes qui me permettent généralement de tenir toute la journée. »
Rémy Buisine ne lâcherait son téléphone pour rien au monde. Il a encore de beaux directs devant lui. Dans dix ans, il espère travailler toujours sur des formats journalistiques novateurs. « En 2007 on ne savait pas qu’il y aurait le livestream aujourd’hui. C’est dur de se projeter et d’imaginer ce qui existera dans une dizaine d’années. »

Laura Bannier et Lucie Martin

[INTERVIEW] « Faire des Assises un lieu d’action »

Marc Mentré est président de l’association Journalisme & citoyenneté, qui organise les Assises du journalisme et de l’information. Selon lui, cette 10e édition conciliera préoccupations professionnelles et thèmes grand public : de l’élection présidentielle au développement d’algorithmes producteurs d’information, des rencontres avec les auteurs, lors du Salon du livre de journalisme, au workshop consacré à Google…

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[INSTANTANÉ] Rencontre avec un journaliste installé à Alep

Youcef Seddik est journaliste à Alep (Syrie). Etudiant la littérature à l’Université de Damas, il avait été chassé de la capitale pour sa participation à des manifestations pacifiques. Réfugié à Alep, il devient fixeur, puis participe à la création du centre de presse d’Alep dont il occupe le poste de directeur depuis 2013. Il nous explique les difficultés d’être journaliste au coeur de la guerre civile syrienne.

 

[RÉCIT] Les journalistes face au 13-Novembre : « Mon boulot est alors de décrire ce que je ressens »

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La soirée du 13 novembre a mobilisé des dizaines de journalistes dans chaque rédaction. (Capture d’écran BFM TV)

Le 13 novembre au matin, aucun journaliste imaginait être mobilisé le soir même pour couvrir la plus grosse attaque terroriste de France. Retour sur cette soirée spéciale.

Libé est en fête. Dans ses locaux, le journal célèbre son déménagement en présence de plus d’une centaine de personnes. Tous les journalistes sont là. « On avait commencé à boire et à danser », se souvient Luc Peillon, journaliste économique.

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[EN PLATEAU] Charles-Henry Groult, du Quatre Heures

Co-fondateur du site de longs formats multimédias Le Quatre Heures, Charles-Henry Groult, 28 ans, s’est lancé sans passer par le financement participatif. Il prévoit toutefois de mettre en place une campagne de crowdfunding dans quelques mois pour lancer la deuxième version de son site. Une initiative sans garantie, mais plutôt efficace en ce qui concerne les projets journalistiques.

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[PORTRAIT] Vincent Nguyen, journaliste à 360°

Depuis quelques mois, Vincent Nguyen parcourt le monde avec Jean-Sébastien Desbordes pour la série documentaire « 360@ », sur France 5. Le concept : proposer des séquences filmées avec une caméra 360 degrés. Un nouveau défi qui ravit le journaliste, formé à l’Ecole publique de journalisme de Tours (EPJT).

Vincent Nguyen prépare actuellement la deuxième saison de 360@. Photo : Yann L'Hénoret.

Vincent Nguyen prépare actuellement la deuxième saison de 360@. Photo : Yann L’Hénoret

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[PORTRAIT] Raphaël Garrigos, l’obsession des Jours

Raphaël Garrigos a quitté Libération en janvier 2015. Photo : Sébastien Calvet / Les Jours

Raphaël Garrigos a quitté Libération en janvier 2015. Photo : Sébastien Calvet / Les Jours

Raphaël Garrigos a été journaliste plus de 15 ans à Libération. Il a quitté le journal il y a un an pour se lancer dans un projet : le site d’information Les Jours.

Lui et sa femme, Isabelle Roberts, avaient un principe : ne jamais apparaître à la télévision parce qu’ils travaillaient sur les pages médias pour Libération. Mais le 14 février dernier, au cours de l’émission Médias le mag, sur France 5, ils ont fait tomber le masque. Invités pour présenter leur nouveau projet, « les Garriberts », sont apparus « à nu ». « Nous, on les connaissait, mais le public découvre Isabelle Roberts et Raphaël Garrigos », lançait alors Thomas Hugues, le présentateur du programme.

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