Les femmes journalistes à la conquête de leurs droits

Vendredi, lors de la conférence intitulée « Un journalisme utile aux femmes », une photojournaliste yezeri témoignait. Photo : Marie Jansen

En Tunisie, les femmes journalistes constituent aujourd’hui plus de 50 % de la profession. De plus en plus nombreuses à intégrer l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi), elles sont 70 % à entrer sur le marché du travail diplômées. Un record.

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Sur Facebook, les Tunisiens se sont appropriés l’information

Facebook a assurément accéléré le processus de démocratie en Tunisie. Désormais, les locaux sont moins craintifs, et n’hésitent plus à faire valoir leurs libertés.

Depuis la révolution de Jasmin en 2011, le peuple tunisien a décidé de participer de lui-même à l’information. Pour cela, Facebook s’est révélé être leur meilleur allié possible. Et aujourd’hui encore, le réseau social reste incontournable dans la société.

La Tunisie est le deuxième plus grand pays africain utilisateur de Facebook. Avec plus de 55% de la population connectée au réseau social et 6,5 millions d’utilisateurs (selon Medianet Labs), la plateforme est aujourd’hui incontournable dans le quotidien des Tunisiens. Pourtant, quelques mois après la révolution en 2012, ce chiffre plafonnait à seulement 3 millions d’utilisateurs. Comment expliquer alors l’évolution exponentielle des utilisateurs depuis 2012 ? Pour Fatma Star, blogueuse et étudiante au lycée Pierre-Mendès-France au moment des événements de janvier 2011, « la plateforme a permis aux Tunisiens de faire grandir leurs libertés ».

Aujourd’hui encore, beaucoup l’assurent : les manifestations de 2011 n’auraient sans doute pas eu la même ampleur sans les médias sociaux. « Ils ont aidé à mobiliser les foules, à les pousser à surmonter leurs peurs », déclare Mokhtar Ben Henda, maître de conférence en technique de l’information et de la communication spécialisé sur le monde arabe. Romain Lecomte, docteur en sciences politiques et sociales à Liège, souligne lui aussi l’importance qu’a pu avoir Internet, et Facebook en particulier, lors de ces mois de révolte. « La plateforme a été très largement utilisée en Tunisie, pour contrer la censure du gouvernement et la propagande des anciens médias », décrypte-t-il.

« Le média tunisien le plus consulté, c’est Facebook »

Mais pour les Tunisiens, le succès du mouvement en 2011 n’a pas freiné l’élan pour autant. Au sortir de la période de révolution, le peuple n’a pas arrêté de faire valoir ce qu’il avait à revendiquer, là encore par la voie des réseaux sociaux. «  Les Tunisiens aiment beaucoup l’interaction. Les réseaux sociaux offrent cette possibilité de commenter, de discuter et de débattre autour de l’actualité, et c’est pour cela que le nombre d’utilisateurs grandit encore », assure Souhaieb Khayati, de Reporters sans Frontières.

Sept ans plus tard, le pays est donc l’un des plus influents d’Afrique sur les réseaux sociaux, et les médias se doivent de s’adapter à ce public particulier. Larbi Chouikha, professeur à l’Institut de presse et des sciences de l’information, en est conscient. « Aujourd’hui, le média tunisien le plus consulté, c’est Facebook et de loin. Les médias traditionnels n’ont donc pas la même manière d’écrire qu’il y’a huit ans, et le partage des articles sur les réseaux sociaux devient très important dans le processus d’écriture. » Sept ans après la chute de Ben Ali, les Tunisiens sont donc plus actifs que jamais sur les réseaux sociaux. Preuve que la démocratie doit beaucoup à ces nouveaux médias.

Hugo Girard

Les drones, nouveaux alliés des journalistes de guerre

Les drones sont de plus en plus utilisés sur les zones de guerre, à commencer par les journalistes. (ARIS MESSINIS / AFP)

Initialement destinés aux armées, les drones sont devenus des outils accessibles au grand public. Mais avec l’appropriation de ces aéronefs par les journalistes, ceux-ci reviennent sur leur terrain initial : les zones de conflit.

Et si les drones révolutionnaient le journalisme de guerre ? Déjà utilisés par les armées depuis des dizaines d’années, ces aéronefs ont trouvé avec les médias de nouveaux utilisateurs depuis quelques temps.

Avec la réduction du prix de ce nouvel outil – il est aujourd’hui possible d’en acheter un filmant en très haute résolution pour moins de 1000 euros -, et une praticité améliorée – beaucoup tiennent dans une valisette, et sont pilotables depuis un smartphone –, les rédactions ont vite compris qu’il fallait sauter le pas. « Les drones changent et changeront le traitement médiatique des conflits », assure ainsi Kamel Redouani, documentariste à France Télévisions.

La plus-value apportée par ce nouvel outil est en effet non négligeable d’un point de vue journalistique. Pour Eric Scherer, directeur de la prospective à France Télévisions, l’utilisation d’un drone dans un reportage permet « une variation des plans, mais surtout de raconter l’histoire de manière différente ».

Au plus près des zones de conflit, l’utilisation de drones par les journalistes a effectivement de nombreuses utilités. Grâce à ces nouveaux outils, il est désormais possible de s’approcher au plus près de l’action, en limitant les risques pour les journalistes. Ils permettent aussi d’apporter une autre vision du terrain, avec les prises de vues aériennes. Ce nouvel angle de vue permet une lecture plus facile de l’histoire pour le téléspectateur et lui offre une information mieux contextatualisée.

Une autre vision des conflits

Kamel Redouani loue d’ailleurs l’utilisation des drones sur le terrain, en se basant sur son expérience personnelle. « En filmant un reportage sur la chute de Syrte, on a pu se rendre compte que, lorsque des couloirs étaient ouverts pour faire sortir les femmes et les enfants, les soldats de Daech tiraient sur eux, sur les membres de leurs propres familles. Les drones ont donc permis de voir une autre facette de la réalité », a-t-il assuré lors de la conférence sur les nouveaux outils du journalisme, vendredi, aux Assises de Tunis.

Mais la force de ces nouveaux outils fait également leur faiblesse. Leur capacité à se rendre sur tous les terrains fait d’eux de véritables cibles. Considérés comme une menace, du fait de leur capacité à dévoiler des stratégies, ils sont de plus en plus victimes de tirs, voire de hacking.  « Avec les outils à leur disposition, les forces armées tentent de prendre le contrôle des machines que les journalistes utilisent », explique Eric Scherer. Avec les risques que cela encourt : en dévoilant la position des journalistes, ces derniers pourraient courir un risque pour leur vie.

 « L’image vue du ciel apporte certes de nombreuses opportunités… Mais il reste très difficile de tourner avec des drones », résume Kamel Redouani. La faute à une appropriation pas encore totale de l’outil, et de ses limites. Mais, malgré tout, l’aéronef devrait s’imposer comme l’atout numéro 1 du reporter de guerre dans les années à venir. En attendant, le temps est à l’expérimentation.

Hugo Girard

La Tunisie à l’épreuve de la liberté de la presse

Depuis 2011, des réformes ont été entreprises pour réformer le paysage médiatique tunisien, mais des changements restent encore à effectuer. Illustration Photo Google Street view / Montage Benoist Pasteau

La chute de Ben Ali en 2011 a bouleversé le paysage médiatique tunisien. En sept ans, la presse s’est libéralisée. Mais les rédactions doivent encore se professionnaliser.

« Ils m’ont demandé l’identité et le contact d’une personne que j’avais interviewée la veille… » Mathieu Galtier, journaliste freelance français basé en Tunisie, ne raconte pas une histoire ancienne. Il évoque un épisode d’autant plus étonnant qu’il a eu lieu en janvier 2018, lors de manifestations contre l’inflation à Tebourba, à une trentaine de kilomètres de Tunis.

Le lendemain de ce rassemblement, des agents de la garde nationale se rendent à son domicile. « Tout s’est passé de manière cordiale, je n’ai pas été menacé », se souvient-t-il. Les agents l’ont tout de même conduit au poste. Après une heure d’entretien, Mathieu Galtier a pu sortir. Sans avoir divulgué le nom de son interlocuteur rencontré la veille.

Cet épisode n’est pas un cas isolé. Les exemples d’entrave au travail des journalistes et de pressions à leur encontre sont multiples durant ces manifestations. En février 2018, Néji Bghouri, président du Syndicat national des journalistes tunisiens, s’est même inquiété d’un retour aux méthodes en vigueur sous le régime autoritaire de Zine el-Abidine Ben Ali, président de la Tunisie de 1987 à 2011. Les médias étaient alors régis par un ministère de la communication qui s’assurait qu’aucun article critique à l’égard du pouvoir ne soit publié.

En janvier 2011, la révolution de jasmin pousse Ben Ali à quitter le pouvoir. Très rapidement, le gouvernement provisoire a certes aboli le ministère de la Communication et le code de la presse, pour garantir plus de libertés aux médias tunisiens. Mais sept ans après, la transition n’est toujours pas aboutie. « Aujourd’hui, le paysage médiatique tunisien se caractérise par un flou. Il n’a pas été assez réformé en profondeur. Il est déchiré entre le désir de tendre vers plus de démocratie et un retour à l’ancien temps, aux anciennes pratiques », analyse Larbi Chouikha, professeur à l’Institut de presse et des sciences de l’information de Tunis (Ipsi) et auteur de plusieurs ouvrages sur les médias tunisiens.

S’adapter à la liberté de la presse

Après la chute de Ben Ali, le paysage médiatique tunisien évolue en très peu de temps. De nouveaux titres font leur apparition, et certains, déjà existants, comme la radio Tataouine ou le pure player Nawaat changent en profondeur. Les journalistes doivent s’adapter à cette libération soudaine de la presse. « Sous Ben Ali, les médias étatiques, censés être les médias du service public, reproduisaient en fait la parole officielle du pouvoir. Du jour au lendemain, ces médias étaient libres de produire leurs contenus, de couvrir l’actualité des partis politiques, des mouvements sociaux ou des régions. Des choses qu’ils n’avaient pas l’habitude de faire auparavant », note Souhaieb Khayati, directeur du bureau Afrique du Nord de Reporters sans frontières (RSF). Certains journalistes éprouvent alors des difficultés à se défaire de leurs anciennes méthodes de travail. Selon Larbi Chouikha, des « journalistes sont prisonniers des anciennes chaînes » et de leurs méthodes de travail asservies.

La parole des journalistes s’est pourtant rapidement libérée, selon Souhaieb Khayati : « On trouve des caricatures du président dans de nombreux médias. À la télévision, les débats contradictoires sont très présents également. Même si tout n’est pas parfait et que certains points restent à améliorer, nous nous rapprochons de plus en plus des standards occidentaux en matière de liberté de la presse ».

Frida Dahmani, journaliste tunisienne à Jeune Afrique, confirme ces propos : « Aujourd’hui je peux parler de tout, sans me dire que mon média sera censuré. Je peux mener des enquêtes sans devoir demander des autorisations ou faire des reportages sans déclarer que je me rends dans telle entreprise ou dans tel secteur géographique. »

Cependant, lors de moments de forte tension dans le pays, les journalistes tunisiens voient parfois leur travail entravé ou subissent des pressions. Cela a notamment été le cas lors des manifestations de 2012 et de 2013, et plus récemment au début de l’année 2018.

C’est aussi vrai dans le traitement de sujets sensibles, comme des affaires liées au terrorisme, dans un pays où l’état d’urgence est en vigueur depuis 2015. Pour Souhaieb Khayati de RSF, ces dérives passagères ne sont pas le fruit du pouvoir ou du gouvernement en place. « Il s’agit de mauvaises pratiques de certains policiers qui officiaient déjà sous Ben Ali et qui n’ont pas changé leur manière de travailler. »

Réformer de l’intérieur

Pour garantir cette liberté de ton et d’expression dans les médias et affirmer leur indépendance par rapport au pouvoir, plusieurs lois sont promulguées et des instances sont créées dans les mois qui suivent le départ de Ben Ali. C’est le cas de la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica), qui voit le jour en 2013. Son rôle est de réformer et de réguler le paysage audiovisuel dans un contexte de transition démocratique.

Toutefois, la transformation des anciens médias gouvernementaux vers des médias de service public reste délicate. « La notion de service public n’est toujours pas clairement définie », indique Larbi Chouikha. Pour ce dernier, les réformes doivent également venir de l’intérieur, des journalistes eux-mêmes. « Il faut prendre des mesures structurelles, en définissant précisément ce qu’est une entreprise de presse. Il faut aussi plus de transparence autour de la ligne éditoriale et des financements ». Preuve en est, dans certains journaux, les conférences de rédaction n’existent pas.  Au sein des entreprises de presse, les journalistes semblent alors livrés à eux-mêmes.

« La situation des journalistes tunisiens doit être améliorée. Ils sont défavorisés socialement car leur métier est précaire », explique Souhaieb Khayati, qui pointe également un manque de moyens financiers dans les entreprises de presse. Les élections législatives et présidentielles se profilent à l’horizon : elles se tiendront en octobre 2019.  Pour le secteur médiatique tunisien, ces échéances – en fonction de leur résultat – pourraient provoquer un nouveau tournant.

Hugo Girard, Romain Pichon et Ewen Renou

 

Traitement des migrations : la grande confusion

Salaheddine Lemaizi, journaliste pour « Les Inspirations » et « Les Ecos », au Maroc, participait à l’atelier. Photo : Clara Gaillot

Depuis le début de la guerre en Syrie, la question migratoire est de plus en plus traitée par les médias du monde entier. Mais puisque les journalistes peinent à accéder aux sources, le sensationnalisme prime souvent sur l’information.

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En Afrique, les zones reculées face au défi de l’information

La radio est le média le plus populaire en Afrique. Il existe énormément de radio locales, leur diffusion ne dépasse pas 50 kilomètres à la ronde. (Crédit photo : Pixabay, jkebbie)

Sur le continent africain subsistent encore des régions reculées, sans accès à internet voire à l’électricité. La radio est alors la seule manière de s’informer pour les populations. Mais elle est elle-même confrontée à des difficultés.

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Drones, réalité virtuelle, écrans tactiles… Cinq outils pour les journalistes de demain

Les journalistes utilisent de plus en plus les nouvelles technologies. A limage de Matthew Waite, journaliste à la Deutsche Welle, avec son drone. Crédit : DW/K. Danetzki.

Depuis l’émergence d’Internet, les moyens de s’informer ont considérablement évolué, rendant l’accès à l’actualité presque universel. Cela contraint les journalistes à s’adapter pour suivre le mouvement, au point de rendre les nouvelles technologies indispensables. Présentation de cinq outils qui feront le journalisme de demain.

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En Tunisie, la forte érosion de la presse écrite

Le paysage médiatique tunisien a beaucoup évolué depuis le début du Printemps arabe en 2011. Pendant que de nouveaux médias naissent sur la toile, la presse écrite est en crise.

Au lendemain du Printemps arabe, appelé « révolution de jasmin » en Tunisie, plusieurs nouveaux médias ont fait leur apparition sur internet, soutenus par des fonds publics. A l’inverse de la presse écrite, qui a subi de plein fouet ce déplacement de l’audience vers le multimédia.

Fin 2015, Mongi Khadraoui, ancien secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens a réalisé une étude sur l’évolution de la presse écrite dans le pays. Et les chiffres sont impressionnants. Le paysage médiatique tunisien a littéralement fondu, passant de 229 titres de presse en 2011 à seulement 45 fin 2015.

Moins de lecteurs, moins d’annonceurs

Cette brutale diminution continue encore aujourd’hui. Il ne reste plus que sept quotidiens dans le pays en 2018. Dernièrement, c’est Assarih, lancé en 1995, qui s’est résolu à mettre fin à son aventure quotidienne. Sans toutefois mettre la clé sous la porte : Assarih continue de développer une version électronique, suivant ainsi ses lecteurs. Ces derniers privilégient, comme c’est le cas dans à peu près dans tous les pays où l’accès à internet est démocratisé, la consommation de l’information gratuite via les sites, les réseaux sociaux, la radio et la télévision.

La presse écrite en danger

Avoir moins de lecteurs signifie automatiquement moins de recettes publicitaires, principale source de revenus des médias en Tunisie. Or, la part de l’investissement publicitaire pour les médias de presse écrite est en baisse constante depuis 2011, ce qui a contraint les journaux à augmenter leur prix.

Depuis le 1er janvier 2018, les journaux ont atteint le seuil symbolique du dinard, alors qu’ils coûtaient avant 900 millimes. La Fédération tunisienne des directeurs de journaux (FTDJ) a justifié son choix par le contexte difficile : « Les entreprises de presse étaient dans l’obligation de formuler une telle demande compte tenu du déficit qui frappe leurs finances, des coûts liés à la production (papier, encre) et de la baisse du dinar tunisien face aux monnaies étrangères ».

Pendant que des pure players naissent sur la toile avec plus d’aides, l’essor de médias écrits libres et indépendants en Tunisie est donc stoppé.

Romain Pichon

Journalistes au Maghreb : entre professionnalisation et précarité

Même si la révolution de 2011 a permis d’améliorer les conditions de travail des journalistes, entre le manque de moyens, d’indépendance et de régulation, l’exercice de ce métier reste parfois compliqué. Photo : Romain Bizeul

En pleine mutation, le journalisme maghrébin jouit de nombreuses avancées professionnelles et sociales héritées des révoltes de 2011. Si le début de la professionnalisation du métier est prometteur, rien ne semble encore définitivement acquis.

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« Si un journaliste se sent menacé, il peut envoyer ses informations à Forbidden stories, nous les sécuriserons »

La messagerie « Signal », l’un des moyens sécurisé pour que les journalistes menacés communiquent avec Forbidden stories. Photo : Hugo Checinski

Forbidden stories a pour ambition de reprendre le travail des journalistes afin de les protéger des pressions. Un projet qui regroupe des journalistes d’investigation du monde entier. Jules Giraudat raconte l’enquête qu’il a coordonnée sur l’assassinat de la journaliste maltaise, Daphne Caruana Galizia.

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