Les femmes journalistes à la conquête de leurs droits

Vendredi, lors de la conférence intitulée « Un journalisme utile aux femmes », une photojournaliste yezeri témoignait. Photo : Marie Jansen

En Tunisie, les femmes journalistes constituent aujourd’hui plus de 50 % de la profession. De plus en plus nombreuses à intégrer l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi), elles sont 70 % à entrer sur le marché du travail diplômées. Un record.

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« Avec 15-38 Méditerranée, nous souhaitons construire des ponts entre les rives de la Méditerranée »

Hélène Bourgon, co-fondatrice de 15-38 Méditerranée, revient sur ses missions et dresse un bilan de son média, deux ans après sa création. Photo : Elise Pontoizeau.

Basé à Marseille et Alger, 15-38 Méditerranée propose, chaque mois, d’aborder une thématique commune entre les sociétés méditerranéennes. Une initiative qui vise à créer un lien entre les différentes rives. Rencontre avec sa co-fondatrice, Hélène Bourgon.

Un site commun à tous les pays qui longent la rive de la Méditerranée. Créé il y a deux ans, 15-38 Méditerranée – comme le point central de la Méditerranée en longitude et latitude – a pour objectif de traiter des questions sociétales « comme l’immigration, la drogue ou encore l’éducation ». Un projet qui est « le fruit d’une réflexion de plusieurs années », nous explique Hélène Bourgon, la cofondatrice du site.

15-38 Méditerranée est sur le point de fêter ses deux ans. Quel bilan faites-vous de ce projet ?

C’est épuisant mais on tient le coup. En seulement un an et demi, nous sommes passés de 10 000 visiteurs à plus de 20 500. Il y a une réelle demande de la part des lecteurs et c’est la plus belle des reconnaissances. Les écoles que nous avons approchées sont également très satisfaites par notre travail et notre approche avec les élèves. Plus que jamais, il est important de maintenir ce lien entre les rives afin de contrer les vagues dangereuses de nationalisme qui se propagent en Europe.

Comment est née l’idée de votre média 15-38 Méditerranée ?

Ce projet est le fruit d’une réflexion de plusieurs années entre différents correspondants et chercheurs. Nous souhaitions éclairer les citoyens sur les problématiques que rencontrent les sociétés méditerranéennes. Nous voulions aborder des questions sociétales, comme l’immigration, la drogue ou encore l’éducation, afin de montrer aux lecteurs que nous partageons tous les mêmes difficultés. D’abord pensé à Beyrouth, notre média a finalement vu le jour en France, en mars 2017. Aujourd’hui, Coline Charbonnier, Justin de Gonzague et moi-même sommes basés à Marseille, tandis que Leïla Berrato se situe à Alger.

Dans quelles mesures votre initiative se distingue-t-elle des autres médias ?

L’idée n’est pas de concurrencer les médias traditionnels mais nous voulons apporter des clés de compréhension et des moyens d’agir pour nos lecteurs français et européens. Les connaissances de tous nos journalistes se sont faites sur le terrain. Je me suis moi-même expatriée six ans au Moyen-Orient pour mieux comprendre et appréhender cette région. Nous souhaitons construire des ponts entre les rives de la Méditerranée, au moment où certains souhaitent construire des murs entre les frontières. La richesse de nos sociétés passe avant tout par le partage des cultures.

« Nous avons fait le choix de rendre notre plateforme gratuite afin d’être le plus accessible possible »

Comment s’organise la rédaction de 15-38 Méditerranée ?

Afin de publier un dossier par mois, nous collaborons avec dix journalistes, photographes et dessinateurs. De nouvelles thématiques sont envoyées par mail et un échange s’établit afin d’éclairer les nombreux angles possibles. Les reporters disponibles partent alors sur le terrain dans le but de réaliser leurs reportages. A côté de cette production, nous nous rendons également dans les écoles et les collèges pour enseigner l’éducation aux médias. Cette mission journalistique est indispensable pour permettre aux jeunes de bien s’informer et de leur inculquer l’importance de ce métier. C’est aussi une manière de rétablir une confiance avec le public.

De quelles manières parvenez-vous à financer vos réalisations ?

Nous permettons aux lecteurs de soutenir ce projet à travers des dons. L’adhésion s’élève à soixante euros par an mais nous proposons également des dons mensuels, de deux à dix euros. Nous venons également de sortir une publication papier, Une année en Méditerranée, vendue en ligne, afin de récolter des fonts pour bien démarrer 2019. Notre campagne de financement participatif nous a permis de très bien tenir durant la première année mais ce modèle économique est difficile car nous n’avons pas assez d’adhérents.

Malheureusement, les médias indépendants ne bénéficient d’aucune aide lorsqu’ils ne sont pas des titres de proximité. Tous nos journalistes sont payés à la pige, c’est pour cela que nous ne pouvons pas nous permettre de proposer dix reportages par mois. Nous avons fait le choix de rendre notre plateforme gratuite afin d’être le plus accessible possible et de toucher un large lectorat, qui s’étend de 18 à 90 ans.

Que représente pour vous cette première édition des Assises internationales du journalisme à Tunis ?

Cet événement est un véritable vivier dans lequel nous avons la chance de rencontrer des journalistes du bassin méditerranéen mais pas seulement. En tant que reporter, croiser la route de journalistes yéménites est d’une richesse incroyable. C’est aussi l’occasion de créer de nouvelles collaborations. Nous avons pour projet de créer un échange via Skype entre des collégiens de Marseille et de Tunis, afin d’aborder différentes thématiques sociétales.

Propos recueillis par Thomas Desroches

Les drones, nouveaux alliés des journalistes de guerre

Les drones sont de plus en plus utilisés sur les zones de guerre, à commencer par les journalistes. (ARIS MESSINIS / AFP)

Initialement destinés aux armées, les drones sont devenus des outils accessibles au grand public. Mais avec l’appropriation de ces aéronefs par les journalistes, ceux-ci reviennent sur leur terrain initial : les zones de conflit.

Et si les drones révolutionnaient le journalisme de guerre ? Déjà utilisés par les armées depuis des dizaines d’années, ces aéronefs ont trouvé avec les médias de nouveaux utilisateurs depuis quelques temps.

Avec la réduction du prix de ce nouvel outil – il est aujourd’hui possible d’en acheter un filmant en très haute résolution pour moins de 1000 euros -, et une praticité améliorée – beaucoup tiennent dans une valisette, et sont pilotables depuis un smartphone –, les rédactions ont vite compris qu’il fallait sauter le pas. « Les drones changent et changeront le traitement médiatique des conflits », assure ainsi Kamel Redouani, documentariste à France Télévisions.

La plus-value apportée par ce nouvel outil est en effet non négligeable d’un point de vue journalistique. Pour Eric Scherer, directeur de la prospective à France Télévisions, l’utilisation d’un drone dans un reportage permet « une variation des plans, mais surtout de raconter l’histoire de manière différente ».

Au plus près des zones de conflit, l’utilisation de drones par les journalistes a effectivement de nombreuses utilités. Grâce à ces nouveaux outils, il est désormais possible de s’approcher au plus près de l’action, en limitant les risques pour les journalistes. Ils permettent aussi d’apporter une autre vision du terrain, avec les prises de vues aériennes. Ce nouvel angle de vue permet une lecture plus facile de l’histoire pour le téléspectateur et lui offre une information mieux contextatualisée.

Une autre vision des conflits

Kamel Redouani loue d’ailleurs l’utilisation des drones sur le terrain, en se basant sur son expérience personnelle. « En filmant un reportage sur la chute de Syrte, on a pu se rendre compte que, lorsque des couloirs étaient ouverts pour faire sortir les femmes et les enfants, les soldats de Daech tiraient sur eux, sur les membres de leurs propres familles. Les drones ont donc permis de voir une autre facette de la réalité », a-t-il assuré lors de la conférence sur les nouveaux outils du journalisme, vendredi, aux Assises de Tunis.

Mais la force de ces nouveaux outils fait également leur faiblesse. Leur capacité à se rendre sur tous les terrains fait d’eux de véritables cibles. Considérés comme une menace, du fait de leur capacité à dévoiler des stratégies, ils sont de plus en plus victimes de tirs, voire de hacking.  « Avec les outils à leur disposition, les forces armées tentent de prendre le contrôle des machines que les journalistes utilisent », explique Eric Scherer. Avec les risques que cela encourt : en dévoilant la position des journalistes, ces derniers pourraient courir un risque pour leur vie.

 « L’image vue du ciel apporte certes de nombreuses opportunités… Mais il reste très difficile de tourner avec des drones », résume Kamel Redouani. La faute à une appropriation pas encore totale de l’outil, et de ses limites. Mais, malgré tout, l’aéronef devrait s’imposer comme l’atout numéro 1 du reporter de guerre dans les années à venir. En attendant, le temps est à l’expérimentation.

Hugo Girard

« Nous avons lancé Africa Check, avant que l’on parle de fake news »

Africa Check, site de fact checking africain souhaite se développer via la coopération avec d’autres médias. Capture d’écran.

Africa Check, premier site de fact-checking par son envergure sur le continent de demain, a été lancé en 2012. Son fondateur et directeur exécutif britannique, Peter Cunliffe-Jones, revient sur les deux missions principales de ce média : la coopération face aux fake news et la formation des journalistes de demain.

C’est LE premier site de fact-checking en Afrique, qui n’a pas réellement d’équivalent dans le monde. Lancé en 2012, ce pure-player a pour ambition de lutter contre les fake news sur tout le continent grâce à ses journalistes répartis dans plusieurs pays. « Nous travaillons en partenariat avec des dizaines de médias dans les quatre pays où nous sommes présents », résume ainsi son fondateur, Peter Cunliffe-Jones. Un projet qui ne peut vivre que par la coopération et la formation des journalistes, comme l’explique le journaliste britannique, passé par l’AFP. 

Comment est né la projet Africa Check ?

J’ai travaillé pour l’AFP pendant 25 ans. En 2011, j’ai intégré la fondation AFP. J’ai discuté avec un professeur en journalisme de l’université de Johannesburg, en Afrique du Sud, à propos du mouvement du fact-checking, initié aux Etats-Unis. Nous avons constaté qu’il n’y avait pas de site de fact-checking sur le continent africain. Nous avons donc mis en place le projet d’en créer un avec une équipe basée à Johannesbourg. Le site a été lancé le 31 octobre 2012 avec l’ambition de le prolonger dans d’autres pays du continent. Aujourd’hui il couvre également le Nigéria, le Sénégal et le Kenya. L’équipe est composée d’une trentaine de personnes dont quinze journalistes répartis dans ces quatre bureaux.

En quoi le fact-checking est-il essentiel sur le continent africain ?

Il y a besoin d’en faire un peu partout dans le monde. C’est pour cela que l’on compte plus de 150 sites de fact-checking sur la planète. Nous avons lancé Africa Check bien avant que l’on parle de fake news. Mais c’est évident pour moi que la désinformation a causé beaucoup de problèmes depuis des siècles. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé le site. Par exemple, quand je travaillais pour l’AFP et que j’étais basé au Nigéria, il y a eu une campagne de l’OMS contre la poliomyélite. Des rumeurs se sont propagées et disaient que cette campagne de vaccination visait à réduire la population dans le monde musulman. À cause de cela, cette campagne a été un échec total. Au lieu d’être éradiquée, la poliomyélite a explosé. Le fact-checking a une importance réelle sur les sociétés, au-delà de la politique. L’impact des fake news est différent selon les pays, mais partout dans le monde cela cause des problèmes.

Un prix africain pour le fact-checking

Pour mettre en avant le travail des journalistes, Africa Check a lancé en 2014 le prix de fact-checking en Afrique. « Des journalistes provenant d’une vingtaine de pays ont candidaté à nos différents prix », explique ainsi Peter Cunliffe-Jones. Une bonne manière pour faire émerger des projets et des têtes. « Cette année, l’un des lauréats est un jeune journaliste sénégalais, qui va travailler avec nous dans notre bureau de Dakar ». Le pure-player leur propose aussi des formations sur le fact-checking en vue, donc, d’intégrer ensuite les rédactions. Pour toujours mieux lutter contre les fake news.

La coopération est au cœur du projet Africa Check. Pourquoi ce choix ?

Si on travaille seuls, l’impact est moindre. C’était donc très important pour nous dès le début de collaborer avec des journalistes de différents médias et de différents pays. Nous travaillons par exemple avec un nouveau site de fact-checking, Zimfact, qui s’est lancé au Zimbabwe en mars ; ou encore Congo Check qui a démarré cette année. Il y a beaucoup de sites qui se créent, au Botswana ou en Côte d’Ivoire notamment. Nous travaillons avec eux pour les aider à s’établir. Le rôle d’Africa Check est de soutenir toutes les initiatives en Afrique.

 

Peter Cunliffe-Jones, fondateur d’Africa Check, est aujourd’hui le directeur exécutif. Photo : site africacheck.org

 

Est-ce que cela passe aussi par le financement de projets de fact-checking ?

Non, nous n’avons pas les moyens de le faire. Nous proposons notre aide à travers les formations, que ce soit sur les principes du fact-checking ou sur l’aspect technique. Mais nous n’avons pas de financements, malheureusement.

Comment se déroulent ces formations ?

Des membres de ces nouveaux sites viennent travailler à nos côtés pendant deux semaines. Les anglophones viennent dans le bureau de Johannesbourg et les francophones dans le bureau de Dakar. Tous les mois nous organisons une réunion virtuelle avec les partenaires de notre projet. En novembre 2017, nous avons organisé une réunion de deux jours pour parler des problèmes auxquels ils sont confrontés. Nous espérons que cela les aidera à s’établir.

« Nous espérons travailler avec le plus de journalistes possible »

Avez-vous des échanges avec des sites de fact-checking américains ou européens ?

J’appartiens au conseil d’administration de l’International Fact-Checking Network, ce qui nous permet d’avoir des échanges avec d’autres membres internationaux. Actuellement, j’échange avec le site de fact-checking anglais Full fact. Nous avons très souvent des échanges avec Chequeado, un site de fact-checking argentin. Il y a deux mois, nous avons organisé un échange entre nos équipes pour mettre en place un projet d’éducation aux médias. L’année prochaine, nous accueillerons au Cap [toujours en Afrique du Sud, ndlr] la conférence Global Fact, qui se déroule tous les ans depuis quatre ans. Africa Check va l’organiser pour la première édition sur le continent africain.

À Johannesbourg, comme au Sénégal, vous êtes installés dans le centre de formation de journalistes de l’université. Pourquoi est-ce important pour vous d’être en lien avec les écoles de journalisme ?

Les principes et techniques du fact-checking représentent une partie très importante de l’avenir du journalisme. Être dans les écoles de journalisme nous permet d’étendre la connaissance des journalistes de demain dans le domaine.

Comment cela se concrétise ? Avez-vous des perspectives d’évolution ?

Nous proposons ces formations gratuitement parce que nous espérons travailler avec le plus de journalistes possible pour avoir un impact important. Nous essayons aussi de créer pour l’année prochaine un cursus en journalisme que nous proposerons gratuitement aux écoles de journalisme du continent. Les écoles pourront s’approprier ce cursus pour en faire un cours à leurs élèves.

 

Propos recueillis par Clément Argoud

Conseil de déontologie : la France y réfléchit, la Tunisie agit

En Tunisie, le code de déontologie journalistique est en projet.

A peu près partout dans le monde, les journalistes font face à un désamour (au minimum) de la part du public. Le renforcement de la déontologie peut être une réponse. Si la Tunisie créé actuellement son conseil de la presse, la France en est encore au stade de la réflexion.

Le 9 octobre, Françoise Nyssen, alors ministre de la Culture, annonçait la création d’une mission, présidée par Emmanuel Hoog, pour statuer sur la création d’un conseil de déontologie de la presse. Mission qui a été maintenue après son départ du gouvernement. Cette initiative a été considérée comme une victoire par Jean-Luc Mélenchon, dont la pétition en ligne réclamant ce type d’organe de régulation s’approche des 200 000 signatures. Jean-Luc Martin-Lagardette, qui étudie ce sujet depuis plus de sept ans au sein de l’APCP, l’Association de préfiguration d’un conseil presse a préféré être plus réservé. Selon lui, « cette initiative ne pourrait aboutir que si elle est portée par les médias et souhaitée. Si elle n’émane que du gouvernement, on l’accusera de vouloir museler la presse.« 

La place des citoyens et la répression en question

La place des citoyens est un sujet important dans ce débat. Si le Syndicat national des journalistes (SNJ) prône la création d’un conseil de déontologie, il ne souhaite pas que des représentants du service public y prennent place. Une volonté qui s’oppose aux désirs de plusieurs organisations, comme Acrimed ou l’Observatoire de déontologie de l’information, d’après Pierre Ganz, son vice-président : « Pour être crédible, ce conseil devra réunir les éditeurs de presse et les journalistes, mais aussi les citoyens, même si on ne sait pas encore comment ils pourraient être nommés. » Au-delà des différents points de rupture, la grande majorité des acteurs souhaite que ce conseil n’ait pas de pouvoir répressif. « Le conseil rendra son avis public et c’est déjà très structurant. Ce sera une satisfaction pour le public, avec une procédure plus simple que lors d’un recours en justice », comme l’explique Pierre Ganz.

Le cas de la Tunisie

La Tunisie a fait le choix d’un conseil de la presse qui ne dispose pas d’un pouvoir de sanction contre les journalistes. Les premiers statuts du futur conseil de la presse seront rendus public le 14 janvier 2019, en même temps que le nouveau code de déontologie pour les journalistes du pays. L’objectif, selon Manoubi Marouki, président du comité exécutif du conseil de déontologie tunisien, est de « préserver la liberté de la presse tout en protégeant à la fois les journalistes et le public« .

Ce « tribunal d’honneur » aura avant tout une volonté pédagogique et ses statuts seront prochainement discutés par des juristes, des universitaires, des étudiants en journalisme, etc. D’après lui, « cette instance, en privilégiant l’autorégulation, va améliorer la qualité des productions journalistiques qui baissent depuis quelques années. » L’organe réunira des représentants des citoyens, des propriétaires de titres de presse et des journalistes. Il sera majoritairement financé par les organisations membres, mais également par l’État. Le futur conseil de déontologie sera inspiré des modèles déjà existants, comme c’est le cas en Belgique, où, après dix ans d’existence, les résultats sont très positifs et semblent montrer une amélioration de la confiance du public.

Lucas Beulin

 

Pour aller plus loin, un extrait du projet de code de déontologie :

Les Assises par l’objectif des étudiants de l’Ipsi

Les étudiants de l’Institut de presse et des sciences de l’information (Ipsi) ont déambulé dans les allées de la Cité de la Culture de Tunis. Avec leur appareil photo, ils ont capté des instants de vie. Entre les conférences, les débats et les ateliers, ils ont pu se familiariser avec les problématiques du métier au contact de journalistes venus du monde entier.

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Un diaporama photo réalisé par les étudiants de l’Institut de presse et des sciences de l’information (IPSI)

Drones, réalité virtuelle, écrans tactiles… Cinq outils pour les journalistes de demain

Les journalistes utilisent de plus en plus les nouvelles technologies. A limage de Matthew Waite, journaliste à la Deutsche Welle, avec son drone. Crédit : DW/K. Danetzki.

Depuis l’émergence d’Internet, les moyens de s’informer ont considérablement évolué, rendant l’accès à l’actualité presque universel. Cela contraint les journalistes à s’adapter pour suivre le mouvement, au point de rendre les nouvelles technologies indispensables. Présentation de cinq outils qui feront le journalisme de demain.

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CFI a une mission : aider les médias à se développer

Canal France International (CFI) est l’un des premiers partenaires financiers de ces Assises de Tunis.

Canal France International (CFI) est une agence française qui promeut le pluralisme et la professionnalisation des médias en Afrique et en Asie du Sud-Est. Filiale du groupe France Médias Monde depuis 2017, CFI axe son travail sur les pays en transition démocratique.

Canal France International (CFI) est l’agence française d’aide au développement des médias. Opérateur de l’Union Européenne et du ministère des Affaires étrangères, elle est devenue, en juin 2017, une filiale du groupe France Média Monde (France 24, Radio France International (RFI) et Radio Monte-Carlo Doualiya (MCD)).

L’intégration au groupe France Médias Monde est « une belle opportunité qui apporte de potentielles synergies« , annonce David Hivet, directeur Méditerranée-Asie de CFI. Des contenus produits par des journalistes accompagnés par l’agence française peuvent être publiés sur les sites internet de France Médias Monde. Dans l’autre sens, des journalistes de France 24 ou RFI peuvent intervenir en tant que formateurs au cours des différentes missions de CFI.

L’agence française conçoit et met en œuvre des projets qui s’appuient sur des médias locaux. Elle dispense ses formations sur une vaste zone qui s’étend du Maroc jusqu’aux Philippines. « L’idée est d’élargir, densifier et crédibiliser l’espace d’information et de débat« , explique Julien Guei, délégué de CFI aux outil numériques. L’agence de développement axe son travail sur des régions fragiles, exposées au conflit, soumises à des déstabilisations politiques. Avec toujours un même objectif : participer au renforcement des médias pour qu’ils puissent délivrer une information pluraliste, fiable et démocratique.

Conception de projets

Dix millions d’euros sont mobilisés chaque année pour concevoir des projets, qui durent entre un et quatre ans. Pierre Jalladeau, directeur Afrique de CFI, indique que « les projets naissent en grande partie de l’expérience du terrain après des discussions avec les médias et la société civile pour comprendre ce qu’il faut apporter comme aide« . C’est ainsi qu’une trentaine de projets est conduite chaque année, ce qui représente 180 missions sur le terrain.

Quand le projet est mis en place, un appel à candidature pour trouver les médias est réalisé à travers de grandes campagnes de communication sur les réseaux sociaux. Les médias postulent en ligne, puis CFI en sélectionne une dizaine.

Les missions d’accompagnement prennent différentes formes. Pierre Jalladeau énumère : « formations généralistes ou spécialisées, coaching, assistance matérielle sur le terrain, conseils en management, en ligne éditorial ou encore en création de nouveaux contenus ». L’agence française s’appuie sur des journalistes ainsi que des spécialistes des thématiques en lien avec le projet.

D’autres organismes vont encore plus loin et travaillent sur le modèle économique des entreprises de presse. C’est le cas d’Action Médias Francophones (AMF), une association française, qui intervient principalement à Madagascar et dans l’Union des Comores.

« Dans ces pays, les journalistes sont souvent trop peu payés et parfois corrompus. Certains sont asservis à la pauvreté. Pour résoudre ces problèmes, il faut un mode de gestion plus performant. L’indépendance économique amène l’indépendance politique », explique David Bohbot, président de l’association. Tout comme CFI, AMF développe des entreprises de presse pour qu’elles puissent être des contre-pouvoir démocratique.

Accompagner des médias acteurs de transition démocratique

David Hivet explique qu’aujourd’hui, « CFI est intégré dans une politique d’aide publique au développement dans des pays où le média a un rôle à jouer, comme en Irak, où CFI renforce des médias contributeurs de cohésion sociale« . Pierre Jalladeau insiste sur le fait que « les médias sont des outils de citoyenneté« . Il cite l’exemple du projet « Faso Media ». Depuis 2015 et la chute de Blaise Compaoré au Burkina Faso, CFI y accompagne des médias qui ont retrouvé la liberté d’expression. Beaucoup de formations sont dispensées aux journalistes qui doivent apprendre à interviewer un politique, faire des enquêtes et des reportages.

Bien que les projets diffèrent, selon le contexte du pays d’intervention, le rôle de CFI est très souvent le même. Faire monter en puissance des médias déjà existants qui jouent un rôle important dans des pays en sortie de crise ou en transition démocratique.

Romain Pichon et Ewen Renou

En Tunisie, la forte érosion de la presse écrite

Le paysage médiatique tunisien a beaucoup évolué depuis le début du Printemps arabe en 2011. Pendant que de nouveaux médias naissent sur la toile, la presse écrite est en crise.

Au lendemain du Printemps arabe, appelé « révolution de jasmin » en Tunisie, plusieurs nouveaux médias ont fait leur apparition sur internet, soutenus par des fonds publics. A l’inverse de la presse écrite, qui a subi de plein fouet ce déplacement de l’audience vers le multimédia.

Fin 2015, Mongi Khadraoui, ancien secrétaire général du Syndicat national des journalistes tunisiens a réalisé une étude sur l’évolution de la presse écrite dans le pays. Et les chiffres sont impressionnants. Le paysage médiatique tunisien a littéralement fondu, passant de 229 titres de presse en 2011 à seulement 45 fin 2015.

Moins de lecteurs, moins d’annonceurs

Cette brutale diminution continue encore aujourd’hui. Il ne reste plus que sept quotidiens dans le pays en 2018. Dernièrement, c’est Assarih, lancé en 1995, qui s’est résolu à mettre fin à son aventure quotidienne. Sans toutefois mettre la clé sous la porte : Assarih continue de développer une version électronique, suivant ainsi ses lecteurs. Ces derniers privilégient, comme c’est le cas dans à peu près dans tous les pays où l’accès à internet est démocratisé, la consommation de l’information gratuite via les sites, les réseaux sociaux, la radio et la télévision.

La presse écrite en danger

Avoir moins de lecteurs signifie automatiquement moins de recettes publicitaires, principale source de revenus des médias en Tunisie. Or, la part de l’investissement publicitaire pour les médias de presse écrite est en baisse constante depuis 2011, ce qui a contraint les journaux à augmenter leur prix.

Depuis le 1er janvier 2018, les journaux ont atteint le seuil symbolique du dinard, alors qu’ils coûtaient avant 900 millimes. La Fédération tunisienne des directeurs de journaux (FTDJ) a justifié son choix par le contexte difficile : « Les entreprises de presse étaient dans l’obligation de formuler une telle demande compte tenu du déficit qui frappe leurs finances, des coûts liés à la production (papier, encre) et de la baisse du dinar tunisien face aux monnaies étrangères ».

Pendant que des pure players naissent sur la toile avec plus d’aides, l’essor de médias écrits libres et indépendants en Tunisie est donc stoppé.

Romain Pichon