Une histoire de grand-mère

Frédéric Pommier a été nommé au Prix du livre du journalisme pour Suzanne, la biographie romancée de sa grand-mère. L’auteur y dénonce les conditions de vie dans les Ehpad.

C’est une histoire qui a traversé les frontières familiales. Sorti d’archives de famille et de réactions d’auditeurs, le roman Suzanne du chroniqueur radio Frédéric Pommier, fait partie des nommés au Prix du livre du journalisme. Tout a commencé en décembre 2017 lors de sa chronique « Le quart d’heure de célébrité » sur France Inter. Ce matin-là, Frédéric raconte à l’antenne le vécu de Suzanne, sa grand-mère. Il explique qu’elle vit en Ehpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), qu’elle se sent dépossédée de tous ses biens, de son argent et, parfois, de sa dignité. Il rapporte qu’elle se sent infantilisée, qu’elle subit humiliations et malnutrition. La chronique suscite l’indignation. « J’ai reçu beaucoup de lettres et de mails. Des commentaires par centaines, voire davantage, sur les réseaux sociaux. Et les situations qu’on a pu me raconter sont parfois bien pires que ce qu’a pu connaître, observer et subir ma grand-mère. » 

Ces nombreuses réactions décident Frédéric. Il est temps d’écrire le livre sur ce personnage dont il aime raconter les histoires. Une autobiographie jamais publiée, écrite par Suzanne vingt ans auparavant, a servi de support pour relayer la vie de la vieille dame, entre la violence de l’Ehpad et la douceur de son histoire au fil du XXe siècle. Et le livre a rencontré son public. « Ce roman trouve une résonance chez chacun. Ma grand-mère est ravie puisque c’est l’histoire de sa vie, mais c’est aussi le récit de sa colère par rapport à l’accueil et au traitement qu’on réserve à nos aînés. Elle veut que je la porte car c’est aussi la colère de plein d’autres personnes de son âge qui parfois n’ont personne à qui raconter tout cela. » Prenez garde, ce livre va vous donner envie de courir passer un week-end chez vos grands-parents.

Élise GILLES

[ENQUÊTE] Le bonheur est dans le papier…

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De plus en plus de journalistes prolongent leurs investigations dans des livres. Une manière, parfois, de dépasser la frustration du format court.

« On écrit sur des sujets qui nous passionnent », assure Matthieu Aron, auteur du Piège américain et journaliste à L’Obs. Écrire un ouvrage offre une plus grande liberté dans le choix des sujets, moins présente au sein d’une rédaction dépendante de l’actualité. Romain Capdepon, avec son ouvrage Les Minots (éd. JC Lattès), a décidé de parler des jeunes guetteurs qui participent aux trafics de drogues : « Dans mon travail de tous les jours, à La Provence, c’est l’angle qui m’intéresse le plus. Malheureusement, je le traite très peu dans mes articles, souvent par manque de temps. Je reste plutôt sur le trafic en général. » 

Travail au long cours

Le journaliste possède bien souvent un antécédent avec le sujet, parfois la frustration de ne pas être allé au bout des choses par manque de temps. « J’interviewais des interprètes afghans et mes articles se terminaient en disant que le ministère des Affaires étrangères n’avait pas souhaité me répondre », raconte Quentin Müller, auteur de plusieurs articles sur les interprètes afghans abandonnés par la France, avant de cosigner un livre sur le sujet (Tarjuman. Une trahison française, éd. Bayard). Sa rencontre avec Brice Andlaeur aura été décisive, les deux ont pu croiser leurs sources et les informations qu’ils avaient amassées chacun de leur côté. Ces deux ans d’enquête leurs auront permis d’obtenir les réponses qu’ils cherchaient. 

Matthieu Aron a entendu le coach de rugby de son fils parler d’un haut dirigeant d’Alstom emprisonné aux Etats-Unis. Cette histoire a éveillé sa curiosité. « J’ai enquêté pendant plus de quatre ans sur cette affaire. Je savais que ça allait être très long, raconte celui qui a écrit Le Piège américain. Alors que je faisais aussi des sujets pour France Inter ou L’Obs. » 

Les pages d’un livre offrent plus d’espace qu’un article de presse pour approfondir un sujet. L’exercice demande néanmoins beaucoup de temps et se fait parfois en parallèle d’un travail en rédaction. C’est ce qu’a vécu Isabelle Roberts, co-auteure avec Raphaël Garrigos de La Bonne Soupe (éd. Les Arènes) sur le 13 heures de Jean-Pierre Pernault, en même temps qu’elle travaillait chez Libération. « Il fallait regarder tous les JT, chaque soir pendant trois ans, nous avons vraiment souffert [rires]. On devait aussi trouver des moments pour écrire, le week-end ou après le boulot. » 

Coup de pub

 Les jours de repos et de RTT, deviennent alors des jours consacrés au livre. Et l’investissement financier peut aussi être important. « On a pris beaucoup de plaisir mais pour l’instant, ça a été un gouffre financier », confie Brice Andlauer, coauteur de Tarjuman. Une trahison française, publié le 6 février dernier. Les journalistes-auteurs ne sont pas tous logés à la même enseigne par les éditeurs : certains touchent une avance, plus ou moins élevée, généralement en fonction de leur notoriété. Mais les bénéfices tirés d’une telle expérience peuvent être nombreux : elle permet par exemple de développer ses contacts et d’affûter son regard sur un sujet au point d’en devenir expert. « Avec mon enquête, j’ai pu mieux comprendre les guetteurs que je serai peut-être amené à recroiser dans mon travail », explique Romain Capdepon, également chef de la rubrique police-justice de La Provence. La rédaction d’un livre et le travail au sein d’un média peuvent très bien s’allier, comme le fait Les Jours. Le site raconte des faits d’actualité, leurs « obsessions », qu’ils divisent en épisodes. Certaines sont parfois publiées sur papier. « On trouvait cohérent que l’enquête sur Bolloré se retrouve chez un libraire », confirme Isabelle Roberts, coauteure de L’Empire : Comment Vincent Bolloré a mangé Canal+. Ici, l’éditeur est arrivé après la rédaction mais dans d’autres cas de figure, il peut aussi être présent pendant la rédaction du livre. Il lui arrive alors de donner des indications quant à l’écriture. Dans le cas de Romain Capdepon :« Les éditions JC Lattès ne voulaient pas d’un texte trop journalistique, plutôt d’un texte qui ressemblait à un roman inspiré de faits réels, précise-t-il. Je travaille depuis treize ans dans la presse quotidienne régionale donc j’ai dû adapter mon écriture. » Brice Andlauer, lui, nous confie qu’il n’a eu que peu de modifications de fond à faire sur son manuscrit. « L’éditeur nous a laissé plus de marge de manœuvre qu’un rédacteur en chef. »

Les livres, aussi, s’adressent à un lectorat différent des médias. « Aux Jours, on est lu surtout par des jeunes. Avec les livres, on touche un public plus large et plus âgé, attaché au papier en tant que support », affirme Isabelle Roberts.

Les livres du média dont elle est cofondatrice se vendent très bien. Environ 80 000 exemplaires pour les quatre ouvrages publiés avec les éditions du Seuil, dont Les Revenants de David Thompson ou Le 36. Histoires de poulets, d’indics et de tueurs en série, de Patricia Tourancheau. Romain Capdepon est formel, l’écriture de son enquête a servi à sa rédaction. « Dès qu’on parle du livre, on dit qu’il a été écrit par un journaliste de La Provence. » Malgré la fatigue accumulée lors de ses d’investigations, le travail d’une année a porté ses fruits. « J’espère que mon livre permettra à certains d’avoir un regard plus humain quand un jeune se fait tuer dans les quartiers Nord », conclue-t-il. Car c’est le but d’un livre d’investigation, aller au fond des choses et, pourquoi pas, faire évoluer les mentalités.

Sodoma, le livre enquête qui cartonne

Victor FIEVRE et Celina JANINE EHRLICH

Julie Lardon : « Un public très jeune n’est pas censé avoir des idées préconçues. »

À 29 ans, Julie Lardon, diplômée du Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) à Strasbourg, est depuis trois ans l’heureuse maman d’Albert, journal bi-mensuel adressé aux 8 -13 ans. Présente aux Assises du journalisme l’an passé dans le cadre d’une conférence autour de la presse jeunesse, elle revient aujourd’hui sur les différences qu’il existe dans ce média spécialisé.

Albert, un journal de caractère. (Photo : Julie Lardon)

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer Albert ?

Julie Lardon : Albert est né d’une rencontre avec Valentin Mathé, directeur de la maison d’édition La poule qui pond. On souhaitait faire quelque chose ensemble, même si lui est dans l’illustration et que je suis journaliste. Au début ce n’était pas un projet professionnel, nous voulions voir le travail que cela nous demandait, le temps que ça nous prenait… On a finalement mis neuf mois avant de sortir notre premier numéro qui a été publié le 15 septembre 2016. Le but était vraiment de rester dans le journalisme tout en mêlant l’univers de l’album jeunesse, avec de l’illustration, pour rentrer dans l’actualité par ce biais ci. C’est ainsi que nous avons imaginé ce concept d’une une totalement dessinée qui reprend tous les articles du journal. 

En quoi Albert est-il différent des autres médias jeunesse ?

J. L. Il l’est tout d’abord par sa forme, car sa périodicité est assez rare. Nous sommes bi-mensuel alors que les autres médias sont surtout des hebdomadaires ou des quotidiens. Notre format est aussi différent : nous avons quatre grandes pages au format A3, arrangées de façon que le journal soit pliable et facile à lire pour des enfants qui ont des petites mains. Mais le but était quand même que l’illustration prenne une grande place : nous voulions qu’elle puisse se transformer en poster, ce que nous sommes seuls à faire. 

 

« Le public est confronté depuis le plus jeune âge à cette défiance envers les médias. »

Les sujets de la presse jeunesse sont-ils tous les mêmes ?

J. L. Il y a des différences, comme pour tout média, jeunesse ou pas. Nous avons une ligne éditoriale et nous devons nous y tenir. La nôtre est que les articles doivent parler d’actualité chaude : on va traiter de la politique, de l’économie, des relations internationales, sous une forme adaptée aux enfants. Le choix des sujets se fait avec un comité d’enseignants et de professionnels, en fonction de ce qui est, selon nous, bon pour les enfants de savoir et de comprendre pour appréhender le monde. On souhaite vraiment rester dans le décryptage de base de l’actualité pour des enfants âgés de 8 à 13 ans.

Qu’est-ce que c’est qu’être journaliste pour la presse jeunesse ? 

J. L. C’est être journaliste tout simplement. Chez Albert, le seul regret que l’on peut avoir est que je sois toute seule à la rédaction. Je n’ai donc pas le temps de faire du terrain. Mais espérons qu’un jour, nous arriverons à étoffer l’équipe et à enrichir notre média avec des interviews et des reportages. Toutefois, la synthèse d’actualités que nous faisons reste journalistique : il faut compiler les données, croiser les sources, vérifier les informations et les restituer. C’est le volet le plus difficile, propre à la presse jeunesse. Il faut toujours partir des bases et non pas du principe que les enfants savent de quoi on parle. 

Les critiques faites envers les médias traditionnels vous touchent-elles bien que votre public soit différent ?

J. L. Cela nous touche forcément car de toute façon le public est confronté depuis le plus jeune âge à cette défiance envers les médias. Nous faisons beaucoup d’interventions auprès des enfants, et quelle que soit leur origine sociale, on trouve toujours quelqu’un pour nous dire que les médias mentent. Cela nous touche d’autant plus que l’on a affaire à un public très jeune qui n’est pas censé avoir des idées préconçues. Ils devraient au contraire être en train de se forger un esprit critique. C’est pour cela que nous faisons beaucoup d’éducation aux médias. C’est vraiment nécessaire. Nous journalistes, avons besoin d’aller expliquer notre métier, montrer comment nous travaillons, quels sujets nous traitons, et qui financent les médias. Mais cette éducation passe aussi par l’apprentissage de la reconnaissance des « fake news ». Il faut leur apprendre à éveiller cette curiosité naturelle, pour qu’ils aillent gratter. 

Propos recueillis par Élise GILLES

المواضيع الحسّاسة في المجتمع:

Ce texte a été écrit par Oumaima Arfaoui, étudiante à l’IPSI Tunis, dans le cadre des Assises du journalisme 2019. Il s’agit du compte-rendu de l’atelier « Attentats, suicide, maladies graves : traiter du sensible ».

                                   الاستثناء في المعالجة الصّحفية

حالة الصحفيين تتأثر بحالة المستجوب النفسية ولذلك تكون تغطيتهم الصحفية لعدد من الظواهر الاجتماعية الحساسة مثل حالات الانتحار غالبا غير موضوعية، واذا ما تعلق الأمر بالصّحفيين الشبان فان الأمر يستدعي ضرورة التدخل والمرافقة والتّوجية في ما يخصّ الكتابة الصّحفية حتى لا يتم التأثير على الرأي العام وتوجيهه، تلك هي أهم النّقاط التي تناولتها حلقة النقاش التي انعقدت صباح الجمعة حول كيفية المعالجة الصحفية للمواضيع الحساسة في المجتمع كالانتحار والعمليات الإرهابية والأمراض الخطيرة.

واستهلت الصحفية « صوفي كريستين » تأثيث النقاش بعرض تجربة بعض الصحفيين الشبان وعرّجت على مثال التناول الاعلامي لقناة تلفزيونية فرنسية للعملية الارهابية التي جدت مؤخرا في مطار باريس عندما طلب منشط البرنامج من المراسل الصحفي على المباشر وصفا دقيقا لحالة الذعر والذهول التي اصابت الجميع. واعتبرت ان هذا السلوك لا يحترم حرمة الذات البشرية كما أنّه لا يحترم الحالة النفسية للمتفرج.

من جهتها اكدت « ناتالي باولس » المسؤولة عن الديبلوم الوطني الفرنسي لبرنامج « بابقنو » في قراءة لعدد من المقالات انها تعرض حالات الانتحار دون معالجتها بمعنى عدم الغوص في أبعادها المتعددة وهو ما يؤثر سلبا على المجتمع.

و تفاعلا مع ذلك اشارت احدى الحاضرات الى ضرورة التكوين الإعلامي للتمكن من ابجديات التعامل المهني مع مثل هذه الحوادث والظواهر الاجتماعية خاصة على المستوى النفسي وهو ما تسعى له عديد المؤسسات الاعلامية للرقي بمردودها كميا و كيفيا.

وقد أثث هذا اللقاء الذي يعتبر بادرة اولى من نوعها في الملتقيات الدولية عدد من اطباء النفس والصحفيين المنخرطين في رابطة الصحفيين للتدرب على كيفية صياغة معلوماتهم بطريقة تحترم الحالة الحرجة للضحايا وتراعي حالتهم النفسية والصحية.

واعتبرت الأستاذة الجامعية بجامعة بوردو الفرنسية ماري كريستين ليباني أنّ هذا المشروع حديث العهد ولا يزال في طور النمو ويهدف بالأساس الى التسويق الي صورة نافعة للصحفي في مجتمعه في ظل المستجدات الاخيرة.

وفي النقاش العام للورشة تساءل عديد الطلبة الصحفيين عن كيفية التعامل مع ضحايا الاغتصاب خاصة في مجال الصحافة المكتوبة حيث يتم في بعض الأحيان التعرض للحياة الشخصية للمتضرر بطريقة لا تحترم أخلاقيات المهنة.

أميمة العرفاوي  

وسائل الاعلام والسلطة:

Cet article a été écrit par Myriam Mtiraoui, étudiante à l’IPSI Tunis, dans le cadre des Assises du journalisme de Tours. Il s’agit du compte-rendu de l’atelier « La détestation des journalistes, une vieille histoire ».

 » أحدث الاعلام البديل والإذاعات الحرة ثورة وتنوعا على مستوى المادة الصحفية. كما أصبحت تتمتع بنوع من الحرية والشرعية بعد أن كانت وسائل الاعلام مراقبة ومقيدة من قبل السلطة  » هكذا صرحت « كلار بلوندينClaire BLANDIN  » أستاذة في علوم الإعلام والاتصال بجامعة باريس 13.

وأشارت بلوندين » في ذات الإطار إلى ضرورة بلورة فكر نقدي للمضامين الإعلامية. وأكدت أن هذه الالية ليست بالجديدة فقد  ظهرت مع فلاسفة الأنوار  قبل الثورة الفرنسية وتواصلت مع ظهور مؤسسات الصحافة ورؤوس الأموال التي تقف وراء المؤسسات الاعلامية.

وبيّنت بلوندين في مداخلتها ، ضمن الورشة المخصصة لمناقشة موضوع العنف اللفظي والجسدي المسلّط ضدّ  الصحفيين، أنّ هناك ثلاثة نماذج نقدية مرت بها وسائل الاعلام أولها النقد الفكري والذي ظهر قبل الثورة الفرنسية وثانيها نقد النظام الرأسمالي وذلك مع ظهور موجة الاستثمارية والصناعية التي هيمنت على وسائل الاعلام نهاية القرن التاسع عشر مع رجل السياسة الفرنسي « جون جوراس »، وثالثها موجة الغضب الشعبي احتجاجا على الرقابة والدعاية التي ميزت الخطابات الإعلامية مع بداية الحرب العالمية الاولى.

من جانبه تطرّق « ألكسيس لوفريهAlexis LEVRIER  » الباحث والمختص في تاريخ الصحافة إلى أهمية التكوين الأكاديمي للصحفيين لأن المهنة الإعلامية أصبحت تستقطب غير المختصين في المجال الإعلامي، كما دعا الى  ضرورة اعتماد الية النقد الذاتي من قبل وسائل الإعلام سعيا إلى تطويرها ومراجعة خطاباتها غير أنه شدّد  في المقابل على تجريم الاعتداءات الجسدية واللفظية الموجهة ضد الصحفيين.

وقد أجمع الحاضرون في الورشة أن الصحفيين والمفكرين والفلاسفة الذين أرادوا التغيير والثورة على الأفكار المسلمة والأنظمة الديكتاتورية تعرضوا على مرّ التاريخ الى العنف بأنواعه الجسدي واللفظي. وأشاروا أنه من الضروري المحافظة على درجة من الاستقلالية تجاه رؤوس الأموال ورجال السياسة الذين باتوا يستغلون المنابر الإعلامية للدعاية لبرامجهم وتلميع صورهم وهذا ما خلق نوعا من القطيعة بينها وبين الجمهور الذي أصبح يبحث عن قنوات بديلة يستقي منها أخباره.

                                                مريم مطيراوي، زينب جلجلي: معهد الصحافة وعلوم الاخبار

خطابات الكراهية والرداءة الاعلامية

Cet article a été écrit par Myriam Mtiraoui, étudiante à l’IPSI Tunis, dans le cadre des Assises du journalisme de Tours. Il s’agit d’un édito sur la haine des journalistes, intitulé « discours de la haine et de la médiocrité médiatique ».  

وباء سريع الانتشار ظهر خاصة بعد ثورات الربيع العربي وتفشي تحت مسمى « حرية الرأي والتعبير » في منابر وسائل الإعلام، والتي أصبحت بدورها وباء معدي وخطير على المجتمع من خلال ما تبثّه من مضامين رديئة تحرض على العنف والكراهية.

« خطاب الكراهية » أو « خطاب الإقصاء »، يأخذ هذا الخطاب عدة توصيفات لامتناهية وهو لا يقتصر على مفهوم واحد إذ يحمل دلالات عدة.

فمن الممكن أن يكون حاملا لرسائل كره بيّن وتعصب فكري باستعمال الشتم والسب أو كذلك باقصاء الاخر وتحقيره نظرا إلى المنصب السياسي المهم الذي يترأسه الشخص ومدى نفوذه.

لقد بات خطاب الكراهية « الخبز اليومي » الذي نقتاته من مستنقع بعض وسائل الإعلام وشبكات التواصل الاجتماعي.

بمجرد فتحك لموقع « الاقتتال » الاجتماعي ال »فايسبوك » ستعترضك مجموعة من التعليقات المثيرة للاشمئزاز من طرف مجموعة من الأشخاص الذين اختاروا التعبير عن اراءهم بتعليقات تحمل جرعات مقيتة من الكره .

انّهم في الحقيقة ضحايا الإعلام « الرديء » الذي يحرض على العنف والكراهية وإقصاء الآخر، اضافة الى مساهمته في زرع « ثقافة » تبيح السب والشتم والتعدي على حقوق وحريات الأفراد والجماعات، وذلك تحت غطاء بما يسمى « حرية الرأي والتعبير » في الدولة الديمقراطية.

ولعلّ الأدهى والأمرّ من كل من سبق أنّ ذات وسائل الاعلام وبكل المقاييس التي ذكرنا أصبحت المسؤولة الأولى عن تكوين شخصية الطفل الاجتماعية والثقافية حيث لم تعد العائلة اليوم هي المؤسسة الأولى للتنشئة الاجتماعية في عصر الغزو والتطور التكنولوجي الهائل .

« تنتهي حريتك عندما تبدأ حرية الاخرين « هكذا عبر الفيلسوف والكاتب الفرنسي مونتسكيو عن الحرية.  مقولة تجعلنا نتساءل عن مدى فهمنا واستيعابنا لمفهوم مبدأ حرية التعبير الذي ناضل من أجله العديد من الفلاسفة والمفكرين والمواطنين لإرسائه والتحرر من العبودية والديكتاتورية.

إلا أن الساسة والوجوه الإعلامية المستهلكة التي تظهر كل يوم تقريبا في القنوات الفضائية وفي الاذاعات وفي الصحف ان لزم الأمر اختارت أن تعبر عن رأيها بطريقة ترتفع فيها حدة الأصوات بالشتم والسبّ والقذف متهجّمة على حزب تارة وفاضحة لشخصية عامة أو مسؤولة تارة أخرى لا لشيء الا لتظهر بمظهر حامي البلاد ومنقذها ومخلّصها الذي سيغير مجرى الأحداث لو سنحت له الفرصة، ولعمري انّهم من كلّ ذلك براء

أما اولئك الذين يدعون الثقافة والفنّ يمرّرون في الآن ذاته رسائل تحرض بطريقة غير مباشرة على العنف ضد المرأة عبر توظيف تعبيرات منحطة تتداول في الشارع وغير قابلة للنشرفي وسائل الإعلام العامة .

ترسانة من القوانين والمواثيق أحدثت لتنظيم قطاع الصحافة والتصدي لمثل هذه الخطابات. لكنها تظل دائما حبرا على ورق، ففي تونس مثلا أحدثت الهيئة العليا المستقلة للإتصال السمعي البصري بعد الثورة لمراقبة التجاوزات الحاصلة في مختلف القنوات الفضائية كجزء من مهامها لكن عملها ظل محدودا ولم تتمكن من محاربة الرداءة.

فهل علينا تشريع قوانين جديدة تحد من خطاب الكراهية في منابر الإعلام؟ أم أنها هي أيضا ستظل حبرا على ورق؟

الإجابة سهلة نحن لسنا بحاجة إلى قوانين بقدر حاجتنا إلى تفعيلها وإحترام أخلاقيات مهنة الصحافة والسعي إلى كتابة ونشر مضامين ذات جودة للنهوض بالصحافة وتعزيز ثقافة الحوار والاختلاف وقبول الاخر.

والجدير بالذكر أن المنتدى العالمي للصحافة بمدينة تور الفرنسية قد تناول هذه الإشكالية في عدة ورشات أثثها مجموعة من الصحفيين والباحثين وذلك نظرا لتفشي خطابات الكراهية في وسائل الإعلام.

مريم مطيراوي

Les journalistes au plus proche des citoyens

Depuis 2016, l’expérience des journalistes en résidence a été lancée. On en parle aux Assises comme une formule qui réussit. Vincent Coquaz, journaliste résident à Libération, donne des détails à propos de ce concept dont le but est de rapprocher les journalistes des habitants.

Le projet de journaliste en résidence, qui permet une immersion de longue durée sur un territoire, consiste à rapprocher les habitants des médias et de discuter avec eux de leur rôle. Présent dans les quartiers politiques, le journaliste vient en soutien aux projets éditoriaux et à l’éducation aux médias. Vincent Coquaz, journaliste artistique pour Radio Campus Besançon et enseignant en journalisme, a choisi volontairement de se lancer dans cette expérience.

Il explique que les difficultés des journalistes dans leurs relations avec le public proviennent essentiellement « des mauvaises expériences vécues en raison d’un reportage mal fait », suscitant « la défiance de la part des citoyens ».

Le journaliste en résidence permet d’aller vers le public et d’échanger avec les étudiants. C’est une opportunité qui s’offre au journaliste pour « savoir comment les gens s’informent » selon Vincent, et de saisir le décalage entre ce qui est diffusé, les questions de neutralité et de subjectivité.

Pour lui, le journaliste n’est pas au-dessus de toutes critiques. Son rôle est « d’être crédible ».

Bourezgui Nourhene, étudiante tunisienne à l’IPSI

[EN PLATEAU] Franck Riester, ministre de la Culture

En déplacement aux Assises du journalisme à Tours, vendredi 15 mars, Franck Riester a évoqué la possible création d’un conseil de presse. Le Ministre de la Culture est également revenu sur la position du pouvoir politique à l’égard des journalistes.


La Feuille : En janvier 2019, vous avez évoqué la volonté de créer un conseil de déontologie du journalisme. Pourquoi voulez-vous mettre en place ce dispositif ?

F.R. : Dans la société, il y a de plus en plus de défiance vis-à-vis des élites au sens large : les politiques, les chefs d’entreprise et les journalistes. Il me paraît intéressant de réfléchir aux moyens pour recréer de la confiance entre les Français et les journalistes. Dans certains pays, des instances ont été mises en place dans lesquelles les citoyens peuvent formuler des recours. Avec des résultats très intéressants, puisque cela offre la possibilité de donner un avis sur le traitement de l’information. Et donc avoir le sentiment que les journalistes ne sont pas des personnes qui n’ont aucun compte à rendre.

N’est-ce pas une mauvaise chose que cette initiative vienne du gouvernement ?

F.R. : Cela ne peut pas être une décision politique parce qu’elle toucherait à un principe très important de liberté de la presse. Une mission a été confiée à Emmanuel Hoog, ancien patron de l’AFP, pour réfléchir à cette question et consulter un grand nombre de journalistes et patrons de presse. Cela permet de voir sous quelle forme pourrait-on créer le conseil de presse. Mais il ne peut être créé que s’il y a une volonté des professionnels. Nous citoyens français, nous responsables politiques, nous journalistes, nous devons retisser des liens de confiance entre les médias et les Français. Le conseil de déontologie peut être une solution qui ne peut passer que par les professionnels de la presse.

Cette année, nous avons vu plusieurs personnalités politiques exprimer une certaine hostilité à l’égard des journalistes, à l’image de Jean-Luc Mélenchon qui a déclaré que la « haine des médias et de ceux qui les animent était juste et saine ». Qu’en pensez-vous ?

F.R. : C’est inadmissible. Nous, hommes et femmes politiques, avons une responsabilité toute particulière vis-à-vis de nos compatriotes pour expliquer qu’il n’y a pas de démocratie sans presse. La presse, et le pluralisme qui va avec, est un pilier essentiel de la démocratie. Nous devons montrer l’exemple sur ce sujet. Si on ne veut pas qu’il y ait de violences à l’égard des journalistes, il faut que les responsables politiques tiennent des propos respectueux. Les questions, les prises de position des journalistes peuvent parfois déranger, mais ce n’est pas grave : c’est cela la démocratie. Il faut que l’on veille à ce que cette presse reste libre, indépendante et plurielle.

Pourtant, après les révélations de l’affaire Benalla, le président Emmanuel Macron s’était attaqué à la presse en lui reprochant de « vouloir devenir un pouvoir judiciaire ».

F.R. : En tant que ministre de l’Audiovisuel et de la Culture, je vois que le président de la République souhaite continuer une politique ambitieuse en matière d’aides à la presse et de financement. La presse a besoin d’être accompagnée financièrement pour exister économiquement. Il souhaite que tous les moyens soient donnés pour faire en sorte que les missions de service public puissent continuer d’être satisfaites. Il a la volonté très claire de préserver la liberté de la presse et de donner les moyens nécessaires pour sa pérennité économique. Sur les questions de liberté de la presse, non seulement il est vigilant en France mais il a un rôle international majeur en travaillant avec un certain nombre d’organisations de journalisme, par exemple Reporters Sans Frontières, pour faire en sorte que la liberté de la presse soit vraie dans notre pays mais aussi dans un grand nombre de pays dans le monde.

Ça bouge dans… les écoles

L’affaire de la Ligue du LOL a mis en lumière des cas de harcèlement dans le milieu du journalisme. Les grandes écoles ne sont pas épargnées par ce fléau.

Avec son enquête sur la Ligue du LOL, Checknews, la cellule de fact-checking de Libération, est à l’origine d’une importante vague de témoignages et réactions, qui remonte même jusqu’aux écoles de journalisme. Un problème qui reste actuel et dont les écoles prennent peu à peu conscience. À l’EJDG à Grenoble par exemple, Céline Argento, ex-étudiante, est sortie du bois sur Twitter. « D’anciens membres de ma promo […] continuent aujourd’hui d’alimenter un groupe de haine, joliment appelée ‘‘Ultim-hate’’.»

Sur une conversation Facebook, aujourd’hui délaissée par beaucoup et regroupant les étudiants de plusieurs écoles de journalisme reconnues, des moqueries ont longtemps fusé sur les noms de famille de certains. Citons encore les chants antisémites et homophobes des étudiants de l’ESJ Lille qui auraient été entendus aux tournois de foot annuels inter-écoles. En 2017, Nassira El Moaddem avait affirmé sur Twitter avoir été victime d’actes malveillants de certains camarades de promo à Lille, comme Hugo Clément, qui a nié les faits. « Les étudiants dits ‘‘cools’’, ceux-là même qui m’ont harcelée au téléphone me faisant miroiter un recrutement à Radio France », dénonçait-elle à l’époque sur Twitter.

Certaines écoles ont mis en place des actions de prévention, comme à l’IJBA de Bordeaux, où le directeur Arnaud Schwartz, a annoncé à l’AFP réunir ses étudiants pour « en parler et attirer leur attention sur les questions de harcèlement ». L’école de Sciences-Po Paris, elle, vérifie désormais le passé de tous ses intervenants pour ne conserver que ceux au comportement plus vertueux.

Alice BLAIN

L’actualité en signes

(Photo : Nidid)

Sophie Scheidt présente le premier journal entièrement en langue des signes. Ce programme, “Le 10 minutes” , est diffusé sur le site de M6.

De traductrice à présentatrice, Sophie Scheidt cherche à rendre l’information plus accessible aux personnes handicapées. Sourde de naissance, elle est à l’origine du projet « Le 10 minutes », émission web de M6 entièrement réalisée en langue des signes.

La Feuille : Quel a été votre parcours ?
Sophie Scheidt : J’ai eu la chance de faire toute ma scolarité dans une classe bilingue, en français et en langue des signes. J’ai ensuite intégré un parcours pour devenir interprète. Lorsque j’ai été embauchée dans une agence de traduction, j’ai commencé à m’intéresser à l’accessibilité des lieux publics pour les personnes sourdes. On était aussi l’une des seules entreprises à traduire les actualités. Lorsqu’elle a fermé, j’ai eu des difficultés à retrouver un travail. Avec mon collègue Olivier Calcada, nous avons décidé de créer notre propre structure de traduction Vice-Versa, qui existe depuis trois ans et demi.

Comment avez-vous intégré l’émission « Le 10 minutes » de M6 ?
S.S. : Dès mes débuts en tant que traductrice, je m’intéressais à l’accès aux médias. On savait à l’époque qu’il y avait un vrai potentiel d’audience derrière. On a eu l’idée de monter un projet et de le proposer à M6. On ne savait pas encore sous quelle forme, mais on voulait rendre l’information accessible. On a donc créé un concept, on a dû chercher des fonds… Petit à petit, les portes se sont ouvertes, les personnes étaient vraiment intéressées par ce projet. « Le 10 minutes » est né. On voulait qu’il soit sur Internet pour le rendre plus accessible. Olivier et moi-même en sommes les présentateurs. Notre but n’était pas de parler de handicap, on n’évoque presque jamais le mot, mais de développer un programme accessible aux personnes sourdes.

Est-ce que cette initiative peut banaliser les questions liées au handicap dans les médias ?
S.S. : Oui bien sûr ! L’objectif n’était pas de se mettre en avant. J’ai eu la chance d’avoir pu faire de longues études, mais la France accuse un grand retard : beaucoup de personnes sourdes sont illettrées ou en échec scolaire. Aujourd’hui, la jeune génération a accès aux nouvelles technologies. Grâce à l’émission, elle peut s’imaginer plus facilement un avenir. Le but était aussi de créer un nouveau modèle d’émission, qui puisse durer dans le temps, car on n’est pas immortel. [Rires]

Considérez-vous que les journalistes sont « tous les mêmes » ?
S.S. : Il est vrai que sur les chaînes télé, il y a des codes, des choses assez normées. Par exemple, on ne voit pas souvent des personnes d’outre-mer ou des personnes qui ont des accents. Les sourds sont aussi absents des écrans. Même si on a une culture et une langue minoritaires, je me sens Française avant tout. Je pense que certaines initiatives, comme celle de M6, participent à l’inclusion de l’ensemble de nos cultures. On aimerait que les présentateurs sourds soient plus nombreux.

Propos recueillis par Perrine BASSET

[ENQUÊTE] : Aux gros maux les remèdes

Violence, méfiance, méconnaissance… La relation entre les médias et les Français est parfois conflictuelle. Des solutions existent pourtant.

Des journalistes pourchassés et insultés, leurs agents de sécurité roués de coups… Les violences envers les journalistes se sont intensifiées ces derniers mois. Selon un baromètre commandé par La Croix, datant de janvier 2019, 19 % des Français considèrent que ces insultes et agressions sont compréhensibles et justifiées. Les causes de cette haine sont nombreuses. Il est notamment reproché aux professionnels de l’information un certain manque de neutralité, un manque de proximité avec le public et un décalage avec la réalité. Pour lutter contre cette défiance, la profession cherche des solutions. Voici trois d’entre elles.

Renouer le contact avec le public

Presque toutes les rédactions possèdent désormais leur propre service de vérification de l’information appelé « fact-checking ». Si ce système existe depuis longtemps, la manière de procéder a évolué. Libération est, par exemple, passé de la simple vérification d’informations à la réponse aux questions directement posées par les internautes. « Cela crée un lien direct avec le lecteur et permet également au journaliste de sortir de sa bulle », précise Pauline Moullot, journaliste de Checknews. Par souci de transparence, la rédaction est allée jusqu’à révéler le scandale de la Ligue du LOL, qui concernait deux de ses rédacteurs. Dans les écoles de journalisme, des cours sont dispensés sur le sujet. Pour Laurent Bigot, journaliste, maître de conférence et responsable de la presse écrite à l’École publique de journalisme de Tours (EPJT), « le but du fact-checking est d’aider les étudiants à acquérir des réflexes de vérification avec des standards plus pointus que ceux qui sont généralement mis en œuvre dans les rédactions ». Le Parisien a lui aussi créé Le labo des propositions citoyennes, une passerelle qui répond aux questions des lecteurs. Créée dans le cadre du Grand Débat, elle propose des informations vérifiées, développées et contextualisées.

Créer de nouveaux formats

Pour lutter contre le manque de diversité des médias traditionnels, certains journalistes innovent avec des nouveaux modèles de diffusion. Brut, créé en 2016, utilise les réseaux sociaux pour partager ses reportages vidéo. La formule fonctionne : en 2018, plus de 400 millions de vues ont été dénombrées sur Facebook. Lors de la crise des Gilets jaunes, Rémy Buisine, journaliste à Brut, s’est démarqué en réalisant de nombreux Facebook live des manifestations. « L’avantage des directs sur les réseaux sociaux, ce sont les commentaires des internautes. C’est une valeur ajoutée car on est connecté directement avec notre audience », détaille-t-il. Mais le direct n’enlève rien à la véracité du contenu selon lui : « Ce n’est pas parce que je suis en direct que je ne peux pas avoir de recul sur les événements. Je suis en contact permanent avec ma rédaction et les autorités compétentes. »
D’autres médias sociaux sont également de plus en plus présents et importants, comme le témoigne l’essor de la chaîne YouTube Hugo Décrypte, lancée en 2015 par Hugo Travers, alors étudiant à Sciences Po. L’objectif de son format est d’expliquer l’actualité à des jeunes, âgés de 15 à 25 ans. « L’une des causes de la défiance, c’est que beaucoup de jeunes ne suivent pas les informations. Avec ma chaîne, j’essaie de leur apporter un certain contenu d’information », explique le jeune homme de 21 ans.

Sensibiliser les jeunes

Former pour comprendre de quelle manière les médias fonctionnent est également un enjeu pour lutter contre cette haine. Créé il y a quarante ans, le Centre de liaisons pour l’éducation aux médias et à l’information (Clémi), promeut l’éducation aux médias sous différentes formes. « Zéro Cliché », par exemple, est un concours ouvert aux écoliers, collégiens et lycéens, qui prône la déconstruction des stéréotypes sexistes à travers la production de contenus journalistiques. Serge Barbet, directeur du Clémi, placé sous la tutelle du ministère de l’éducation, estime la mission nécessaire. « Quand on apprend à faire la différence entre une bonne information et une manipulation, on évite déjà un certain nombre de pièges. C’est ce qui permet de devenir un citoyen éclairé. » Des initiatives existent aussi localement. En Indre-et-Loire, l’association Jeunes reporters (8-13 ans et 13-18 ans) a été créé en juin 2017, suite à un projet scolaire datant de 2007. Le but est de « faire découvrir le journalisme, apprendre à écrire pour les autres, mais aussi aller jusqu’au bout de leur démarche », explique Gaëtan Després, qui encadre les jeunes. Les médias prennent également des initiatives pour l’éducation. Estelle Cognacq, directrice adjointe de la rédaction à France Info, insiste sur cette thématique, selon elle « incontournable ». « On organise de nombreuses rencontres entre les journalistes et les classes. Il y a une nécessité pédagogique de la part des médias d’aller vers les jeunes et de démystifier notre métier. »

Une haine qui a traversé les siècles

Mélina RIVIERE et Suzanne RUBLON

Estelle Cognacq : «Les jeunes sont plus éloignés du monde des médias qu’il y a vingt ans»

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Estelle Cognacq est membre du jury des Prix éducation aux médias et à l’information de cette 12e édition des Assises, et directrice adjointe de la rédaction à France Info.

La Feuille: à titre personnel, quels critères avez-vous retenus pour présélectionner les projets en lice ?

Estelle Cognacq: J’ai été particulièrement attentive à leur originalité. Certains ne sont pas novateurs. J’ai été plus intéressée par des projets avec des thématiques nouvelles.

Quelles initiatives vous ont marquée en termes d’éducation aux médias et à l’information ?

E.C. : Celles dédiées aux personnes qui n’ont pas accès aux médias, comme « Interclasses » de France Inter, nommé dans la compétition pour le Prix pour la meilleure initiative dans un média francophone. C’est un projet où des journalistes viennent créer un média dans des lycées de banlieue. Ce type d’initiative permet de renouer le contact entre les journalistes et la population. Il y a aussi tout le travail d’éducation aux médias et à l’information opéré par le Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information (Clemi). Il organise des rencontres entre des journalistes et des classes de jeunes. Ces scolaires viennent découvrir les rédactions pour poser des questions aux journalistes. Nous, à France Info, quand nous accueillons des scolaires, nous les faisons beaucoup réfléchir à la vérification de l’information.

Comment expliquer que l’éducation aux médias et à l’information ait une telle importance aux Assises ?

E.C. : Le manque de proximité entre les journalistes et la population est une composante de la crise des médias. Les jeunes sont plus éloignés du monde des médias qu’il y a vingt ans. Avant, les parents regardaient le journal avec leurs enfants et des journaux traînaient à la maison. Une discussion se créait sur des sujets. Aujourd’hui, il n’y a plus de débat, les jeunes sont livrés à eux-mêmes. On ne sait plus comment ils s’informent. Sans adulte, ils ne peuvent pas développer un regard critique. C’est une des raisons qui expliquent l’éloignement entre les journalistes et leur public, d’autant plus que les jeunes sont plus sensibles aux fake news et aux théories du complot. Cela veut dire qu’il faut encore plus les éduquer. Ils sont les lecteurs de demain.

Propos recueillis par Théo TOUCHAIS et Mathilde WARDA

[PORTRAIT] Ariane Chemin, femme du Monde

Il est 11 h 10, ses talons claquent sur le sol de la rédaction du journal, qu’elle traverse d’un pas décidé. Ariane Chemin est difficile à suivre, sans cesse en mouvement.  Un rapide passage à son bureau, « banal » comme elle le qualifie, qu’elle partage avec Florence Aubenas ou son amie Raphaëlle Bacqué.

Au journal Le Monde, elle fait partie de la famille des « grands reporters », mais elle, se définit simplement comme « journaliste ». Pour Ariane Chemin, le travail est le même : « Je n’aime pas certaines oppositions que l’on fait. Cela me parait étrange de toujours vouloir faire ces distinctions. Pour moi, ce qui fait la qualité d’un journaliste, c’est sa curiosité et sa volonté permanente de vouloir sortir des informations. »

Le goût du terrain

Ariane Chemin et Raphaëlle Bacqué présideront cette année le jury des Assises internationales du journalisme. Habituées à écrire à quatre mains pour Le Monde ou pour des livres, elles n’ont pas choisi le thème par hasard : « S’intéresser à la contestation envers les médias nous semblait pertinent, car c’est un phénomène nouveau. Selon moi, le déclencheur a été la dernière élection présidentielle. Certains candidats ont beaucoup critiqué la presse. C’était la première fois que cela arrivait dans une présidentielle », explique Ariane Chemin. Mais pour la journaliste, cela va même au-delà de la simple défiance : « Tout cela participe selon moi à la  montée d’un climat populiste qui ne se limite pas qu’à la France. »

Ariane Chemin est une femme de terrain. Après sept ans au service politique du Monde, sa curiosité la pousse à partir, mais jamais très loin de sa « deuxième maison ». Elle intègre le service grands reporters du journal en 2002 : « J’avais envie de découvrir d’autres choses. Certaines personnes sont plus heureuses en restant dans un domaine qu’elles connaissent, ce n’est pas mon cas. »

Aujourd’hui, elle traite de tous les sujets, sur tous les terrains, et elle aime ça. « Ce qui la caractérise, c’est son éclectisme. Elle aime aussi bien écrire sur la Corse ou sur les coulisses de l’élysée que sur le passage d’un ouragan », confie son amie de longue date et collègue Raphaëlle Bacqué.

Parfois, son travail l’amène un peu plus loin qu’elle ne l’avait imaginé. Le 18 juillet dernier, la journaliste publie dans Le Monde une enquête qui identifie Alexandre Benalla prenant à partie des manifestants place de la Contrescarpe à Paris. Le premier article d’une longue série… « Personne n’avait compris à ce moment qu’Alexandre Benalla n’était pas seulement l’homme qui usurpait une  fonction, mais qu’il était aussi un personnage au cœur de l’Elysée. Au fond, c’est une affaire qui raconte le fonctionnement d’un pouvoir. »

Un combat

Au fil des années, la femme de terrain est aussi devenue une femme de combats. En 2012, dans une série consacrée à l’histoire de son journal, Ariane Chemin revient sur l’année 1978, celle où Le Monde avait offert une tribune au négationniste Robert Faurisson. Un peu plus tard, l’article est repris dans le livre Le Monde, 70 ans d’histoire et le négationniste décide d’attaquer Ariane Chemin et le journal en justice pour diffamation. La journaliste gagnera son procès. « C’est l’une des choses dont je suis la plus fière », confie-t-elle.

En racontant son histoire, elle paraît très calme. Mais son regard, lui, ne perd jamais de sa force. Vincent Martigny est l’un de ses amis proches. Ensemble, ils ont animé pendant un an l’émission « L’Atelier du pouvoir » sur France Culture. Il se souvient du jour du procès : « J’ai vu quelqu’un de très différent de la personne que je voyais tous les jours. Une femme tenace et déterminée à ne pas laisser le mensonge l’emporter. »

Emmanuel Haddek Benarmas 

BFMTV, LCI et Franceinfo… Des sœurs jumelles, vraiment ?

Les chaînes d’information en continu sont au cœur de la tourmente. Dès les prémices du mouvement des Gilets jaunes en novembre 2018, la défiance affichée par une partie des Français contre les médias et en particulier les chaînes d’info en continu n’a fait qu’augmenter. Nulle n’est épargnée, de BFMTV à LCI en passant par Franceinfo. Ces chaînes sont-elles toutes les mêmes ? Nous avons visionné trois chaînes en simultané le jeudi 7 mars à 14 heures puis à 18 heures, pendant une heure à chaque fois. Si le contenu se ressemble, la façon de raconter l’information est, elle, différente selon les chaînes.

BFMTV, « priorité au direct »

Contrairement à ses trois concurrents diffusant au même moment le dixième débat d’Emmanuel Macron à Gréoux-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence, BFMTV reste sur l’information en continu avec comme sujet phare la démission du cardinal Barbarin. « C’est un choix totalement assumé. Cela fait écho à notre volonté de donner la priorité au direct et à l’information à nos téléspectateurs », explique Laurent Drezner, secrétaire général de la rédaction de la chaîne. Au fil de ses éditions de flashs infos, BFMTV joint l’analyse au factuel, à grand renfort de chroniqueurs, à l’image du journaliste Nicolas Prissette, revenu à trois reprises pour décrypter l’annonce de la démission du cardinal.

LCI, gare au duplex

Si les sujets abordés dans ses JT diffèrent peu de ceux du leader d’audience BFMTV, LCI se démarque par ses duplex. Au risque de tourner en rond, comme le confirme Julien Garrel, journaliste pigiste sur la chaîne. « Pendant les matinées des premiers samedis de mobilisation des Gilets jaunes, nous faisions des “duplex teasing”, qui ne servent finalement qu’à introduire ce qui allait se passer l’après-midi. » Un procédé sans valeur ajoutée que la chaîne du groupe TF1 a rapidement abandonné ensuite.

Franceinfo, la différence

Sur Franceinfo, à la fois la forme et le contenu diffèrent de ceux de BFMTV et de LCI. La chaîne publique lancée en 2016 met l’accent sur l’explication par un journaliste, souvent en images, sur le plateau plutôt que de multiplier les interventions sur le terrain. Même les flashs infos s’articulent différemment. Leur longueur, une demi-heure pour Franceinfo, quinze minutes pour les deux autres, change la hiérarchie de l’information et le choix des sujets. À défaut d’être rapide, Franceinfo s’octroie la liberté de proposer des sujets un peu plus longs et de contenus plus divertissants comme la séquence « VU » (similaire à l’ancien « Zapping » de Canal+), impensables dans le quart d’heure de BFMTV. Le paysage de l’information en continu ne serait donc pas aussi uniforme que certains pourraient le penser. Si BFMTV et LCI présentes des similitudes, Franceinfo propose un regard et un rythme différents. Pourquoi alors ces chaînes sont-elles autant critiquées ? « Peut-être pour la simple raison qu’elles n’ont jamais été autant regardées », conclut Laurent Drezner.

Benjamin Baixeras et Louis Boulay

[ENQUÊTE] : Journalistes, au tableau !

Le conseil de la presse : un outil de régulation magique à brandir à loisir pour faire respecter les règles de démocratie. (Photo : Suzanne Rublon)

 

La création d’un conseil de presse fait de nouveau débat chez les journalistes et les éditeurs. Certains plébiscitent un outil de régulation. D’autres craignent la censure. 

Entre les médias et leur public, le climat est délétère. Les journalistes sont régulièrement pris pour cible dans l’espace public. Une fracture symbolisée par le mouvement des Gilets jaunes. Alors comment rétablir la confiance entre la profession et la population ? Une proposition revient souvent dans les débats : l’autorégulation des médias, avec l’instauration d’un conseil de presse déontologique. Jean-Luc Mélenchon avait porté cette idée dans son programme lors de l’élection présidentielle de 2017, avant, quelques mois plus tard, de lancer une pétition en ligne qui avait recueilli plus de 190 000 signatures. En 2014, Aurélie Filippetti, alors ministre de la Culture, avait lancé une mission sur le sujet qui avait conclu à l’absence de consensus entre syndicats de journalistes, ouvertement favorables, et éditeurs.

« Sujet sensible »

En octobre 2018, le ministère de la Culture s’est réemparé du dossier en confiant une mission sur le sujet à Emmanuel Hoog. Initialement prévue en janvier, la publication du rapport, qui n’engage pas le processus de création d’un conseil de presse, devrait être faite d’ici quelques jours.

Franck Riester, le ministre de la Culture, se dit « prudent » quant à cette démarche, parlant même de « sujet sensible » dans les colonnes du JDD du 10 mars. « Le rapport et ses conclusions pourront être une base de travail pour les journalistes, mais sa vocation première sera de faire de la pédagogie : expliquer ce qu’est un conseil de presse. C’est aux professionnels de s’entendre sur le périmètre d’action », précise Emmanuel Hoog.

La déontologie occupe d’ores et déjà une place importante au sein du paysage médiatique du pays. La presse française se réfère à différents textes déontologiques, comme la Charte de Munich, quand les rédactions n’ont pas leur propre code, à l’image de Ouest-France ou France Télévisions. Radios et télés, quant à elles, relèvent du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) qui peut, dans les cas les plus extrêmes, émettre des sanctions.

Mais la France demeure une exception sur le Vieux continent. Une vingtaine de pays européens se sont déjà dotés d’un conseil de presse, parmi lesquels figurent la Belgique, la Suède, le Danemark ou la Norvège, membres du top 10 du classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.

Soupçon de corporatisme

« La présence d’un conseil de déontologie de la presse n’entraîne pas automatiquement une montée au classement, mais cela peut expliquer en partie la bonne place qu’y occupent certains pays comme le Danemark », analyse Paul Coppin, le responsable des activités juridiques de l’organisation. Selon les pays, les priorités de ces instances diffèrent. Régulièrement mis en avant, le traitement des plaintes du public n’est pas forcément la tâche principale de ces conseils conçus pour être des médiateurs forts entre le public et les journalistes.

Leur composition varie également selon les pays. La plupart ont une représentation tripartite, avec des journalistes, des éditeurs et des représentants de la société civile, afin d’éviter les soupçons de corporatisme. Une particularité que le futur conseil de presse français pourrait présenter. « Ceux qui se sont montrés favorables à un conseil de presse ont tous dit qu’il fallait une représentation de la société civile au sein de cette instance », confirme Emmanuel Hoog. Le Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil) se dit ouvert au principe d’un conseil de presse. Tout comme le Syndicat national des journalistes (SNJ) qui revendique la « création d’une instance nationale de déontologie » et demande l’inscription de la Charte de Munich dans la convention collective des journalistes. Jean-Marie Charon, sociologue au Centre national de la recherche scientifique et spécialiste des médias, estime que cette dernière requête suffit. « Reconnaître un texte qui soit opposable par les journalistes serait beaucoup plus intéressant que d’avoir un conseil au-dessus de tout », juge-t-il, considérant comme « inutile » la création d’un conseil de presse. « On peut envisager la médiation d’une autre manière, comme par exemple avoir des structures au sein des rédactions », argue encore Jean-Marie Charon. Mais la création de ce conseil ne solutionnerait pas tout. Plusieurs critiques reviennent souvent sur la mission d’Emmanuel Hoog.

La principale : que l’État soit à l’initiative du projet. « Même s’il n’aura aucun pouvoir dans le conseil une fois celui-ci créé, cette démarche n’envoie pas un bon signal », estime par exemple Jean-Christophe Boulanger, président du Spiil. Emmanuel Hoog tempère : « Ce n’est pas parce que l’État me missione qu’il jouera un rôle dans le futur conseil de presse. Sa place sera nulle. »

La solution aux problèmes déontologiques pourrait d’abord passer par les rédactions et par des journalistes qui se remettent quotidiennement en question. En janvier 2018, le quotidien La Voix du Nord a officiellement mis fin à la relecture de ses papiers par les interviewés. Une pratique imposée par certains hommes politiques, mais aussi, parfois, par ceux qui militent pour la création d’un conseil déontologique…
Les spécificités des conseils de presse à l'étranger

Ariel GUEZ et Camille MONTAGU

[INTERVIEW-WC] Aude Lalo, fondatrice de Flush

À 34 ans, Aude Lalo est la fondatrice de Flush, magazine trimestrielle décryptant l’actualité « à travers le prisme de la lunette des toilettes ». Issue d’une  école de commerce et après une douzaine d’années à travailler entre culture et communication, elle s’occupe aujourd’hui de la direction, de la publication et de la rédaction au sein de ce média. Présente mercredi, lors de la conférence « Nouveaux médias, ils se sont lancés cette année », aux Assises internationales du journalisme de Tours, elle est revenue sur le développement de Flush, de sa création aux premiers retours, et nous a livré une interview privée.

Harcèlement : « Les écoles de journalisme doivent donner la possibilité à leurs étudiants de parler»

Canulars malveillants, sexisme et pressions… L’affaire de la Ligue du LOL a relancé le débat sur le harcèlement dans les écoles de journalisme. Nassira El Moaddem, journaliste et diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ), insiste sur la nécessité de briser la spirale du silence.

La prépa égalité des chances présente chaque année un taux de réussite de 80 % selon Nassira El Moaddem. (Photo : Twitter : @NassiraELM)

Pensez-vous qu’une plus grande attention doit être portée à ce qu’il se passe entre les murs des écoles de journalisme ?

Nassira El Moaddem : Il faut prendre des pincettes et garder en tête que j’ai quitté l’ESJ il y a sept ans, en 2012. Je pense qu’il y avait à l’époque un vrai problème de domination d’un groupe sur le reste de la promotion. Un groupe de jeunes hommes encensés par la majorité, qui faisaient la pluie et le beau temps, distribuaient les bons et les mauvais points, et faisaient et défaisaient les réputations. Ils rendaient l’atmosphère toxique, de telle sorte que certaines personnes, notamment les étudiantes, dont certaines ont témoigné depuis, ont expliqué à quel point il leur devenait difficile de venir à l’école et ont fait en sorte de tirer un trait le plus vite possible sur leurs deux années d’études. On a tous travaillé très dur pour entrer à l’ESJ et ces années sont beaucoup de souffrance pour un certain nombre de personnes. Je pense qu’il faut que les écoles donnent la possibilité à leurs étudiants de parler, de mettre des mots sur leur situation et faire comprendre que les portes des encadrants sont réellement ouvertes. Par réellement ouvertes, j’entends par le temps et les moyens accordés, l’opportunité de pouvoir parler. Mais il faut que des systèmes d’écoute soient mis en place pour que les étudiants se sentent suffisamment en confiance pour raconter leurs difficultés et leurs souffrances.

En 2012, les conditions n’étaient donc pas réunies pour que les élèves de votre promotion expriment leurs souffrances ?

N. EM. : Au vu de ce que j’ai lu et écouté comme témoignages, souvent venus d’étudiantes, ça me semble encore très peu le cas dans les écoles et je pense que celles-ci doivent y travailler. Les écoles nourrissent et alimentent par ailleurs la notion de « réseaux d’anciens ». Mais encore faut-il vouloir en faire partie. Un réseau d’anciens s’entretient, et on peut ne plus avoir envie d’y appartenir après ce genre d’expérience. D’anciennes étudiantes m’ont dit être dégoûtées par cela, parce qu’elles n’ont jamais eu l’impression d’être considérées à leur juste valeur à l’école. Si ce n’était pas le cas pendant leurs études, pourquoi faire semblant d’appartenir à un réseau d’anciens auquel elles ne s’identifient pas ? Ces réseaux ont pourtant de nombreux avantages, notamment pratiques, mais aussi en tant que lieu de nombreux débats sur la profession. Ils devraient aussi jouer un rôle dans la valorisation de tous les profils, et assurer l’intégration pour ces étudiantes qui se sont senties délaissées, et abandonnées durant leurs études. Je pense que les écoles ont un vrai travail à faire là-dessus.

« On ne peut pas faire comme s’ils n’existaient pas car ils s’imposent à nous. »

 

Ces étudiantes, se sont-elles également senties mises à l’écart après leur entrée dans le monde du travail ?

N. EM. : Ce qui est certain, c’est que ce qu’elles ont subi les a suivies. Soit parce que ça a eu une incidence sur leur parcours professionnel, soit parce qu’à un moment elles y ont repensé. On évolue dans un milieu assez réduit, dans le sens où l’ont peut être amenés à travailler ensemble, on se croise dans les rédactions, dans les soirées d’anciens, et il y a quand même souvent des opportunités de se retrouver. Malheureusement c’est compliqué pour ces personnes de tirer un trait sur ce qu’elles ou ils, ont vécu. Plus encore lorsque l’on se retrouve face à ceux qui ont infligé des souffrances, qui sont parfois devenus des personnalités médiatiques. On ne peut pas faire comme s’ils n’existaient pas car ils s’imposent à nous.

Mais quelles incidences ont réellement ces comportements néfastes ?

N. EM. : Je me suis aussi intéressée aux conséquences de ces situations de domination une fois le diplôme obtenu, dans l’exercice du métier. J’ai fini par regarder ce qu’étaient devenus les étudiants de ma promo. On était un peu plus de cinquante étudiants, tous diplômés en 2012. En 2019, à l’aune de tout ce que j’ai pu dire de mon parcours à l’ESJ de Lille et tout ce dont on m’a parlé, j’ai remarqué quelque chose de très frappant. Les filles sont encore trop nombreuses à être dans des situations de précarité, sept ans après avoir été diplômées. Lorsque je parle de situation de précarité, j’entends non titularisées dans les rédactions, avec parfois un statut de pigiste qui est subi, certaines ont même complètement abandonné le métier. J’en ai identifié trois au moins. Et à l’inverse, des garçons qui sont plus souvent titulaires, en CDI dans les rédactions, occupant parfois des postes de chefs et pour certains une exposition médiatique très forte. Bien sûr, il faut prendre en compte que nous étions une majorité d’étudiantes dans ma promotion. Mais il faut garder en tête que ces systèmes de domination d’un groupe masculin sur d’autres personnes était infligés, le plus souvent, à des filles d’origine modeste, ou d’origine étrangères.

Avez-vous constaté des résistances face à l’emploi du terme harcèlement ?

N. EM. : Moi je l’ai directement exprimé de cette façon quand j’ai informé la direction des études de ce que ces trois étudiants me faisait. C’est le mot que j’ai utilisé. Je l’ai dit, je l’ai écrit, et la direction n’a pas pris la mesure de ce qui s’est passé à ce moment-là, ni sur les actes en eux-mêmes, ni sur ce qu’ils voulaient dire de ces personnes durant ces deux années.

Propos recueillis par Eléa Chevillard

Ça bouge dans… le monde des podcasts

Le secteur des podcasts est en plein effervescence : créateurs indépendants et studios de production se multiplient. Mais ce nouveau format peine encore à toucher un large public.  

 

PODCAST

Depuis « Serial », sorti en 2014, le secteur du podcast vit un véritable boom. Les deux premières saisons de ce feuilleton radiophonique américain portent sur des affaires judiciaires. Elle ont enregistré plus de 350 millions de téléchargements.

Deux catégories de podcasts existent : les réécoutes d’émissions de radio et les podcasts natifs, des contenus audio produits directement pour Internet.
A l’instar des studios de production comme Nouvelles Écoutes, Louie Média ou Binge Audio, de nombreux créateurs et studios indépendants ont émergé ces dernières années.
Mais avoir des chiffres précis sur le nombre d’écoutes reste compliqué car les supports sont nombreux. Les applications dédiées (elles-mêmes nombreuses), les sites des studios de production et les sites de streaming audio ne permettent pas la production de statistiques communes.

Un public restreint

Ce que l’on sait c’est que le secteur est encore loin de toucher tous les public. Selon les chiffres de Médiamétrie publiés en avril 2018, l’audience des podcasts est plutôt jeune (56 % ont entre 25 et 49 ans), urbaine (25 % des auditeurs sont parisiens) et les catégories socio-professionnelles supérieures sont surreprésentées (49 %).
Le problème d’accès au podcast est souvent pointé du doigt par les acteurs du domaine. Contrairement à la radio, où un auditeur peut écouter par hasard une émission, trouver un podcast demande plus d’engagement. L’auditeur doit d’abord télécharger une application dédiée, chercher le contenu et le télécharger ou l’écouter en streaming. Cette multiplication d’étapes avant de pouvoir écouter un podcast entretient un certain flou pour les non-initiés.
Mathilde WARDA

[ENQUÊTE] Tous les mêmes ?

Tous les mêmes ?

Les écoles de journalisme reconnues fabriqueraient-elles des clones qui inondent ensuite les médias ? C’est oublier que seuls 19 % des titulaires de la carte de presse sont passés par une école de ce type… (Photo : Alice Blain)

De gauche, europhiles, parisiens…Les journalistes sont-ils tous pareils ? Dans un contexte de défiance, la profession cherche des solutions. Collabos », « macronistes », « journalopes »… Les mots pour dénigrer les journalistes ne manquent pas. Pour ceux qui les critiquent, les journalistes sont tous les mêmes, au point de tenir le même discours. Comment expliquer une telle perception ?

 

Pour certains, la formation pourrait être l’une des causes de l’uniformisation des troupes. Mais pour Cédric Rouquette, directeur des études du Centre de formation des journalistes (CFJ), les écoles de journalisme ne mènent pas forcément à l’homogénéisation des profils. « Nous ne donnons aucun prêt-à-penser, assure-t-il. Nous leur transmettons une méthode de travail et de la rigueur. » Certains avancent aussi que les écoles reconnues par la profession ne dispensent pas les mêmes enseignements. « On ne forme pas de la même façon dans les DUT de Tours, de Cannes ou de Lannion que dans les masters des autres grandes écoles », considère Claude Cordier, président de la CCIJP (Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels).

Diversité à l’école

Pour certains, c’est la sélection des étudiants qui ne favoriserait pas la diversité. C’est le point de vue de Denis Ruellan, sociologue des médias et directeur adjoint des études du Celsa : « Les écoles de journalisme prennent les meilleurs, qui sont en fait ceux qui possèdent les valeurs des classes sociales dominantes, analyse-t-il. C’est ce qui conduit ensuite à avoir une homogénéité blanche et originaire de la classe moyenne supérieure dans les rédactions. » Pourtant, certaines écoles de journalisme ont mis en place des mesures destinées à diversifier les promotions. L’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ) a par exemple créé sa propre prépa « Égalité des chances ». Des jeunes « avec un bon dossier scolaire et universitaire, mais issus de familles à revenus modestes », selon le site de l’ESJ, se voient chaque année offrir l’opportunité d’intégrer l’une des meilleures écoles de journalisme de France. Il existe également des dispositifs externes aux écoles. Depuis 2007, l’association La Chance aide des étudiants boursiers à préparer les concours des écoles de journalisme gratuitement. Cette démarche porte ses fruits : 80 % de ses anciens étudiants travaillent dans le journalisme. Mais un problème persiste : certaines classes sociales ne se dirigent pas naturellement vers le journalisme. « Beaucoup de jeunes sont faits pour ce métier, mais n’osent pas tenter les concours, déplore Cédric Rouquette du CFJ. La majorité de ceux qui se présentent proviennent de la classe moyenne supérieure. » Denis Ruellan trouve une explication logique à ce phénomène : « Dans ces milieux, les gens ont tendance à être très portés sur les médias. Donc forcément, ça aide à aller vers le journalisme. »

Le fossé

Ces inégalités se retrouvent dans le profil des professionnels, à la télévision en particulier. Selon le baromètre annuel de la diversité dans les médias publié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), en janvier 2018, les catégories socio-professionnelles supérieures occupent 74 % de la représentation à la télévision alors qu’elles ne représentent que 27 % des Français, d’après l’Insee. Pour autant, il serait faux de penser que les journalistes sont formés dans le même moule. Les écoles de journalisme ne représentent pas la seule voie d’entrée dans la profession. En réalité, cette origine est même très minoritaire. « Seulement 19 % des journalistes professionnels sont issus de ces écoles reconnues », atteste Claude Cordier, de la Commission de la carte de presse. N’en déplaise à ses plus ardents détracteurs, la profession ne se résume pas aux quelques figures médiatiques qui occupent les plateaux de télévision ou qui signent des tribunes à succès. Du pigiste pour M6 à la localière de Ouest-France à Bayeux, en passant par le secrétaire de rédaction de L’Humanité : les statuts sont divers. De multiples fractures existent, comme celles concernant la rémunération et les types de contrat (lire ci-dessous). Un journaliste en contrat indéterminé exerçant pour un quotidien national gagne, en moyenne, deux fois plus qu’un journaliste en contrat déterminé. Alors pourquoi les journalistes continuent-ils de renvoyer une image éloignée de la réalité ? « C’est trop facile de chercher une explication de type purement sociologique. Quand les gens parlent de cet éloignement entre les journalistes et la société, ils prennent pour exemple Jean-Michel Aphatie. Pourtant, ce journaliste politique a un parcours complètement différent du reste de la profession », pointe Jean – Marie Charon. Après son brevet des collègues, Jean Michel Aphatie a arrêté l’école pour enchaîner les petits boulots. Il a repris ses études plus tard et passé à son bac à 24 ans, avant de s’orienter vers le journalisme.

Les médias, conscients du problème de représentativité, placent désormais la diversité au cœur de leurs priorités. Chacun tente de recruter des profils plus représentatifs de la société. France Télévisions accueille par exemple dans ses rédactions des stagiaires boursiers ou issus de zones urbaines sensibles. Radio France réserve un nombre de places défini pour les boursiers et favorise la formation en alternance. Ces efforts semblent porter leurs fruits, avance Jean Marie Charon. « Le journalisme est aujourd’hui une profession hétérogène en termes d’origines sociales. Cela permet une meilleure représentation de l’ensemble des Français », considère le sociologue des médias. Mais le chemin, de l’avis de tous, est encore long.

 

Le revenu mensuel médian des Français s’élevé à 1 710 euros, selon les chiffres de l’Insee publiés en septembre 2018. Un journaliste au CDI gagnerait 3 591 euros brut, 2 000 euros pour un pigiste et 1 954 euros pour

 

Lorène BIENVENU, Léa SASSINE et Théo TOUCHAIS

Partenaires particuliers

(Infographie : Benjamin BAIXERAS)

La majorité des médias nationaux appartiennent à de puissants hommes d’affaires. Cette situation crée de la défiance. Pourtant, sans actionnaire stable, difficile pour les médias d’atteindre un équilibre financier.

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Les Assises 2019, un nouveau virage

La cité de la création et de l’innovation, Mame, accueillera la 12e édition des Assises du Journalisme. (Photo : Suzanne Rublon)

 

Les médias, « tous les mêmes » ?

Cette 12e édition des Assises du Journalisme de Tours se questionne sur la diversité du monde journalistique. Si le thème a été choisi en juin dernier, cette problématique semble aujourd’hui répondre à la crise des gilets jaunes et aux reproches faits aux professionnels. Médias alternatifs, de l’éducation aux médias et à l’information (EMI), les réseaux sociaux, les femmes dans les médias, le factchecking notamment, sont autant de thèmes qui seront abordés au travers de 24 ateliers et 5 débats. 

Mame, un lieu chaleureux

Les Assises quittent le Palais des Congrès, le Vinci, pour investir les locaux du Mame. Cette « Cité de la création & de l’innovation » est un incubateur tourangeau d’entreprise. Un espace sûrement moins pratique que le Vinci, qui se trouve en face de la gare de Tours, mais « chaleureux », comme l’affirme Jérôme Bouvier, le président des Assises : « C’est un lieu chargé de symboles, qui correspond idéalement à l’état d’esprit des Assises. » Il mêle la tradition professionnelle et les nouvelles technologies, à l’image des bouleversements auxquels font face les secteurs de la presse.

L’angle international 

En novembre dernier, la première édition des Assises du Journalisme de Tunis a rassemblé plus de 800 professionnels. Cette année, les Assises sont animées par de nombreux étudiants en journalisme, venant d’horizons internationaux. De Tunisie, de Belgique ou du Québec, les futurs professionnels s’allient le temps de trois jours pour couvrir cet évènement. Pour Jérôme Bouvier, cette édition semble concrétiser un vieux rêve : celui de faire « dialoguer les deux rives de la Méditerranée. » 

Perrine Basset