Les moments forts
de l’édition 2017
des Assises

De retour à Tours cette année, après une édition 2016 orientée sur la valeur de l’information, les Assises du journalisme ont une nouvelle fois apporté de nombreux éclairages sur l’avenir de la profession.

Pendant trois jours, les étudiants de l’EPJT se sont mobilisés pour réaliser un suivi en temps réel de l’événement grâce à un live-tweet permanent et des résumés de chaque atelier et conférence. Ils ont également interrogé de nombreuses personnalités du monde du journalisme, grâce à des plateaux vidéos en studio ou à des Facebook Live dans les coulisses. Les étudiants ont également conçu et diffusé une édition quotidienne de La Feuille, un journal papier de huit pages. Petite sélection des articles, enquêtes, portraits et résumés à retenir de cette édition 2017 des Assises. 

Après Laurent Joffrin (Libération) l’an passé, c’était au tour d’Anne-Claire Coudray (TF1) de présider le jury des Assises 2017. Photo : Simon Bolle

 

LES ENQUÊTES

 

  • Robots : amis ou ennemis ?

Depuis quelques années, les robots-journalistes s’immiscent dans les rédactions. Et commencent à inquiéter la profession. Peut-être à tort :

[ENQUÊTE] Robots : amis ou ennemis ?

 

  • Facebook va-t-il tuer les sites des médias ?

En deux ans, les réseaux sociaux et Google ont bouleversé la manière de consommer l’info avec des outils qui optimisent la lecture des articles sur smartphone. Une innovation qui ravit tout le monde, mais qui n’est pas sans risques :

[ENQUÊTE] Facebook va-t-il tuer les sites des médias ?

  • Information locale : les nouveaux explorateurs

Tours, Dijon, Chalon, Grenoble… De nombreuses villes assistent à la naissance de pure players. Ces sites d’info, qui entendent concurrencer la PQR, peinent à trouver leur équilibre financier.

[ENQUÊTE]. Information locale : les nouveaux explorateurs

 

LES PORTRAITS

 

  • Rémy Buisine, à l’état brut

Le calepin et le stylo, Rémy Buisine n’en a pas besoin. Le journaliste révélé sur Périscope a choisi le smartphone pour des vidéos sans filtre, diffusées sur le média Brut :

[PORTRAIT] Rémy Buisine, à l’état brut

 

  • À l’aise, Franck Annese

Intuitif, décontracté, curieux… Depuis 2003, Franck Annese, le patron du groupe So Press, secoue la presse magazine. Ses titres affichent une santé insolente :

[PORTRAIT] À l’aise, Franck Annese

 

  • Edwy Plenel, modèle payant

Ignorant les sceptiques, Edwy Plenel a créé Mediapart voilà neuf ans. Ce précurseur du pure player reste pourtant attaché à l’esprit de la presse traditionnelle :

[PORTRAIT] Edwy Plenel, modèle payant

 

LES VIDÉOS

 

  • Gülsün Güvenli

Venue spécialement pour les Assises, celle qui enseigne le journalisme à l’Université de Galatasaray, à Istanbul en Turquie, a répondu aux questions de Manon Vautier-Chollet sur le plateau de l’EPJT. Depuis quelques termps, le journalisme turc fait face à de grosse pressions. Une pression augmentée depuis la tentative de coup d’état de l’été dernier. Malgré tout, les journalistes, enseignants et étudiants en journalisme tentent de résister à la censure, et de ne pas perdre espoir.

 

  • Anne-Claire Coudray

La présentatrice de journaux du week-end, qui a remplacé Claire Chazal en septembre 2015, sur TF1 présidait le jury des Assises 2017. Depuis quelques années, le JT est en perte d’audience. Elle répond aux questions de Lucie Martin et Philippine David et analyse les tentatives d’adaptation aux évolutions technologiques de la part des médias.

 

 

  • Jason Reifler

Le fact-checking est l’art de vérifier les faits relatés par les personnalités politiques, les experts ou les médias. Pourquoi est-il si populaire aujourd’hui ? Est-ce un effet de mode ? Quels impacts a-t-il sur la société et peut-il renouer le lien de confiance entre journalistes et publics ? Pour répondre à ces questions, Lénaïg Le Vaillant et Salomé Mesdesirs ont reçu Jason Reifler, professeur en sciences politiques à l’Université d’Exeter (UK) et spécialisé dans le fact-checking.

 

(La vidéo étant en anglais, nous vous conseillons d’activer les sous-titres afin de bénéficier d’une traduction en français)

Pour aller plus loin, retrouvez ici l’ensemble des résumés sur les conférences et les ateliers des trois derniers jours.

La rédaction

[EN PLATEAU] Edwy Plenel, co-fondateur de Mediapart

Joyeux anniversaire Mediapart ! Le célèbre pure-player fête ses neuf ans d’existence. Edwy Plenel, son co-fondateur, a répondu aux questions de Simon Abraham sur le plateau EPJT. Parti d’un pari fou en 2008, Mediapart fait aujourd’hui figure de référence dans la nébuleuse de l’information en ligne avec plus de 137 000 abonnés. Edwy Penel présente également son dernier ouvrage Sonnons l’alarme ! Faits et gestes de la présidence Hollande, dans lequel il dresse le bilan du dernier quinquennat et met en garde contre la montée continue de l’extrême droite.

[EN PLATEAU] Jean Kouchner, secrétaire général de l’Union internationale de la presse francophone

Quelle est la situation de la presse francophone aujourd’hui ? Quelles évolutions connaîtra-t-elle dans les prochaines années ? Plusieurs facteurs entrent en jeu. La démocratisation et la liberté de la presse avant tout. Mais aussi la situation politique et économique dans les quelques 110 pays où intervient l’Union internationale de la presse francophone (UPF). Jean Kouchner, secrétaire général de l’UPF, a répondu aux questions de Naïla Derroisné et de Mathilde Errard. 

L’édition Print
du vendredi 17 mars

Si vous n’avez pas la possibilité d’être à Tours aujourd’hui, ou qu’il n’y a plus de numéro disponible, voici la version numérique du troisième journal papier de huit pages réalisé par les étudiants en deuxième année à l’EPJT.

Assises du journalisme : retrouvez le palmarès des prix 2017

La soirée de remise des différents prix des Assises du journalisme 2017 avait lieu ce jeudi à Tours. Anne-Claire Coudray présidait la cérémonie. 

Edouard Perrin a remporté le grand du journalisme de l’année 2017. Photo : Martin Esposito

 

Le grand prix du journalisme de l’année 2017 a été décerné jeudi soir à Edouard Perrin (Premières Lignes, Cash investigation) pour ses enquêtes sur les pratiques fiscales dénoncées par l’enquête LuxLeaks et son travail en réseau avec le consortium international des journalistes et des lanceurs d’alerte des Panamas Papers.

Le prix « enquête et reportage » a lui été décerné par un jury d’étudiants issus des 14 écoles de journalisme reconnues par profession. C’est le documentaire « Couvrir Alep, la peur au ventre et le ventre vide » (AFP) de Karam Al-Masri et Rana Moussaoui qui l’a remporté. Il y a quelques semaines, il était encore prisonnier des combats à Alep. A travers ce prix, il a voulu rendre hommage à tous les journalistes qui prennent des risques chaque jour pour nous informer.

Le gagnant a tenu à remercier plus particulièrement l’AFP : « Ils sont devenus ma famille après avoir perdu ma mère dans un bombardement. » Il a fait un clin d’œil à sa collègue Rana qui a travaillé avec lui à Alep où ils ont « pu couvrir les événements affreux qui s’y passent. » « Je n’ai jamais fait ce travail pour gagner un prix mais pour transmettre la souffrance des gens. Chaque fin de journée quand je rentrais chez moi, je vivais ces mêmes événements, ces attaques », a conclu Karam Al-Masri.

Le prix des Assises pour la catégorie « Recherche » a été remis à François Robinet pour Silences et récits. Les médias français à l’épreuve des conflits africains. « Je regrette de ne pas avoir lu votre livre avant d’être partie sur le terrain », a confié Anne-Claire Coudray au lauréat.

Le prix des Assises catégorie « Journalisme » a été décerné à Laurent Mauduit, pour son livre Main basse sur l’information. Claude Angeli et Pierre Edouard Deldique ont enfin reçu un prix spécial pour Les plaisirs du journalisme à l’occasion du centenaire du Canard enchaîné.

 

Lucie Martin

[EN PLATEAU] Olivier Ravanello, co-fondateur d’Explicite

Olivier Ravanello était spécialiste des questions internationales sur Itélé. Le 22 octobre 2016, il décide de démissionner. Il est désormais président du collectif les Journalistes associés qui réunit plus de la moitié des 97 journalistes qui ont quitté la chaîne d’info depuis novembre. Ensemble, ils ont formé Explicite, un projet inédit dans sa forme : les contenus sont intégralement diffusés sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, il ne manque que les financements pour que le modèle économique soit viable. 

[EN PLATEAU] Jean-Christope Boulanger, président du SPIIL

A la tête de Contexte, un journal web pour les professionnels des politiques publiques, Jean-Christophe Boulanger est aussi président du Syndicat de la Presse Indépendante d’Information en Ligne (SPIIL). Il a répondu aux questions de Simon Abraham et Laura Bannier sur le plateau de l’EPJT. Le SPIIL représente plus de 160 entreprises ou associations de presse tout en ligne. Des structures qui sont nombreuses à se jeter dans le grand bain ces dernières années, et qui peuvent bénéficier du soutien du syndicat dans leur recherche d’indépendance et de viabilité.

L’édition Print
du jeudi 16 mars

Si vous n’avez pas la possibilité d’être à Tours aujourd’hui, ou qu’il n’y a plus de numéro disponible, voici la version numérique du deuxième journal papier de huit pages réalisé par les étudiants en deuxième année à l’EPJT.

[PORTRAIT] À l’aise, Franck Annese

Intuitif, décontracté, curieux… Depuis 2003, Franck Annese, le patron du groupe So Press, secoue la presse magazine. Ses titres affichent une santé insolente.

« Je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires possèdent un important pouvoir de contre-culture. » Photo : Patrice Normand

 

« Un cerveau bouillonnant » (Télérama),  « Drôle, charismatique, gentiment provoc » (Les Inrockuptibles),  « L’oeil rieur et la barbe folle » (L’Obs), « Décalé, passionné, gonflé, rusé » (Libération)… Lui, c’est Franck Annese, « Francky » pour les intimes. L’homme qui, en vendant sa voiture, a fait naître un groupe de presse. Tout commence en 2003, quand ce diplômé d’école de commerce lance un mensuel de football,  So Foot, avec Guillaume Bonamy et Sylvain Hervé. « Je voulais fonder ma maison de disques, se souvient-il. Comme je n’avais pas les moyens, j’ai créé des magazines. Ça me faisait marrer. » Ce qui relevait, à l’origine, d’un pari insensé entre amis allait prendre une toute autre dimension.

 

Cool mais exigeant

Doolittle (enfance) en 2010, Pédale ! (cyclisme) en 2011,  So Film (cinéma) en 2012, suivis de Society et de Tampon (rugby) il y a deux ans, puis de The Running Heroes Society (course à pied) en 2016. En quatorze ans, la famille So Press s’est considérablement agrandie. Et la formule séduit. « On ne se pose pas de questions éditoriales. Tout est intuitif. Il faut se faire plaisir », insiste Franck Annese. À l’heure où la presse écrite traverse une crise sans précédent, ses titres naviguent à contrecourant. Au total, plus de 220 000 exemplaires du groupe s’écoulent chaque mois. Un vent de fraîcheur indéniable. « Il n’y a pourtant pas eu de révolution. On est étonné de choses qui ne semblent pas surprendre les journalistes classiques, alors que ces sujets intéressent les gens. » Si So Press se démarque de ses concurrents dans les kiosques, c’est par son style. Décalé et drôle, à l’image de son gérant. « Franck est à la fois cool et exigeant. C’est quelqu’un qui inspire le respect, témoigne Pierre Maturana, rédacteur en chef de SoFootJ’ai tout de suite adhéré à sa vision du travail. De patron, c’est devenu un pote. » Malgré un passage amer à la quarantaine en 2017, Franck Annese conserve une passion intacte pour les magazines. Il est un des rares patrons de presse à croire en l’avenir du papier, même s’il dresse un état des lieux « catastrophique » : « On souffre de plus en plus, concède-t-il. Par contre, je pense que les formats longs sont le rythme de demain. Les quinzomadaires, surtout, possèdent un important pouvoir de contre-culture. Comme les ventes de vinyles, qui ont dépassé celles des téléchargements. » Sa notoriété lui a valu de remporter le titre d’entrepreneur de presse de la décennie, en novembre 2016. « C’est gentil, mais ça n’a pas changé ma vie », lance celui qui écrit aussi des textes pour des cérémonies, des émissions et des humoristes. So Press comporte également une société de production, un label musical et une structure événementielle.

 

Le sens du collectif

Journaliste ? Entrepreneur ? Avec son look de hipster, Franck Annese est habitué à changer de casquette. « Je me considère comme un meneur de jeu, qui doit donner des passes décisives et marquer des buts au bon moment. L’objectif est de faire jouer tout le monde de la manière la plus cohérente et esthétique possible. » Ce qui ne l’empêche pas de se préparer au pire. « Je n’aurais aucun mal à faire mourir un de mes titres. »

Simon Bolle

[ENQUÊTE] En revenir aux faits ?

Antidote aux fake news, le fact-checking, « vérification des faits », obnubile les rédactions. Nouveau projet du Monde : le Décodex, un outil qui évalue la fiabilité des sites d’information.

Les détracteurs s’interrogent sur la légitimité du Décodex à départager les bons des mauvais élèves. Olivier Berruyer a découvert que son site les-crises.fr figurait sur liste rouge et envisage de poursuivre Le Monde en justice pour diffamation. Photo : Martin Esposito

 

Attention, il s’agit d’un site satirique ou parodique qui n’a pas vocation à diffuser de vraies informations. « À lire au second degré », s’affiche sur l’écran, après avoir tapé « Le Gorafi » dans la barre de recherche du Décodex. Lancé le 1er février, c’est un annuaire de centaines de sites qui propose d’aider les internautes à s’y retrouver entre ceux qui sont plus ou moins fiables. L’outil, créé par Le Monde, se présente comme un moteur de recherche. On y entre l’URL ou le nom d’un site d’information, et, en quelques secondes, le verdict tombe. En vert, ceux qui sont gratifiés d’un bon point : L’Express, LibérationL’Humanité, Le Point, la CNN, la BBC… Et, sans surprise, Le Monde. En orange, le journal prévient : « Soyez prudents, complétez vos recherches avec d’autres sources. » Carton rouge pour les autres : les sites complotistes ou mensongers. C’est le cas notamment d’ivg.net, un site anti-IVG qui cache sa propagande en s’affichant comme un site d’information.

 

Le fact contre le fake

L’outil ne sort pas aujourd’hui par hasard. Faits alternatifs, fake news, hoax, intox… Maquillées comme des informations journalistiques, les contrefaçons gangrènent la presse et les discours politiques. Émergeant de ce clair-obscur médiatique, le fact-checking est devenu depuis quelques années un genre presque autonome dans certains médias, avec une équipe dédiée et une chronique quotidienne : Désintox de Libération, Les Décodeurs du journal Le Monde, Le Scan politique du Figaro , le Vrai-faux de l’info d’Europe 1… Chaque rédaction possède son propre laboratoire de fact-checking. Mais la démarche du Monde, avec son Décodex, va plus loin. Trop loin pour certains, qui critiquent la dimension « idéologique » de l’outil. Les médias dits mainstream sont systématiquement marqués d’une pastille verte. Les sources alternatives sont, souvent, marquées au fer rouge. Avec plus de six cents sources décryptées, difficile de contenter tout le monde. « Dans ce travail, nous n’avons pas tenu compte de la nature des positionnements politiques ou idéologiques des sites, des pages ou des comptes sur les réseaux sociaux étudiés. Notre seul critère a été le respect des règles journalistiques », insiste Samuel Laurent, coordinateur du projet, dans un édito.

 

Les blacklistés voient rouge

Jacques Sapir, économiste eurosceptique spécialiste de la Russie, n’est pas de cet avis. « Les journalistes qui s’autoproclament fact-checkeurs ne sont que des idéologues », affirme-t-il. Une brève recherche sur la barre de recherche du Décodex permet de mieux comprendre son point de vue acéré. Son site est classé orange par l’armée de fact-checkeurs du Monde« Il relaie parfois de fausses informations, niant la présence de soldats russes en Ukraine en 2014, pourtant établie. » Autre détracteur au coeur du débat autour de la légitimité du Décodex, Olivier Berruyer, administrateur du site les-crises.fr. Son blog, parmi les 100 000 sites les plus lus au monde, a été classé rouge, puis orange. « Quand Le Monde vous décerne un brevet d’individu non fiable, votre vie change radicalement du jour au lendemain. » Olivier Berruyer a même lancé un appel au dons pour financer un procès contre Le Monde, pour diffamation. Son objectif a été atteint à 95 % en quelques jours. Les critiques viennent de tous bords : l’économiste de gauche Frédéric Lordon s’est fendu d’un long post de blog pour critique le Décodex qui « épouse cette pratique néolibérale entre toutes de l’évaluation généralisée ». Malgré des critiques, les articles estampillés fact-checking restent très lus : « Il y a un réel appétit pour les articles de Désintox », souligne Pauline Moullot, journaliste à Libération. La mort du fact-checking, elle n’y croit pas. Au contraire. Le genre est contraint de se sophistiquer, concurrencé par ce brouhaha d’informations qui caractérise l’ère 2.0. « Les factcheckeurs vont être encore plus scrutés. Nous n’avons jamais eu droit à l’erreur, mais c’est encore moins le cas qu’avant », souligne-t-elle.

 

Les lecteurs chassent aussi les fake news

L’équipe du Décodex, elle, a pris en compte les remarques autour de la première version de leur outil. « Les critiques se concentrent sur le code couleur utilisé, qui donne l’impression que Le Monde se positionne comme une agence de notation », explique Alexandre Pouchard, directeur adjoint des Décodeurs. Pour y remédier, la couleur verte, véritable label, a été remplacée par le terme « neutre », depuis ce jeudi matin. « Nous ne donnons plus d’avis sur le média en question et faisons davantage la distinction entre ce qui relève de l’opinion ou du factuel », poursuit-il. Prochaine étape pour le Décodex : le fact-checking au cas par cas, article par article, avec une correction expliquée. À quand le fact-cheking en temps réel ? Pas pour tout de suite. Les journalistes y travaillent, mais « le fact-checking ne sera jamais totalement automatisé. Le filtre du journaliste reste primordial », mesure Alexandre Pouchard. Plus réaliste : le crowdchecking, qui permet aux lecteurs de participer, eux aussi, à la chasse au fake. Dernièrement, les géants Google et Facebook ont lancé des outils collaboratifs, afin que les intox perdent instantanément du crédit face à la double, voire la triple, vérification par des médias reconnus. L’un avec CrossCheck, une alliance de trente-sept rédactions françaises qui croisent leurs connaissances ; l’autre avec un outil qui permet aux utilisateurs du réseau social de signaler les publications douteuses, en un clic. « À condition qu’ils aient appris, peut-être dès l’école, à conserver un certain esprit critique vis-à-vis des sources d’information, ajoute Laurent Bigot, journaliste-enseignant à l’École Publique de Journalisme de Tours (EPJT) et spécialiste du fact-checking. Cela grâce à des programme d’éducation aux médias par exemple. » Ainsi, le lecteur pourra prendre en main son information.

Sophie Lamberts

L’application Factoscope sort sur vos smartphones

La première application de fact-checking en France sous forme de jeu vient de sortir sur Android. Elle a été développée par des étudiants de l’École Publique de Journalisme de Tours en partenariat avec des élèves de Polytech Tours. Inédite, interactive et pédagogique, Factoscope permet de vérifier les déclarations des candidats à l’élection présidentielle et ainsi pointer du doigt les intox et approximations. Dans un temps imparti, les utilisateurs devinent l’auteur de la déclaration fact-checkée. Toujours chronométrés, ils choisissent si elle est vraie, fausse ou imprécise. À l’arrivée, une explication détaillée est proposée. À télécharger sur Google Play.

[LE RÉSUMÉ] « La liberté d’expression face aux censures de demain »

Retrouvez l’essentiel de la conférence : « La liberté d’expression face aux censures de demain ».

La liberté de la presse dans dix ans. Une problématique majeure qui inquiète déjà. Photo : Lucie Martin

 

En partenariat avec Reporters sans frontières (RSF). Animé par Dominique Gerbaud, journaliste, ancien président de Reporters sans frontières. Avec : Darline Cothière, directrice de la maison des Journalistes ; Christophe Deloire, directeur général de Reporters sans frontières ; Nicolas Vescovacci, journaliste indépendant membre du collectif « Informer n’est pas un délit » ; la Quadrature du net, association de défense des droits et des libertés des citoyens sur internet ; Gulsun Guvenli, enseignante en journalisme en Turquie.

 

LES ENJEUX

Entre Donald Trump, Poutine et bien d’autres, l’avenir de la liberté d’expression est incertain. Quels seront les pièges, les barrages, à la liberté d’expression dans dix ans ? Son évolution rapide selon les pays ne permet pas de se positionner de manière concrète sur ce que sera la liberté d’expression dans dix ans. Mais il reste important de débattre sur cette problématique importante pour lutter et résister ensemble contre les censeurs. Beaucoup de journalistes sont encore trop souvent menacés pour avoir user de leur droit à la liberté d’expression.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Darline Cothière : « La maison des journalistes accueille tous les persécutés de la presse, venus de plus de soixante pays différents. Ce sont des journalistes qui ont dérangé le régime en place. Quand les journalistes ne sont pas tués, ils sont forcés à l’exil. La maison des journalistes, c’est un peu une forme de baromètre de la presse dans le monde. Ce n’est pas uniquement une maison refuge, les journalistes étrangers, qui y séjournent, peuvent, et doivent, continuer d’exercer leur métier en France. Ils offrent leur regard à la presse française et c’est vraiment un plus pour la profession. »

Christophe Deloire : « Les censures peuvent être de tout ordre : religieux, politique, social, économique, etc. Aujourd’hui, l’une des problèmes est que nombreux sont ceux qui utilisent la liberté d’expression aussi pour lutter contre le journalisme. Alors même que le combat contre le contrôle de l’information doit se faire plus important, il y a de moins en moins d’alliés. Pourtant, on ne viendra pas à bout des censures politiques, quelles qu’elles soient, sans une aide des gouvernements politiques. »

Nicolas Vescovacci : « Je vois dans la censure deux tendances qui, malheureusement, se rejoignent : l’expression de la verticalité du pouvoir et de l’horizontalité du pouvoir. Une censure, cela se passe très simplement, comme quelques coups de téléphones. La question aujourd’hui c’est : comment lutte-t-on contre la censure ? Car le problème est que pour le moment, un censeur ne craint absolument rien. Il n’y a pas de règles strictes dans la loi. Avec mon collectif, on lutte pour qu’une censure ne reste pas impunie. Et ce n’est pas simple car la justice ne nous aide pas beaucoup. »

Membre de la Quadrature du net : « Au niveau des techniques de censure, ce sont toujours les mêmes : intimidation, chantages, etc. Il ne faut pas perdre de vue qu’il y a un véritable problème d’accès à l’information. La protection la plus efficace contre la censure passe par les prises de conscience individuelles, collectives et sociales des problèmes de liberté d’expression. On a besoin que les citoyens se rassemblent pour mettre en place des systèmes de lutte collective qui nous permettront d’être plus forts. »

Gulsun Gevenli : « En Turquie, il y a plus de 150 journalistes en prison en ce moment. On a battu le record dans le monde, en 2016, avec l’emprisonnement de plus de 80 journalistes. Il y a 10 000 travailleurs au chômage dans le domaine de la presse. Et 102 sites internet sont interdits d’accès. Mais bien avant cette censure, qui est devenue très flagrante ces dernières années, le journalisme avait déjà perdu de son prestige en Turquie. Les jeunes savent maintenant que s’ils sont idéalistes, ils ne pourront pas faire ce métier. »

 

À RETENIR

Dans notre société actuelle, la liberté d’expression n’est toujours pas garantie. De nombreuses évolutions sont également encore attendues, notamment dans le domaine de la réglementation. Alors, même s’il est impossible de savoir ce qu’elle deviendra dans les dix prochaines années, il ne faut pas relâcher notre attention et continuer de lutter contre les censeurs de la liberté d’expression.

Yleanna Robert

[LE RÉSUMÉ]
« Journaliste dans 10 ans : la parole aux formateurs »

Retrouvez l’essentiel de la conférence « Journaliste dans 10 ans : la parole aux formateurs ».

Les intervenants se sont accordés sur un point : la vérification des faits est essentielle. Photo : Lucie Martin

 

Animé par Sylvie Lecherbonnier (L’Etudiant), avec Corinne Vanmerris, directrice des études de l’ESJ Lille, Hervé Demailly, responsable de l’école de l’école de jounalisme du Celsa et président de la conférence des écoles de journalisme, Alice Antheaume, directrice exécutive de l’Ecole de journalisme de Sciences Po, Thibaud Delavigne, responsable Street School/ Media Maker et Cédric Rouquette, directeur des études du CFJ et directeur des études du CFJ et directeur exécutif de l’école W.

 

LES ENJEUX

Avec l’évolution constante des médias et du métier de journaliste, comment les responsables des écoles parviennent-ils à adapter leur formation ? Les représentants d’école de journalisme se sont réunis pour en débattre et répondre aux questions des étudiants, des professionnels ou simples consommateurs d’information. L’occasion d’aborder le statut de journaliste, la diversité dans les écoles, la place des nouveaux outils mais surtout celle des fondamentaux.

 

CE QU’ILS ONT DIT

Corinne Vanmerris : « Pour nous le journalisme dans dix ans, c’est déjà demain. On est sur ces deux temporalités dans la formation : leur permettre de travailler immédiatement mais aussi les rendre capables de s’adapter aux évolutions du métier. On ne cherche pas à former des journalistes geek. Les premières attentes des rédactions sont la posture professionnelle et la culture générale. Les journalistes doivent avoir une bonne culture générale et être en capacité de la renouveler. Ils doivent également avoir une capacité à proposer des sujets et à trouver une façon de l’aborder. Peu importe l’usage de la technologie. »

Hervé Demailly : « On est dans une évolution qui consiste à faire de chacun d’entre nous de potentiels médias. Et le métier de journaliste dans dix ans est difficile à définir. Il ne faut pas uniquement s’arrêter aux outils ou aux modes de consommation. Les comportements des journalistes vont aussi jouer. Leur rôle serait de pouvoir labéliser des informations, faire un vrai travail d’enquête, reprendre les rênes du métier tel qu’il était. On doit préparer les étudiants au changement de statut du journaliste pour qu’ils soient capables de s’adapter. »

Alice Antheaume : « On constate que bien souvent le CDI est le graal. Or dans le journalisme ce n’est pas le cas. Le CDI n’est pas forcément mieux payé que le CDD. On voit que se développent les « slasheurs » c’est-à-dire des journalistes qui ont plusieurs employeurs. J’étais inquiète de voir une hausse des pigistes. Alors nous avons fait une enquête pour savoir si le statut de pigiste était volontaire ou contraint. Le fait est que 21 % de nos élèves sont devenus pigistes réguliers ; et parmi eux, 68 % l’ont fait volontairement pour avoir une forme de liberté de choisir leurs employeurs. Cela permet d’avoir une flexibilité. »

Thibaud Delavugne : « La culture numérique fait partie de la culture générale. On l’a dit, la culture générale évolue et ça inclut le numérique. Je ne pense pas que le journaliste doit devenir un développeur mais qu’il doit être sensibiliser à ce monde-là. Il faut connaitre et maitriser le code sans en être un expert. Concernant la question du fact-checking, je pense que le véritable enjeu est de revenir à la question de confiance. Cela demande que les journalistes soient capables de transformer leur façon d’écrire et de diffuser l’information. C’est capital. Le fact-checking c’est super, mais c’est inutile si la confiance ne revient pas. Enfin, la question de journalisme passe, selon moi, par la diversité et la sélection des étudiants. »

Cédric Rouquette : « Les étudiants ne doivent pas devenir entrepreneurs au sens de monter une start-up. Ils doivent tous devenir entrepreneurs d’eux-mêmes : quel journaliste veulent-ils être ? Quelles compétences veulent-ils développer ? Ils doivent porter un projet, le réaliser et savoir comme l’équilibrer entre les fondamentaux du journalisme et les compétences techniques. »

 

À RETENIR

Former les journalistes de demain, c’est apprendre aux étudiants à rester rigoureux dans leur travail journalistique pour faire face à la concurrence et à la désinformation sur internet. Il faut également intégrer de nouveaux outils de diffusion, car le journaliste « ne doit plus seulement être lu, il doit être repris », souligne Hervé Demailly. Les étudiants sont également formés à défendre des projets. Enfin, outre la question de la technologie, le journalisme dans dix ans doit aussi être un journalisme diversifié.

 

Salomé Mesdesirs

L’édition Print
du mercredi 15 mars

Si vous n’avez pas la possibilité d’être à Tours aujourd’hui, ou qu’il n’y a plus de numéro disponible, voici la version numérique du premier journal papier de huit pages réalisé par les étudiants en deuxième année à l’EPJT.

[ENQUÊTE] Radio Numérique Terrestre (RNT), je t’aime, moi non plus

Et si nous laissions de côté la bonne vieille bande FM ? À l’heure du tout numérique, seule la radio semble résister. Pourtant, la volonté est digitaliser également ce support. Le CSA parle du meilleur, d’autres évoquent le pire.

La Radio Numérique Terrestre est un vaste projet de modernisation du réseau radiophonique, qui depuis des années peine à voir le jour. Photo : Hugo Noirtault

Depuis le début des années 2010, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) songe très fortement à basculer sur la radio numérique terrestre (RNT), une sorte de TNT mais pour les transistors. L’objectif est de ne plus émettre par des ondes, mais par des fréquences binaires, comprises par des ordinateurs. Tel que présentée par le CSA, la RNT est pleine d’avantages : meilleure qualité, plus de choix de stations… Mais cela suppose de rééquiper tous les foyers et toutes les voitures avec des équipements adaptés. Des investissements contraignants mais nécessaires selon le CSA, soutenu par Radio France, mais inutile selon les groupes privés. Pour Europe 1, NRJ, RMC ou encore RTL, l’avenir se trouve plutôt dans la webradio. Et ce refus des grandes radios nationales risque bien de compromettre le passage à la RNT.

« Les équipements FM sont vieux »

Pour découvrir la radio numérique, direction Oslo. Connue pour sa neige, ses élans et son étrange alphabet, la Norvège s’est aussi faite remarquer en début d’année grâce à son DAB (Digital Audio Broadcasting), la version anglaise de la RNT. Depuis le 11 janvier, le pays scandinave est le premier à avoir débranché sa bande FM. Mais la décision de passer au DAB n’est pas nouvelle. Dès 1995, la NRK (la radio-télévision publique norvégienne) lançait sa première station totalement numérique. “La décision de passer au DAB a été prise en 2011, explique Øyvind Vasaasen, responsable du projet DAB à la NRK. Nous allons couper la bande FM région par région, pour qu’elle disparaisse d’ici la fin de l’année.”  Dans le grand nord, cette transition a des avantages pratiques et économiques. “Les équipements FM sont vieux. Et les réparer coûterait plus cher que de passer au numérique, poursuit Øyvind Vasaasen. Le but est bien sûr de ne pas perdre d’auditeurs, mais nous considérons que le DAB est nécessaire pour moderniser la radio. La question n’était pas de savoir si nous allions le faire ou non, mais de savoir quand.”

Plus près de chez nous, la Suisse devrait être le prochain pays à effectuer le digital switch over (basculement de la FM au DAB). Mais la France, elle, est à la traîne et est encore loin d’effectuer cette transition.

La mutinerie des radios privées contre le capitaine CSA

Ce retard à l’allumage, les grands groupes privés en sont en grande partie responsables. RMC, Europe 1, RTL ou encore NRJ ne croient pas en l’avenir de la RNT. “[Nous] sommes convaincus que l’avenir de la radio numérique se fera via les réseaux IP”, ont-ils expliqué lesdits groupes privés devant le CSA fin mai 2012. Selon eux, la principale raison est “l’absence de modèle économique viable pour la RNT”. Un investissement trop cher pour ces radios, par rapport aux webradios, gratuites. Les radios privées misent d’ailleurs tout sur le web. Le groupe NRJ héberge près de 200 webradios, pour toucher tous les publics. De NRJ R’N’B à NRJ Reggae, en passant par NRJ fitness, il y en a pour tous les goûts. Si les radios font tout pour être écoutées, les faire parler est plus compliqué. Sollicitées par nos soins, toutes ont fait la sourde oreille.

« La RNT n’est pas une alternative à la FM »

Mais malgré ces réticences, le CSA compte forcer la main. Après des essais à Paris, Marseille et Nice, le conseil supérieur de l’audiovisuel souhaite une couverture totale du territoire d’ici 2023. Un défi compliqué quand on sait que seul 20% du pays possède la RNT aujourd’hui. “Mais la FM ne s’est pas construite d’un coup non plus”, expliquait Patrice Gélinet à Télérama en décembre 2016. Pour l’ancien membre du CSA,“il faut accepter la lenteur de ce processus. La RNT n’est pas une alternative à la FM. Une des erreurs du CSA dans le passé a sans doute été de considérer qu’il fallait l’imposer comme telle.” Aujourd’hui, une des clés du renouveau de la RNT en France est la récente adhésion du groupe Radio France au projet. Ainsi, sous l’influence de la ministre de la Culture Audrey Azoulay, trois stations du groupe sont passées sur la RNT : Mouv’, Fip et RFI. “Un départ, un signe” pour Patrice Gélinet. Mais des débuts timides pour le service public, qui a encore cinq stations sur la bande FM. Les transitions de France Inter, France Culture ou encore France Musique ne sont pas prévues faute de moyens.

Pour l’heure, seul six acteurs français sont membres de la WorldDAB, l’institution qui gère la transition vers la radio digitale dans le monde. Parmi les tricolores, France Médias monde (Rfi, France24) et Radio France, mais aussi les diffuseurs d’audiovisuel TDF et Digidia, ainsi que les entreprises spécialistes de l’électronique automobile Parrot Automotive et Clarion. Car la voiture est l‘un des principaux enjeux de la RNT. Un enjeu qui fait d’ailleurs peur aux Norvégiens. “Notre principal défi ce sont les véhicules. Tout le monde écoute la radio au volant. Aujourd’hui, seules trois voitures sur dix sont équipées pour la radio numérique en Norvège.” Passer au numérique nécessite un ré-équipement important de son véhicule. Une démarche qui coûte environ une centaine d’euros chez un garagiste.


Infographie de popoutmag.com, basée sur une étude Edison Reasearch

La RNT pour se différencier

Outre Radio France, d’autres groupes, moins connus mais pas moins écoutés, font le pari de la RNT pour se démarquer. Parmi eux, le groupement Les indés radio. Fondées en 1992, ces 132 stations locales (Alouette, Totem, Tendance Ouest…) représentaient la meilleure part d’audience en France en janvier 2017 (15,7% selon Médiamétrie), loin devant RTL (12,7%) ou encore le groupe NRJ (10,7%). Des résultats obtenus sur la bande FM. Mais le groupe mise aussi sur le numérique pour devancer les groupes privés.

Malgré les efforts, la RNT semble aujourd’hui au point mort. Quant la quasi-totalité des Français connait et utilise la télévision numérique terrestre (TNT), 75 % d’entre eux n’ont même jamais entendu parler de son équivalent radiophonique. Il ne faut donc pas s’étonner que le nombre de récepteurs RNT atteigne à peine les 400 000 en France.

Maxime Taldir et Hugo Noirtault